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Emmanuelle Genevois-Joly (Traducteur)
ISBN : 2253154385
Éditeur : Le Livre de Poche (05/02/2003)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 240 notes)
Résumé :
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe de prisonniers italiens libérés par les Russes entame une longue marche de plusieurs mois pour rejoindre leur terre natale. " Accompagnés " par l'Armée rouge dans une réjouissante pagaille, se retrouvent pêle-mêle héros et traîtres, paysans et voleurs, savants et nomades : autant d'hommes qui redécouvrent, émerveillés, la vie, le monde, la forêt, les filles, sans oublier l'art du trafic pour subsister....
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Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Aelinel
  16 janvier 2017
C'est un ami passionné par Primo Levi qui m'a offert ce livre. Il m'avait déjà conseillé au préalable, un autre de ses ouvrages les plus connus, Si c'est un homme. Je l'avais débuté mais je l'avais laissé inachevé.
En 1943, Primo Levi est arrêté par la milice fasciste pour des faits de résistance, dans le Val d'Aoste. Reconnu Juif italien, il sera détenu au camp de Fossoli, près de Modène avant d'être déporté au camp d'Auschwitz, en Pologne, à partir de février 1944, puis à Monowitz, un camp auxiliaire du premier. Son livre, Si c'est un homme rapporte les évènements liés à sa détention jusqu'à sa libération du camp par les Russes, en janvier 1945. La Trêve est donc la suite et raconte les longues pérégrinations de Primo Levi, à travers l'Europe avant son retour, à Turin, seulement en octobre 1945.
Avoir lu la Trêve après Si c'est un Homme n'est donc pas très logique car les faits se déroulent chronologiquement après. Cela ne m'a, néanmoins, pas gêné outre mesure car j'avais déjà lu des témoignages sur les conditions de détention dans des camps de concentration. En revanche, je ne connaissais strictement rien sur les conditions de retour des survivants.
Primo Levi a écrit La Trêve des années après son retour, en 1961-1962. Il possède donc une certaine distance par rapport aux évènements qui se sont déroulés, dix-sept ans plus tôt. Mais, je dois dire que j'ai adoré son style d'écriture d'une grande finesse : sa plume est constamment teintée d'humour et d'ironie. Il a le don de croquer ses compagnons de route en les rendant tantôt attachants, tantôt détestables mais toujours aussi profondément humains.
Le témoignage de l'auteur est également très émouvant : en tant que lectrice, je n'ai pu m'empêcher de ressentir de l'empathie pour le narrateur, au travers des épreuves qu'il a dû surmonter pour enfin retourner en Italie. Mais, je dois bien avouer que le récit de Primo Levi m'a aussi fait sourire de nombreuses fois car l'auteur n'hésite pas non plus à s'accorder la part belle. En effet, s'il apparaît honnête et intègre au regard de ses camarades, ces derniers peu scrupuleux mais débrouillards, sont beaucoup plus versés dans les combines de vol ou d'escroquerie pour survivre. Je pense ainsi au Grec, Mordo Nahum ou son compatriote Cesare.
En conclusion, La Trêve de Primo Levi est un récit aussi poignant que teinté d'humour. Il est intéressant dans le sens où peu de témoignage sur cette période ne relate les difficiles conditions de retour des survivants dans leur pays d'origine. La plupart s'achève avec la libération des camps comme son ouvrage précédent, Si c'est un homme. Ayant adoré le style d'écriture de l'auteur, je n'hésiterai donc plus à me tourner vers son récit le plus fameux.
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thisou08
  28 septembre 2017
Je poursuis ma découverte de l'oeuvre de Primo Levi avec
« La Trêve ».
Tous ses livres me touchent au coeur.
Les Allemands en fuite ont récupéré tous les hommes valides et abandonné à leur triste sort malades et mourants.
Arrivent les Russes, leurs libérateurs.
Et là commence un feuilleton "abracadabrantesque"
( dixit Jacques Chirac ).
