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Jeanne Modigliani (Autre)
ISBN : 2070369544
Éditeur : Gallimard (24/06/1977)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 163 notes)
Résumé :
« Le Christ s'est arrêté à Éboli », disent les paysans de Gabliano, petit village de Lucanie, tellement ils se sentent abandonnés, misérables. L'auteur, antifasciste, a vécu là, en résidence surveillée, de 1935 à 1936. L'histoire de son séjour forcé parmi ces gens frustes et douloureux a été un des grands événements de la littérature italienne.
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  09 novembre 2013
En reclassant ma bibliothèque, avec mon nouvel emménagement, je retrouve ce texte autobiographique qui avait été , il y a très longtemps, une grande émotion. de très nombreuses notes sur les usages, les traditions... dans cette région reculée, dans une période historique, âpre
Jeune médecin turinois, membre du mouvement Justice et Liberté, Carlo Levi est exilé, relégué par les autorités fascistes dans une région reculée, la Basilicate, appelée alors Lucanie. Nous sommes dans les années 1930. Là-bas, la malaria décime la population qui vit déjà dans une misère noire. Levi raconte ce qu'il vit, ce qu'il voit. Il peint avec son pinceau et sa plume le portrait d'une région abandonnée à son triste sort et relate le mode de vie de ses habitants, leurs coutumes, leurs croyances, offrant du même coup un témoignage doublement bouleversant entre l'oeil du médecin et celui de l'écrivain...
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isabellelemest
  03 mai 2013
Italie, annés 30. le fascisme de Mussolini règne sur la péninsule. Carlo Levi, peintre et intellectuel turinois (1902-1975), amis de nombreux artistes comme Pavese ou Modigliani se tourne très naturellement vers un engagement politique anti-fasciste. Cela lui vaut d'être d'abord emprisonné, puis relégué en 1935 dans un village perdu de Lucanie, région déshéritée du Mezzogiorno. La vie au sein cette petite agglomération, nommée Gagliano dans le roman, est pour le citadin et artiste venu du Nord l'occasion d'un choc culturel frontal. Plus que la misère, la désolation et la malaria qui sévissent dans ce petit pays, perdu au milieu de nulle part, habité de quelques notables et d'une majorité de paysans, c'est la différence des mentalités - résignation ancestrale entrecoupée de bouffées de révolte - et de la civilisation, ici pré-chrétienne (ce qui explique le titre), croyant aux esprits, aux bêtes et à la magie, qui frappent son regard attentif et sa sensibilité.
Livre d'un peintre (son activité principale malgré ses études de médecine), le Christ s'est arrêté à Eboli présente d'une série de tableaux très suggestifs et forts qui traduisent son questionnement devant un mode de vie, fruste et archaïque, qu'il n'aurait même jamais imaginé auparavant.
C'est aussi le récit d'un apprivoisement : devant tant de souffrances muettes et de maladies endémiques, l'ancien étudiant en médecine reprend du service pour venir en aide aux familles de paysans. Courtisé par les notables en tant qu'homme cultivé venu de Turin, aimé par les gens simples qu'il soigne et apprend à connaître de mieux en mieux, il n'en vit pas moins dans un tel éloignement de tout ce qui faisait sa vie d'artiste citadin, que la désolation de ces collines arides se communique à lui, et que, malgré ses activités de peintre et de médecin, il finit par souffrir de cette solitude à laquelle rien ne l'avait préparé.
Le roman, dépourvu de trame mais conçu comme une succession de considérations et de descriptions puissantes, comporte une première phase portant sur la découverte de ce monde inconnu et de ses coutumes, puis devient davantage une chronique des événements qui marqueront son auteur pour le reste de sa vie.
La force et la beauté des évocations de ce livre, leur justesse, en font un chef-d'oeuvre devenu un classique, adapté au cinéma par Francesco Rosi.
Lu en V.O.
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michfred
  21 juillet 2015
Un de mes premiers contacts avec la littérature italienne, il y a fort longtemps. Je dois à ce livre mon amour pour l'Italie, son peuple, sa langue, son histoire.
Un choc, donc, et une émotion profonde que j'ai retrouvée en lisant Lessico famigliare de Natalia Ginzburg, dont le mari, Leone Ginzburg, était un des fondateurs du mouvement Justizia et Libertà auquel appartenait aussi Carlo Levi.
