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Claude-Christine Farny (Traducteur)Clélia Pisa (Préfacier, etc.)
EAN : 9782721004727
229 pages
Editions des Femmes (28/02/1998)
3.89/5   31 notes
Résumé :
La Passion selon G.H. fut publié au Brésil en 1964. Le roman cherche à capter au long de ses quelques deux cents pages le flux ininterrompu de pensées d'une femme aux prises avec une profonde interrogation sur son identité propre. Durant ce voyage aussi bien autour de son appartement que d'elle-même, à la fois odyssée et chemin de croix du personnage dans les labyrinthes de sa subjectivité, toutes les limites de son moi seront abolies, et le langage lui-même devr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Creisifiction
  26 octobre 2020
L'histoire ou plutôt le long monologue intérieur d'une femme de la haute classe moyenne carioca, unique personnage de ce récit beau, poétique et étrange. Nous suivons cette femme au cours d'une pérégrination à travers son appartement bourgeois à Rio de Janeiro, pièce par pièce, dans ce qui va devenir progressivement une sorte de descente aux enfers dans soi-même. Au cours de ce périple de plus en plus vertigineux, tous ses repères, objectifs et subjectifs, y compris son identité propre voleront complètement en éclats. C'est ainsi qu'à un moment donné, réalise-t-elle, en retrouvant les initiales G.H. sur une valise oubliée dans un placard, qu'elle ne sait plus du tout comment elle s'appelle. Sans plus rien qui la relie à son être et à son monde quotidien, ayant abandonné son enveloppe humaine et rassurante, G.H. va être dépouillée sur ce chemin de croix de toute consistance, de tout souvenir, de toutes limites personnelles, avant de pouvoir envisager une éventuelle forme de rédemption.
Par des aspects absurdes et de non-sens qu'il comporte, on pourrait être tenté de qualifier ce récit de « kafkaïen ». Un long épisode avec un cafard retrouvé mort dans l'une des pièces du fond de l'appartement pourrait d'ailleurs venir corroborer ce sentiment de parenté entre le roman de Lispector et « La Métamorphose ». Dans tous les cas, les deux récits semblent bien traduire la même et terrible expérience de la déréliction de son être profond.
J'ai lu ce livre la première fois durant mon adolescence. Je n'avais certainement pas pu comprendre totalement le sens de cette histoire, La passion selon G.H. étant un livre certes écrit simplement du point de vue de la langue, mais trop profond et difficile à saisir pour quelqu'un de cet âge-là. Lecteur absolument naïf et néophyte dans ce genre de littérature, j'ai été néanmoins fasciné par cette oeuvre et cette écriture : tellement personnelle, si délicatement tournée, sensitive à l'extrême, et surtout sans aucune limite narrative. L'auteure m'est devenue depuis quelqu'un de proche, une amie, après avoir été durant un long moment l'objet d'un amour pubère et sublimé.
C'est pour moi un livre de choix, unique dans ma vie de lecteur. le souvenir de cette première lecture continue jusqu'à ce jour à me hanter, ses relectures postérieures à me transporter à chaque fois vers des territoires de pensée particuliers, singuliers, uniques. Comme lorsqu'on atteint ces sommets où l'air se raréfie et le souffle semble comme suspendu face à la beauté abandonnée du paysage qui s'ouvre devant nous, inondé d'une lumière pure et éclatante.
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Marc129
  19 novembre 2021
Ce fut clairement une expérience de lecture écrasante pour moi, comme en témoigne ma note exceptionnellement élevée. N'attendez une critique systématique de ce livre, même une synthèse n'est pas possible, car il n'y a pratiquement pas de scénario. L'écrivain brésilien Lispector (1920-1977) propose un monologue intérieur décousu d'une femme apparemment en train de vivre une profonde expérience existentielle ; je ne peux pas le dire plus concis que cela. Les phrases se succèdent de manière presque opaque, avec des contradictions et des paradoxes constants, et des références à des situations et des personnes qu'il n'est pas toujours possible de situer. de profondes réflexions philosophiques et existentielles sur l'univers, Dieu, la mort, l'amour, etc., alternent avec des actes horribles et des performances surréalistes, qui sont principalement déclenchées par la découverte d'un cafard. J'ai été particulièrement touché par la description appropriée de l'univers (et donc aussi de Dieu) comme indifférent/neutre, un processus de déshumanisation qui est vu par le protagoniste comme une expérience libératrice, culminant dans une confession vitaliste. Ces quelques lignes de critique ne rendent pas vraiment justice à ce livre, je le sais, alors je vais ajouter quelques références qui n'étaient peut-être pas consciemment voulues par Lispector : Fiodor Dostoïevski, Samuel Beckett, Virginia Woolf, Franz Kafka, Max Fischer, etc., tous ces grands auteurs vous viennent à l'esprit en lisant ce texte intrigant. Dans un certain sense l'auteur nous semble même offrir une réflexion sur l'oeuvre de Nietzsche, mais en allant bien au-delà.
