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EAN : 9782705659530
231 pages
Éditeur : Hermann (31/01/2005)

Note moyenne : 3.17/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Essai sur la culture et la politique chinoises
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  06 mai 2020
Zhou Lianggong, un célèbre lettré du XVII°s, raconte cette fable : un vol de palombes avait pour un temps élu domicile dans une certaine forêt. Plus tard, repassant dans la région, les palombes s'aperçurent que la forêt avait pris feu. Elles s'élancèrent aussitôt vers la rivière, y trempèrent leurs ailes et revinrent secouer les gouttes d'eau de leurs plumes au-dessus de l'incendie. Comme elles s'affairaient à ce manège, Dieu leur dit : "Votre intention est certes touchante, mais je crains fort qu'elle ne serve pas à grand-chose." "On s'en doute un peu, répliquèrent les oiseaux. Mais, que voulez-vous, nous avons habité cette forêt et ça nous fend le coeur de la voir ainsi ravagée."
Ainsi commence le recueil d'essais sur la Chine, le quatrième, que publia Simon Leys en 1983. Cet apologue de la forêt en feu et de la fidélité des colombes place l'auteur non parmi les passéistes, les traditionalistes, mais suffit à faire sentir qu'il n'est pas de ces "progressistes" qui se réjouissent de la destruction du monde humain que les générations avaient construit. Ce monde, ici, est celui de la plus ancienne civilisation vivante, comme il l'écrit, celle de la Chine, qu'il commence par évoquer dans un premier chapitre sur la poésie et la peinture, du niveau de François Cheng ou de Jean-François Billeter. Le second étudie les missions chrétiennes en Chine au XIX°s, par la figure haute en couleurs d'un prêtre gascon, le Père Huc, et permet de mesurer à quel point les missionnaires, après les figures lumineuses des Pères Jésuites du XVII°s, ne comprenait plus que la Chine était une civilisation. Mépris fatal dont Simon Leys s'amuse à suivre les traces jusque dans le discours sinologique, "pékinologique", des maoïstes occidentaux qui occupèrent, et occupent encore, les postes clés des médias francophones et anglophones. Les chapitres "Politique " et "Hygiène" analysent la libéralisation du régime communiste après la mort de Mao et l'élimination de sa veuve : l'auteur reste sans illusions sur la capacité d'un régime communiste totalitaire à se réformer lui-même, et fait écho aux méfiances des Chinois eux-mêmes. Il semble que les années qui suivirent lui donnèrent raison. Le chapitre "Hygiène" contient une savoureuse critique de Mme Han Suyin qu'on lira pour se détendre, et d'autres experts maolâtres bien de chez nous. Enfin le lecteur trouvera en annexe des propos du grand écrivain Lu Xun (que je goûte peu) et l'appel de Wei Jingsheng à la démocratie, dont on sait ce qu'il devint.
Les staliniens amateurs affirmaient que l'âme russe s'accommodait mieux que la nôtre de la tyrannie. Les sinologues maoïstes tenaient semblables propos sur la longue habitude chinoise de l'oppression. Simon Leys
fait justice de ces sottises germano-pratines et rappelle, à l'encontre de la pensée totalitaire et identitaire, que les identités ne justifient pas les crimes. Pourquoi, dit-il, ne pas justifier Auschwitz au nom de la manière typiquement allemande, culturellement germanique, de traiter les Juifs ?
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   03 mai 2020
Des sinologues, dont le savoir obscurcit parfois l'entendement, ont ri des traductions que Pound faisait du chinois classique. Pound, il est vrai, ne savait que peu et mal le chinois, et ses traductions abondent en contresens parfois absurdes. Et pourtant il est significatif de voir que, récemment, d'excellents lettrés chinois sont venus prendre sa défense : en effet, les adaptations de Pound, philologiquement inacceptables, réussissent souvent à approcher la structure et les rythmes de l'original chinois de beaucoup plus près que les travaux des savants* ... L'idée que Pound s'était formée de la langue chinoise était techniquement fausse, mais c'était une erreur singulièrement intéressante et féconde, car elle était fondée sur une intuition juste. Pound avait correctement observé que le poème chinois n'était pas articulé autour d'un fil discursif, mais qu'il réussissait à projeter une série discontinue d'images, comparables un peu aux plans successifs d'un film. Là où il se trompa, c'est quand il crut pouvoir attribuer les vertus "imagistes" du langage poétique chinois à la nature prétendument pictographique de son écriture. En fait, même l'étudiant qui débute a tôt fait de dépouiller cette croyance naïve selon laquelle les caractères chinois seraient autant de "petits dessins" (les pictographes proprement dits représentent à peine un pour cent du lexique chinois) ; mais, chose curieuse, cette notion erronée n'a jamais vraiment quitté l'esprit de Pound, et lui a d'ailleurs dicté quelques-unes de ses interprétations les plus bizarres et les plus malencontreuses.

*Wai Lim Yip, "Ezra Pound's Cathay", Princeton 1969 ; Y.K. Kao / T.L. Mei, "Syntax, Diction and Imagery in T'ang poetry", Harvard Journal of Asiatic Studies, 1971, vol. 31 ; Stephen W. Durrant, "On Translating Lun yü", in "Chinese Literature : Essays, Articles, Reviews", janvier 1981, vol. 3, n°1. Ce dernier texte rend une éclatante justice aux traductions de Pound.

