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Critiques sur Johnny a tué mon père (16)
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Harioutz
  21 avril 2020
Quel plaisir cette lecture ! Quelle fraicheur, quelle énergie, et surtout, quel humour !
Et pourtant, je le reconnais, le titre seul ne m'aurait pas attirée sur un présentoir, et n'ayant encore rien lu de l'auteure, je serais sans doute passée à côté de cette pépite …. Je m'inflige, pour cette raison, une punition à copier 100 fois : il ne faut pas accorder trop d'importance au titre, et, au contraire, il faut laisser une chance au contenu !

Donc, un très grand merci à Elsa Levy grâce à laquelle j'ai découvert, sous la forme numérique, « Johnny a tué mon père », que je m'empresserai d'acheter sous la forme papier (odeur de l'encre, quand tu nous tiens), une fois mes deux libraires préférées « déconfinées » [Carine et Stéphanie, je vous embrasse - ah non, zut, fichu Covid, je forme pour vous un coeur avec mes mains rapprochées-, vous aussi vous me manquez !].

Car je souhaite offrir ce roman, et le partager avec mes proches, mes amis, et sans doute avec mes élèves aussi.
Pour moi, une lecture réussie (et tout ce qui est beau et/ou fait plaisir) doit être partagée, elle n'en est que plus agréable … j'aime cette « solidarité littéraire » qui nous amène à de belles découvertes, et c'est aussi pour cela que Babelio m'est si cher !

Mais revenons à nos moutons …. – j'y pense, ils sont contagieux, eux, les moutons ? - Louise, la narratrice, vient de perdre son père, et sa réaction est double … d'un côté, un grand chagrin, une rupture, un abandon, elle a perdu son papa, son repère, son idole … et de l'autre, une jubilation, un soulagement, un cri de joie intérieur à la pensée d'être « enfin libérée » du regard du proviseur sans défaut et dévoué corps et âme à l'Education nationale, ce père intransigeant auquel elle a toujours cherché à plaire (intellectuellement, philosophiquement) et à ne pas heurter.

Ajouté à cela que Bernard Langlois est mort 16 heures après Johnny Hallyday, et vous aurez une vision assez précise de la tempête médiatique nationale venant submerger la tempête intérieure de Louise, qui oscille entre crises de larmes et fous rires.

Vous l'aurez deviné, j'ai adoré ce roman qui parle du deuil de manière libre, même s'il n'est pas « politiquement correct » d'avouer que le départ d'un être cher peut être un soulagement (« Pour moi la vie va commencer ! » clôture « Johnny a tué mon père »).

A titre plus personnel, j'ai reçu, comme une gifle, les reproches que « le proviseur, ex-prof, fait à sa fille, ses attentes démesurées, et sa fâcheuse tendance à faire de la réussite scolaire la base des « bonnes » relations entretenues avec elle.
Je vais devoir relire ces pages, et …. lâcher du lest ! Je vais à nouveau copier 100 fois ...

Pour finir, et cela s'adresse aux très nombreux enseignants et personnels de l'EN qui « arpentent les allées de Babelio », la description de la vie en logement de fonction est savoureuse, et tout à fait réaliste, foi d'ex-logée qui a assisté, médusée un dimanche matin, à une bagarre impliquant les maris de la principale et de la gestionnaire ! Ambiance garantie le lendemain, à l'administration ...

