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Dominique Lurcel (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070318148
224 pages
Éditeur : Gallimard (06/04/2006)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 32 notes)
Résumé :

1187, Jérusalem. Au cœur du chaudron brûlant allumé par les Croisades. Saladin vient de reprendre la ville aux Croisés. Victorieux, il agit vis-à-vis des juifs et des chrétiens dans un esprit de tolérance inconnu jusqu'alors. Seuls les Templiers, qui tuent en invoquant Dieu, ne trouvent pas grâce à ses yeux. Or, fait inouï, il vient justement d'en épargner un, un jeune. Et Jérusalem bruit de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  09 mars 2014
Une de mes amies, allemande de naissance, française de coeur, m'a fait découvrir il y a peu Nathan le Sage. Une pièce et un auteur dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Et je l'en remercie chaleureusement car je n'ai vraiment pas été déçue par cette oeuvre en tous points EXCEPTIONNELLE.
Gotthold Lessing, auteur du XVIIIème, émule des lumières, nous offre un très bel hymne à la tolérance interconfessionnelle qui est, aujourd'hui plus que jamais, totalement d'actualité et d'une modernité surprenante. Il choisit pour décor de sa pièce l'incontournable Jérusalem et pour époque, la troisième croisade en Terre Sainte pendant le Moyen-Âge.
Nathan est un juif, riche commerçant international, fort apprécié dans sa ville, réputé pour sa grande sagesse, sa finesse de vue et son savoir vivre. Durant son absence lors d'un voyage d'affaire, sa fille Recha a été sauvée des flammes d'un incendie par un jeune chevalier chrétien, un templier fougueux mais philosophe.
Ce templier est lui-même un rescapé car fait prisonnier par l'armée musulmane puis condamné à mort avec ses dix-neuf compagnons, il sera le seul à obtenir la grâce du sultan Saladin en raison... de sa ressemblance physique avec le bienaimé frère de Saladin, mort il y a belle lurette.
Il s'avère que le coeur de la petite juive Recha s'est mis à tambouriner très fort pour son chrétien de sauveur. Qu'en dira son père, Nathan le sage ? Qu'en dira le templier lui-même ? Qu'en dira le sultan Saladin ?
Il ne faut absolument pas que je vous en dévoile davantage afin que vous découvriez vous-même et en temps voulus les informations relatives au passé des personnages, contrairement à ce qui m'est arrivé en lisant la préface de l'édition José Corti qui est un " spoil " déplorable. Bien que cette édition soit parfaite par ailleurs j'hésite à lui décerner le spoil d'or ex-æquo avec l'édition Pocket du Maître Et Marguerite de Boulgakov.
Vous avez compris que dans cette pièce il sera beaucoup question de religion, qu'on naviguera constamment entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Lessing prend le parti de choisir trois représentants des trois religions qui soient particulièrement remarquables par la modernité de leur vision et par la tolérance dont ils font preuve dans leurs idées religieuses, eu égard à leur siècle.
C'est tout d'abord le fait du sultan Saladin qui traite convenablement les ressortissants juifs de Jérusalem. C'est ensuite l'incroyable Juif Nathan, dont la tolérance, la bonté et l'aptitude au pardon rejaillissent sur ses interlocuteurs. Il est l'ami d'un derviche, il est bien vu du sultan, il entretient des relations d'étroite confiance avec des frères chrétiens.
C'est enfin le magnanime Templier, qui, tout chevalier du Christ qu'il est, n'hésite pas à sauver une jeune juive au péril de sa vie ou à témoigner un profond et sincère respect vis-à-vis du sultan musulman qui l'a épargné. Il n'aurait même rien contre l'idée d'une union interconfessionnelle.
Gotthold (un prénom qui ne s'invente pas !) Lessing, chrétien environné par la chrétienté et écoeuré par son intolérance et son étroitesse de vue, prend donc pour cible les Chrétiens, notamment sous les traits du patriarche, symbolisant la hiérarchie cléricale, obtuse et stupide, contrairement aux plus humbles représentants de l'église chrétienne.
L'auteur en profite au passage pour dénoncer les massacres aveugles de Juifs perpétrés par les Chrétiens... Pauvre Lessing ! l'histoire allemande et les pogroms ayant eu lieu un peu partout par la suite lui donneront mille fois raison, hélas...
Mais il va plus loin encore, par son appel à la non-violence, à la non-vengeance, par son invitation à ne pas chercher à comparer les religions, sauf à dire, si besoin en était, qu'elles sont intimement liées les unes aux autres.
Enfin, la vision la plus moderne de l'auteur — quasi inimaginable pour l'époque — est très certainement à rechercher dans son époustouflante tolérance à l'égard de l'athéisme, en des temps où celui-ci ne semblait pas de mise, du moins pas avouable.
Donc, un énorme, ÉNORME coup de chapeau à Gotthold Lessing, auteur classique en Allemagne et mystérieusement ignoré en France, allez savoir pourquoi ? Je ne puis que vous inciter à faire reculer cette lacune, à lire ce grand monsieur, ce Gandhi, ce Luther King avant l'heure, dont Voltaire aurait pu écrire : " Si Nathan le Sage n'existait pas, il faudrait l'inventer. "
Mais je n'oublie pas que quand on lit un avis, on attend le sage, pas le fougueux désordre qui règne en celui que vous venez de lire et qui ne signifie donc probablement pas grand-chose.
