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EAN : 9782253053514
346 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 49 notes)
Résumé :
" On conviendra aisément qu'il importe au plus haut point de savoir si l'on n'est pas dupe de la morale. La lucidité - ouverture de l'esprit sur le vrai - ne consiste-t-elle pas à entrevoir la possibilité permanente de la guerre ?
L'état de guerre suspend la morale; il dépouille les institutions et les obligations éternelles de leur éternité et, dès lors, annule, dans le provisoire, les inconditionnels impératifs. Il projette d'avance son ombre sur les actes ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  24 décembre 2015
Je n'ai pas réussi à achever cette lecture au-delà de la page 90. Ce n'est pas grave. Ça arrive tous les jours, tout le temps. On croise quelqu'un dans la rue, on ne le regarde même pas, on n'imagine pas qu'il puisse avoir quelque chose d'intéressant à nous dire et on continue notre route sans y penser. C'est normal. On n'a pas que ça à faire. Il faudrait passer une vie à rencontrer des gens et à discuter si on ne voulait rien manquer. Et quand il s'agit de manquer un livre, on ne devrait pas trouver ça plus grave que de louper des rencontres.

Moi, j'étais comme une étrangère qui parle mal la langue et qui aurait rencontré Emmanuel Lévinas, gentleman tiré à quatre épingles, s'écoutant parler dans une grammaire et une syntaxe boursouflées de philo. Je n'ai saisi que les idées qui m'ont semblé pas dégueulasses parmi le reste d'incompréhensible. J'ai préféré les petites unités au gros système paralysé. Et je suis partie au milieu de la conversation, plantant là le vieux monsieur aux tempes grises dans son décor précieux de dînettes pendant que des missiles frappaient contre les fenêtres. Oui, ça parle un peu de guerre.

Ce que je retiens de ces 90 premières pages, c'est l'idée du visage. Emmanuel n'a pas inventé l'eau chaude, mais il a inventé une manière de se frotter avec pour s'enlever la crasse. Emmanuel nous dit que le visage, c'est l'Autre, ça ne s'exprime pas. Alors, bien sûr, on trouve ça drôle puis injurieux de voir Emmanuel s'acharner avec de grands mots pour nous faire la causette de ce qui ne peut pas s'exprimer, mais il fallait peut-être en passer par-là. Tout le monde a le droit de porter avec lui ce petit côté shizoïde qui permet de s'envoyer foutre de temps en temps. Ce que j'ai compris de cette théorie du visage c'est que si tu sors de toi-même lorsque tu rencontres le visage de l'autre, c'est normal, il ne faut pas s'inquiéter et il faut être prêt à abandonner toute opinion ou autre idée de cohérence narcissique si le besoin s'en impose. La rencontre avec l'autre, par le biais du visage, préfigure en somme notre rencontre avec le sens de la vie. En plus médiocre. Ici comme là, il faudra se défaire de tout ce qu'on croyait être soi pour connaître l'absolu d'une expérience de l'instant.

Cette idée de visage est bien jolie mais, comme j'en parlais là-haut, Emmanuel ne peut pas s'empêcher d'étendre ensuite cette question à celle de la guerre. Ce n'est pas de sa faute, le livre a été publié dans les années 70 et la question de la guerre armée et frontale était encore légitime. D'une façon un peu idéaliste, Emmanuel affirme que le visage, lorsqu'il surgit dans le contexte de la guerre, devrait nous conduire à baisser les armes. J'ai rêvassé à d'autres choses pendant la suite du développement et je ne sais plus vraiment comment s'est démerdé Emmanuel pour se justifier. Peut-être voulait-il dire que cela ne se produisait jamais, en fait, l'illumination du visage juste avant de tuer le mec ; peut-être voulait-il dire qu'en cas de guerre, tout le monde abandonne son visage (son soi) ou se force à ne pas le reconnaître sur son adversaire supposé. Une forme d'aliénation empêcherait alors que la rencontre véritable ne se produise. Dans la vie quotidienne, nous poursuivons aussi des guerres frontales moins manifestes, aux conséquences sociales cependant comparables.