ARTS ET LETTRES ; poésie et peinture, aspects de l'esthétique chinoise classique.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   04 mai 2020
(Peinture et littérature). "Vertus du vide".
Non seulement le message atteint son adresse sans avoir besoin d'être entièrement explicité, mais s'il réussit à atteindre son adresse, c'est précisément grâce au fait qu'il n'est pas entièrement explicité : dans ce sens, les "blancs" de la peinture, les silences du poème ou de la musique, en constituent la part active, l'élément qui rend l'oeuvre "opérationnelle".
(...) Une autre méthode consiste à construire le poème autour d'un vide central où réside la vérité inapprochable et indicible. Ici, la métaphore classique est celle de la rencontre manquée avec un sage-ermite qui détient la réponse suprême ; sa présence, bien réelle, est toute proche - elle est attestée par des traces diverses, voire même par des émissaires ; lui-même pourtant demeure invisible et insaisissable. Un bon millier d'années avant "Le château" de Kafka, Jia Dao a résumé ce mythe dans un quatrain fameux :
Au pied d'un pin, le petit serviteur à qui on avait demandé où était le Maître
Répond : "Il est parti cueillir des simples,
Je sais seulement qu'il est quelque part dans cette montagne.
Mais où ? Le brouillard cache tout." (...)
A notre siècle, le plus subtil des critiques modernes, Zhou Zuoren, a résumé en une phrase lapidaire cette tradition vivante dont il était lui-même pétri : "Tout ce qui peut s'énoncer est dénué d'importance."
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   05 mai 2020
Bernard Frank observait que les preuves de l'existence de Dieu avancées par la théologie traditionnelle pouvaient être avantageusement remplacées par un argument nouveau : "la preuve par Sartre", laquelle repose sur un robuste et irréfutable syllogisme - Sartre nie l'existence de Dieu ; les événements ont toujours donné tort à Sartre ; /ergo .../

Dans le domaine des affaires chinoises, il existe un équivalent de cette infaillibilité à rebours. On pourrait l'appeler "la preuve par Daubier". Depuis une dizaine d'années, en effet, M. Jean Daubier se trompe dans ses analyses de la politique chinoise avec une constance, une rigueur et une autorité admirables ; la régularité avec laquelle les faits ont démenti ses jugements lui a d'ailleurs valu de devenir l'un des piliers rédactionnels du quotidien-le-plus-sérieux-de-France. Une bonne part du crédit dont jouit à juste titre "Le Monde Diplomatique" est précisément due à cette superbe stabilité dans l'erreur que lui assure M. Daubier, contre vents et marées.
Janvier 1981.
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pierre31pierre31   10 septembre 2020
Cette /primauté de l'expression sur l'invention/ caractérise en profondeur toute l'esthétique chinoise. On en trouve peut-être le meilleur exemple dans la calligraphie, qui, on le sait, est considérée par les Chinois comme la forme suprême de l'art du pinceau. D'un côté, on ne saurait concevoir un art plus étroitement gouverné par les conventions formelles et techniques, et laissant moins de place à l'imagination et à l'initiative de l'artiste : non seulement il n'est pas permis au calligraphe d'inventer la forme d'un seul caractère, mais encore, le nombre de coups de pinceau, et même l'orientation et l'ordre exact selon lesquels ces divers coups de pinceau doivent se succéder, sont rigoureusement prédéterminés. En même temps, paradoxalement, la calligraphie est aussi l'art qui peut donner l'occasion à un individu d'exprimer le plus directement, le plus lyriquement, sa personnalité propre, son tempérament singulier, et jusqu'aux nuances intimes et subtiles de sa sensibilité.
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pierre31pierre31   15 septembre 2020
Qui se croit objectif, doit être déjà au moins à moitié ivre.

*

Ne croyez que ceux qui doutent.

[Propos de Lu Xun.]
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Videos de Simon Leys (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Simon Leys
Le 24 février 2018, nous avons eu le plaisir d'accueillir à la librairie, le chercheur Patrice Fava pour la sortie de son dernier ouvrage "L'usage du Tao" publié aux éditions JCLattès.
Avant que la rencontre ne commence, il a répondu à quelques petites questions pour en savoir plus sur ses lectures en cours, ses coups de c?ur, et plus encore.
En espérant que ce nouveau type de contenu vous plaise !
"L'usage du Tao", Patrice Fava (JCLattès, 2018) : http://www.librairielephenix.fr/livres/l-usage-tao-recit-voyage-interieur-entre-orient-occident-9782709661669.html
Patrice Fava, bibliographie : http://www.librairielephenix.fr/auteurs/fava-patrice-486.html
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Livres mentionnés dans la vidéo :
"Cultures", Philippe Descola (Coédition, 2017) : https://www.decitre.fr/livres/cultures-9782355362675.html
"La philosophie morale de Wang Yang-ming" (Youfeng, 2015) : http://www.librairielephenix.fr/livres/la-philosophie-morale-wang-yang-ming-9782842797164.html
"La religion de la Chine", Kristofer Schipper (Fayard, 2008) http://www.librairielephenix.fr/livres/la-religion-chine-9782213631912.html
"Anabase", Saint-John Perse (1924) , disponible sous plusieurs éditions
L'oeuvres de Simon Leys http://www.librairielephenix.fr/auteurs/leys-simon-585.html
Vidéo réalisée par Laura, libraire du Phénix Vidéo tournée et montée par Clémence, libraire du Phénix Soyez indulgents, nous débutons !
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