Les Russes ne leur veulent pas de mal, mais semblent assez indifférents à leur sort.
Leur périple les ballotte d'un endroit à l'autre, sans aucune logique, personne ne leur explique quoi que ce soit.
Ils subissent, encore, et cela pendant 35 longs jours.
Parfois, bien logés, bien nourris, parfois, livrés à eux-même et au système D pour survivre.
C'est le chaos total, la guerre a fait beaucoup de dégâts sur les infrastructures ; ponts, rails, routes etc.
Je suis stupéfaite que l'auteur, après un an dans les camps de concentration, ayant contracté différentes maladies non identifiées et, surtout, non soignées, en soit sorti vivant.
Il a pour lui, une grande faculté d'adaptation, une grande résistance physique et psychique.
J'éprouve pour lui, le narrateur, et ses compagnons d'infortune, une grande admiration.
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Gast
  08 février 2011
Manuscrit traitant du retour à la vie de Primo Levi après l'expérience ô combien anormale et inhumaine d'Auschwitz, ce témoignage démarre là où s'arrête "Si c'est un homme". Ainsi, lire les deux coup-sur-coup c'est vivre la descente aux enfers des camps et le retour progressif au sein des vivants après la déportation.
En un sens, ce texte et son prédécesseur sont utiles à mettre en parallèle avec le témoignage de Jorge Semprun, déporté politique à Buchenwald et qui fit de même dans "Le grand voyage" et "L'écriture ou la vie". On y discerne de grands points communs sur la barbarie nazie, sur le processus de déshumanisation, et aussi sur la manière dont la libération de l'esprit fut à ce point plus progressive et faite de petit détail, que celle du corps, immédiate et quelque peu teintée d'incrédulité. Mais d'un autre côté, ces deux témoignages montrent de manière évidente qu'il y eut un degré dans l'horreur vécu que l'on soit juif ou seulement un opposant politique ; deux horreurs, certes, mais celle de Primo Levi va un cran plus loin dans l'inhumain, dans l'abjection.
Néanmoins, et malgré un incipit terrifiant, plus infernal que l'année et demi à Auschwitz décrite dans "Si c'est un homme", ce texte devient vite joyeux, illustrant par là le rebond de la force vitale de ceux que les nazis voulurent effacer de la Terre, et la joyeuse pagaille d'une trêve dans les affaires du monde pour une époque savourant sa victoire sur la barbarie moderne.
Mais à l'instar de Semprun, un texte qui malgré l'esprit festif qu'il décrit, démontre bien que l'accablement lié à la tragédie du lager perdure, et perdurera, tout au long de la vie de l'auteur, victime de cette haine contre nature.
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keisha
  10 janvier 2010
ce document qui commence là où Si c'est un homme s'arrêtait, à la libération du camp de Buna-Monowitz (tout près d'Auschwitz) par l'armée russe en février 1945.
La libération des camps de concentration n'était hélas pas la fin des épreuves, la mort était encore présente, la guerre continuait ailleurs...
Les survivants de l'infirmerie sont pris en charge bien sûr, mais ballottés de lieu en lieu. Primo Levi est malade, affamé, frigorifié.
"Nous avions espéré un voyage bref et sûr, vers un camp équipé pour nous recevoir, vers un succédané acceptable de nos foyers; et cet espoir faisait partie d'un espoir bien plus grand, l'espoir en un monde droit et juste, miraculeusement rétabli sur des fondements naturels après une éternité de bouleversements, d'erreurs et de massacres, après le temps de notre longue patience. C'était un espoir naïf, comme tous ceux qui reposent sur une distinction trop nette entre le bien et le mal, entre le passé et l'avenir : mais nous, nous en tirions la force de vivre. " (...)