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Christophe_bj
  26 avril 2020
Louise Langlois, une jeune femme employée d'une petite librairie parisienne, perd son père Bernard, sévère et inflexible proviseur d'un lycée bordelais, le même jour que Johnny Hallyday perd la vie. Cela va être l'occasion de dresser de multiples parallèles entre la mort du « taulier » et celle de son père, de réévaluer son rejet du chanteur « super beauf », et de donner à toute sa vie, libérée du surmoi paternel, une nouvelle impulsion. ● Le début est très primesautier et plein d'humour, et, si la suite de l'histoire se fait parfois plus grave, le ton guilleret, direct et énergique fonctionne à merveille pendant tout le roman. Certes, il raconte un deuil – et même deux, avec celui de Johnny –, mais le livre n'est pas triste pour un sou et on ne s'y ennuie pas un instant. Les remarques sur Johnny sont souvent très bien vues et la transformation du regard de la narratrice envers le chanteur subtilement mise en place. L'ambivalence de ses sentiments, entre chagrin fou et libération d'un homme qui, à force de normes scolaires et en raison d'une vision étriquée de la vie, empêchait littéralement l'épanouissement de la féminité de sa fille, est également très bien dépeinte. ● Je ne regrette qu'une chose, c'est l'abondance navrante des fautes d'orthographe souvent énormes, qui pullulent tout au long de ce livre auto-édité. ● Merci à Harioutz grâce à qui j'ai découvert ce roman !
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anlixelle
  18 avril 2020
Louise Langlois enterre son père au même moment où Johnny né Smet et dit Halliday cesse d'exister pour les siens et surtout pour les autres. Ses fans et ceux qui, jusque là l'ignoraient, ne l'appréciaient pas, se trompaient sur lui, bref le reste du pays, et plus encore.

Entre funérailles nationales, pour l'un, retranscrites sur presque tous les écrans, et, enterrement orchestré au rythme d'un concerto pour quelques instruments seulement chez les autres, ce petit roman nous promène d'un groupe à l'autre grâce aux réflexions de la douce Louise.

LE père était proviseur, un pur produit de la bureaucratie bien pensante de la grande Education Nationale, et de surcroît détestait Johnny, ou plutôt non … le méprisait, pensait n'avoir aucun point commun avec lui, etc…

Les quelques heures qui ont séparé ces deux morts respectives sont l'occasion à cette jeune fille de faire un arrêt sur images, d'observer les gens qui l'entourent, ceux qui sont sur l'écran, mort ou vifs, puis, au-delà du chagrin, de s'auto-analyser suffisamment fort pour dresser des portraits sans concession. Y compris le sien.

Comme avec sa précédente narratrice (dans le très bon « Bouddha boudoir »), Elsa Levy nous offre ici aussi une déambulation réflexive pour une jeune femme quelque peu désabusée.
" En fait, tout m'épuise. J'ai 25 ans et la vie m'épuise".
Sans tristesse, sans pathos, la jeune femme se questionne et nous renvoie à nos pseudo certitudes. Tout le monde en prend pour son grade, et ça fait un bien fou. Son style souvent oralisé, et cash parfois, me plaît toujours autant.

Tout en regardant ses proches et les autres, mais aussi ce qu'elle a vécu avec son père, la douleur et le choc mettent à jour – subrepticement -une pénible sensation de ne pas s'appartenir, d'oppression à soi et au monde qui détonne.

Entre effondrement dû au deuil et petites mesquineries du quotidien, entre souvenirs d'une vie manquée et aspirations masquées d'une (bientôt) trentenaire, la façon, presque psychanalytique qu'Elsa Lévy a de lier ces deux événements est originale. Quand la mort d'une vedette éclaire un décès intime et révèle une fille chagrinée à soi-même. Comment le rock de Johnny et tout le cérémonial télévisé de sa mort réactive ou annihile les douleurs, aide au travail de deuil.

Écrasée par cette perte paternelle, dans ce périple mortifère, la vision du tralala autour du rocker national à la télé permet en quelque sorte à une jeune fille de comprendre les événements autrement.

Évidemment, il y a encore l'écriture à la fois simple et appuyée d'Elsa Lévy qui m'a ravie. Seul regret dans cette lecture, une baisse d'intérêt de ma part au milieu du texte. Peut-être est-ce simplement dû au fait que je suis devenue (particulièrement) allergique aux enterrements ?
J'aurais aussi apprécié un peu plus de mordant.
Mais n'est-ce pas ce arrive parfois quand on lit énormément ?

Dans chacun de ses romans, Elsa Levy crie le besoin de " délivrance absolue " des êtres humains, et j'apprécie cet aspect.

Dans « Johnny a tué mon père », les reproches abondent en filigrane...et Freud sera satisfait, la vie peut commencer pour Louise (encore faudra-t-il mettre de la distance avec la maman !!!).