Il faut s'en doute s'être tapé Heidegger, Hegel et Husserl pour comprendre tout ça. J'y reviendrais peut-être plus tard, ou jamais si mort s'en suit.
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ow
  18 octobre 2013
l'autre, ce fameux autre sans lequel un moi aurait du mal à se déployer, un je figurant un autre ? Laisser ceci à Arthur. Grosso modo, établir un petit mot sur un tel ouvrage, représente une entreprise risquée et un tantinet puéril.Sans aller jusqu'au témoignage de mauvais goût, puisqu'il figure de bon ton, ici, sur un tel site, de rendre compte d'une appréciation histoire de faire connaître à un...autre...un autre ce qu'un...autre, encore un autre, une autre, même chose, houlà, compliqué tout ça..Faut suivre bordel ! Juste suivre, faire un petit effort. Reprendre: je reprend. Moi, sans toi lecteur, je n'existe pas. Toi, sans moi, tu n'existe pas. Non. Nous, sans nous, nous ...nous quoi ?...Bah, on l'a dans l'os pardi...dans l'os.Ensemble, nous nous transcendons, atteignons à la transcendance. L'autre me permettra s'il ne m'ignore pas, comme aujourd'hui,( époque où chacun aime bien en nier un autre et ne s'adresser qu'à des gens jouissant d'un passe-droit chez lui, l'autre, oust ! du balai ! ailleurs ! va mendier ailleurs ! de l'air !) Pas de présence de cet autre, un autre, un étranger qui, selon Lévinas, représenterai à travers sa présence, une possibilité de transcendance: l'altérité même. Ceci, d'après un rapport lié au visage. D'où une fameuse phrase de Baudrillard: le regard de l'autre m'oblige...m'oblige à quoi ? A compléter. Ne pas le tuer ? Baisser le mien ? le regarder pardi, le prendre en considération. Là, invitation à parcourir les belles pages sur la visagéïté de Lévinas. Oui, on peut parler de belles pages en philosophie. Au fond, sans nous, il n'y a pas de toi, sans toi, il n'y a pas de moi, sans moi, il n'y a pas de nous ainsi de suite. Tel une elliptique du langage, tous dépendrons jusqu'à complète disparition de la vie sur notre planète(aux dernières nouvelles, il fera près de 300 degrés d'ici un milliards et demi d'années, ça laisse rêveur autant de connaissance, la Méditerranée aura disparue, mais je m'égare). Tout ça pour écrire qu'avant ces temps lointains, longtemps avant, un jour, un homme, philosophe de ses états, vers 1940, un ex-élève d'Edmond Husserl, créateur d'un courant philosophique nommé la phénoménologie, un ex-élève, également inspiré par la phénoménologie, écrira un livre sur l'altérité. Livre aujourd'hui, appréciable à lire. Début ardu, après, cela va mieux. Pas obligé de tout lire. L'auteur de ces lignes n'a pas encore tout lu. Ici, j'en profite pour signaler une chose: il n'y a aucune obligation à lire intégralement un ouvrage de philosophie. Mieux vaudra lire doucement un peu et y réfléchir, confronté ce que l'on a compris en l'introduisant dans son rapport au monde (la philosophie parle de problèmes quotidiens, y faut juste faire un effort pour commencer à le deviner, après, plus on comprendra, plus on mesura l'importance d'un philosophe) . Et Lévinas représente une des derniers philosophe de la moralité. Un moraliste des hauts plateaux. Il nous propose une sorte d'eschatologie de la paix. Suffit, place au maître, avec totalité et infini, vous avez entre les mains un grand texte de philosophie. L'auteur de ces lignes se rend compte à quel point il n'en parle pas en grand spécialiste, mais bien se rappeler, règle d'or en philosophie, spécialiste, pas spécialiste, rien ne vaudra jamais une lecture directe, sans passer par la digestion d'un autre.
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karkarot
  21 octobre 2019
Totalité et Infini: un titre fabuleux, ronflant et incompréhensible.
Qui en effet, peut prétendre à disserter sur un sujet pareil.
Lévinas.
J'ai mis deux ans à lire cet "essai sur l'extériorité".
Il fait moins de 350 pages, mais quelle densité énorme à chaque phrase, à chaque subordonnée !
Après avoir commencé et buté sur les 70 premières pages, qui sont de l'aveu même de l'auteur un peu rudes et austères, j'ai repris la lecture un an et demi après pour réussir à l'achever.
Il me faudra sûrement le relire un jour pour essayer d'en dire quelque chose d'intelligent.
Levinas entreprend en effet de refonder la philosophie et la métaphysique. Et quand il dit refonder, il reprend toutes les bases. Fini les pythagoriciens, les platoniciens et les présocratiques ! Fini le talmud et la bible, fini Jésus ! Et de fait, si on ne connait rien à la philosophie européenne moderne, ce n'est pas la peine de se pencher sur ce livre ; il faut déjà maîtriser un peu Husserl, Hegel, Kant et Heidegger pour que certains concepts vous parlent et soit devant vos yeux éberlués utilisés puis détruits.
Si je peux essayer de résumer le livre: la base de l'infini est la relation à autrui à travers le Visage (concept longuement décrit), et c'est aussi la base de la morale, de l'éthique: telle doit être la base de la philosophie et de la vie.
A lire, mais en s'accrochant terriblement !
De plus, l'édition LGF contient encore des fautes (grammaire, syntaxe, coquilles) qui n'aident pas à se saisir du texte déjà ardu...
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seekTheTwelve
  14 août 2019
Livre d'une beauté indicible et d'une grande technicité. À moins d'avoir un bagage philosophique suffisant, je déconseille une lecture linéaire (cela tient, par ailleurs, pour à peu près n'importe quel ouvrage philosophique sérieux). Notez que cet essai, chronologiquement parlant, n'est pas le premier de Levinas, et qu'il est hautement préférable de commencer par ses ouvrages moins abouties et par conséquent moins denses (par exemple, "Le Temps et l'Autre", essai relativement court et très compréhensible). Cependant, il constitue le point de référence par excellence de la pensée lévinasienne. Aussi, je ne saurais que vous conseiller de lire les quelques premières dizaines de pages, de vous empreindre de l'idée majeure de ces dernières, pour ensuite en venir à des ouvrages plus accessibles de Levinas (Ethique et Infini, Altérité et Transcendance, L'Humanisme de l'Autre homme etc.). Revenez-y ensuite pour approfondir votre compréhension de ce penseur exceptionnel.
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courgette
  30 juin 2010
Lévinas était l'homme le plus intelligent du monde.
Au début du livre est exposée la désespérante vérité : toujours on voit la possibilité de la guerre. Mais alors, comment la morale est-elle possible, elle que la guerre rend proprement dérisoire ?
Je parlerai de la suite quand j'aurai mieux compris.
Par rapport à Liberté et Commandement, Lévinas explicite le rapport à l'autre, les notions de "face", d'extériorité,etc.
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Citations et extraits (50) Voir plus Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   18 juin 2015
L'extériorité, comme essence de l'être, signifie la résistance de la multiplicité sociale à la logique qui totalise le multiple . Pour cette logique, la multiplicité est une déchéance de l'Un ou de l'Infini, une diminution dans l'être que chacun des êtres multiples aurait à surmonter pour revenir du multiple à l'Un, du fini à l'Infini . La métaphysique, le rapport avec l'extériorité c' est-à-dire avec la supériorité indique, par contre, que le rapport entre le fini et l'infini, ne consiste pas, pour le fini, à s'absorber dans ce qui lui fait face, mais à demeurer dans son être propre, à s'y tenir, à agir ici-bas. Le bonheur austère de la bonté invertirait son sens et se pervertirait s'il nous confondait avec Dieu. Comprendre l'être comme extériorité rompre avec l'exister panoramique de l'être et avec la totalité où elle se produit permet de comprendre le sens du fini, sans que sa limitation, au sein de l'infini, exige une incompréhensible déchéance de l'infini; sans que la finitude consiste en une nostalgie de l'infini, en un mal du retour. Poser l'être comme extériorité, c'est apercevoir l'infini comme le Désir de l'infini, et par là, comprendre que la production de l'infini appelle la séparation, la production de l'arbitraire absolu du moi ou de l'origine.

