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Roland Stragliati (Traducteur)
EAN : 9782264034861
379 pages
Éditeur : 10-18 (01/03/2002)
4.07/5   51 notes
Résumé :
De 1943 à 1945, durant les deux dernières années de la guerre, une poignée d'hommes et de femmes ont parcouru toute l'Europe, depuis la Biélorussie jusqu'à Milan.
Pour fuir ? Non, pour se battre. Juifs russes et polonais, ils allaient conquérir au péril de leur vie une dignité nouvelle. Derrière eux, ils laissaient les ghettos, le souvenir des anciens pogroms, de familles exterminées par les nazis. Devant les attendait la Palestine.
Certes, il faudrait... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
araucaria
  25 août 2016
Primo Levi s'est inspiré de faits réels pour écrire ce roman. Il s'est appuyé sur une sérieuse bibliographie et le témoignage d'un ami qui, à Milan à l'été 1945, avait travaillé au Bureau d'assistance, venant en aide aux réfugiés. Un roman qui raconte la longue marche d'un groupe de partisans essentiellement composé de juifs partis de Biélorussie jusqu'à Milan, avec l'idée de se rendre en Palestine. Un livre fort, bien écrit, mais qui m'a moins émue que les récits du même auteur. "Si c'est un homme" et "La trêve" ont un impact bien plus important, car ces deux textes ne font que raconter la vérité, mais une vérité dérangeante tant elle est horrible.
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gege1968
  14 novembre 2020
Maintenant ou jamais raconte l'histoire d'un groupe de Juifs russes qui, pour diverses raisons, se retrouvent derrière les lignes allemandes dans l'Est de l'Europe de juillet 1943 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Certains d'entre eux vont se joindre à des groupes de partisans soutenus par l'Union soviétique et mener des opérations de lutte contre les Allemands ; d'autres essaient, autant que possible, de survivre au jour le jour, confrontés à la faim et au froid pendant les longs hivers. Si plusieurs d'entre eux se montrent capables de travailler en équipe ou en communauté, d'autres supportent difficilement les souvenirs de leurs expériences, ce qui les conduit à se replier sur eux-mêmes, voire à tout laisser tomber. Les autres se lient pour former comme une nouvelle famille qui prend la place de celle qu'ils ont perdue. L'histoire raconte le conflit mental auquel tous confrontés : sont-ils des soldats de l'Armée rouge ou bien des Juifs abandonnés contre qui le monde s'est ligué ?
Ce roman est l'une des dernières oeuvres de Primo Levi, qui s'est basé non seulement sur son expérience personnelle, mais également sur des conversations qu'il a eues avec d'autres personnes, soit dans les camps de concentration soit, plus tard, lors de son retour en Italie, et sur d'autres publications concernant les expériences de partisans juifs opérant derrière les lignes ennemies sur le front russe. Levi avait lui-même rejoint un groupe de partisans en 1943, mais c'était en Italie. Il avait rapidement été capturé et déporté à Auschwitz.
L'intrigue et les personnages sont fictifs, mais, comme l'auteur l'écrit lui-même, les événements relatés sont plausibles. Ce qui fait de ce livre plus qu'une simple histoire de guerre, c'est la richesse des personnages, dessinés avec sympathie, humour et sans aucune trace de sentimentalisme. le chef des partisans, un homme d'un grand charisme et un brillant décideur, comprend que dans la forêt, entourés d'ennemis, le moral de ses compagnons est fragile. Dans ces conditions, son violon devient presque aussi essentiel pour la survie du groupe que son arme. Primo Levi s'est efforcé de rendre son histoire aussi authentique que possible : aucun des personnages n'est un parangon de vertu ; tous sont des gens ordinaires, imparfaits, contraints de puiser au tréfonds de leur être le courage de se battre un jour de plus. La survie du groupe repose avant tout sur la loyauté absolue des uns envers les autres. Même quand la guerre se termine et que leurs vies ne sont plus en danger, les membres du groupe partagent un destin commun dans lequel le sort de l'un est le sort de tous.
