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ISBN : 2707303291
Éditeur : Editions de Minuit (01/04/1981)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 119 notes)
Résumé :
L'Etabli, ce titre désigne d'abord les quelques centaines de militants intellectuels qui, à partir de 1967, s'embauchaient, " s'établissaient " dans les usines ou les docks. Celui qui parle ici a passé une année, comme 0. S. 2, dans l'usine Citroën de la porte de Choisy. Il raconte la chaîne, les méthodes de surveillance et de répression, il raconte aussi la résistance et la grève. Il raconte ce que c'est, pour un Français ou un immigré, d'être ouvrier dans une gran... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
RChris
  02 avril 2018
C'est un livre daté comme le sont certaines expressions : "prendre son compte" = démissionner. Il date de la 2 CV grise et de la chaîne que l'on remonte à contre-courant pour gagner les 2 à 3 minutes d'une pause cigarette. Les chefaillons, le syndicat C.F.C. pro-patronat, les brimades, les punitions, les bruits, les odeurs, la chaleur, le froid de l'usine sont dépeints avec réalisme.
Au lendemain de 68, il s'est "établi" pour contribuer à la lutte des ouvriers à l'intérieur de Citroën. Lui, c'est le narrateur, un intellectuel qui continue le combat et qui débraye sur place avec quelques camarades pour bloquer la chaîne.
Une année de sa vie de travail jusqu'à son licenciement le 31 juillet, veille de la fermeture de l'usine au mois d'août.
L'écriture respire le vécu, la difficulté et le regard de celui qui n'était pas préparé, mais qui réalisera son "vrai" travail d'établi.
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alaiseblaise
  13 juin 2012
Robert Linhart est un établi. Il témoigne.
"Les personnages, les événements, les objets et les lieux de ce récit sont exacts."
Mai 68. le fameux (fumeux ?) brasier s'est éteint.
Nous sommes en automne 68.
Les intellectuels maos décident d'aller travailler en usine.
C'est "l'établissement".
"Il faut comprendre la réalité pour la transformer." Instruire la classe ouvrière et s'en instruire.
La lutte engagée doit continuer.
Robert Linhart pourrait être enseignant.
Il se fait embaucher dans l'usine Citroën de la Porte de Choisy à Paris.
A la chaîne se fabriquent les 2CV et les Ami 8.
Cent cinquante 2CV par jour sortent de l'usine.
Robert Linhart est passé par toutes les cases gauchistes : UEC (Union des Etudiants Communistes), l'UJCML (Union des Jeunesses Communistes Marxistes-Léninistes) puis la Gauche Prolétarienne.
C'est la lutte des classes, le combat intransigeant contre l'idéologie bourgeoise.
Il publie "L'établi" en 1978, dix ans après l'effervescent printemps.
"Me voici donc à l'usine. Etabli. L'embauche a été plus facile que je l'avais pensé. J'avais soigneusement composé mon histoire..."
Le début à l'usine est dur, très dur. Avilissant, abrutissant.
"Qu'ai-je fait d'autre, en quatre mois, que des 2CV ? Je ne suis pas entré chez Citroën pour fabriquer des voitures, mais pour faire du travail d'organisation dans la classe ouvrière."
Notre établi va découvrir le monde ouvrier.
Ses cadences infernales, ses petits chefs autoritaires racistes et humiliants, les mouchards, les "syndicats maison", les briseurs de grèves, les truqueurs d'élections, les cadres cravatés de suffisance, les planqués des Ressources (in)Humaines.
Mais aussi la solidarité, l'amitié, l'espérance d'une grève victorieuse.
"Entre la diffusion des tracts, nos petits meetings d'ateliers, les réunions du comité de base, le pointage fiévreux de notre progression, ce mois de propagande fut, tout compte fait, un mois de bonheur."
L'écriture de Linhart est sensible et teintée d'émotions.
Linhart l'établi est aussi écrivain.
Le lecteur sent les illusions de cet intellectuel engagé se perdrent dans la crasse, le bruit et l'odeur de la chaîne infernale.
"Trente-trois mille fois dans l'année, il a refait les mêmes gestes. Pendant que des gens allaient au cinéma, bavardaient, faisaient l'amour, nageaient, skiaient, cueillaient des fleurs, jouaient avec leurs enfants, écoutaient des conférences, se goinfraient, se baladaient, parlaient de la Critique de la raison pure, se réunissaient pour parler des barricades..."
Ce lucide constat est impitoyable.
Un témoignage poignant et réaliste, vu de l'intérieur, sur la condition ouvrière, le monde du travail.
Bien sûr la condition ouvrière a changé. Aujourd'hui ce sont les cadres qui sont pressés comme des citrons (lire l'excellent polar "Les visages écrasés" de Marin Ledun que j'ai commenté sur MyBoox) mais la lutte des classes est encore et toujours d'actualité et les ouvriers sont encore et toujours exploités au profit de, euh, ben au profit de profiteurs, tiens.
Lecture combattive fortement recommandée pour continuer la lutte...finale ?
"C'est comme cela qu'on produit des automobiles. Des machines moulent la tôle, d'autres pétrissent la matière humaine."
