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EAN : 9782259202466
130 pages
Éditeur : Plon (20/10/2006)
4.09/5   37 notes
Résumé :

Publié initialement pour saluer la date orwellienne de 1984, cet essai était devenu introuvable. Pressé de le rééditer par de nombreux lecteurs, Simon Leys s'est relu à quelque vingt ans de distance : il a constaté que le sujet n'avait rien perdu de son actualité et que ses propres vues restaient essentiellement inchangées. Il s'est donc contenté de modifier un jugement littéraire sur un point de détail, d'ajouter deux informations inédites, de mettre à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Isidoreinthedark
  21 décembre 2020
Dans ce court essai, publié en 1984, Simon Leys revient sur le parcours à la fois littéraire et politique d'Eric Blair plus connu sous son nom de plume : George Orwell.
« Le capitalisme aboutit au chômage, à la compétition féroce pour les marchés et à la guerre. le collectivisme mène aux camps de concentration, au culte des chefs et à la guerre. Il n'y pas moyen d'échapper à ce processus, à moins qu'une économie planifiée puisse être combinée à la liberté intellectuelle, ce qui ne deviendra possible que si l'on réussit à rétablir le concept du bien et du mal en politique ».
Cette phrase extraite des « Collected Essays » résume de manière étonnamment concise le fond de la pensée Orwellienne : une défiance marquée à l'endroit du libéralisme, une aversion féroce envers le communisme et le rêve utopique d'une forme de socialisme éclairé. Les mots employés par Orwell, qui propose de combiner « économie planifiée » et « liberté intellectuelle » désignent le paradoxe inhérent à cette troisième voie qui ressemble plus à un rêve qu'à un véritable projet politique.
La plume de Simon Leys est tout à la fois concise, ciselée et limpide ; dans cet essai, elle a surtout le mérité d'éclairer le lecteur ébloui par « 1984 » ou par « La ferme des animaux » sur la personnalité et les convictions profondes de leur auteur. George Orwell n'était pas seulement un homme qui avait saisi toute l'horreur du totalitarisme communiste et tenté de nous prévenir dans la dystopie la plus célèbre de l'histoire de la littérature contre la possibilité d'une extension à l'infini du domaine du collectivisme et ses conséquences liberticides. Il était également un homme issu d'une certaine bourgeoisie, épris d'égalité, qui a volontairement partagé la rudesse des conditions de vie de la classe ouvrière, et qui aurait souhaité pouvoir partager avec elle une forme de fraternité que son accent de la « haute » lui interdisait. George Orwell était un homme extrêmement courageux qui a participé à la guerre d'Espagne pour lutter contre le fascisme et y découvrir que le communisme soviétique constituait sans doute une menace plus pernicieuse encore pour nos libertés. Il n'était pas seulement « anti-totalitaire », il était aussi un homme de convictions, un « socialiste » qui croyait à une forme de troisième voie dans laquelle l'homme n'est pas un loup pour l'homme, et où nos libertés individuelles sont préservées.
Orwell apparaît dans l'essai de Simon Leys comme un être multiple, vivant et attachant et pas seulement comme le prophète ampoulé d'un monde inlassablement surveillé par Big Brother. Simon Leys donne ainsi envie d'approfondir la pensée Orwellienne en se plongeant dans ses essais, peu connus en France, et en relisant ses ouvrages moins célèbres comme « Dans la dèche à Paris et à Londres » où « Hommage à la Catalogne ».
Le temps de cette courte plongée dans la vie et l'oeuvre de George Orwell, on saisit les raisons de son aversion viscérale contre toute forme de totalitarisme, et l'on ne peut s'empêcher de songer aux terribles prophéties de 1984. Non, le totalitarisme communiste ne s'est pas répandu à la surface du globe, c'est son exact opposé, le néo-libéralisme des années 80 qui l'a emporté. Nous ne vivons pas dans un monde collectiviste où la privation est le quotidien de chacun mais dans un monde individualiste qui vénère la consommation.