" La liberté, l'improbable, l'impossible liberté, si éloignée d'Auschwitz que nous ne la voyions qu'en rêve, était arrivée : mais elle ne nous avait pas menés à la Terre Promise. Elle était autour de nous, mais sous la forme d'une plaine inexorable et déserte. de nouvelles épreuves nous attendaient, de nouvelles peines, de nouvelles faims, de nouveaux froids, de nouvelles peurs."
Primo Levi raconte aussi au moyen de nombreuses anecdotes très vivantes les menus détails quotidiens de leur vie dans de nouveaux camps, les contacts avec les polonais, les russes.
Et arrive (enfin!) la fin de la guerre. l'espoir d'être rapatriés en Italie augment, un convoi démarre vers Odessa... Mais il repart vers le nord et l'attente continue pour des centaines d'hommes, femmes et enfants (mais tous ne venaient pas de camps de concentration)
"Mais les Russes, à la différence des Allemands, ne possédaient que dans une faible mesure le goût des distinctions et des classifications. Quelques jours plus tard, nous étions tous en route vers le nord, vers un but imprécis, de toute façon vers un nouvel exil. Italiens-Roumains et Italiens-italiens, tous dans les mêmes wagons de marchandises, tous le coeur serré, tous livrés à l'indéchiffrable bureaucratie soviétique, puissante, obscure et gigantesque, non point malveillante envers nous, mais soupçonneuse, négligente, ignorante, contradictoire et, dans les faits, aveugle comme une force de la nature."
"L'administration russe s'occupait si peu du camp qu'on aurait douté de son existence : mais elle devait bien exister puisqu'on mangeait tous les jours. En d'autres termes, c'était une bonne administration."
Et c'est seulement à l'automne qu'un convoi les emmène vers l'Italie, via la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, l'Allemagne ...
"En errant dans les rues de Munich pleines de ruines, (...) j'avais l'impression de me promener au milieu de débiteurs insolvables, comme si chacun me devait quelque chose et refusait de me payer. (...) Il me semblait que chacun d'eux aurait dû nous interroger, déchiffrer notre identité sur notre visage et écouter humblement notre récit. Mais personne ne nous regardait dans les yeux, personne n'acceptait le débat; ils étaient sourds, aveugles, muets, retranchés dans leurs ruines comme dans une forteresse d'oubli volontaire..."
Et finalement c'est l'Italie!
"Nous étions partis six cent cinquante, nous revenions trois. Que n'avions-nous perdu pendant ces vingt mois? Qu'allions-nous retrouver chez nous? Quelle partie de nous mêmes avait été usée, consumée? Retournions-nous plus riches ou plus pauvres, plus forts ou plus vains? Nous n'en savions rien (...). Nous sentions couler dans nos veines, mêlé à notre sang exténué, le poison d'Auschwitz. (...) Nous nous sentions vieux de plusieurs siècles (...) Les mois que nous venions de passer à vagabonder aux confins de la civilisation nous apparaissaient maintenant, en dépit de leur rudesse, comme une trêve, une parenthèse de disponibilité infinie."

Primo Levi garde le style sobre de Si c'est un homme pour nous narrer ses aventures tragiques et parfois comiques, il a le don de décrire ces hommes qu'il a rencontrés ou suivis. Il rend bien aussi l'impression d'un immense déplacement de population et de destruction dans les parties de l'Europe qu'il parcourt. C'est bourré d'énergie, d'envie de vivre, de se débrouiller, de s'en tirer. Il faut vraiment découvrir tous les épisodes parfois incroyables de cette véritable odyssée.
Mais on sent aussi que cette expérience pèsera toujours sur lui. Même dès cette époque il ressent déjà quelle sera sans doute la difficulté de la partager.
Est-il nécessaire de préciser que ce livre, lui aussi, doit absolument être lu?
