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Critiques sur Vaincue par la brousse (10)
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stcyr04
  18 juillet 2019
Afrique du Sud. Savane, veld et kopje. Une femme nommée Mary Turner est poignardée par un domestique noir qui avoue immédiatement son forfait Point donc d'enquête policière ici , on est plutôt invité à connaître les raisons qui ont mené à ce qu'un noir tue une blanche et encore ce n'est peut être pas vraiment le propos. Revenons en arrière. Mary, citadine pleine de rêve et d'a priori décide d'épouser un fermier, Dick Turner. Elle n'a pas misé sur le bon cheval, elle déchante rapidement. Ce dernier est un pauvre diable qui à la faculté de transformer en plomb tout ce qu'il touche. Il essaye toute les cultures et élevage imaginables, porté par un bel enthousiasme qui fait long feu, il échoue immanquablement et le couple s'appauvrit. Alors que Dick est un maître arrangeant qui traite relativement bien sa main d'oeuvre en ces temps de colonisation, Mary à des préjugé raciaux de son temps, elle n'évite aucune occasion pour houspiller les noirs, les tyranniser et les maltraiter. Dick semble s'accommoder de ses ratages; Mary récrimine et endure. Elle est progressivement et finalement vaincue par l'inertie, la torpeur et le fatalisme puis sombre dans une forme d'hystérie C'est peut être cela qui la tue, elle semble fasciner par la fin qu'elle présent, elle l'appelle et l'embrasse.

Le roman dénonce l'absurdité et l'hypocrisie du colonialisme, où la peur et la fascination, le désir et la haine tissent les relations ambiguës entre les coloniaux et les indigènes.. Une belle réussite pour le premier livre de la prix Nobel de littérature 2007.
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madamelafee
  15 février 2017
L'histoire commence par la mort de Mary. Moïse, le domestique noir se dénonce, nous sommes en 1940 en Rhodésie. Un domestique noir qui tue sa maîtresse pour ses bijoux c'est un peu simpliste mais cela convient à tous. Pourquoi ce dénouement tragique ? nous allons découvrir au fil du récit que l'histoire n'est pas si simple. Avec Mary Turner nous entrons dans un roman noir où les personnages sont broyés par leurs démons.
Mary est élevée dans une famille pauvre avec un père alcoolique. Après la mort de ses parents, Mary s'installe en ville, elle est libre, travaille et a beaucoup d'amis, mais il a suffit d'une réflexion de l'un des ses amis pour qu'elle se marie car une femme d'une trentaine d'années toujours célibataire c'est bizarre et choquant pour l'époque. Elle épouse "le premier venu", un fermier qui s'appelle Dick Turner. Elle le suit dans la brousse, elle s'isole dans cette ferme, son mari est incapable de la faire vivre décemment, il est couvert de dettes. Elle souffre de la solitude, de la chaleur, de l'incapacité de son mari, elle renonce, elle ne se bat plus, elle n'en est plus capable. de plus, Mary exècre les noirs, elle reporte son mal être sur ses serviteurs. Son mari finit par lui imposer un jeune noir, Moïse comme domestique, car il ne supporte plus les sautes d'humeur de celle-ci. Mais Moïse n'est pas comme les autres, très rapidement les rôles s'inversent, de dominé il devient le dominant. Moïse s'occupe d'elle, l'habille, la coiffe, la touche. On n'en saura pas plus sur leurs relations mais on se doute qu'ils ont des relations inavouables. le physique de Moïse fascine Mary... Puis Mary sombre peu à peu dans la folie elle est hantée par ses démons. Comment en est-elle arrivée là ? en fait Mary a toujours été soumise, soumise au regard des autres, soumise à son mari, puis soumise à son domestique, elle est soumise à son destin et elle se laissera vaincre par la brousse.
Ce livre décrit magnifiquement bien le système colonisateur où tous les hommes souffrent car celui qui ne veut pas être dominé, doit dominer. ¨Moïse souffre aussi car il ne supporte pas que Mary lui échappe, il veut Mary pour lui seul. La domination doit être totale.
Doris Lessing sait merveilleusement bien décrire la rudesse et la cruauté de la nature humaine.
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Deedr
  11 novembre 2015
Je connaissais Doris Lessing de nom, mais où en avais-je entendu parler ? Voilà un mystère vraiment très mystérieux (rien de moins). Lorsque j'ai vu que la dame avait été prix nobel de littérature 2007, le mystère n'était plus vraiment mystérieux : c'était juste une auteure super connue et reconnue. Au temps pour ma carrière de Sherlock.

