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Regina Helena de Oliveira Machado (Autre)
EAN : 9782721001931
259 pages
Editions des Femmes (03/02/1981)
4.26/5   23 notes
Résumé :
Je veux capturer le présent qui, par sa nature même m'est interdit...
Mon thème est l'instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois qu'il y a d'instants qui s'écoulent — fragmentaire que je suis et précaires les moments — je ne me compromets qu'avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : il n'est d'espace pour moi que dans le temps...
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Myriam3
  03 avril 2019
Première rencontre avec cette auteure brésilienne depuis longtemps dans ma pal. Clarice Lispector fait partie des grands écrivains du Brésil. Issue d'une famille d'immigrés ukrainienne ayant fui les pogroms juifs au début du siècle dernier, elle a fait sa place dans la littérature sud-américaine.
Agua Viva est d'une écriture exigeante, introspective et poétique. A l'époque où ses premiers livres ont été publié, on a parlé d'influences proustiennes, woolfiennes, alors qu'elle n'avait lu ni Proust ni Virginia Woolf.
Ecrit dans les années 70, je ne sais pas à quel point elle a pu être influencée par les auteurs américains des décennies précédentes mais comme eux, et comme Proust et Woolf justement, elle s'efforce de vivre et d'écrire le IT, l'instant, dans toute son intensité. Sous formes d'images,de sensations et d'émotions , elle transcrit ce passage à la fois évanescent et intemporel de l'expérience.
Un livre à lire et relire parce qu'il est dense, complexe et beau.
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blanchenoir
  02 avril 2016
"Au fond, bien derrière la pensée, je vis de ces idées, si elles sont des idées. Ce sont des sensations qui se transforment en idées parce que je dois utiliser des mots. Les utiliser même si ce n'est que mentalement. La pensée primaire pense avec des mots. le "liberté" se libère de l'esclavage du mot."
Dans ce texte que l'on lit comme un long poème à la Vie, Lispector tente de nous dire l'impersonnel, un point du dehors, une expérience minimale et puissante de la pensée.
La solitude, la joie comme délivrance sont ici peintes.
Agua viva est comme un tableau. Couleurs, fleurs, respiration, repos... Une floraison de figures, et de sensations...
Réflexions sur le langage, sur l'instant si fertile, sur la mort et sur la vie, Lispector nous entraîne dans les méandres de ses pensées et derrière. Dehors et dedans, dans le même temps ?
Parfois obscure et mystérieuse, Lispector nous livre ici une sublime parole d'écriture liée à une exigence fondamentale de vivre. de ressentir. de sentir.
"Tout serre : le corps exige, l'esprit n'arrête pas, vivre ressemble à avoir sommeil et ne pas pouvoir dormir - vivre est incommode. On ne peut aller nu, ni de corps ni d'esprit."
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Limelox
  04 février 2019
Je remercie tout d'abord les éditions Des Femmes - Antoinette Fouque et le site Babelio pour cet envoi dans le cadre de masse critique.

Agua Viva est un livre de prose proposé en double-lecture français (page de droite) et portugais (page de gauche), et je salue cette double présentation qui permet d'avoir le texte original sous les yeux. Non pas que je comprenne le portugais mais il y a un sentiment de proximité avec l'auteur à trouver ses mots "originels". Ce genre de démarche chez les éditeurs est suffisamment rare pour être applaudie!
Je dois dire que le livre m'a déconcertée dans un premier temps car je ne m'attendais pas à un livre de prose mais un roman. La première surprise passée, je me suis trouvée confrontée à une écriture très riche, très belle, mais assez mystérieuse. J'ai même eu le sentiment de plonger dans l'esprit tortueux de Frida Khalo (parallèle mental sans doute dû aux références à la peinture , au style presque "baroque" et à l'origine sud-américaine de l'auteur... oui je sais Frida était mexicaine elle!).