J'espère d'autres héroïnes dans cette veine, parce qu'elles me plaisent toujours autant !

Dans ce verdict implacable, Elsa Levy fait de nos moeurs étranges, à l'occasion des funérailles, une invitation à lâcher prise et à chérir notre indépendance. Sans rébellion mais assurément !
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Marti94
  28 avril 2020
Je ne remercierai jamais assez Babelio et Harioutz pour son excellent conseil de lecture. J'ai adoré ce livre qui vient d'être auto-publié en plein confinement par Elsa Levy.
Mon père vient d'être emporté par le Covid et je dois dire qu'en ces temps de deuil lire un livre qui dédramatise la mort m'a fait beaucoup de bien. C'est le pouvoir magique de la littérature !

Entre Bordeaux, où ses parents vivent, et Paris où Louise travaille à librairie Des pages & des pages, la jeune fille va apprendre le décès brutal de son père qui n'a que 50 ans. Il est déjà très douloureux d'apprendre ce genre de nouvelle mais quand cela arrive le même jour que la mort de Johnny Hallyday, le 5 décembre 2017, on a l'impression de n'être pas grand-chose vu le ramdam que font les médias. Alors que Louise est choquée de voir la librairie où elle travaille se transformer en point de vente de biographies diverses et variées de l'idole des jeunes qu'elle considère plutôt comme un plouc, elle rentre à Bordeaux pour épauler sa mère. C'est l'occasion pour la jeune fille de penser aux bons moments passés avec son père, le proviseur Bernard Langlois. Mais celui qui a été professeur d'anglais à la fac et qui faisait chanter ses élèves sur John Baez, les Cure ou David Bowie se fait voler la vedette par Johnny.
Alors que Louise aurait aimé rendre le moment unique, elle se surprend elle-même en s'intéressant au taulier et surtout à s'y attacher. Il faut dire que les documentaires sur Johnny sont nombreux et présentés comme une série difficile à lâcher.
Petit à petit, Louise, qui a de terribles montées de tristesse parce qu'elle ne reverra jamais son père, se sent aussi libérée de l'autorité paternelle. Il faut dire qu'en tant que proviseur, il avait érigé l'école comme une religion pour Louise dont le seul projet devait être la réussite scolaire. Alors forcément, voir sa fille passer des heures devant la télé à écouter Johnny Hallyday aurait été inconcevable et donc interdit par Bernard Langlois, mais maintenant qu'il va être incinéré il ne risque plus de se retourner dans sa tombe.
Cet humour m'a enchantée car le ton est juste et même si la version numérique comporte beaucoup de coquilles cela ne retire rien est la qualité d'écriture d'Elsa Levy.

Lu en avril 2020
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Azeline
  10 mai 2020
Une histoire de deuil express.
Ce roman m'a bluffée: lu d'après le retour d'Harioutz (merci), j'ai cru à ses personnages, à l'enfance et à l'adolescence de Louise Langlois vécues en logement de fonction dans les lycées où était muté Bernard Langlois, proviseur et père autoritaire; j'ai cru à cette vie de bonne élève que s'est imposée Louise adulte jusqu'au décès de son père, survenue quelques heures après celui de Johnny Hallyday, au cheminement de son introspection.
La surmédiatisation autour de la vie et la mort du chanteur, son omniprésence dans les journaux, à la radio, à la télé jusqu'à la fin de ses obsèques, qui vont coïncider à quelques heures d'intervalle avec celles de Bernard Langlois, vont accaparer Louise d'une manière disproportionnée et lui fournir un prétexte pour s'isoler et réfléchir à sa relation avec son père.
Si l'idée d'introduire une personne aussi médiatique m'a laissée perplexe au départ, sa participation à l'histoire est intelligente et inattendue.
Le ton d'Elsa Lévy est ironique mais juste, ni assassin ni désinvolte. Dans ce récit animé elle raconte certes le chagrin, la perte de repères mais surtout ce qui ne se dit pas (mais se voit parfois) lors de la mort d'un très proche, le commencement d'une vie plus libre.
Le lien sous le résumé mène à un article intéressant où l'auteure explique les raisons du sujet de son roman et son choix de l'auto-édition.