Qu'est-ce qui m'a poussé à acheter The grass is singing ? J'ai hésité avec le diable s'habille en prada. Pas vraiment la même ambiance, on en conviendra. le deuxième correspondait plus au genre de lecture qui me fait envie, l'été approchant. Pourtant, c'est l'autre que j'ai choisi. Je crois que c'est à cause de la couverture, ainsi que le titre. Puis j'ai lu les premières lignes, le ton m'a immédiatement accrochée. C'était dit, je repartais avec ce livre.



L'histoire prend place dans les années 1940, en "Rhodésie", (qui est actuellement le Zimbabwe). Mary Turner vient d'être assassinée. Qui était cette femme, mariée à un fermier raté ? C'est le portrait de cette fille de la ville, perdue au milieu de nulle part, dans la brousse africaine qu'elle déteste et craint.



C'est un ouvrage très psychologique.

Mary n'est pas sympathique. Comme pour tous les personnages du livre, on peut sentir l'omniprésence des valeurs colonialistes, avec la suprémacie des blancs bien ancrée, qui donne lieu à des actes et des réflexions tout simplement révoltants. L'auteure a vécu là-bas, et, quoique je ne m'y connaisse pas en histoire de ce pays, le tout m'a semblé empreint d'un réalisme assez frappant.

Toutefois, au-delà de cela, le personnage de Mary a encore d'autres aspects qui l'a rendent antipathique. Elle est prisonnière de son passé : que ce soit de celui de son enfance, car tous ses actes semblent la mener à une reproduction de ce que sa mère a vécu, ou celui de sa vie d'adulte à la ville, qui est comme un paradis perdu pour elle. Soit, elle est dans une situation difficile, avec un mari qui n'est décidément pas fait pour réussir, mais on la voit s'enfoncer dans une situation désespérante, au point de se demander si elle ne s'y complait pas aussi.

Son caractère si enjoué et dénué de préoccupations au début du livre, se teinte d'une amertume grandissante et d'une certaine méchanceté, parfois glaçante. On la voit provoquer sa propre descente aux enfers, au rythme de son moral fluctuant. C'est cela qui est fascinant aussi : on suit ses vagues essais pour s'en sortir, suivis de période de creux, puis d'un autre essais... Cela créé un sentiment d'ennui assez particulier : même si je ne me suis pas ennuyée à proprement parler, on ressent vraiment l'ennui du personnage, perdue dans sa brousse. Au début, ses essais pour s'en sortir étaient encourageants mais, plus l'histoire avancait, je devenais presque agacée que le personnage essaye de s'en sortir car cela semblait de toute façon vain... (et de fait, ça l'était un peu, vu qu'on sait dés le début qu'elle est morte). J'ai donc pas mal été "baladée" par l'auteure sur le plan psychologique.



Mary est prisonnière du bush, de sa condition de femme mariée, de sa condition de femme tout court ;



j'avais juste envie de secouer le personnage tout en sachant très bien que cela n'aurait rien changé : tout ce qui se passait était inévitable. Je ne peux donc pas dire qu'il y ait des rebondissements inattendus, au contraire. L'ambiance en devient étouffante, mais le ton ironique avec lequel Doris Lessing dépeint ses personnages m'a immédiatement accrochée, et j'avais parfois du mal à savoir si je devais rire ou pleurer. Un certain malaise a imprégné ma lecture.