Relégué pour anti-fascisme en Basilicate , à Aliano -ou Gagliano, en dialecte- médecin et peintre, Carlo Levi a croqué de tous les moyens qu'il avait à sa disposition ce petit village oublié des dieux- comme l'évoque le titre du récit.
Plein d'empathie, de tendresse parfois amusée mais toujours respectueuse, Carlo Levi a donné la parole à ces oubliés, à ces humbles qui, à leur tour, ont ouvert leurs bras et leur porte à cet intellectuel menacé, que les autorités fascistes avaient assigné à résidence sur leurs terres arides. C'est là que Carlo Levi demandera à être enterré, bien plus tard, en 1975.
Une belle rencontre, un beau livre et de belles toiles.
Une belle adaptation cinématographique aussi, due à Francesco Rosi, avec le regretté Gian Maria Volonte, tout plein d'une sombre flamme...
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stcyr04
  08 mars 2015
Carlo Levi fut mis en résidence surveillée entre 1935 et 1936, pour activité antifasciste, dans un village perdu de Lucanie, terre déshéritée de l’Italie du sud, tellement oubliée et arriérée économiquement, que les paysans pauvres de cette aride terre brûlée par le soleil, ont habitude de dire avec cet air de fatalisme et d’humour triste propre à ses régions, que Christ s’est arrêté à Eboli, en d’autres termes, que sont influence cesse à 150 km de là, au nord-ouest, et que sa bénédiction ne saurait s’étendre à des hommes qu’ont considère comme des pouilleux, à peine plus que des animaux.
Récit autobiographique, au contenu sociologique et ethnologique, agrémenté d'anecdotes suggestives, ce témoignage oscille entre ironie féroce envers le ridicule des prétentions des “autorités” locales fascistes et tendre simplicité avec lesquelles les êtres et les choses sont décrits. On y décèle le regard du médecin de formation qu’il fut, statut qui lui vaudra l’affection auprès de ces humbles paysans dénués de tout. Car il s’agissait alors de vivre dans des conditions effroyables : la malaria sévissait régulièrement, comme d’autres infections tel que le trachome. Malnutrition, rachitisme, sont les lots de quiconque vit sur ces terres argileuses, stériles et enclines aux éboulement périodiques. Les calamités sont aggravés par le fatalisme de l’âme méridionale, bercée de mysticisme et de superstition, où le christianisme est pénétré d’un paganisme chtonien immémorial : les légendes de sorcières, de gnomes, de filtres bienfaisants et néfastes sont le fond des croyances populaires. Le fascisme n’y était implanté que dans la petite et moyenne bourgeoisie, alors que pour les paysans, c’était un mal inévitable, venu de ces messieurs de Rome, une autre des calamités qui frappaient leur vie depuis des générations et qu’il fallait bien patiemment supporter. Dans cette atmosphère désespérante d’ennui, de fatalisme et d’incurie, de haines et de rancœurs sourdes entre les “galantuomini”, propriétaires terriens et bourgeois, et les “cafoni”, paysans pouilleux, les villages se vident de leurs hommes, qui partent, qui vers le nord, qui vers l’eldorado de l’Amérique, et les robustes femmes, en une société matriarcale, assument les tâches dévolues traditionnellement aux hommes.
Ce récit poignant, édité une décennie après les événements relatés, est passionnant à bien des égards, notamment lorsque son auteur traite des données historiques du brigandage, issu de la civilisation paysage, sans état et sans armée, ainsi que des problèmes quasiment insolubles qui font obstacles au développement économique, social et culturel de l’Italie méridionale.
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Pirouette0001
  10 mai 2015
Récit autobiographique du confinement auquel a été réduit l'auteur, en 1935 et 1936, pour prises de position contraire au régime fasciste. L'auteur en a terminé la rédaction en 1944.
Cela pouvait être pire, me direz-vous, que de se retrouver dans le grand sud chez les Meridionali comme les Italiens du Nord les appellent. C'est une vie ardue et pourtant bonne à vivre que l'auteur nous décrit. Il nous fait véritablement aimer ce Sud qui semble être resté primitif, privé des dieux et du Christ.
Quelle belle langue, qu'il faut goûter avec parcimonie, le temps de se laisser imprégner de la chaleur, de la poussière ou, au contraire, du vent sableux de là-bas où rien n'est vert, où rien ne pousse.