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Rhapsodie
  20 avril 2020
Très belle lecture !

Tout d'abord un merci chaleureux à l'auteur Elsa Lévy qui m'a offert son livre et m'a fait confiance pour cette critique. Je voyais plusieurs messages de ce type en début de critique sur Babelio, mais moi, c'est la première fois que cela m'arrive et j'en suis très flattée.

Plusieurs points positifs :
--> l'écriture. En ce qui me concerne, je juge essentiellement un livre à la plume de l'auteur. La manière dont est écrit le roman va beaucoup plus influencer mes émotions et mon adhésion que le contenu finalement. Ici, le titre m'avait rendu un peu sceptique. Moi, je n'aime pas trop Johnny... pas vraiment ma génération, trop entendu parlé, trop médiatisé... Un livre qui parle de deuil ? Mouais... pas trop ma tasse de thé non plus... Et bim ! Dès les premières pages, me voilà totalement accrochée. L'écriture est très parlante : simple, sobre, très intimiste. C'est un peu comme lire un journal intime ou découvrir toutes les pensées et les sentiments d'une personne. Mon empathie a complètement marché avec notre narratrice. Sa façon de parler m'a fait ressentir très fort tous les doutes, les questionnements, les sarcasmes, le sentiment d'être perdu, seul, à côté de ses pompes. Bref, l'écriture est idéale pour se lier au personnage : Louise.

--> Johnny : Rassurez-vous, on ne parle pas que de cela et finalement, ce n'est pas barbant du tout. Cela aurait pu être un autre chanteur. Bien que, vu comment Louise nous le décrit, il collait finalement bien à la situation.

--> Introspection et réflexions sur la vie : Votre père meurt du jour au lendemain, comme cela sans prévenir. Les démarches administratives et morbides au possible s'enchaînent : choix d'une sépulture, choix de la cérémonie, coût de chaque chose... Quelle réaction avoir ? Comment survivre ? Je me suis vraiment sentie comme la narratrice : complètement désemparée, un peu à côté, à ne pas savoir sur quel pied danser avec mes sentiments contradictoires. A ce moment, on se sent très seul face à l'absurdité : je pense aussi que notre société et le rapport à nos morts est très bizarre et amène forcément une part d'absurde très dérangeante. Il y a un gros décalage entre nos émotions intenses et le dehors qui continue de vivre, tout comme il y a un côté horrible dans le fait de devoir choisir la sépulture et organiser l'enterrement d'un proche quand on n'y est pas préparé. C'est un thème qui m'a fait réfléchir.

→ le ton employé est plein d'humour , de dérision, de sarcasme presque, tout en restant très léger. Je crois que ce ton est finalement tout à fait adapté à la situation. Un ptit clin d'oeil à @L'étranger de Camus qui lui aussi parle d'absurde et parle de mort, même si bien sûr ce n'est pas le même contexte. En tout cas, le roman de L'étranger commence avec « Aujourd'hui, maman est morte. » On aurait pu imaginer le même début de phrase (pour le père) avec ce roman.

Ayez, j'accouche, rassurez-vous ! Un tout ptit roman de 180 pages, qui se lit très vite et très facilement, dont le style est plus qu'agréable et accrocheur. C'est une bonne surprise pour moi. Cela change de mes lectures habituelles et je serais ravie de retrouver l'auteur dans ses prochains romans.
A découvrir d'urgence !
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Sanguine
  20 mai 2020
Comme souvent, c'est le titre de ce livre qui m'a interpellée. Je l'ai vu la première fois sur un site de lecteurs et je me suis bien demandé de quoi il pouvait retourner. J'ai lu le résumé et j'ai eu envie de le lire. Je remercie chaleureusement Elsa Levy qui m'a permis de découvrir ce bouquin paru en auto-édition pendant le confinement.

Le 5 décembre 2017, Johnny Hallyday meurt. La France est en deuil. Quelques heures plus tard, au fin fond de l'Aquitaine, Bernard Langlois meurt à son tour, dans l'indifférence la plus totale. Comme un con.