C'est un récit captivant sur le courage des partisans sur le front de l'Est pendant la Seconde Guerre mondiale, un livre très difficile à poser une fois qu'on l'a commencé. Ce n'est pas un ouvrage sur l'Holocauste ; c'est un livre d'espoir, et non de désespoir. Une histoire de la résistance juive aux accents universels.
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Gast
  22 mars 2011
Histoire atypique que ce livre, sur une page de la seconde guerre mondiale peu médiatisée : la guerre des partisans telle que menée, derrière les lignes du front de l'Est, par l'Union Soviétique. Ce récit montre bien comment cette guerre là, anonyme, obscure et tapie dans l'ombre fut au départ une tentative désespérée de briser la machine de guerre nazie anéantissant l'Armée Rouge par corps d'amées entiers. Ce n'est que bien plus tard que ces soldats Soviétiques esseulés passère de la lutte désespérée au combat planifié. La lutte contre l'effondrement programmé avait changé de camp. A cela, Primo Levi rajoute un élément : la judaité de ses combattants qui peu à peu, de Soviétiques, deviennent apatrides et annoncent Israël.
Roman important donc ! Pour la vision positive et organisée qu'il donne du combat soviétique durant la Grande Guerre Patriotique ; mais surtout, car il démontre de manière exemplaire combien les juifs ne se sont pas laissé assassiné sans combattre, sans essayer du moins, avec les moyens du bord et l'antisémitisme ambiant, si bien ancré dans les population qu'il eut l'occasion de s'exprimer sur ce groupe de combattants juifs alors que l'Allemagne capitulait ; et qu'il suintait des pores de la peau de nombre de ceux croisés par ces partisans. Là où les nazis assassinaient, leurs ennemis Russes ou Polonais se limitaient à mépriser, mais les rouages racistes restaient là.
Une belle histoire, une épopée originale pour un livre qui permet de remettre en perspective nombre des réflexes d'exclusion ayant amené certains à commettre l'un des pire crime du XXe siècle.
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DanielGauthier
  10 mars 2010
Un Juif russe, rescapé de l'Armée rouge, se retrouve derrière les lignes allemandes en 1943.
Il rejoint des maquis soviétiques, qui se méfient de lui (parce que juif) et le rejettent. Il finit par s'intégrer à un groupe de partisans à 100 % juif (ou presque), qui combattra les nazis en Russie et Pologne, avant de rejoindre les lignes alliées en 45...
Telle est l'histoire que nous raconte Primo Levi - à partir de documents historiques.
Témoignages de mondes qui ont réellement existé, remplies d'anecdotes extraordinaires, de réflexions en tout genre, de rebondissements et de retournements de situation dignes d'un polar ou d'un western, j'ai lu ces presque 400 pages d'une seule traite, parcouru de petits frissons de plaisir.
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jfponge
  02 août 2015
Au cours de la seconde guerre mondiale, lorsque les allemands ont commencé à être boutés hors de Russie par l'Armée Rouge, un groupe de partisans juifs, venus d'horizons divers mais réunis par une langue commune, le yiddish, tente de survivre et de franchir le front. Ayant tout perdu, ces hommes et ces femmes sont réunis par un unique espoir : rejoindre la Palestine. À travers une Europe exsangue ils vont devoir braver tous les dangers, la méfiance des communistes russes, l'hostilité des polonais, puis des allemands vaincus, jusqu'en Italie, d'où ils pourront (peut-être) gagner la Terre Promise. Au cours de cette errance de deux années, qui voit certains partir (au sens propre comme au sens figuré), d'autres les rejoindre, se révèlent les rapports humains, dans toute leur richesse et, parfois, leur violence. À la fois huis-clos et road-movie, "Maintenant ou jamais" constitue un témoignage unique sur les dernières années de la guerre la plus mortelle que l'Europe ait jamais connue, et un message humaniste d'une portée universelle.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
araucariaaraucaria   18 août 2016
Aux juifs qui désiraient une terre vraiment à eux, où ils pourraient s'organiser et vivre suivant leurs traditions, Staline avait offert une partie désolée de la Sibérie orientale, le Birobidjan : à prendre ou à laisser, que ceux qui veulent vivre en juifs aillent en Sibérie; s'il y en a qui refusent la Sibérie, cela veut dire qu'ils préfèrent être russes. Il n'y avait pas d'autres solutions. Mais que doit et peut faire un juif qui voudrait être russe, si les Russes lui ferment les portes de l'université, l'appellent "yid", l'excitent contre les fauteurs de pogroms, et signent un traité d'alliance avec Hitler? Rien, il ne peut rien faire, surtout quand c'est une femme. Line était restée à Tchernigov, les Allemands étaient arrivés et avaient enfermé les juifs dans le ghetto : elle y avait retrouvé quelques-uns de ses amis sionistes de Kiev. Avec eux, et cette fois avec aussi le concours des partisans soviétiques, elle avait acheté des armes, pas beaucoup et peu adéquates, et elle avait appris à s'en servir. Line avait peu de goût pour les théories : dans le ghetto, elle avait souffert de la faim, du froid et de la fatigue, mais elle avait senti que ses différents "moi" s'unifiaient. La femme, la juive, la sioniste et la communiste s'étaient fondues en une seule Line qui n'avait qu'un seul ennemi.
