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Jean-Marie Saint-Lu (Traducteur)
EAN : 9782264044952
176 pages
Éditeur : 10-18 (20/11/2008)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Montevideo, 1972. Carlos Liscano est jeté en prison par le régime militaire à l'âge de vingt-trois ans. Il en sortira treize ans plus tard.
Il aura connu la torture, les humiliations, la honte, les étranges relations qui lient victimes et bourreaux, l'absurdité d'un système qui veut lui faire avouer quelque chose qu'il ne sait pas.
Mais il aura aussi connu la résistance envers et contre tout, l'amitié indéfectible qui se noue entre camarades d'infortun... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
gonewiththegreen
  06 mars 2020
Récit autobiographique poignant d'un auteur uruguayen qui a connu les affres de la prison pendant plus de 10 ans.
Arrêté en 1972, l'auteur revient sur ses années de prisons.
Après avoir rapidement balayé chronologiquement son passage dans les geôles , il revient plus en détail sur sa "vie" carcérale.
Le texte est poignant, très fort et très bien écrit. L'angle du récit, qui consiste à faire un parallèle entre torturé et tortionnaire est remarquable.
L'auteur revient bien sur sur la souffrance physique mais aussi sur l'effondrement moral que peut engendrer une telle incarcération.
Vaut il mieux lâcher des informations pour arrêter la souffrance physique , quitte à s'imposer une souffrance morale intemporelle ou plutôt "rester loyal" quitte à mourir sous la torture ?
Vaste question qui est admirablement évoquée ici dans un texte brut, pudique , sans voyeurisme déplacé qui sonne comme une tentative de retour à la normalité pour l'auteur.
On notera l'admirable performance morale de l'auteur qui se place dans la peau du tortionnaire et arrive à susciter ou au moins à évoquer chez le lecteur une sorte d'empathie pour les tortionnaires.
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d1404
  11 avril 2020
Carlos Liscano, né en 1949 à Montevideo, était engagé dans le mouvement politique uruguayen d'extrême gauche Tupamaros, prônant une révolution socialiste et la guérilla urbaine, dans les années 1970, pendant la dictature militaire. Il est arrêté en 1972, à l'âge de 23 ans et enfermé, torturé par le régime à l'image de centaines de milliers d'autres personnes. Il ne sera libéré que 13 ans plus tard. C'est en prison que l'écriture s'imposera à cet étudiant-chercheur en mathématiques comme acte de résistance, de lutte contre l'anéantissement de son être.
Par de très brefs chapitres d'une page ou deux, l'auteur revient dans une première partie sur ses premières scènes marquantes, de la naissance de sa soeur jusqu'à sa propre incarcération 16 ans après, jour pour jour, en passant par la mort de ses parents pendant son enfermement jusqu'à l'enterrement de leurs restes après sa sortie.
Mettant en lumière l'éclatement de la relation corps-esprit qu'engendre la torture physique et psychologique, c'est par aller-retour entre passés et présents de différentes époques, avant et après, comme dans un peu importe le quand de cet après « CA », que va débuter le récit de Carlos Liscano.
Après avoir fondé cette réalité, il reviendra plus profondément sur les violences que chaque détail du quotidien fait revivre. Une question lancinante et angoissante du comment se maintenir ensuite, tout en portant cette cassure. Il utilisera avec logique le présent de vérité générale et de mise en situation pour décrire le système de torture et l'attitude de ses bourreaux jusqu'à nous faire sentir dans une composition subtile de clair-obscur l'humanité qui lie tout mortel à un autre.
C'est un jeu de lecture et d'écriture qu'il va poser lors de la création de cet ouvrage, une construction graphique de lui-même, un rétablissement de la continuité du temps et de l'histoire. Un travail de résilience en somme, afin de retrouver enfin le chemin de la liberté.
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carre
  14 janvier 2012
Dans ce récit autobiographique, Liscano raconte les douze années d'enfermement que lui ont valu d'être opposant au régime de la dictature urugayenne. Les tortures et les brimades, l'humiliation , la peur quotidienne.