Pour moi – mais chaque lecteur y verra probablement quelque chose de différent – j'ai vécu ce livre essentiellement comme la description intense d'un processus de purification, d'une femme (brésilienne) en crise de la quarantaine, exposant des vérités existentielles fondamentales. Je suis sûr que je reviendrai sur ce livre pour approfondir l'expérience de lecture époustouflante qu'il offre.
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alzaia
  19 août 2016
Je crois que Clarice Lispector investi un espace Tabou dans son écriture ; en l'occurrence ici dans « G.H »… C'est tabou de parler comme elle parle ; cette pensée me vient suite à ce que dit C. Pesia du côté sombre et taiseux de C.L, du côté « insaisissable » de l'auteur ; cette part, qualifiée d'insaisissable, ne l'est que parce-que comme elle le dit : « on me prendrait pour folle » de dire ce qu'elle a compris ; alors elle ne peut investir cet espace tabou d'un dire dépersonnalisé, que dans l'espace littéraire.
Ce livre, dont elle espère qu'il touchera particulièrement « des personnes à l'âme déjà formée » , immerge dans cet espace tabou , suivant maints paliers de décompression… Pour passer d'un plan purement « horizontal » de la vie , à un plan « vertical » nous faisons « connaissance » de G.H , femme esseulée, logée sous les toits d'une tour d'une quinzaines d'étages ; elle s'apprête cérémonieusement, au rangement de la chambre-débarras que Janeir, la dernière domestique en date vient de libérer… car ranger c'est « donner une forme »
Toute l'écriture de Lispector et son « graphisme » , ont une importance éblouissante (littéralement parlant)… tous ses mots tissent en même-temps qu'ils oeuvrent à détisser, l' impalpable impermanence, le mutique des « choses » … nous flottons dans un espace-temps humide-et désertique inouï, dans la moelle des choses sans nom.
Le plus difficile pour elle n'est pas d'arriver à cette pensée, mais d'arriver à « dire », à retranscrire la profonde désillusion vivifiante dont elle fut l'incarnation la veille.
Le derme de « l'instant » un instant sera perforé … la vue du cafard-prétexte à cette dérive extatique-mystique permet à Clarice Lispector de livrer ici ou délivrer peut-être, une part secrète et sécrétée par le réel même : « La réalité est la matière première, le langage est la façon dont je vais la chercher »…
Quelle joie de lire ce livre...
Nous y rentrons par des pointillés, sans un mot donc, pour en sortir pareillement...
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Pausole
  05 février 2021
Clarice Lispector...quel nom! On croirait entendre la langue des serpents.
Cependant, l'écriture est entomologiste, d'une précision presque inhumaine.
On sent la volonté de l'autrice d'être le plus juste possible dans la description de la longue et inéluctable descente de la narratrice au fond d'elle même, au fond de son moi, à côté de sa folie et de son espoir.
Un appartement carioca, dans un immeuble, sous les toits. Une chaleur écrasante, la rencontre avec une blatte, l'indicible et la recherche de la rédemption. Luxe détails.
Cette rencontre entomologiste, l'écrasement de la blatte est le point de départ d'un cheminement métaphysique de la narratrice, de la déconstruction d'une identité passée travestie? rêvée? à la conquête d'un nouveau "moi" justifié/transformé mais surtout transcendé dans l'expérience de l'autre, de la blatte comme miroir reformant.
La narratrice s'effeuille tel un oignon, couche par couche, interrogeant, doutant sans cesse : omnibus dubitandum.
C'est un voyage éprouvant, l'écriture y est pour quelque chose, car elle a le côté saillant, brutal et sans concession d'un quadrilatère parfait. La pensée est disséquée, géométriquement. Et ce du début, à la fin.