Pour autant, qu'en est-il de nos libertés ? Ne sommes-nous pas placés sous la surveillance constante de ces caméras qui ont envahi nos villes et de tous ces écrans dont nous sommes devenus esclaves ? Ne sommes-nous pas envahis par le vertige du Big Data, toutes ces informations collectées à chaque instant par les nouveaux maîtres invisibles de notre monde ? Rien ne leur échappe, la situation de notre compte en banque, nos déplacements, nos achats, nos e-mails, et même cette chronique qui contrairement au carnet secret que tient Winston, le héros valétudinaire de 1984, est à présent visible par tous sur la toile qui risque un jour de se refermer sur nos libertés oubliées. Big Brother, oh Big Brother, are you watching me ?
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JeanLouisBOIS
  22 décembre 2014
Orwell, en toute liberté.
Que peut-on écrire sur Orwell après la magistrale biographie de Bernard Crick en 1980 ? L'essayiste et sinologue Simon Leys nous invite à réfléchir sur un point essentiel de la pensée de Georges Orwell : Il adorait le politique mais détestait la politique. Il était passionné par la façon dont les hommes arrivent à vivre en société, mais il haïssait les partis avec leurs magouilles, leurs combines, leurs ententes pratiquées toujours au détriment des individus qu'ils sont sensés défendre. C'est là le sens du sous-titre du livre de Leys : l'horreur de la politique.
Dans ce court essai, on retrouve toute la personnalité d'Orwell : sa générosité, sa liberté, son humanisme, son honnêteté, son courage. Pour lui, toute vérité est bonne à proclamer et ce vieux fond anarchiste lui a attiré beaucoup d'ennemis. Sa « révélation » se produit en 1936 pendant la guerre d'Espagne. Il est engagé avec les anarchistes. Mais il se rend très vite compte que le fanatisme de ses alliés communistes est plus fort que l'intérêt des Républicains eux-mêmes. Cette expérience lui ouvre les yeux, le marque à tout jamais et fait de lui un homme sans illusion mais jamais désabusé.
Quand Eric Blair choisit comme pseudonyme Georges Orwell, il ne s'agit pas seulement d'un déguisement ou d'une protection quelconque, il transfère sur ce personnage qui signe ses productions littéraires toutes les exigences et les qualités que doit posséder un écrivain idéal selon lui : la littérature, doit devenir le véhicule irréprochable de ses pensées. En fait, l'homme et l'écrivain ne se dissocient pas, il ne peut et il ne doit y avoir qu'un minimum d'écart entre la pensée et l'action. L'homme ne peut être que le prolongement de sa pensée.
On peut considérer qu'Orwell a produit 2 types de littérature. Au début de sa vie, une littérature « journalistique » avec Les Quais de Wigan, et Hommage à la Catalogne et vers la fin de son existence, des romans : 1984 et la Ferme des Animaux. Venu à l'écriture par le journalisme, il est considéré comme le fondateur du roman-sans-fiction (bien avant Truman Capote ou Norman Mailer), mais qu'on ne s'y trompe pas, ses récits ne sont pas de simples reportages réalistes, ils sont le fruit d'une mise en scène savamment orchestrée de façon à mettre en valeur la vérité que révèle les faits dont il a été témoin. le déroulement des événements ne doit jamais constituer une contrainte pour qu'un récit soit réussi.
Leys nous livre une évocation vivante et engagée d'un authentique auteur en mettant en relief les différents aspects de l'homme attachant (Eric Blair) et de l'écrivain exigeant (Georges Orwell), indissociables l'un de l'autre. Il nous laisse l'image d'un écrivain pour qui l'écriture est une forme de combat et d'exigence. Il faut être à la fois réaliste et juste, ce qui n'empêche pas certains aménagements de mise en scène qui, loin de dénaturer la réalité, en dégagent les aspects essentiels. Orwell, par ses techniques littéraires autant que par ses convictions, demeure le maître incontestable d'une lutte pour la liberté des hommes face aux régimes politiques qui cherchent à les opprimer. Sans être individualiste, il apparaît aussi comme le détecteur infatigable de toutes les circonstances qui pourraient empiéter sur le libre arbitre.