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Joualvert
  04 mai 2016
L'affaire se passe à Jérusalem pendant les croisades. Des représentants des trois religions du livre sont impliqués, notamment un sultan, un templier et un marchand juif, le fameux Nathan. Malgré quelques dangers de mort pour quelques-uns des personnages, l'ambiance générale est plutôt candide et souriante. Il y a quelques revirements et imbroglios, mais somme toute, c'est une pièce assez légère. On y entend certes des paroles emplies de sagesse qui prônent la tolérance et la coexistence pacifique, majoritairement émises par Nathan qui fait l'admiration de tous. Ces propos peut-être novateurs à l'époque faisaient partie d'un débat entre théologiens un peu bornés et un esprit philosophique plus éclairé défendu par Lessing.
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anniefrance
  05 avril 2018
Trois sages: un templier, un juif et un musulman; un derviche servile, un patriarche inhumain, une jeune fille élevée en juive et sa dame de compagnie chrétienne; voilà les personnages principaux d'une pièce de théâtre peu connue en France mais que tout élève allemand a lu.
Un texte toujours d'actualité!
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henrihuitre
  08 août 2014
Les événements actuels à l'heure où j'écris risquent fort d'être encore longtemps d'actualité. le contenu de ce livre garde son relief au fur et à mesure que les décideurs politiques et leurs commentateurs se fourvoient dans les actes et discours en vernis de surface.
Je recommande ce livre en version bilingue Garnier Flammarion.
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Pirouette0001
  09 février 2013
Un livre ou, plutôt, une pièce de théâtre sans pareil. Discussion à Jérusalem sur les trois religions du livre. Se veut une leçon de tolérance et de fraternité. Ce qui semble bien loin du dogmatisme de ces trois religions.
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   26 mars 2014
[N. B. : probablement la citation la plus importante de toute la pièce, voire au-delà, mais ça c'est à vous d'en juger...]
NATHAN : Jadis vivait en Orient un homme qu'une main aimée avait mis en possession d'une bague d'une valeur inestimable. La pierre était une opale qui chatoyait de mille couleurs et avait la secrète vertu de rendre agréable à Dieu et aux hommes quiconque la portait avec cette certitude. Quoi d'étonnant à ce que notre homme d'Orient ne s'en séparât jamais et qu'il prît des dispositions pour la conserver éternellement à sa maison ? Voilà ce qu'il fit. Il légua la bague à celui de ses fils qu'il aimait le plus et stipula que ce dernier la laisserait à son tour à son fils le plus aimé, et que perpétuellement le fils le plus aimé deviendrait, sans considération de naissance, par la seule vertu de la bague, le chef, le prince de la maison. [...] Ainsi transmise de fils en fils, la bague finit un jour par échoir au père de trois garçons qui tous trois lui témoignaient égale obéissance, qu'il ne pouvait donc pas ne pas aimer tous trois d'un amour égal. Parfois seulement, quand l'un d'entre eux — tantôt le premier, tantôt le second, tantôt le troisième — se trouvait seul avec lui et que les deux autres ne partageaient pas les effusions de son cœur, celui-là lui semblait plus digne de la bague, qu'il eut alors la pieuse faiblesse de promettre à chacun. Les choses durèrent ce qu'elles durèrent. — Vient l'heure de mourir et le bon père se trouve dans l'embarras. Il souffre d'avoir à léser deux de ses fils qui s'en remettent à sa parole. — Que faire ? — Il envoie en secret chez un artiste, auquel il commande deux bagues sur le modèle de la sienne, avec ordre de ne ménager ni peine ni argent pour les faire en tous points semblables à celle-ci. L'artiste y réussit. Il apporte les bagues au père, qui est alors incapable de distinguer l'originale. Tout joyeux, il convoque ses fils chacun séparément, donne à chacun sa bénédiction — et sa bague, — et il meurt. [...] À peine le père est-il mort que chacun arrive avec sa bague et prétend devenir le prince de la maison. On enquête, on dispute, on accuse. En vain : impossible de prouver quelle est la vraie bague. — Presque aussi impossible que pour nous aujourd'hui — la vraie foi.
[...]
SALADIN : Ne joue pas avec moi ! — J'estime que les trois religions que je t'ai nommées peuvent parfaitement être distinguées, jusque dans le vêtement, le boire et le manger !
NATHAN : Mais pas du point de vue de leurs fondements. — Les trois, en effet, se fondent sur la tradition historique, écrite ou orale ! — Et l'histoire, n'est-ce pas, ne peut être crue que sur la bonne foi de celui qui la transmet ? — Or, de qui met-on le moins en doute la bonne foi ? Des siens, n'est-ce pas ? De ceux de notre sang ? De ceux qui depuis l'enfance nous ont donné des preuves de leur amour ? qui ne nous ont jamais trompés que là où il nous était plus profitable d'être trompés ? — Comment pourrais-je croire mes pères moins que toi les tiens ? ou inversement. — Pourrais-je exiger de toi que tu accuses tes ancêtres de mensonges, pour ne pas contredire les miens ? ou inversement. — La même chose vaut pour les chrétiens. Non ?