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frandj
  23 novembre 2015
Après Mai 1968, certains jeunes militants maoïstes étaient las de discuter indéfiniment entre intellectuels issus de la classe bourgeoise. Convaincus que la grande révolution qu'ils appelaient de leurs voeux devait nécessairement venir de la classe ouvrière elle-même, ils ont eu le courage de rompre avec leur milieu, pour découvrir ce qu'est la vie de prolétaire. Ce fut le cas de Robert Linhart, brillant élève de la Rue d'Ulm et militant de la Gauche Prolétarienne. Il se fit embaucher comme OS dans une usine Citroën à l'automne 1968, où il travailla dans les dures conditions de l'ouvrier de base. Dans son livre, paru dix ans plus tard, il raconte son expérience: la difficile immersion dans le monde ouvrier, l'infernal travail à la chaîne, la fatigue qui s'accumule et le doute qui commence à apparaitre, les contremaîtres qui aboient, la surveillance permanente des fortes têtes, mais aussi la solidarité entre ouvriers et la grève.
Bien entendu, il s'agit d'un livre que j'ai lu il y a fort longtemps; mais je ne l'ai jamais oublié. C'est une beau témoignage - dur et austère - d'un homme intelligent, honnête et idéaliste, qui est allé au bout de ses convictions.
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andras
  26 janvier 2016
Robert Linhart a été en 1966 l'un des fondateurs du premier parti "maoïste" en France, l'UJC(ml). Ce parti prônait ce qu'on a appelé "l'établissement", c'est-à-dire qu'il demandait aux étudiants et intellectuels de quitter l'université ou leur métier pour aller travailler à l'usine, parmi les ouvriers, afin de les préparer à la révolution qui, cela ne faisait alors aucun doute à leurs yeux, n'allait pas manquer d'arriver. Robert Linhart a donc quitté l'Ecole Normale Supérieure où il avait fait de brillantes études, notamment sous la direction de Louis Althusser, pour prendre en septembre 1968 un poste d'OS dans les usines Citroën de la porte de Choisy à Paris. le livre rend compte scrupuleusement de cette expérience avec ses moments d'enthousiasme et ses moments (hélas plus nombreux) de découragement ou de souffrance. Un parti pris de l'auteur fait que tout ce qui est extérieur à l'usine et aux ouvriers qui y travaillent est "hors champ", radicalement absent du livre. de ce fait ne sont jamais évoqués, ni la révolte de mai 68, ni la politique en France ou dans le monde, ni les mouvements maoïstes (ni le mot de maoïste, ni, il me semble, celui de communiste ne sont nulle part mentionnés dans le livre). En dehors des prénoms des ouvriers ou des noms des petits chefs qu'il côtoie, Linhart ne cite aucun nom propre. Mais cette absence de perspective "globale" est peut-être ce qui rend ce livre très attachant et d'une grande force politique. Il y dissèque ce qu'est le fonctionnement d'une usine à la chaîne avec toutes les vicissitudes, les brimades que l'on peut sans doute 'imaginer" mais qu'une description faite au plus près de la chaîne, avec les mains pleines de cambouis, les oreilles pleines des bruits abrutissants de l'usine, les os qui n'en peuvent plus de supporter des positions inhumaines, rend terriblement crédible. Linhart a un véritable talent de conteur et l'on se sent vite proche de son narrateur et, comme lui, révolté par la condition réservée à ses compagnons ouvriers.
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awei
  28 février 2008
Me voilà d'accord avec Hubert sur la critique de ce livre. je voudrais juste dire à mon tour combien il est précieux d'avoir un tel témoignage d'une réalité que tant de gens (dont moi) ne pourrait sinon avoir même l'idée. Ce livre nous rappelle que la lutte des classes existe. On ne s'ennuie pas une seconde à la lecture de ces pages et on découvre aussi le portrait de personnages très attachants. enfin, c'est un des rares livres dont j'ai fini la dernière page avec un sentiment de révolte et d'envie de faire changer les choses.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
hupomnematahupomnemata   16 décembre 2012
Je m'étonne. Il n'est que manoeuvre? Ce n'est quand même pas si facile, la soudure à l'étain. Et moi qui ne sai rien faire, on m'a embauché comme "ouvrier spécialisé" (O.S.2, dit le contrat) : O.S., dans la hiérarchie des pas-grand-chose, c'est pourtant au-dessus de manoeuvre... Mouloud, visiblement, n'a pas envie de s'étendre. Je n'insiste pas. A la première occasion, je me renseignerai sur les principes de classification de Citroën. Quelques jours plus tard, un autre ouvrier me les donnera. Il y a six catégories d'ouvriers non qualifiés. De bas en haut: trois catégories de manoeuvre (M. 1., M. 2, M.3); trois catégories d'ouvriers spécialisés (O.S. 1, O.S. 2, O.S. 3). Quand à la répartition, elle se fait d'une façon tout à fait simple: elle est raciste. Les Noirs sont M. 1, tout en bas de l'échelle. Les Arabes sont M. 2 ou M. 3. Les Espagnols, les Portugais et les autres immigrés européens sont en général O.S. 2. Les Français sont, d'office, O.S. 2. Et on devient O.S. 3 à la tête du client, selon le bon vouloir des chefs. Voilà pourquoi je suis ouvrier spécialisé et Mouloud manoeuvre, voilà pourquoi je gagne quelques centimes de plus par heure, quoique je sois incapable de faire son travail. Et après, on ira faire des statistiques subtiles sur la "grille des classifications", comme disent les spécialistes.