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Villebard
  23 avril 2015
Beau compagnonnage d'un auteur qui a été un des premiers à dénoncer l'escroquerie des soi-disant intellectuels occidentaux qui ciraient les pompes de Mao, comme Sartre l'a fait pour le communisme européen !
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gigi55
  29 octobre 2018
Un essai plein de vigueur et de justesse sur l'engagement humain et politique de George Orwell, esprit farouchement libre tout en étant épris de justice.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Bruno_CmBruno_Cm   18 décembre 2014
Ce qui est terrifiant dans les dictatures modernes, c'est qu'elles constituent un phénomène entièrement sans précédent. On ne peut prévoir leur fin. Autrefois, toutes les tyrannies se faisaient tôt ou tard renverser, ou à tout le moins elles provoquaient une résistance, du seul fait que la "nature humaine", dans l'ordre normal des choses, aspire toujours à la liberté. Mais rien ne garantit que cette "nature humaine" soit un facteur constant. Il se pourrait fort bien qu'on arrive à produire une nouvelle race d'hommes, dénuée de toute aspiration à la liberté, tout comme on pourrait créer une race de vaches sans cornes.
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Bruno_CmBruno_Cm   15 décembre 2014
Orwell avait lui-même une salubre méfiance à l'endroit des saints, comme il l'a bien exprimé dans son mémorable essai sur Gandhi : "Etre humain signifie essentiellement que l'on ne recherche pas la perfection ; que, par fidélité même, on est quelque fois prêt à commettre des péchés ; que l'on refuse de pousser l'ascétisme jusqu'au point où il rend l'amitié impossible, et que l'on est disposé au bout du compte à se laisser vaincre et briser par la vie - inévitable prix à payer pour quiconque prend le risque d'aimer d'autres individus."
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Bruno_CmBruno_Cm   15 décembre 2014
L'histoire a déjà montré à plusieurs reprises qu'il ne faut pas grand-chose pour faire basculer des millions d'hommes dans l'enfer de 1984 : il suffit pour cela d'une poignée de voyous organisés et déterminés. Ceux-ci tirent l'essentiel de leur force du silence et de l'aveuglement des honnêtes gens. Les honnêtes gens ne disent rien, car ils ne voient rien.Et s'ils ne voient rien, en fin de compte, ce n'est pas faute d'avoir des yeux, mais, précisément, faute d'imagination.
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Bruno_CmBruno_Cm   15 décembre 2014
Elle avait un visage rond et pâle, le visage ordinaire et usé d'une fille grandie dans les taudis, qui a vingt-cinq ans mais en paraît quarante à force d'avortements et de travaux abrutissants, mais ce visage présentait, durant la seconde où je l'entrevis, l'expression la plus désolée, la plus dénuée d'espérance que j'aie jamais contemplé. Je saisis alors combien nous nous trompons quand nous disons : "Pour eux ce n'est pas la même chose, ce n'est pas comme pour nous" - comme si les gens qui ont grandi dans les taudis ne pouvaient rien imaginer d'autres que des taudis. En effet, ce que j'avais lu sur son visage, ce n'était pas la souffrance ignorante d'une bête. Elle ne savait que trop bien ce qui lui arrivait, elle comprenait aussi bien que moi quelle destinée affreuse c'était d'être ainsi agenouillée là, dans ce froid féroce, sur les pavés gluants d'une misérable arrière-cour, à enfoncer un bâton dans un puant tuyau d'égout."
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stekasteka   15 mars 2013
Si la politique doit mobiliser notre attention, c'est à la façon d'un chien enragé qui vous sautera à la gorge si vous cessez un instant de le tenir à l’œil. C'est en Espagne qu'il découvrit toute la férocité de la bête : après avoir été blessé grièvement par une balle fasciste, il ne fut ramener à l'arrière que pour se voir aussitôt traquer par les tueurs staliniens moins désireux de défendre la république contre l'ennemi fasciste que d'anéantir leurs alliés anarchistes.
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