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Les Carnets de Jane Somers tome 1 sur 2
EAN : 9782226182180
300 pages
Albin Michel (08/11/2007)
3.97/5   86 notes
Résumé :
Doris Lessing a défrayé la chronique en 1984 en révélant avoir écrit deux romans sous le pseudonyme Jane Somers, piège tendu aux éditeurs et à la critique anglo-saxonne. Journal d'une voisine, auquel succédera Si vieillesse pouvait, est le premier de ces récits. Ecrit avec un surprenant mélange de force et de sensibilité, il évoque la rencontre de deux femmes : Jane Somers, rédactrice en chef d'un magazine féminin londonien, et Maudie, une vieille dame seule, âgée e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Je dirai : ceci est un livre exceptionnel et essentiel. Une expérience de lecture rare, donc. Que Doris Lessing fasse partie du cercle restreint des prix Nobels littéraires, je m'en fous bien. Une relecture, chose que dans une vie mes dix doigts suffisent amplement à compter (hors BDs et mangas), nous touchons bien à l'exception. Essentiel, pourquoi ? Je qualifie ainsi les livres qui bousculent, irritent, révoltent à faire vaciller, tanguer, basculer les certitudes, principes, croyances... jusqu'au déni, ... jusqu'aux larmes ; quand leurs mots "m'obligent à l'intensité, terrestre et charnelle" disait Marcel Moreau. Essentiels, les livres qui décantent et remontent au fil des années pour éclairer, il suffit d'un événement (Le mystère de la patience*) ou parfois le regard qui change après une longue macération. L'insoutenable légèreté de l'être*, Les bienveillantes, L'audace de vivre* (égaré.e par Maman) sont essentiels. le petit prince pour moi, exceptionnel et essentiel, celui-ci aussi, autrement.


A ma première lecture, j'étais pleinement impliqué dans mon métier à l'instar de la narratrice Janna Somers, au point pour elle de passer à côté de l'agonie de sa mère et ensuite de celle de son mari, et moi de me raccrocher à des détails comme sa sagacité à décrypter les structures informelles et à identifier la "belle" personne, qui indépendamment de la hiérarchie officielle, fait effectivement aboutir les projets. J'aurais accordé 3 étoiles en m'interrogeant à l'époque comment cette amie avait pu m'offrir cette déprimante histoire de fin de vie. Pourtant mon intime conviction déjà me soufflait que je lui devrais une relecture, au temps approprié.


Lorsque je l'ai encodé dans ma bibliothèque virtuelle, je lui ai accordé 4 étoiles, Papa s'était déjà cassé la clavicule en chutant à vélo, son lien social venait d'être rompu, son monde rétrécit. C'était l'époque où je chroniquai les "Psaumes balbutiés. Livre d'heure de ma mère"*. Qui aurait pu deviner combien il s'appliquerait à Maman ? 2015, Papa toute sa tête, Maman toute dynamique, quelle équipe ! 2016, pas question de passer ma convalescence après cette opération au genou ailleurs que chez eux, précurseur sans le savoir à dormir au bureau du rez-de-chaussée, trop chouchouté. 2017, ils prennent le taxi senior pour me rendre visite à l'hôpital, Papa ne conduit plus, nouvelle convalescence pour cette opération au cerveau, réouverture très temporaire de ce lit d'appoint, je cuisine deux à trois fois par semaine pour soulager Maman. 2018, apparitions sporadiques de taches sur les vêtements, je houspille Maman, Papa "décroche" des tâches ménagères, Maman laisse faire, je suis révolté, j'y passe les WE et fais chef à domicile. 2019, tout d'un coup Maman panique à mettre en route sa machine à laver, puis elle décrète ne plus utiliser le four, le bureau est transformé en chambre permanente pour Papa, infirmières au lever, les "choses" s'accumulent. 2020, Maman tourne en rond comme une toupie sur angoissée mais sans direction, rien à voir avec la covid, au contraire le moral de Papa remonte à se sentir normal dans ce confinement imposé à tous, avec mes frères nous les poussons à commander des repas à domicile, nous relayons pour leur apporter des plats, Maman ne jette plus aucun emballage le garage en est rempli, une chambre d'ami condamnée depuis des années en débarras ne suffit plus, la douche n'est plus accessible... la maison autrefois si bien tenue n'est plus qu'un immense bric-à-brac d'entassements divers.