La difficulté de ce type d'écriture, c'est qu'on a le sentiment d'arriver au milieu de quelque chose, et de ne pas savoir à quel bout se raccrocher. Ce n'est pas que tout cela manque de sens, c'est qu'il y a justement trop de sens, d'images en cascade.... j'ai l'impression de me trouver devant une broderie magnifique mais tellement compliquée!
Je ne suis pas déçue pourtant de ce voyage inattendu, juste encore perplexe. Je pense que c'est un livre auquel je reviendrai plus tard, pour essayer d'illuminer les zones d'ombres.


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arbrevert
  21 février 2019
Ce livre est très original et poétique.
C'est très intéressant d'avoir le texte à la fois en portugais (page de gauche) et en français (page de droite).
J'ai malheureusement eu beaucoup de mal à suivre la pensée de l'auteure, qui part dans tous les sens.
Ce livre est court mais il faut se concentrer pour ne pas décrocher. On se croirait dans un rêve, un voyage dans les sentiments de l'auteure.
Je m'attendais cependant à une histoire en fond dans ce voyage, à laquelle me raccrocher, mais il n'y en a pas. C'est pourquoi ce livre n'est pas facile d'accès et on est parfois perdu.
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VACHARDTUAPIED
  14 avril 2013
Magnifique introspection.............
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   19 février 2022
...
Maintenant je m'intéresse au mystère du miroir. Je cherche un moyen de le peindre ou d'en parler avec la parole ...
Miroir ? Ce vide cristallisé qui a au-dedans de soi de l'espace pour qu'on aille pour toujours de l'avant sans s'arrêter : car le miroir est l'espace le plus profond qui existe. Et c'est une chose magique : qui en a un morceau brisé pourrait déjà aller avec lui méditer dans le désert. Se voir soi-même, c'est extraordinaire. Comme un chat au dos hérissé, je me hérisse devant moi. Du désert aussi je reviendrais vide, illuminée et translucide, et avec le même silence vibrant d'un miroir.
Sa forme n'a pas d'importance : aucune forme ne peut le circonscrire ni l'altérer. Miroir est lumière. Le moindre morceau de miroir est toujours le miroir tout entier.
Enlève-t-on son cadre ou la ligne de sa découpure, et il croît ainsi que l'eau se répand.
Qu'est-ce qu'un miroir ? C'est le seul matériau inventé qui est naturel. Qui regarde un miroir, qui parvient à le voir vient à se voir, qui comprend que sa profondeur consiste en ce qu'il est vide, qui chemine en dedans de son espace transparent sans laisser en lui le vestige de sa propre image — ce quelqu'un a perçu alors son mystère de chose. Pour cela il faut le surprendre quand il est seul, quand il est pendu au mur d'une chambre vide, sans oublier que l'aiguille la plus ténue devant lui pourrait le transformer en simple image d'une aiguille, si sensible est le miroir en sa qualité de réflexion légérissime, rien qu'en image et pas le corps. Le corps de la chose.
A le peindre j'ai eu besoin de ma propre délicatesse pour ne pas le traverser de mon image, car un miroir où je me vois c'est déjà moi, seul le miroir vide est le miroir vivant. Seule une personne très délicate peut entrer dans la chambre vide où il y a un miroir vide, et avec une telle légèreté, avec une telle absence de soi-même, que l'image ne marque pas. En récompense cette personne délicate aura alors pénétré un des secrets inviolables des choses : elle a vu le miroir proprement dit.
Et elle a découvert les énormes espaces glacés qu'il a en soi, à peine interrompus par un bloc de glace ou un autre. Le miroir est froid et glacé. Mais il y a la succession d'obscurités au-dedans de lui — percevoir ceci est un instant très rare — et il faut rester aux aguets des jours et des nuits, à jeun de soi-même, pour pouvoir capter et surprendre la succession d'obscurités qu'il y a au-dedans de lui. Avec des couleurs de noir et de blanc, j'ai recapturé sur la toile sa luminosité frémissante. Avec le même noir et blanc j'ai recapturé aussi, en un frisson de froid, une de ses vérités les plus difficiles : son silence glacé sans couleur. Il faut comprendre la violente absence de couleur d'un miroir pour pouvoir le recréer, comme si l'on recréait la violente absence de goût de l'eau.