Lire la suite: http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-primo-levi-la-treve-39395309.html#ixzz0cCkjddYu

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frandj
  11 septembre 2015
Beaucoup moins connu que "Si c’est un homme", "La trêve" (livre publié en 1963 sous pseudonyme) constitue sa suite dans l’ordre chronologique. Le récit commence précisément au moment où les soldats soviétiques libèrent le camp où se trouvait Primo Levi (Janvier 1945). La liberté pour lui et ses compagnons ? Théoriquement oui, mais le retour vers l’Italie natale sera extrêmement long: près d’une année, ça parait maintenant incroyable ! Les tribulations des anciens détenus à travers l’Europe orientale sont dangereuses et très compliquées, avec de nombreux incidents absurdes. Certes, les rescapés du camp éprouvent une forme de joie pendant leur voyage. Mais ils restent très profondément blessés par la terreur ignominieuse à laquelle les Nazis les ont soumis. Le retour à la maison n’y change presque rien.
Ce livre, presque aussi sidérant que "Si c’est un homme", montre bien l’ampleur de la dévastation et de la désorganisation, dans l’Europe traumatisée par la seconde guerre mondiale. L’auteur, avec son style sobre et sa volonté de tout dire sans pathos, est un témoin irremplaçable de cette époque effroyable. Mais surtout Primo Levi parvient à nous faire comprendre une chose essentielle: on ne guérit jamais des séquelles de la vie en camp de concentration. Un livre à lire, absolument.
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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
VALENTYNEVALENTYNE   10 mars 2018
Le spectacle de la démobilisation russe que nous avions déjà admiré à Katowice se poursuivait maintenant sous une autre forme, jour après jour, sous nos yeux ; il n’y avait plus de chemin de fer, mais sur la route devant la Maison Rouge, on voyait passer d’ouest en est des lambeaux de l’armée victorieuse, en détachements compacts ou épars à toute heure du jour ou de la nuit. Des hommes passaient à pied, souvent avec leurs chaussures sur l’épaule pour économiser les semelles car la route était longue ; en uniforme ou sans uniforme, avec ou sans armes, certains chantant allègrement, d’autres blafards et épuisés. Certains portaient sur le dos des sacs ou des valises ; d’autres les objets les plus disparates, une chaise rembourrée, un lampadaire, des marmites en cuivre, une radio, une pendule. D’autres défilaient sur des charrettes ou à cheval, d’autres encore en moto, par groupes, ivres de vitesse, dans un fracas infernal. Des autocars Dodge de fabrication américaine passaient bourrés d’hommes jusque sur le coffre et sur les garde-boue. D’autres traînaient à une remorque toute aussi bondée. Nous vîmes une de ces remorques rouler sur trois roues : à la place de la quatrième on avait mis un pin, en position oblique, de façon qu’une extrémité appuie sur le sol en y glissant. Au fur et à mesure elle s’usait, on poussait le tronc un peu plus bas pour maintenir le véhicule en équilibre. Juste avant la Maison Rouge, un des trois pneus survivant s’affaissa ; les occupants, une vingtaine, descendirent, basculèrent la remorque sur le bord du chemin et s’entassèrent à leur tour sur l’autocar déjà bondé qui repartit dans un nuage de poussière tandis que tous criaient Hourra.

Puis, d’autres véhicules insolites, tous surchargés. Des tracteurs agricoles, des fourgons postaux, des autobus allemands anciennement affectés à des lignes urbaines qui portaient encore des plaques avec les noms des terminus de Berlin ; et d’autres au moteur en panne, remorqués par des engins motorisés ou par des chevaux.