Pendant toutes ces années, bien souvent j'ai repensé aux étapes de ce lent abandon si minutieusement décrit dans Journal d'une voisine, offert par cette amie bien nommée Sophie. 2021, la situation se détériore, la chaise roulante a remplacé le déambulateur, les infirmières ont demandé un lit médicalisé, installé cette fois dans la salle à manger, elles passent deux fois par jour, le kiné une fois et une aide sociale deux fois pour les repas, en plus d'une garde de nuit. Déjà, la chaise percée, à peine arrivée, n'est plus d'actualité. Ah si seulement en ultime cadeau, nous pouvons leur offrir ce petit réconfort de mourir chez eux ! Je n'apporte plus le journal du vendredi avec le programme TV, il y a 6 mois si par malheur j'en loupais un, c'était encore un drame. "C'est fou le nombre d'erreurs que je commets en essayant de bien faire." p.43 le moment était venu pour cette relecture car je n'arrive à rien leur apporter qu'une bien gauche gentillesse.


Je voudrais cesser de les challenger, il ne faudrait pas, ce n'est rien d'autre au fond que leur en vouloir de flétrir l'image idéalisée que je m'étais construite d'eux. Je ne sais pas d'où j'arrive à sortir cela, car Janna Somers ne semble pas s'être rendue compte de cette différence fondamentale avec les tout proches. Il n'empêche que son dévouement soit en tous points admirable dans cette histoire d'amitié improbable déclenchée par une rencontre fortuite à la pharmacie de cette nonagénaire encore coriace. Maudie ne voulait pas mourir. J'avais oublié le passage avec Annie qui a décroché.

Il serait cependant erroné de penser qu'il s'agit d'un roman sur la fin de vie et d'amitié profonde ou même d'expiation par le dévouement. Oui, bien sûr il y a cela mais il y a plus essentiel. Doris Lessing nous offre ici les clés de cette porte s'ouvrant sur notre condition humaine par son interpellation à poser un regard attentif sur les personnes très âgées telles qu'elles nous devancent au lieu de le détourner dans la fuite de nos propres vieux jours à venir.


Heureuses les personnes qui n'ont pas besoin de la catharsis de cette lecture car elles sont naturellement dotées de l'empathie génératrice du geste attendu, de la parole juste, de la préscience du moment propice. Quant à moi il me reste Brel, essentiel et exceptionnel, exceptionnel, exceptionnel. Brel en cataplasme.

Les vieux
https://www.youtube.com/watch?v=OMxvAY54_Vg
Vieillir
https://www.youtube.com/watch?v=¤££¤26L'insoutenable33¤££¤
J'arrive
https://www.youtube.com/watch?v=cLgZUmbDFo4

*cf. critique
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Je suis perplexe : j'ai apprécié ce roman journal intime, mais pas totalement, et j'ai quelques difficultés à démêler les bons des désagréables côtés du récit car bien sûr tout se tient et l'écriture est talentueuse.

Je m'explique. L'histoire, la forme, le style : pas de problème. C'est plutôt le personnage central du roman qui rédige à la première personne ce journal qui m'a dérangée.
Veuve sans enfants d'une cinquantaine d'années, Jane Somers dirige avec panache un magazine féminin londonien. Toute sa vie est centrée sur son travail et son apparence irréprochable : un modèle de femme active séduisante. Certes, elle vient de perdre son mari et sa mère, mais globalement ça va plutôt bien pour elle.
Puis, un jour, elle rencontre Maudie Fowler, une femme âgée de plus de 90 ans,
pauvre, malade, isolée, acariâtre, vivant dans des conditions d'hygiène déplorables.

Va naître alors au fil des visites de Jane à Maudie une amitié improbable. Jane s'investit de plus en plus dans le soutien matériel et affectif à Maudie, faisant ses courses, nettoyant son intérieur crasseux, allant jusqu'à prendre en charge la toilette de la vieille femme qui lutte contre sa propre décrépitude pour éviter le placement en hospice. Les hauts le coeur ne sont parfois pas très loin à la lecture de certains passages très réalistes et je l'admets décrit avec talent.
Mais, je n'ai marché qu'au ralenti, lu sans passion cette histoire.

Certes, Doris Lessing livre à son lecteur une analyse pertinente et sans concession de la vieillesse et son naufrage, mais l'attachement de cette quinqua ripolinée, brillante et pour tout dire égoïste reste assez peu probable pour moi, comme ça du jour au lendemain - comme si finalement elle jouait un rôle dans le roman, restait en marge, pour se faire pardonner une vie superficielle et une absence auprès des siens.
Le personnage de la vieille dame confrontée à son inexorable décrépitude est en revanche admirable de dignité, en lutte pour tenir coûte que coûte et préserver son indépendance le plus longtemps possible.

