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Critique de jamiK


jamiK
  24 février 2017
J'avoue que je ne m'attendais pas à rire autant.

J'ai dû déjà lire des romans de Maurice Limat, mais aussi vite lus aussi vite oubliés et re-échangés chez le bouquiniste. C'est le principe du roman de gare, lu en dilettante, comme on regarde une vidéo de petits chats mignons sur internet... en se vidant l'esprit.

Autant le dire, c'est un nanar de l'espace.

Le style, est d'un lyrisme désuet, avec un usage de mots savant comme « estrapade », « mascaret », raconté au passé simple et imparfait, un côté collégien intello des années cinquante, et pourtant, il a été publié en 1987 !

Au fil de la lecture, comme dans le film « L'Attaque du requin à deux têtes », on se demande si l'auteur ne l'a pas fait exprès, les ficelles sont tellement grotesques, le lyrisme tellement désuet et ridicule que ça en devient vraiment comique.

« Sur la coque du vaisseau, un insigne apparaissait. Un assez sinistre emblème, qu'ils ne pouvaient oublier, l'ayant rencontré dans des circonstances trop tragiques.
Une main ! Une main énorme, crispée, qui semblait se refermer pour étreindre, pour voler, pour étrangler. »

On se retrouve dans un roman érotico spacial dont l'aspect érotique se cantonne en réalité à une certaine une grivoiserie mélée de pudeur qui font penser à un ado boutonneux des années 50 s'épanchant sur le catalogue de la Redoute, pages « lingerie féminine ». Un des personnage féminin de l'histoire, Vania, sorte de Barbarella pulpeuse, allumeuse, a vraiment beaucoup de difficultés pour rester habillée (oh mince alors !), et si par moment elle l'est, ce n'est que très légèrement, Vania, la freudreuse (La freudreuse ? » je n'ai pu m'empêcher de penser au sketche de Dany Boon « Il faut lire ! ») :

« S'étant maintes fois rencontrés à la piscine, ils ignoraient peu de chose de son anatomie. Mais cette fois elle leur apparaissait dans sa nudité intégrale et pour les deux garçons c'était une révélation »
ou encore
« Et la sculpturale créature, toujours aussi à l'aise dans sa seule nudité, courut à la recherche des éléments prophylactiques. ».

Les 2 jeunes, un frère et une soeur, on l'aspect du héros blonds, trop lisses par moment, côté « Club des 5 », naïfs et innocents, Samson, lui, est viril et beau, parfait quoi...

C'est dans le moment le plus horrible, quand il sont entouré de dizaines de cadavres que le style devient le plus lyrique, utilisant des mots pompeux, mais pas pour décrire l'horreur, au contraire, ces termes recherchés sont plutôt utilisés avec une légèreté, marquant l'insouciance aussi bien des héros que de l'auteur, un badinage fleuri, donnant un effet comique et même parfoit carrément hilarant :

« — Ah ! fit la jeune femme, en appuyant sur une manette (ce qui déclenchait le désintégrateur et envoyait le cadavre vers l'invisible), que voulez-vous?... Nous sommes des femmes... ».

La première partie se termine par la phrase : « Et dans la folie du stupre, ils ne savaient plus, ils ne voulaient plus savoir qu'ils filaient, à une vitesse fantastique, vers la mystérieuse et lointaine étoile. ».
Par son style qui oscille entre le lyrisme grandiloquent et le ridicule, le trivial, voire le grivois, elle résume parfaitement l'esprit du roman, La partie suivante commance par la phrase « Ils s'étaient attachés ». Je ne peux croire que Maurice Limat n'ait pas volontairement écrit un tel enchainement sans une volonté d'humour au second degré.

Les visions de la femme et de l'homosexualité sont un mélange contrasté de conception machiste des années 50 et de conception new age années 70.

« — Ça suffit, hein? Gronda l'athlétique garçon. On monte, maintenant, on arrive! Et tâche de te conduire comme un homme, pas comme une tante ! »

L'Histoire utilise toutes les recettes de la SF des années 50, épique, invraisemblable, avec des vaisseaux spatiaux, des méchants, des extraterrestres anthropomorphes, de l'érotisme, des batailles, du kitsch et encore du kitsch :

« On en était déjà au crépuscule, ce qui créait d'ailleurs d'assez jolis effets, le soleil, Lointaine Étoile, glissait vers l'horizon et ses feux obliques engendraient à travers les volutes du brouillard des coloris chatoyants du plus heureux effet.
Tom, que sa main endolorie, meurtrie, cuisait terriblement, était peu en état d'apprécier les beautés naturelles. »

Dans ce roman de gare, on oscille entre le mauvais roman à quatre sous, le nanar sidéral, le papier chiotte et le génie absolu de l'auteur qui n'est pas dupe, qui joue de ces aspects avec une ironie subtile (bon, j'exagère un peu là).

Et je dois avouer que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette histoire, évidemment, à savourer au second degré.

Et j'ai presque envie de découvrir d'autres livres de cet auteur.
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