Vers les premiers jours d’août, cette migration multiple commença à changer sensiblement de nature. Petit à petit, les chevaux commencèrent à l’emporter sur les moyens de traction mécanique. Une semaine plus tard il n’y avait plus qu’eux : la route leur appartenait. Ce devaient être tous les chevaux de l’Allemagne occupée, par dizaines de milliers chaque jour. Ils passaient interminablement, dans une nuée de mouches et de taons, dans une odeur forte, las, en sueur, affamés ; poussés et stimulés par les cris et les coups de fouet de jeunes filles, une par cent chevaux et plus, à cheval elles aussi sans selle, jambes nues, rouges et échevelées. Le soir, elle poussaient les chevaux dans les prairies et dans les bois sur les bords des routes pour qu’ils puissent paître en liberté et se reposer jusqu’à l’aube. Il y avait des chevaux de trait, des chevaux de course, des mulets, des juments avec leur poulain qui tétait, de vieilles haridelles ankylosées, des ânes ; nous nous aperçûmes bien vite que non seulement ils n’étaient pas comptés mais que leurs gardiennes ne se souciaient pas le moins du monde des bêtes qui quittaient la route fatiguées, malades ou estropiées, ou qui se perdaient durant la nuit. Il y avait tant et tant de chevaux ! Quelle importance s’ il en arrivait à destination un de plus ou un de moins ?

Mais pour nous, à peu près privés de viande depuis dix-huit mois, un cheval de plus ou de moins avait une énorme importance. Le premier à ouvrir la chasse ce fut, naturellement, l’homme de Velletri. Il vint nous réveiller un matin, ensanglanté de la tête aux pieds et tenant encore à la main l’arme élémentaire dont il s’était servi, un éclat d’obus attaché par des courroies au bout d’un bâton à deux pointes.

De l’enquête que nous menâmes (car il ne s’expliquait pas bien oralement) il résulta qu’il avait donné le coup de grâce à un cheval probablement mourant : le pauvre animal avait un aspect plutôt louche : ventre gonflé qui résonnait comme un tambour, bave à la bouche ; il devait avoir rué toute la nuit, en proie à Dieu sait quels tourments car, couché sur le côté il avait creusé avec ses sabots dans l’herbe deux profonds demi-cercles de terre brune. Mais nous le mangeâmes tout de même.

Par la suite plusieurs couples de chasseurs bouchers se constituèrent, qui ne se contentaient plus d’abattre les chevaux malades ou égarés, mais qui choisissaient les plus gras, les faisaient délibérément sortir du troupeau et les abattaient ensuite dans le bois. Ils agissaient de préférence aux premières lueurs de l’aube ; l’un couvrait d’un morceau de tissu les yeux de l’animal et l’autre lui assénait le coup mortel (quand il l’était) sur la nuque.

Ce fut une période d’absurde abondance : il y avait de la viande de cheval pour tout le monde, sans aucune limitation, gratuitement .

Tout au plus les chasseurs demandaient-ils pour un cheval abattu deux ou trois rations de tabac. Partout dans la forêt et, quand il pleuvait, dans les couloirs et sous les escaliers de la Maison Rouge on voyait des hommes et des femmes occupés à cuire d’énormes biftecks de cheval aux champignons sans lesquels, nous autres qui revenions d’Auschwitz, aurions tardé encore bien des mois à retrouver nos forces.
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ColetteColette   29 août 2016
J'avais tous les membres douloureux, le sang battait précipitamment dans mes artères et je sentais la fièvre monter. Mais ce n'était pas tout: comme si une digue s'était ouverte, juste au moment où toute menace semblait s'évanouir, où l'espoir d'un retour à la vie cessait d'être insencé, j'étais en proie à une douleur nouvelle, plus grande, enfouie d'abord aux frontières de la conscience sous d'autres douleurs plus urgentes: celle de l'exil, de la maison lointaine, de la solitude, des amis perdus, de la jeunesse enfuie et de la multitude de cadavres autour de moi.
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NanneNanne   06 janvier 2010
C'est pourquoi, pour nous aussi, l'heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave et emplit nos âmes à la fois de joie et d'un douloureux sentiment de pudeur grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait ; et de peine, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d'assez bon et d'assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l'offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui y avaient assisté, dans les lieux où cela s'était produit et dans les récits que nous en ferions. Car, et c'est là le terrible privilège de notre génération et de mon peuple, personne n'a jamais pu, mieux que nous, saisir le caractère indélébile de l'offense qui s'étend comme une épidémie. Il est absurde de penser que la justice humaine l'efface. C'est une source de mal inépuisable : elle brise l'âme et le corps de ses victimes, les anéantit et les rends abjects [...].