Acte III, Scène 7.
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Nastasia-BNastasia-B   23 mars 2014
SALADIN : Puisque tu es sage, dis-moi donc — quelle foi, quelle loi t'a semblé la plus lumineuse ?
NATHAN : Sultan, je suis juif.
SALADIN : Et moi, un musulman. Entre nous : le chrétien. — De ces trois religions, une seule peut être la vraie. — Un homme comme toi ne reste pas fixé là où le hasard de la naissance l'a jeté ; ou bien, s'il y reste, c'est après examen, par raison, par choix. Eh bien ! Livre-moi les fruits de ton examen. Fais-moi entendre les raisons que je n'ai pas eu le temps de creuser moi-même. Fais-moi savoir — en confidence, s'entend — le choix de ces raisons ont déterminé, et je le ferai mien.

Acte III, Scène 5.
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Nastasia-BNastasia-B   24 mars 2014
LE TEMPLIER : Pourtant, vous le savez aussi : quel peuple a le premier pratiqué ce dénigrement ? Quel peuple, Nathan, s'est le premier donné le nom de peuple élu ? Si ce peuple, à présent, je ne pouvais m'empêcher, non certes de le haïr, mais de le mépriser pour son orgueil ? pour l'orgueilleuse prétention, qu'il a léguée au chrétien et au musulman, que seul son dieu serait le vrai dieu ! — Ce discours vous surprend, dans la bouche d'un chrétien, d'un templier ? Mais où et quand cette pieuse folie d'un dieu meilleur et imposé comme le meilleur au monde entier s'est-elle manifestée d'aussi noire façon qu'ici et maintenant ? Celui à qui, ici et maintenant, les écailles ne tombent pas des yeux... Mais libre à chacun d'être aveugle ! — Oubliez ce que j'ai dit et laissez-moi !
NATHAN : Ah, vous ne savez pas combien désormais je m'attacherai plus étroitement à vous. — Venez, nous devons, nous devons être amis ! — Méprisez mon peuple autant qu'il vous plaira. Ni vous ni moi n'avons choisi notre peuple. Est-ce que nous sommes notre peuple ? Qu'est-ce que cela veut dire : peuple ? Le chrétien et le juif sont-ils chrétien et juif avant d'être hommes ? Ah, que n'ai-je trouvé en vous un homme de plus à qui suffit de s'appeler homme !

Acte II, Scène 5.
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Nastasia-BNastasia-B   28 mars 2014
LE TEMPLIER : Un templier aimer une jeune juive !...
DAJA : Cela semble en effet un peu fou. — Mais il y a parfois dans les choses moins de folie que ce que nous y mettons, et il ne serait pas si extraordinaire que le Seigneur nous attirât à lui par des voies que l'homme sensé n'emprunterait pas de lui-même sans réticences.

Acte III, Scène 10.
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Nastasia-BNastasia-B   16 mars 2014
LE TEMPLIER : Certes, il y a longtemps que je n'ai pas mangé de viande, mais qu'importe ? Les dattes sont mûres.
LE FRÈRE : Que Monsieur se méfie de ce fruit ! Qui trop en mange se repent ; il engorge la rate, il fait l'humeur mélancolique.
LE TEMPLIER : Et si j'aimais, moi, être mélancolique ? — Mais ce n'est pas pour me donner cet avis qu'on vous envoie après moi ?
LE FRÈRE : Oh non ! — Simple mission de reconnaissance ; je suis chargé de vous tâter le pouls.
LE TEMPLIER : Et vous me dites ça tout de go.
LE FRÈRE : Pourquoi pas ?
LE TEMPLIER : (Madré, le frère !) — Le monastère en a beaucoup comme vous ?
LE FRÈRE : Sais pas. Je dois obéir, cher Monsieur.
LE TEMPLIER : Et vous obéissez, je vois, sans cogitations excessives ?
LE FRÈRE : Serait-ce encore obéir, cher Monsieur ?

Acte I, Scène 5.
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Video de Gotthold Ephraim Lessing (1) Voir plusAjouter une vidéo

Extrait de "Nathan le Sage"
"Nathan le Sage" de Gotthold Ephraïm LESSING est actuellement mis en scène à la Comédie Française par Alexander LANG. - Extrait de la pièce "Nathan le Sage", interprété par Thierry HANCISSE.
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