Au final, un roman fort sur l'amitié et surtout la vieillesse, mais je retiendrai cette distance vis à vis du personnage principal qui m'empêche de donner les 4 étoiles du roman qu'il faut lire sous peine de passer à côté de quelque chose d'intéressant, j'ajoute que je ne suis pas sûre de lire le tome 2.


Challenge Nobel 6/
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A première vue, on pourrait penser qu'il s'agit d'une histoire surfaite, dans laquelle on perçoit d'emblée où l'auteure veut en venir : une jeune femme à l'apogée de sa carrière, dont le mari est mort d'un cancer, dont la mère est également morte sans qu'elle lui ait prêtée à ce moment-là la présence indispensable, qui ne se préoccupe que de son apparence physique (le rituel du choix des vêtements le dimanche soir est assez édifiant!) et qui se trouve amenée un jour à croiser le chemin d'une personne âgée, vivant dans des conditions à la limite de l'acceptable.
Et bien, je n'ai personnellement trouvé rien de surjoué ou de pathétique dans ce récit, juste un lien d'amitié assez exceptionnel entre ces deux personnes que tout sépare à priori.
Tout en continuant à assumer son travail, mais en relâchant certains aspects "futiles" de sa personnalité, la jeune femme passe la majeure partie de son temps libre à rendre visite à cette personne, lui faisant ses courses, passant du temps avec elle à évoquer des souvenirs, lui faisant sa toilette. Il y a un lien très fort qui se crée entre elles.
Il est vrai que certains passages laissent à penser que la jeune femme a pour objectif quelque part (conscient ou inconscient ?) de se racheter de ce qu'elle n'avait pas fait auparavant avec son mari ou sa mère. Mais ce n'est peut-être qu'une interprétation de ma part, car, à aucun moment, les pensées de la jeune femme permettent de tirer cette analyse ; seuls les retours en arrière de sa vie m'ont autorisé à penser cela.
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Jane Somers décide de consigner ses pensées dans un journal pour mieux saisir les changements en cours dans son existence. La vie de cette quinquagénaire était jusqu'alors focalisée sur sa carrière de rédactrice en chef d'un journal féminin de Londres et son apparence. Son égoïsme et son côté « femme enfant » lui sont souvent reprochés. Elle va perdre coup sur coup les personnes qui lui sont le plus proches. Elle assiste sans aucune empathie aux maladies et aux décès de son conjoint et de sa mère. Sa collègue et amie avec qui elle forme un duo fusionnel déprime et part suivre son époux aux Etats-Unis. Les deux amies ne se comprennent plus. Jane prend alors conscience qu'elle n'a jamais véritablement connu ses proches, qu'elle ne leur a jamais vraiment parlé. Un jour, elle rencontre Maudie, une femme âgée de quatre-vingt-dix ans qui habite son quartier. Ces deux femmes que tout oppose vont s'apprivoiser et devenir progressivement amies. Cette rencontre va faire changer radicalement la vie de Jane.
Je vais être franc. Ce livre m'a vraiment ennuyé et je me suis forcé à le finir. Je lui reconnais pourtant de nombreuses qualités. Dorris Lessing s'intéresse ici aux personnes âgées vivant dans la misère, ces petits êtres rabougris que nous avons plus l'habitude de croiser aux caisses d'un Franprix ou dans un bus, armés de leur chariot, que dans la littérature. La vieillesse effraie. Dans une société où la solidarité familiale s'effrite, la vieillesse et la pauvreté conduisent à l'isolement et à l'exclusion. Dans ce roman, les rapports entre les deux femmes sont compliqués. Jane n'est pas une sainte qui se dévoue par charité. Elle exprime son dégoût profond pour l'odeur et la saleté de Maudie. Elle se sent prisonnière à plusieurs reprises et ses visites la rebutent souvent après une journée de travail chargée. Quant à Maudie, elle fait preuve d'un mauvais caractère et d'un entêtement à toute épreuve. Et pourtant, elles parviennent à s'apprivoiser et à devenir amies. Maudie mène combat pour sa dignité. Elle refuse les visites d'un médecin ou de l'assistante sociale qui la condamneraient à l'hospice. Elle évite de prendre les analgésiques qui attaqueraient sa lucidité. Elle conserve dans la maladie sa pudeur et sa fierté. Elle surprend par sa rage de vivre à plus de quatre-vingt-dix ans, après une vie de misère et de souffrance. Sa vitalité est intacte et elle ressent un fort sentiment d'injustice face à la progression de la maladie. Cette amitié va permettre à Jane de sortir de son nombrilisme, de son égoïsme. L'attention et les soins qu'elle n'a pas offerts à sa famille, elle va les apporter à cette vieille femme, dans une sorte de transfert affectif.