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esselessel   03 avril 2010
"Le premier jour d'usine est terrifiant pour tout le monde, beaucoup m'en parleront ensuite, souvent avec angoisse. Quel esprit, quel corps peut accepter sans un mouvement de révolte de s'asservir à ce rythme anéantissant, contre nature, de la chaîne ? L'insulte et l'usure de la chaîne, tous l'éprouvent avec violence, l'ouvrier et le paysan, l'intellectuel et le manuel, l'immigré et le Français. Et il n'est pas rare de voir un nouvel embauché prendre son compte le soir même du premier jour, affolé par le bruit, les éclairs, le monstrueux étirement du temps, la dureté du travail indéfiniment répété, l'autoritarisme des chefs et la sécheresse des ordres, la morne atmosphère de prison qui glace l'atelier." (p. 25)
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hupomnematahupomnemata   16 décembre 2012
Il est évident que pour travailler à la chaîne, il est indispensable de présenter de sérieuses garanties de moralité. On ne va pas donner huit cents franc par mois pour dix heures de travail par jour à des gibiers de potence! Mais n'allez pas croire que, cette rigoureuse sélection effectuée, Citroën considère pour autant que ses ouvriers sont d'honnêtes gens. Non. Pour Citroën, tous les ouvriers sont des voleurs potentiels, des délinquants qu'on n'a pas encore pris sur le fait. Nous sommes l'objet d'une surveillance rigoureuse de la part des gardiens, qui procèdent à des fouilles fréquentes à la sortie de l'usine ( "Eh là, toi!.... Oui, toi, ouvre ta serviette"..." Fais voir l'intérieur de ton manteau, ça à l'air gonflé.") . Fouilles humiliantes, tatillonnes, stupides. Sandwichs minutieusement déballés. Pour les ouvriers, bien sûr. Jamais on ne fouillera une de ces voitures de cadres qui circulent librement : tout le monde sait bien qu'ils embarquent des boîtes de vitesse entière et qu'ils se servent sans gêne dans les accessoires. Pour eux, l'impunité est assurée. Mais le pauvre type qu'on aura piqué à sortir un tournevis est sûr d'être licencié sur-le-champ.
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hupomnematahupomnemata   16 décembre 2012
le vestiaire me fascine. Il fonctionne comme un sas et, tous les soirs, une métamorphose collective spectaculaire s'y produit. En un quart d'heure, dans une agitation fébrile, chacun entreprend de faire disparaître de son corps et de son allure les marques de la journée de travail. Rituel de nettoyage et de remise en état. On veut sortir propre. Mieux, élégant.
L'eau des quelques lavabos gicle en tous sens. Décrassage, savon, poudres, frottements énergiques, produits cosmétiques. Etrange alchimie où s'incorporent encore des relents de sueur, des odeurs d'huile et de ferraille. Progressivement, l'odeur des ateliers et de la fatigue s'atténue, cède la place à celle du nettoyage. Enfin, avec précaution, on déplie et on enfile la tenue civile : chemise immaculée, souvent une cravate. Oui, c'est un sas, entre l'atmosphère croupissante du despotisme de fabrique et l'air théoriquement libre de la société civile. D'un côté, l'usine :saleté, veste usée, combinaisons trop vaste, bleus tachés, démarche traînante, humiliation d'ordres sans répliques ( " Eh, toi!"). De l'autre, la ville : complet-veston, chaussures cirées, tenue droite et l'espoir d'être appelé "Monsieur".
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hupomnematahupomnemata   16 décembre 2012
C'est comme une anesthésie progressive: on pourrait se lover dans la torpeur du néant et voir passer les mois - les années peut-être, pourquoi pas? Avec toujours les mêmes échanges de mots, les gestes habituels, l'attente du casse-croûte du matin, puis l'attente de la cantine, puis l'attente du casse-croûte de l'après-midi, puis l'attente de cinq heures du soir. De compte à rebours en compte à rebours, la journée finit toujours par passer. Quand on a supporté le choc du début, le vrais péril est là. L'engourdissement. Oublier jusqu'aux raisons de sa propre présence ici. Se satisfaire de ce miracle : survivre. S'habituer. On s'habitue à tout, paraît-il. Se laisser couler dans la masse. Amortir les chocs. Eviter les à-coups, prendre garde à tout ce qui dérange. Négocier avec sa fatigue. Chercher refuge dans une sous-vie. La tentation...
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Video de Robert Linhart (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Robert Linhart
L'établi, d'après Robert Linhart.
>Economie>Economie du travail>Les travailleurs, selon les industries et les activités (12)
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