Les traits de la limitation et de la finitude que prend la séparation, ne consacrent pas un simple « moins », intelligible à partir de l'« infiniment plus » et de la plénitude sans défaillance de l'infini ; ils assurent le débordement même de l'infini ou, pour le dire concrètement, de tout le surplus par rapport à l'être de tout le Bien qui se produit dans la relation sociale. A partir de ce Bien, le négatif du fini doit être compris. La relation sociale engendre ce surplus du Bien sur l'être, de la multiplicité sur l'Un. Elle ne consiste pas à reconstituer, comme dans le mythe du Banquet, le tout de l'être parfait dont parle Aristophane : ni en se replongeant dans le tout et, en abdiquant dans l'intemporel, ni en conquérant le tout par l'histoire. L'aventure qu'ouvre la séparation est absolument nouvelle par rapport à la béatitude de l'Un et à sa fameuse liberté qui consiste à nier ou à absorber l'Autre pour ne rien rencontrer. Un Bien par-delà l’Être et par-delà la béatitude de l'Un voilà qui annonce un concept rigoureux de la création, qui ne serait ni une négation, ni une limitation, ni une émanation de l'Un. L'extériorité n'est pas une négation, mais une merveille. (pp. 324-325)
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colimassoncolimasson   04 janvier 2016
Le moi, ce n’est pas un être qui reste toujours le même, mais l’être dont l’exister consiste à s’identifier, à retrouver son identité à travers tout ce qui lui arrive. Il est l’identité par excellence, l’œuvre originelle de l’identification.
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EpokheEpokhe   17 octobre 2012
Cette primauté du Même fut la leçon de Socrate. Ne rien recevoir d’Autrui sinon ce qui est en moi, comme si, de toute éternité, je possédais ce qui me vient du dehors […] La liberté ne ressemble pas à la capricieuse spontanéité du libre arbitre […] Connaître ontologiquement, c’est surprendre dans l’étant affronté, ce par quoi il n’est pas cet étant-ci, cet étranger-ci, mais ce par quoi il se trahit en quelque manière, se livre, se donne à l’horizon où il se perd et apparaît, donne prise, devient concept. Connaître, revient à saisir l’être à partir de rien, ou à le ramener à rien, lui enlever son altérité […] L’idéal de la vérité socratique repose donc sur la suffisance essentielle du Même, sur son identification d’ipséité, sur son égoïsme.
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colimassoncolimasson   01 juin 2017
L’Autre métaphysique est autre d’une altérité qui n’est pas formelle, d’une altérité qui n’est pas un simple envers de l’identité, ni d’une altérité faite de résistance au Même, mais d’une altérité antérieure à toute initiative, à tout impérialisme du Même.
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colimassoncolimasson   19 janvier 2016
Si l’ontologie –compréhension, embrassement de l’être- est impossible, […] c’est parce que la compréhension de l’être en général ne peut pas dominer la relation avec Autrui.
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