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art-bsurdeart-bsurde   10 septembre 2013
Le comptable Ravi ne devait son poste de chef de camp ni à des élections à la base ni à une investiture russe, mais à une autonomination. Bien que de qualités intellectuelles et morales plutôt indigentes, il possédait dans une très large mesure la vertu qui, sous tous les cieux, est la plus nécessaire à la conquête du pouvoir, c'est-à-dire l'amour du pouvoir pour le pouvoir lui même.
Assister au comportement d'un homme qui agit non selon la raison mais selon ses impulsions profondes est un spectacle d'un intérêt extrême, semblable à celui dont jouit le naturaliste qui étudie les activités d'un animal aux instincts complexes. Ravi avait conquis sa charge en agissant avec la spontanéité atavique de l'araignée qui construit sa toile ; car pas plus que l'araignée sans toile, Ravi ne pouvait vivre sans charge. Il avait tout de suite commencé à tisser : il était foncièrement sot et ne savait pas un mot d'allemand ni de russe mais dès le premier jour il s'était assuré les services d'un interprète, et cérémonieusement présenté devant le commandement soviétique en qualité de plénipotentiaire pour les intérêts italiens.
(...)
Avec une clairvoyance surprenante, c'est-à-dire en vertu d'une tournure d'esprit éminemment complexe et mystérieuse, il avait saisi l'importance, mieux, la nécessité de posséder un uniforme, du moment qu'il avait à faire avec des gens en uniforme. Il s'en était fabriqué un, assez théâtral mais non dépourvu de fantaisie, avec une paire de grosses bottes soviétiques, une casquette de cheminot polonais, une veste et des pantalons dénichés Dieu sait ou qui avaient un air fasciste, et peut-être l'étaient ; il avait fait coudre des écussons au col, des filets dorés sur la casquette, des grecques et des galons sur les manches et s'était couvert la poitrine de médailles.
Du reste, ce n'était pas un tyran ni même pas un mauvais administrateur. Il avait le bon sens de contenir les vexations, les concussions, les abus dans des limites modestes et il possédait pour les paperasses une vocation indéniable. Or, étant donné que les russes étaient curieusement sensibles au charme des paperasses (dont l'éventuelle signification rationnelle leur échappait toutefois) et semblaient aimer la bureaucratie de cet amour platonique et spirituel qui n'arrive pas à la possession et ne la désire pas, Ravi était toléré avec bienveillance, sinon véritablement estimé dans les milieux du commandement. En outre, il était lié par au capitaine Egorov par une paradoxale et incompréhensible sympathie chez ces misanthropes ; car l'un comme l'autre étaient des personnages tristes, graves, dégoûtés, dyspeptiques et dans l'euphorie générale recherchaient l'isolement.
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AelinelAelinel   15 janvier 2017
Le Grec avait changé d’humeur : peut-être avait-il un nouvel accès de fièvre ou, après les affaires satisfaisantes du matin, se sentait-il en vacances. Il se sentait même en veine de bienveillance pédagogique ; au fur et à mesure que les heures passaient, le ton de ses paroles se tempérait peu à peu et parallèlement le rapport qui nous unissait ne cessait de se modifier : de maître-enclave à midi, nous étions titulaire-salarié à une heure, maître-disciple à deux heures et aîné-cadet à trois. (P.54)
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Enquête sur un best-seller pas comme les autres : « Si c’est un homme », de Primo Levi. Le récit autobiographique d’un jeune juif italien qui raconte l’horreur de la déportation à Auschwitz. Une œuvre majeure de la littérature qui a pourtant failli ne jamais voir le jour. Stupéfiant ! vous raconte son histoire.
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