Ce bouquin, c'est l'histoire d'un deuil. Louise va devoir faire le deuil de son père qui décède quelques heures après Johnny. Autant dire que la France entière semble accaparée cette perte, le pays est comme à l'arrêt uni dans une même douleur. On s'en souvient bien d'ailleurs ! J'ai eu la sensation de faire partie de la famille Smet tant on nous a bassiné avec les préparatifs de l'enterrement, avant de tout retransmettre en direct. Je crois que, tout comme Louise, on a fini par s'attacher à l'Idole alors qu'à la base, c'est loin d'être notre tasse de thé. Mais bon, difficile de n'être qu'un anonyme face à Johnny, on ne fait pas le poids ! J'ai bien aimé ce parallèle qui sera fait tout au long du récit.

J'ai beaucoup aimé la plume d'Elsa Levy, elle virevolte, elle sait se faire légère et parfois plus grave lorsque c'est nécessaire. C'est un texte rythmé, le ton est à l'humour (oui il s'agit d'un bouquin sur le deuil et pourtant, c'est bourré d'humour) mais aussi à l'ironie, et j'ai trouvé le personnage de Louise très attachant car on peut très facilement s'identifier à elle. Son chagrin pourrait être celui de quiconque perd un parent. Surtout que le père, c'est un peu le ciment d'une famille. le sien particulièrement. Ce proviseur ancien prof d'anglais fan de Pink Floyd semblait avoir une grande autorité. On peut alors se demander comment le reste de la famille va se structurer suite à cette perte.

J'ai aimé découvrir la vie de Louise en explorant ses souvenirs. Louise se lance dans une introspection qui va la conduire à nous raconter des moments qu'elle a partagé avec son père. On a la sensation de s'immiscer dans la vie de cette famille plutôt ordinaire. C'est un récit assez intimiste et qui parlera à chacun d'entre nous. le dernier chapitre consacré aux obsèques de ce père m'a retourné le coeur tellement je l'ai trouvé juste. Les réflexions de Louise via à vis de la mort me correspondent tellement ... Je suis vraiment contente d'avoir pu découvrir ce court récit qui restera forcément dans un petit coin de ma tête pendant quelques temps encore.

Insolite, percutant, inattendu, drôle et touchant ... vous vous laisserez tenter ?
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Annedu34
  10 avril 2020
J'achève à l'instant la lecture de Johnny a tué mon père que j'ai lue assez rapidement car je me suis attachée au personnage de Louise et je voulais savoir comment elle allait se dépêtrer de ce deuil du père qui lui est tombé dessus sans qu'elle s'y attende et qui était d'autant plus lourd à porter qu'elle ne pouvait compter sur l'appui ni de sa mère ni des autres membres de sa famille, si ce n'est sur sa marraine qui lui avait proposé de rentrer avec elle après l'enterrement pour ne pas avoir à affronter sa peine toute seule. Elle avait décliné l'invitation pour ne pas laisser sa mère qui, au final, était peu présente pour elle si ce n'est pour lui faire des reproches en impliquant son père ou pour l'envoyer faire des courses.

J'ai beaucoup aimé ce roman car c'est bien écrit et j'apprécie vraiment l'écriture fluide et imagée d'Elsa Lévy.
J'ai également beaucoup apprécié les passages touchants, émouvants car ils raisonnaient par moment en moi.

J'ai également retrouvé le sens de l'humour de l'auteure (ce qui m'avait déjà bien plu dans son précédent roman : Bouddha boudoir) et la façon qu'a Louise de tout tourner à la dérision, ce qui permet sans doute d'alléger ce fardeau du deuil trop lourd à porter pour elle et ce qui lui évite de faire une crise devant toute la famille, comme sa mère.

Quant au parallèle entre le décès de son père et celui de "notre Jojo national", comme disaient certains 😁, je l'ai trouvé très judicieux car, à l'époque, je m'étais fait la remarque que le décès de Jean D'Ormeson était passé quasiment inaperçu puisqu'il était survenu peu avant celui de Johnny car les hommages monopolisaient toutes les télés et radios et on audrait dit que le temps s'était arrêté et que tout tournait autour du rocker défunt.