Dans ce texte souvent barbant, Doris Lessing délivre un message plein d'humanité. Nous devons considérer la personne âgée avant tout comme une personne et non pas comme un fardeau. Il faut contribuer à lui redonner sa place de personne à la fois unique et membre, au même titre que nous, de la communauté humaine. Me voilà convaincu. Je promets d'écouter désormais les longues récriminations de ma voisine de palier avec une patience angélique...
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Janna est à l'apogée de sa carrière de rédactrice en chef d'un magazine féminin. C'est une femme autonome et aisée, habituée au confort. Elle vient de perdre successivement sa mère et son mari et se sent coupable de ne pas les avoir accompagnés pendant leur maladie : elle n'a jamais pu se résoudre à côtoyer la maladie et la vieillesse et est restée tout au long assez détachée et autocentrée, en se réfugiant dans son travail qu'elle adore.
Mais la maladie et la vieillesse vont la rattraper de plein fouet quand elle fera la connaissance, fortuite, de Mrs Fowler, le genre de très vieille dame, pauvre et pas très propre, quasi abandonnée, qui d'ordinaire lui serait restée invisible. Mais Mrs Fowler, ce jour-là, n'est pas invisible et va prendre très vite une importance incompréhensible à ses yeux et à ceux de son entourage.
Insensiblement, une lente conversion va s'opérer chez Jana, qui va l'amener à modifier radicalement son train-train confortable afin d'accompagner cette vieille dame dans sa fin de vie. Une analyse très fine, magistrale !
Je me suis sentie très concernée, probablement parce que mes parents on peu ou prou l'âge de Mrs Fowler et j'ai trouvé cette "conversion" assez bouleversante.
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Maudie ne veut pas mourir. Et moi, je ne comprends pas, c'est tout.
Lorsque je tente des comparaisons entre Maudie et moi, je me dis qu'il est parfois impossible de se mettre à la place d'autrui. Je sais qu'on ne peut comparer l'état d'esprit d'une femme de cinquante ans qui, physiquement, est loin de la mort, avec celui d'une femme de quatre-vingt-dix ans qui en est proche. Notre état d'esprit change-t-il avec l'approche de la mort ? Car il y a, c'est évident, une barrière absolue, un mur, entre ma conscience et le fait de savoir que je mourrai. Je veux dire que je le sais, mais que je n'en ai pas la conscience claire et brutale...
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Ma vie s'est transformée quand Freddie a commencé à mourir. Jusque-là, je me considérais comme quelqu'un de bien. De même que presque tous les gens que je connaissais. Surtout ceux avec qui je travaillais. Je ne me posais pas de questions sur ma vraie nature ; je ne m'occupais que du jugement des autres.
Lorsque Freddie est tombé gravement malade, ma première pensée à été : comme c'est injuste. Injuste pour moi, voilà ce que je me disais au fond de moi-même. Je me doutais qu'il allait mourir, mais je faisais comme s'il n'en était rien. C'était peu charitable. Il a dû se sentir très seul. J'étais fière de moi parce que, durant toute cette période, je continuais à travailler, à "faire rentrer l'argent". Il le fallait bien puisqu'il ne travaillait pas. Mais cela me convenait parce que j'avais ainsi un prétexte pour ne pas rester avec lui dans cette abomination. Nous n'avions pas l'habitude de parler de ce qui compte vraiment, je le sais à présent. Nous ne formions pas un vrai couple. Nous vivions le genre de mariage que vivent actuellement la plupart des gens, chacun essayant d'en retirer le maximum d'avantages. A mon sens, Freddie avait toujours un point d'avance sur moi.
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"Ce que j'essaie d'expliquer, c'est qu'il y a, bien souvent, des gens de bonne volonté qui s'intéressent à une personne du troisième...une personne âgée, mais en réalité, il s'agit de leurs complexes personnels, ils cherchent en fait à résoudre leurs propres problèmes.