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araucariaaraucaria   13 août 2016
Et si tu veux savoir comment il s'appelle, mon village, il s'appelle Strelka, comme tout un tas d'autres patelins; et si tu veux savoir où c'est, je te dirai que ce n'est pas loin d'ici, ou plutôt que "ce n'était", parce que ce Strelka-là n'existe plus. La moitié des habitants s'est égaillée dans la campagne et dans les bois, les autres sont dans une fosse, et ils n'y sont pas à l'étroit, parce que beaucoup étaient déjà morts avant d'y être jetés. Dans une fosse,oui; ils ont dû la creuser eux-mêmes, les juifs de Strelka; mais dans la fosse, il y a aussi des chrétiens, et entre-eux, maintenant, il n'y a pas tellement de différence. Il faut que tu saches que moi qui te parle, moi, Mendel l'horloger qui réparais les horloges du kolkhoze, j'avais une femme, et qu'elle est dans la fosse, elle aussi; il faut que je te dise que je m'estime heureux de ne pas avoir eu d'enfants. Il faut encore que tu saches que ce village qui n'existe plus, je l'ai maudit plus d'une fois, parce que c'était un village de canards et de chèvres, et qu'il y avait une église et une synagogue mais pas de cinéma; et maintenant, quand j'y repense, cela me semble le Paradis terrestre et je me couperais bien une main pour que le temps fasse marche arrière et que tout redevienne comme avant.
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araucariaaraucaria   22 août 2016
(...) Le lager ne devait pas être très éloigné; ils le découvrirent effectivement à trois kilomètres de là, au fond d'une sorte de cuvette. Il ne ressemblait pas aux autres enceintes barbelées qu'ils avaient déjà vues. La clôture en était double, avec un large couloir entre les deux carrés de fils barbelés; les baraques étaient peintes de couleurs qui les camouflaient : il y en avait quatre, pas très grandes, sur chacun des quatre côtés d'une sorte d'esplanade, du milieu de laquelle s'élevait une colonne de fumée noire. A l'extérieur des barbelés se dressaient deux miradors en bois et une petite villa blanche.
- Approchons-nous, dit Gédal.
Les collines entourant le lager étaient couvertes de forêts et on pouvait avancer sans risques. Ils descendirent prudemment, tombèrent sur une clôture de barbelés rouillés, la suivirent durant un moment et virent une guérite en planches. La porte en était ouverte, et il n'y avait personne à l'intérieur.
- Rien que des mégots, dit Mottel qui avait jeté un coup d'oeil.
Il ne fut pas difficile de couper les barbelés; ils recommencèrent à descendre, mais s'immobilisèrent, pétrifiés : le vent avait tourné, la fumée venait maintenant de leur côté, et ils en sentirent tous l'odeur au même instant : une odeur de chair brûlée.
- Tout est fini, dit Gédal. On est arrivés trop tard.