J'ai également beaucoup apprécié les dernières lignes car le livre se termine sur une note positive puisque Louise a réussi à se libérer toute seule du poids de son père et qu'elle va enfin pouvoir voler de ses propres ailes puisqu'elle ose se mettre à écrire car elle est parvenue à se libérer du jugement de son père qui attendait d'elle l'excellence dans tous les domaines et qui lui mettait la pression pour qu'elle y parvienne.

C'est en lisant les quelques lignes banales ébauchées et cachées par son père, que Louise a jugé qu'elle pouvait se lancer dans l'écriture car elle n'avait pas moins de talent que son père qui s'était moqué d'elle lorsqu'elle avait voulu lui faire lire son manuscrit des années plus tôt et qui n'avait même pas daigné y jeter un coup d'oeil persuadé qu'il était que cela ne valait rien.

J'ai beaucoup apprécié ce roman car il m'a fait passer un bon moment et m'a extraite du confinement durant quelques heures.
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MaxFK
  26 avril 2020
Elsa L. nous livre en ce début 2020 son 3ème acte :
Johnny a tué mon padre. (j'aime bien le rythme du titre avec padre dedans)

Petite fiche de lecture perso, en 3 axes. Rapide, hein.

Sur la culture Française je surferai
Elsa L. met en perspective la perte brutale de son père et la mort de Johnny. A l'idée ( !) qu'on s'en fait de loin, l'approche semble casse pipe, délicate. Mon père ce héros contre Johnny le zéro ? Naaaan.
Trop simple.
Toujours est il que l'auteur surfe ici sur un lien qui nous unit, tous : Johnny Hallyday. (putain ce nom quand même, ça ne s'invente pas. Ou si, trop, justement)
Dès le début du livre, Johnny est là. Mort, et donc d'autant plus présent, en pleine phase de canonisation.
Johnny nous lie, Johnny nous agace, Johnny nous hymne.
De Paris à Bordeaux, de la rue Lepic à la gare St Jean, de la Tour Eiffel à la banlieue anonyme d'une ville moyenne, Johnny est partout.
Comme en vrai. Comme dans le vie, en France, de notre génération, et celle d'avant.
« C'était si bon d'être aussi nombreux à vivre la même chose au même moment »

L'idée fonctionne. Et on suit le cheminement de la narratrice au pas, de l'incompréhension teintée d'un sentiment de supériorité à la contagion populaire. Johnny nous hante.

Adolescente je me définirai
La narratrice, justement.
1ère personne juvénile et en état de choc, elle installe une distance, une pudeur, parfois une froideur, avec le lecteur mais surtout avec les autres personnages.
Ce qui peut surprendre s'explique toujours.
Maman est un peu empêtrée dans ses clichés ? Tonton est un gentil bouffon aux idées courtes ? La marraine ne viendra pas relever le niveau ? Ni personne ?
Normal. Pas de panique. La narratrice est jeune, le deuil est tout frais.
D'où un besoin de mise à distance, de protection, de pudeur instantanée et instinctive. Pudeur qui va un peu s'évaporer au fil des pages, et des moments de solitude, voulus ou non. Elle avance, et vite, et bien.
On note parfois des phrases à la Romain Gary(day) ou Ajar (Smet) « les femmes sont toutes plus ou moins des pisseuses ou des chieuses, il n'y a qu'à regarder la queue des WC publics (…). Chez les hommes la voie est toujours libre ». Simple, efficace : vrai. Comme une jeune te balance ta vérité sans ménagement.
Dans ta gueule, avec plaisir, de rien.