Mais son témoignage est aussi un hommage à ces parents disparus pendant sa détention, sur la perte de sa jeunesse, sur les idéaux démocratiques. Puis le temps de la libération, la difficulté de retrouver un semblant de vie normale.
Puis enfin le temps des questions l'engagement politique mérite t'il une telle punition ? A quel prix obtient'on la liberté ? etc...
Mais ce qui force notre admiration , c'est que Liscano ne condamne pas ces tortionnaires, comme si la rage qui l'a animée c'était diluée avec le temps.
Un livre profondément humain et pudique.
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Cialanma
  20 janvier 2020
Quand on évoque les dictatures qui ont sévi durant les 60's, 70's jusqu'à la fin des 80's (pour le Chili notamment), l'Europe dont certains pays pourtant ont accueilli des réfugiés (voir l'excellent document de N. Moretti Santiago, Italia 1973 par exemple), a encore un regard, un avis très lointain voire très relatif. Il y a un peu une conception folklorique , une vision de dictature d'opérette sur ce qui s'est passé en Amérique du Sud à cette époque. Après tout, les merveilleuses chansons de Chico Buarque sont devenues très à la mode en France. Or, le livre de Carlos Liscano nous rappelle brutalement et durement que les dictatures sud-américaines de ces 3 décennies ont constitué un épisode extrêmement grave pour l'idée de la démocratie, en terme de violation des droits de la Femme et de l'Homme, de terrorisme d'Etat, de doctrine sécuritaire poussée aux pires extrêmes etc...Le fourgon des fous explique par chapitre, par souvenirs avec une lucidité confondante les réalités de torture, torturé et tortionnaire. C'est dur, c'est sale mais cela a été ainsi. Par moments Carlos Liscano nous donne des touches de délicatesse comme pour aider le lecteur a trouvé une forme de refuge dans les affres et souffrances qu'on lui décrit, en nous parlant de son enfance, de ses parents, de ses amitiés de détenus. Il n'y a jamais d'héroïsme chez Carlos Liscano. Certes il n'a pas parlé, il a résisté (peut-être que cette résistance et cette lucidité peuvent interroger, interpeller) mais ce n'est pas de l'héroïsme pour l'auteur. le retour à la vie (car c'est plus qu'un retour à la liberté) est difiicile et pour cause. Comment survivre avec ces stigmates, ce poids ? Mais cette question se pose aussi pour les tortionnaires. Quoique je reste convaincue que très, très peu d'entre eux se sont réellement posés ces questions et supportent le poids d'une quelconque responsabilité, d'une quelconque recherche d'une construction morale. C'est un témoignage court, à lire attention passages brutaux par moments. Cela ne donne pas la clef de ce qui a provoqué ces dictatures et ce qu'elles ont mis en place mais cela éclaire sur ce que le citoyen lambda, intéressé et impliqué dans la vie politique de son pays peut payer TRES cher. Si vous pouvez à lire en espagnol.
Enfin, je ne mettrai que 3 étoiles car en revanche je n'ai que très moyennement apprécié certaines prises de Carlos Liscano dans les années 2000 au sujet de la France et des dictatures sud-américaines. Il a été clairement établi que certains pays les USA entête ont très largement contribué à ces dictatures. La France n'est pas en reste. Les enquêtes de Marie-Monique Robin sur le sujet sont claires, précises et confirmées. Mais lorsque Carlos Liscano demande à ce que la France soit jugée pour cette collaboration car pour lui plus coupable que les propres autorités uruguayennes je ne suis pas d'accord. C'est beaucoup plus facile de revendiquer ce genre d'idées que de se confronter à la demande de justice et de réparation chez soi. Pas que je minimise le rôle de la France mais quand on a si bien décrit le tortionnaire au point d'entrer dans sa psychologie et d'en extraire sa mécanique, ce type de revendications laisse très perplexe.