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araucariaaraucaria   18 août 2016
Elle ne parlait jamais de son père. Elle se faisait raconter par Dov des histoires de chasse dans la forêt, les ruses du lynx, la stratégie des loups en bandes, les aguets du tigre en Sibérie. Au village de Dov, Mutoraï-sur-la-Toungouska, distant de trois mille kilomètres, l'hiver durait neuf mois, et à un mètre de profondeur la terre ne dégelait jamais, mais Dov en parlait avec nostalgie. Là-bas, qui n'était pas chasseur n'était pas un homme. Mutoraï était un village unique au monde. En 1908, quand il avait 10 ans, une étoile, ou un météore, ou une comète, était tombé quatre-vingt kilomètres plus loin; des savants étaient venus de toutes les parties du monde, mais personne n'avait éclairci le mystère. Il se souvenait bien de ce jour-là : le ciel était serein, mais il y avait eu une explosion, comme le grondement de cent tonnerres, la forêt avait flambé, au point que la fumée avait obscurci le soleil. Un cratère énorme s'était ouvert, et dans un rayon de soixante kilomètres tous les arbres étaient calcinés ou avaient été abattus. C'était l'été, et l'incendie s'était vraiment éteint aux portes du village.
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araucariaaraucaria   13 août 2016
- Dans mon village, il n'y avait pas beaucoup d'horloges. Il y en avait une sur le clocher, mais elle était arrêtée depuis je ne sais combien d'années, peut-être bien depuis la révolution : moi, je ne l'ai jamais vue marcher, et mon père disait que lui non plus. Même le sonneur n'avait pas de pendule ni de montre.
- Comment il faisait alors pour sonner les cloches à l'heure juste?
- Il écoutait l'heure à la radio et il se réglait sur le soleil et sur la lune. Du reste, il ne sonnait pas toutes les heures, mais seulement celles qui étaient importantes. La corde de la cloche s'était rompue deux ans avant que la guerre n'éclate : elle s'était cassée tout en haut, le petit escalier était pourri, le sonneur était vieux et il avait peur de monter la remplacer par une neuve. Alors, depuis ce temps-là, il marquait les heures en tirant en l'air avec son fusil de chasse : un, deux, trois, quatre coups. Et ça a duré jusqu'à ce que les Allemands arrivent; ils lui ont pris son fusil et la ville est restée sans heures.
- Il tirait aussi la nuit, ton sonneur?
- Non, mais la nuit il n'avait même jamais sonné les cloches. La nuit on dormait, et il n'y avait pas besoin d'entendre les heures. Le seul qui y tenait vraiment, c'était le rabbin : lui, il devait connaître l'heure exacte pour savoir quand commençait et finissait le Sabbat. Mais il n'avait pas besoin de cloches, il avait une pendule et un réveil...
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Vidéo de Primo Levi
La honte est devenue le sentiment dominant de notre époque. Trois impératifs traversent en effet nos sociétés contemporaines : « N'ai plus honte de toi-même ! », « Il n'y a plus de honte ! », « Honte sur vous ! ». Chacun d'eux dessine une figure particulière de la honte. Premièrement, la honte-tristesse qui replie chacun sur une intimité douloureuse et muette (dénigrements sociaux, traumatismes infantiles, mésestime de soi, etc.), ruine la vie et interdit de goûter au bonheur de vivre. « Quel est le sceau de la liberté conquise ? Ne plus avoir honte de soi-même. » (Nietzsche) Deuxièmement, la honte-retenue qui modère les élans, instaure un ordre et une harmonie intérieurs, structure le rapport à soi et aux autres, prévient le chaos existentiel. « La honte est le principe directeur de l'homme de bien. » (Platon). Troisièmement, la honte-colère qui soulève notre indignation, encourage les solidarités, excite notre imagination politique. « La honte est un sentiment révolutionnaire. »(Marx) Ce sont ces trois dimensions que Frédéric Gros explore en convoquant les grands écrivains et penseurs de la honte (Camus, Kafka, Baldwin, Primo Levi, Deleuze, etc.).

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