- Je dirais que c'est presque obligatoirement ainsi que les choses se passent, dis-je en savourant chaque instant de cette conversation. Mais que ce soit malsain pour moi ou non, l'intérêt que je porte à la pauvre personne du troisième âge dont je vous parle lui ferait sans doute plaisir, puisque de toute évidence elle est seule et sans amis."
Nouveau silence. Elle se sent manifestement obligée de tirer les conclusions qui se dégagent de mes remarques, à la lumière de sa formation professionnelle. Elle finit par dire : "Je me demande si vous n'auriez pas avantage à participer à un groupe de rencontres.
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« J’ai réglé mon pas sur le sien et suis sortie avec elle de la pharmacie. Arrivée sur le trottoir, elle ne m’a pas regardée, mais l’appel était manifeste. Je marchais à côté d’elle, c’était difficile de marcher si lentement. Habituellement, je cours, mais je ne m’en étais jamais rendu compte. Elle faisait un pas, s’arrêtait, examinait le trottoir, puis faisait un autre pas. Je me disais que tous les jours je filais sur ces trottoirs sans avoir jamais vu Mrs Fowler qui, pourtant, habitait près de chez moi ; et, tout d’un coup, je me suis mise à observer les rues, et j’ai vu les vieilles femmes. Il y avait aussi des hommes âgés, mais surtout des vieilles femmes qui déambulaient lentement, qui se tenaient debout deux par deux ou par petits groupes pour bavarder, ou assises sur un banc au coin de la rue sous le platane. Je ne les avais jamais vues. C’est parce que j’avais peur de leur ressembler. »
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Pourquoi, aussitôt que les mourants en arrivent à un certain point, ne fait-on plus appel pour eux aux critères humains habituels ? Du moins, pourquoi a-t-on tant de mal à les invoquer ? Jamais, au cours de sa vie, Maudie n'a mesuré les événements de son existence à l'aune de la douleur physique. Pourquoi estimer qu'il en va autrement aujourd'hui ? Elle a toujours peur de mourir, je le sais, en constatant qu'elle a besoin de garder ouverte sa porte, cette terrible porte qui laisse entrer tant de bruit-qui laisse entrer la vie-les pieds qui tapent, les voix, les roues, le choc de la vaisselle. mais ce à quoi elle pense n'a sans doute rien à voir avec la douleur. La douleur, Maudie s'en arrange, la douleur est présente, elle la sent aller et venir, diminuer et s'aggraver, il faut changer de position-redressez-moi, redressez-moi-mais nous ne savons absolument rien de ce qui se passe vraiment.
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Chaque mois, un grand nom de la littérature française contemporaine est invité par la Bibliothèque nationale de France, le Centre national du livre et France Culture à parler de sa pratique de l'écriture. Javier Cercas, auteur de Terra Alta qui lui valut en 2019 le 68e prix Planeta, est à l'honneur de cette nouvelle séance du cycle « En lisant, en écrivant ».
QUI EST JAVIER CERCAS ? Né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres, Javier Cercas est un écrivain et traducteur espagnol. Après des études de philologie, il enseigne la littérature à l'université de Gérone, pendant plusieurs années. En 2001, son roman Les Soldats de Salamine – sur fond de Guerre civile espagnole – remporte un succès international et reçoit les éloges, entre autres, de Mario Vargas Llosa, Doris Lessing ou Susan Sontag. Ses livres suivants, qui s'inspirent souvent d'événements historiques et de personnages ayant réellement existé, rencontrent le même accueil critique et sont couronnés de nombreux prix : Prix du livre européen (2016), Prix André Malraux (2018), Prix Planeta (2019), Prix Dialogo (2019). Son oeuvre est traduite en une vingtaine de langues. Il est également chroniqueur pour le quotidien El País.
De Javier Cercas, Actes Sud a publié : Les Soldats de Salamine (2002), À petites foulées (2004), À la vitesse de la lumière (2006), Anatomie d'un instant (2010), Les Lois de la frontière (2014, prix Méditerranée étranger 2014), L'Imposteur (2015), le Mobile (2016), le Point aveugle (2016), et le Monarque des ombres (2018). Son nouveau roman, Terra Alta, paraîtra en mai 2021.
En savoir plus sur les Masterclasses – En lisant, en écrivant : https://www.bnf.fr/fr/master-classes-litteraires
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