J'ai fini le livre un soir, et je me souviendrai longtemps combien les dernières pages m'ont glacée. ^^

Lien : http://d-encre-et-de-reves.o..
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fanfan50
  01 septembre 2015
J'ai commencé par lire "Un enfant de l'amour" et j'avais trouvé que le sujet qu'elle avait choisi était fort. Mais ici, c'est psychologiquement insoutenable : une jeune fille de la ville qui choisit par dépit de suivre un jeune fermier désargenté dans le veld, loin de tout et entouré de serviteurs noirs ! C'était sûr qu'elle allait droit au mur. C'est "L'amour est dans le pré" à la façon tragique. Cette femme aime se maquiller, s'habiller pour sortir et elle a beaucoup d'amis en ville avec qui elle coquette sans se fixer. Là elle change radicalement d'existence et n'arrive pas à s'adapter. Je ne lui jette pas la pierre car qui pourrait dans les conditions sordides que l'écrivain nous dépeint la petite maisonnette que son mari, Dick, a bâti de ses propres mains : "Elle fit le tour de la maison et constata qu'elle formait un rectangle. Les deux pièces q'elle connaissait occupaient la largeur de la façade. Derrière il y avait la cuisine, le débarras qui servait d'office et la salle de bains. Au bout d'un petit sentier sinueux tapissé d'herbe s'élevait une sorte d'étroite guérite : le lavoir ; on voyait d'un côté le poulailler avec un grand enclos grillagé où s'ébattaient des poussins d'un jaune presque blanc et de l'autre une troupe de dindons qui raclaient la terre sèche et brune tout en gloussant..." L'extérieur, la beauté des paysages est à couper le souffle mais c'est une femme et elle devra vivre dans ce taudis. Avec ses maigres économies, elle a le courage de rendre la maison un peu plus coquette mais il y aura toujours ce plafond qui n'a jamais été fait et la chaleur étouffante qui règne sous les tôles du toit de fortune. On se demande pourquoi elle est restée et qu'elle n'a pas fuit en courant et retour vers la case départ, la ville et son confort. Mais sinon, il n'y aurait pas eu ce drame.
J'ai été sous le charme de la personnalité de Mary qui au départ fait tout ce qui est en son pouvoir pour redresser la situation (elle construit un nouveau poulailler et en tire profit) mais qui malheureusement s'est appariée avec un looser qui va d'échec en échec.
En lisant au début que Moïse, son serviteur noir, l'avait tué, j'ai cru à une erreur judiciaire mais à la fin, on comprend bien son geste et je pense même qu'il a voulu la sauver d'elle-même, de son désespoir et il a mis fin à ses souffrances de la manière la plus radicale possible : par charité !
Tous les romans de Doris Lessing débattent de la condition des noirs en Afrique du Sud et celui-ci, s'il est le premier qu'elle a écrit, n'en est pas le moins violent.
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Donna22
  30 octobre 2014
Lu dans le cadre du challenge Nobel 2013 / 2014.
Lecture 12/15.

Mary, jeune anglaise frêle, banale, conventionnelle et indépendante, sortie d'une enfance pauvre et malheureuse, épouse par convention plus que par envie Dick, un bonhomme au sens premier du terme, gentil fermier fauché, bonne poire, très attachée à sa terre mais, ironie du sort, très incapable d'en vivre. Mary quitte alors son poste confortable de secrétaire en ville pour s'isoler du monde avec Dick dans sa ferme en ruine au milieu de la brousse suffocante de l'Afrique du Sud. Devenue femme au foyer désoeuvrée et complexée, elle se passionne pour des broutilles, méprise son mari et les hommes en général, fuie ses camarades « blancs » et voue un dégoût passionné aux indigènes, fait monstrueusement courant et scandaleusement ordinaire entre les siens. On était pourtant dans les années 40 …

Je lui attribue 3 étoiles car je suis d'humeur indulgente et que je ne retiens que le meilleur, à savoir la seconde moitié du bouquin, la première étant lourde, redondante et étirée à souhait. le livre m'est tombé des mains plusieurs fois au début mais, ayant été familiarisée au style étiré de l'auteur avec le Carnet d'Or (et puis Challenge Nobel oblige !), j'ai tenu bon. J'en suis contente car je suis retombée avec plaisir, après la très longue entrée en matière, dans cet océan de confusion, de faiblesse et d'antipathie dans lequel Doris Lessing aime plonger ses personnages. Des personnages que je ne comprends pas toujours, dont la souffrance, les obsessions et les choix me laissent souvent perplexe. Et pourtant, j'aime ces êtres complexes, leur esprit torturé, leur goût pour l'autodestruction et même leur côté détestable. Car Mary est détestable, vraiment. Détestable et folle. D'ailleurs, beaucoup de protagonistes féminines nées de la plume de Doris Lessing semblent être en proie à la folie et promises à un avenir douteux. Les femmes de Doris Lessing sont particulières et ne ressemblent à aucune autre héroïne littéraire de ma connaissance. Elles sont en constante lutte contre elles-mêmes et incapables d'aimer les hommes. Dans sa plume féministe, je retrouve en Mary et Dick un de ces couples d'hommes et femmes si mal assortis, incompris, perdus par leurs idéaux et enfoncés dans le malheur et le désespoir. Des cas psychologiques de taille qui font des personnages noueux de plus grande taille encore.