L'exorcisme je pratiquerai
Et oui. Car il ne s'agit pas seulement ici de bien rire sur le hasard des dates de disparition d'un tel par rapport à tel autre. Ben non, banane. Sinon ça tient pas.
Alors quoi ? Alors on sort le mégalomégadrame (comme malicieusement et faussement annoncé) sur l'histoire personnelle douloureuse de l'auteur ? Et non, t'y es toujours pas.
Non. Car il s'agit d'aller plus loin. Ou de simplement bien lire le titre (la couverture est très réussie à ce sujet).
Elsa L. décrit une naissance. Une naissance qui prend des allures de tabou, de tabou de tribu.
Un truc que chacun (et chacune, donc) a vécu, vit, vivra. Un truc que Johnny place au centre de sa construction personnelle et artistique : le père. Et comment le tuer.
La narratrice nous raconte progressivement, au fur et à mesure des cérémonies et des hommages à l'idole des plus très jeunes en parallèle avec les préparatifs des obsèques du padre, comment ce double acte, ces actes conjugués, vont tuer le père.
C'est là que c'est très fort.
Au début, on écoute du Pink Floyd vaguement rebelle, à la fin, on érige la discipline et la rigueur comme modèle d'éducation. Que s'est il passé, alors entre temps ?
Un apprentissage, pas si sage, un récit initiatique, un vrai.
Louise L. exorcise le père et l'emprise folle que celui-ci impose, quoiqu'il arrive, peu importe qui il est.
Personne ne juge. Personne n'est juge.
Et la boucle est bouclée lorsque Louise ou Elsa L. manie l'ironie sacrée devant le jury silencieux.
Tuer le père. Ok, mais pas sans mon Johnny. Qui l'eut cru ?
Pas Bernard L..
Et c'est bien pour cela que toute la musique qu'elle aime est bonne. Et contagieuse.
A la fin du livre, je tapais du pied. Sur la tête du padre.
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VeryImportantBook
  16 mai 2020
Si vous étiez en France en 2017, vous n'avez pas pu échapper à la folie médiatique qui a entourée la mort de Johnny. C'est justement ce qui arrive à Louise Langlois, héroïne de "Johnny a tué mon père". Sauf que Louise, elle s'en fiche car elle a perdu son père le même jour que Johnny a décidé de quitter notre monde. Même si c'est un événement terrible pour Louise et sa famille, il est totalement englouti par le vacarme des média.

Le sujet du deuil est assez difficile à gérer. Mais l'humour et l'ironie marquent ce roman, lui donnant une rythmique intéressante. Avec des phrases comme « Indisponible actuellement. Et pour l'éternité », Elsa Levy nous met le sourire aux lèvres.C'est la grande force de la première partie de ce roman ou les situations comiques font disparaître l'ambiance pesante du deuil. J'ai beaucoup aimé la scène où Louise allume les cierges de l'église avec son briquet en face du prêtre totalement choqué.

Mais ce roman comporte aussi beaucoup de scènes touchantes qui rappellent ses petites choses de la vie auxquelles on peut tous s'identifier. Il y a de très beaux moments entre Louise et sa mère. Même si j'ai trouvé Louise très dure avec elle certaines fois, et qu'on sent une certaine distance entre les deux femmes, il y a aussi de la tendresse. Sa mère est attachante et j'ai ressenti beaucoup de compassion pour cette femme qui fait de son mieux pour gérer le deuil tout en restant digne. Quand elle oublie de mettre ses chaussures et part dehors en chaussons alors qu'elle est tellement coquette en temps normal, j'ai eu le coeur brisé pour elle, tout en trouvant la situation assez cocasse.

Dès le début du roman, on rentre direct dans l'ambiance avec un beau « Ça c'est rock'n roll putain de merde! ». Elsa Levy n'a pas peur des mots crus qui feraient lever les yeux au ciel à certains amoureux de la bienséance. Pour moi, c'est clairement ce style décalé et non scolaire qui rend le roman intéressant. le choix des mots est osé ainsi que les comparaisons.On accrochera ou on n'accrochera pas, mais ça a le mérite d'être totalement assumé.

Bien malgré lui, Johnny va aider Louise à surmonter son deuil et lui montrer qu'il est grand temps de vivre sa vie et se libérer de son besoin perpétuel de plaire à son père (un peu dommage quand même qu'il ait du mourir pour qu'elle le réalise). Elle se trouvera des points communs inattendus avec le chanteur, se noiera dans sa vie pour oublier d'affronter la sienne. Et il sera même celui qui lui donnera les armes pour un savoureux pied de nez rock'n roll à la fin du roman: de quoi bien terminer ce livre.
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