Un grand coup de coeur, assurément.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
MahaDeeMahaDee   10 avril 2017
Plusieurs années se sont écoulées, chargées de guerre et de ce qu'on appelle histoire. Ballotté çà et là par le hasard, je n'ai pu, jusqu'à présent, tenir la promesse que j'avais faite, en les quittant, à mes paysans, de revenir parmi eux, et je ne sais si je ne pourrais jamais le faire. Enfermé dans une pièce, monde clos, il m’est pourtant agréable de retourner en souvenir dans cet autre monde que resserrent la douceur et les coutumes, ce monde en marge de l'histoire et de l'État, éternellement passif, cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l'éloignement, sa vie immobile sur un sol aride, en face de la mort.
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s'est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme - et ce proverbe que j'ai entendu répéter si souvent n'est peut-être dans leur bouche que l'expression désolée d'un complexe d'infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, des bêtes de somme, encore moins que des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l'horizon, et en supporter le poids et la comparaison.
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zizzazizza   27 septembre 2014
Sono passati molti anni, pieni di guerra, e di quello che si usa chiamare la Storia. Spinto qua e là alla ventura, non ho potuto finora mantenere la promessa fatta, lasciandoli, ai miei contadini, di tornare fra loro, e non so davvero se e quando potrò mai mantenerla. Ma, chiuso in una stanza, e in un mondo chiuso, mi è grato riandare con la memoria a quell'altro mondo, serrato nel dolore e negli usi, negato alla Storia e allo Stato, eternamente paziente; a quella mia terra senza conforto e dolcezza, dove il contadino vive, nella miseria e nella lontananza, la sua immobile civiltà, su un suolo arido, nella presenza della morte.
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michelekastnermichelekastner   18 août 2014
Cette fraternité passive, cette souffrance en commun, cette patience résignée, solidaire et séculaire est le sentiment profond qui unit les paysans, lien non pas religieux mais naturel. Ils n'ont pas et ne peuvent pas avoir ce qu'on appelle une conscience politique, parce qu'ils sont, dans toute l'acceptation du terme, païens et non pas citoyens ; les dieux de l'etat et de la ville ne peuvent avoir leur culte dans ces argiles ù règnent le loup et l'antique et noir sanglier, où aucun mur ne sépare le monde des hommes de celui des bêtes et des esprits, ni les frondaisons visibles des arbres des sombres racines souterraines. Il ne peut y avoir non plus de véritable conscience individuelle là où tout est lié à tout par des influences réciproques et insensibles, là où n'existent pas de limites que ne puisse briser une influence magique. Ils vivent immergés dans un monde sans déterminations, où l'homme ne se distingue pas de son soleil, de sa bête, de sa malaria ; là ne peuvent exister ni le bonheur, tel que le rêvent quelques hommes de lettres paganisants, ni l'espérance, qui sont toujours des sentiments individuels ; seule y règne la sombre passivité d'une nature douloureuse. Mais ce qui est vivant en eux, c'est le sentiment humain d'une destinée commune, et une commune acceptation. C'est un sentiment et non un acte de conscience ; il ne s'exprime pas par des discours ou par des mots, mais on le porte avec soi, constamment, dans tous les gestes de la vie, dans toutes les journées égales qui s'étendent sur ces déserts.
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Aurel82Aurel82   04 janvier 2018
Ce vieux avait un pouvoir mystérieux, il était en rapport avec les forces souterraines, il connaissait les esprits, il domptait les animaux. Son ancien métier, avant que les années et les péripéties l'aient fixé ici à Gagliano, était charmeur de loups. Il pouvait, à volonté, faire descendre les loups au village, ou les éloigner : ces bêtes sauvages ne pouvaient lui résister et devaient suivre sa volonté. On racontait que quand il était jeune, il allait de village en village dans ces montagnes, suivi de hordes de loups féroces. Voilà pourquoi il était craint et honoré.
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isabellelemestisabellelemest   17 avril 2013
Giulia était une femme grande et belle, avec une taille fine comme celle d'une amphore, entre la poitrine et les flancs robustes. Elle devait avoir eu, dans sa jeunesse, une espèce de beauté barbare et solennelle. Son visage était désormais ridé par les ans et rendu jaune par la malaria, mais il restait des signes de sa grâce antique dans sa structure sévère, comme dans les murs d'un temple classique, qui a perdu les marbres qui le décoraient, mais conserve intactes sa forme et ses proportions.
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Video de Carlo Levi (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carlo Levi
Les premières minutes du film de Francesco Rosi d'après Le Christ s'est arrêté à Eboli". On y voit quelques peintures de Carlo Levi. (en italien)
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