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agilmo
  16 juillet 2010
J'ai découvert Carlos Liscano en lisant un article du Matricule des Anges. J'ai tout de suite voulu découvrir ses oeuvres et je ne suis pas déçue.
Le fourgon des Fous emmène le lecteur pour un voyage en enfer ; on y découvre la vie quotidienne et les tortures qu'a subies Liscano pendant les 13 ans
de sa détention, victime de la répression instaurée par la dictature militaire uruguayenne.
L'écriture est épurée, précise et juste. C'est percutant, et aussi d'une grande musicalité, beauté. Il ne s'agit pas ici d'un simple témoignage, mais d'une mise à nu très émouvante de son être. La dignité est toujours présente.
On découvre l'évolution d'un homme, et on perçoit son urgence de choisir, de faire, de dire, de vivre...
Les sujets abordés sont universels et intemporels.
La description du rapport aux autres mais aussi à soi et notamment à son propre corps nous fait entrer dans une grande intimité avec l'auteur. Il tente de comprendre les rapports entre tortionnaires et torturés, entre camarades prisonniers, on ressent la solitude et la résistance incroyable de l'être humain.
J'ai été très émue par ce texte d'une grande humanité, qui est à lire, relire, méditer, admirer.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
carrecarre   22 juillet 2012
Si le torturé parle il affrontera son pire ennemi.Il sera seul avec lui.même, des semaines, des mois, des années, il aura le sentiment d'être une merde, il se demandera pourquoi, il se dira qu'il aurait dû et pu en supporter davantage, un peu plus encore, une autre nuit, une autre séance, une autre immersion de sa tête dans le baril.
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art-bsurdeart-bsurde   27 mai 2014
Dans la salle de torture l'atmosphère est par moment tumultueuse. Aux mugissements des prisonniers s'ajoutent les cris des tortionnaires. Cela sent le tabac, la sueur, l'alcool, l'urine, le désinfectant de toilettes. Cela sent la misère humaine, qui est une odeur indéfinissable, mais qui existe, inonde les salles de torture du monde entier. Ici cela sent deux types de misère : celle du torturé, et celle des tortionnaires. Ces odeurs ne sont pas les mêmes. Les misères non plus, mais elles affectent le même animal.

"Soi et son corps"
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StockardStockard   02 mai 2017
Je viens d'avoir sept ans. J'apprends à lire l'heure, mais je n'ai pas de montre. À cette époque, seuls les adultes ont une montre. Une montre est un instrument sérieux, cher, dont il faut prendre grand soin. Ça ne se confie pas aux enfants.
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carrecarre   22 juillet 2012
Certains jours, peu nombreux, tristes jours, mauvaises heures, je me dirai que mes années de prison m'ont enlevé des chances. Celle d'étudier par exemple. Jamais, à aucun moment, je ne sentirai que la prison m' a appauvrit spirituellement.
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carrecarre   22 juillet 2012
C'était un homme de coeur. Il s'est occupé de moi, il m'a protégé. Il a fait son devoir de père. Avec les ans, je tiendrai pour une vérité que remplir ses obligations, ce n'est pas rien.
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Videos de Carlos Liscano (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Carlos Liscano
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=53065&motExact=0&motcle=&mode=AND
PAROLES D'EXIL
Treize auteurs latino-américains témoignent
Marianne Boscher-Gontier, Mathieu Vicens
Documents Amériques latines
Cet ouvrage regroupe les témoignages de treize écrivains latino-américains, exilés politiques au temps des dictatures de 1960 à 1990. D'origines multiples, ils évoquent les circonstances de leur départ, leurs souffrances physiques et morales, leur résilience dans les pays d'accueil et les vertus de l'écriture comme autre forme de combat. Autant de destins qui donnent à relire les périodes les plus sombres de l'Amérique Latine. Parmi eux : Isabel Allende, Zoé Valdés, Carlos Liscano, Eduardo Galeano, Sergio Zamora...
Broché ISBN : 978-2-343-11164-3 ? mars 2017 ? 162 pages
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>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Biographie des écrivains (238)
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