Non, je n'ai pas décrit le miroir. J'ai été lui. Et les mots sont eux-mêmes, sans ton de discours.

—p.207 & +
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nadejdanadejda   20 juillet 2013
J'entre lentement dans mon offrande à moi-même, splendeur déchirée par le chant ultime qui semble être le premier. J'entre lentement dans l'écriture ainsi que je suis déjà entrée dans la peinture. C'est un monde enchevêtré de lianes, syllabes, chèvrefeuilles, couleurs et mots -- seuil d'entrée d'ancestrale caverne qui est l'utérus du monde, d'où je vais naître.

(...) Ce que je te dis doit être lu rapidement comme quand on regarde.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   14 avril 2013
Je veux capturer le présent qui, par sa nature même m'est interdit...
Mon thème est l'instant, mon thème de vie. Je cherche à lui être pareille, je me divise des milliers de fois en autant de fois qu'il y a d'instants qui s'écoulent — fragmentaire que je suis et précaires les moments — je ne me compromets qu'avec la vie qui naît avec le temps et avec lui grandit : il n'est d'espace pour moi que dans le temps...
La musique ne se comprend pas : s'entend. Entends-moi alors avec ton corps entier. Quand tu arriveras à me lire, tu me demanderas pourquoi je ne me limite pas à la peinture et à mes expositions, puisque j'écris rude et sans ordre. C'est que maintenant je sens la nécessité de mots — et c'est nouveau pour moi ce que j'écris parce que ma vraie parole, jusqu'à maintenant, n'a pas été atteinte. La parole est ma quatrième dimension.
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blanchenoirblanchenoir   01 avril 2016
La vie oblique ? Je sais bien qu'il y a un désaccord léger entre les choses, elles se choquent presque, il y a un désaccord entre les êtres qui se perdent les uns les autres entre des mots qui ne disent presque plus rien. Mais nous nous entendons presque dans ce léger désaccord, dans ce presque qui est la seule forme de supporter la vie en plein, car une rencontre brusque face à face avec elle nous effraierait, affolerait ces délicats fils de toile d'araignée. Nous sommes de travers pour ne pas compromettre ce que nous pressentons d'infini autre dans cette vie dont je te parle.
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blanchenoirblanchenoir   28 mars 2016
Pourquoi les choses, un instant avant d'arriver, paraissent-elles déjà être arrivées ? C'est une question de simultanéité du temps. Et voilà que je te pose des questions et elles seront plusieurs. Parce que je suis une question.
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Vidéo de Clarice Lispector
Rodrigo S. M. s'attarde sur le sort de Maccabée, une femme sans charme et sans esprit du Nord-Est brésilien. Autour d’elle gravitent des avides et des ambitieux qui ne lui donneront rien. En observateur distant, l’auteur fictif auquel Sterenn Guirriec prête sa voix vibrante fait le récit de cette vie misérable, dépourvue d'amour, qui tiendrait en un souffle, prête à s'évanouir.
Ultime roman de Clarice Lispector, publié en 1977, l'année de sa mort, « L’heure de l’étoile » est le chef-d'œuvre de sa maturité. Avec un regard sans concession, l'autrice s'attaque aux injustice sociales et aux ravages de la pauvreté.
Le CD MP3 est accompagné d'un livret de présentation de Paulo Gurgel Valente, fils de Clarice Lispector, traduit par Didier Lamaison.
Le texte français, traduit du portugais brésilien par Marguerite Wünscher, revisé par Sylvie Durastanti, a paru en 1984, réédité en 2014, aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.
Direction artistique : Francesca Isidori.
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