Je le conseille, mais pas en première lecture de Doris Lessing.
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yaaba
  02 juin 2014
C'est le premier roman de Doris Lessing et c'est un texte époustouflant de lucidité et déconcertant pour la finesse d'analyse des sentiments de ce couple en perdition.
Magnifique !
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madamedekeravel
  07 mai 2014
J'ai lu ce livre en anglais. le titre anglais "The grass is singing" est tellement plus poétique que le titre en français ! ! !
Une analyse très habile et intéressante de la dépression (sévère !) et du racisme à travers les relations colons / indigènes. le fait de connaître la fin dès le début du livre ne diminue pas le suspens mais au contraire l'augmente ! Comment ont-ils pu en arriver là ?...
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Nadouch
  15 décembre 2013
Il se dégage de ce roman la même sensation d'étouffement que semblent connaître les protagonistes dans la brousse de Rhodésie. Ce roman est une histoire de femme, d'un mariage malheureux et surtout, dans la Rhodésie des années 40, de la vie côte à côte avec les noirs autochtones pour de froids et profondément racistes blancs.
Dès le début, on sait que le personnage principal, cette femme au caractère particulier, à la fois fragile et redoutable, va mourir, et on sait même comment. Ensuite, flash-back, et le roman nous raconte comment on en est arrivé là... Une lente descente aux enfers en fait, dans cette touffeur africaine, cette tension entre noirs et blancs, cette femme qui se laisse happer par une sourde dépression, bref, une ambiance de cocotte minute.
Une très belle écriture, une efficacité redoutable pour brosser une ambiance et prendre le lecteur à la gorge, bref, un roman de grand écrivain. Néanmoins, j'ai déploré quelques longueurs, surtout au début du roman, et cette ambiance pesante a fini par... me peser !
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joellesence
  22 novembre 2013
C'est "the Grass Is Singing", n'est-ce pas ? C'est l'un des romans qui m'a le plus mise mal à l'aise dans mon existence de lectrice. La romancière (la plus douée qui soit) parle du racisme avec un talent rarement égalé. Quelle perte que la perte de cette grande romancière courageuse !
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le-mange-livres
  26 septembre 2013
A la fin des années 1940, dans la Rhodésie coloniale, Mary, une jeune femme indépendante, épouse un peu hasard Dick, un fermier. Elle part s'installer avec lui dans les étendues désolées du veld. Cette vie frustre, monotone, sous le soleil accablant des étés de l'Afrique australe intérieure, effiloche progressivement son appétit de vivre. Les journées tournent au cauchemar dans une ambiance de plus en plus poisseuse, et alourdie par les rapports orageux qu'une Mary pas encore tout à fait apathique entretient avec les domestiques noirs. Chaque page précipite un lecteur oppressé vers une issue fatale connue dès l'incipit.

"Ainsi, à présent, de nouveaux rapports se nouaient entre eux : elle se sentait irrémédiablement en son pouvoir, bien qu'en fait rien ne justifiât cette impression."

Premier roman de Doris Lessing, ce Vaincue par la brousse contient en germe l'oeuvre de la grande romancière, dominé qu'il est par une dimension biographique et psychologique au travers d'un portrait de femme bouleversant révélant son talent. La déchéance de Mary, sombrant dans la dépression et la folie, est analysée avec une minutie étonnante (et, partant, plutôt angoissante), sans que la dimension sociale soit exclue, avec des pages très puissantes sur les rapports Noirs-Blancs au crible de l'apartheid.
Lien : http://le-mange-livres.blogs..
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