Quelle lecture dérangeante, gênante et comme cela fait du bien.
Nul masochisme! Juste le bonheur de se frotter au cerveau d'autrui, à la différence. Qu'il est agréable de ne pas être pris pour un imbécile.
Comme elle le dit elle-même en exergue : Âme non forgée, s'abstenir, les limbes ne sont pas loin.
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crochette
  16 juin 2013
difficile de donner un avis tempéré sur un livre où vous vous dites en tournant chaque page: c'est une virtuose - elle se fout du lecteur - l'écriture est sublime - on n'a pas le droit de faire un livre de plus de 100 pages sur une femme qui écrase un cafard dans une chambre en faisant le ménage...
Ce chaud et froid est assez troublant. il est sûr que le talent littéraire est fulgurant. L'outrance de l'introspection sans pitié, à la limite du morbide par moment, peut-être insupportable. A essayer pour ceux qui ont le goût de l'aventure!
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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
armand7000armand7000   05 janvier 2020
Dans son appartement confortable de Rio de Janeiro, une femme commence sa journée, seule, face à une tasse de café. Elle sait qu'elle passera cette journée à la maison et que son travail devra être négligé. Elle a dû prendre cette sorte de congé pour s'occuper de son appartement à la suite du départ de la bonne.

Il y a donc une première rupture du rythme quotidien de cette femme. C'est la raison pour laquelle elle entame une interrogation sur le cours habituel de ses jours. Après, ayant décidé de faire le ménage dans la chambre de la bonne, elle découvre dans quelques signes laissés par la domestique qu'elle a vécu de longs mois, à côté de quelqu'un, resté totalement étranger. Commencent alors à sourdre les indices d'une seconde interrogation, plus large et plus complexe, qui part de ce point précis : son ignorance de l'autre, c'est-à-dire, de la domestique et de son monde...

... C'est en cherchant le sens primordial de ce qu'elle voit et ressent, et en essayant de comprendre les liens éventuels entre tout cela et Dieu, que G.H. avance, de station en station, dans sa passion, qui est à la fois un cri de douleur et de joie .
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alzaiaalzaia   11 août 2016
Je repousse l'heure de me parler. Parce-que j'ai peur ?
Et parce-que je n'ai pas un mot à dire.
Je n'ai pas un mot à dire, alors pourquoi ne pas me taire ? Mais si je ne fais pas violence aux mots, le mutisme m'engloutira au fond des eaux. Les mots et la forme seront la planche qui me permettra de flotter sur les flots déchaînés du mutisme.
Et si je repousse le moment de m'y mettre, c'est aussi que je n'ai pas de guide. Les autres récits de voyageurs me livrent peu de détails au sujet du voyage : toutes les informations sont terriblement incomplètes.
Je sens qu'un début de liberté me vient petit à petit... Car jamais autant qu'aujourd'hui cela ne m'a été égal d'offenser le bon goût : j'ai écrit " les flots déchaînés du mutisme", ce que je n'aurais jamais dit avant parce que j'ai toujours respecté la beauté et sa modération intrinsèque. J'ai dit "les flots déchaînés du mutisme", humblement mon coeur s'incline, et j'admets. Aurais-je enfin perdu tout un code du bon goût? Mais, cela sera-t-il mon seul gain ? Combien j'ai dû vivre bâillonnée pour me sentir désormais plus libre uniquement parce que je fais bon marché d'une entorse à l'esthétique. (...) Je veux savoir ce qu'à perdre, j'ai encore gagné. Pour le moment, je ne sais pas : c'est seulement en me faisant revivre que je vais vivre.
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TalyachaumontTalyachaumont   10 mai 2013
Ecoute, il faut que je parle parce que je ne sais que faire de ce que j'ai vu. Pire encore: ce que j'ai vu, je n'en veux pas. Ce que j'ai vu fait voler en éclats ma vie de tous les jours. Pardonne-moi pareil cadeau, je préférerai tellement avoir vu une chose agréable. Prends ce que j'ai vu. Délivre-moi d'une vision qui ne me sert à rien, délivre moi de mon péché inutile.
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alzaiaalzaia   12 août 2016
Cette image de moi entre des guillemets me satisfaisait et pas uniquement en surface. J'étais l'image de ce que je n'étais pas, et cette image du non-être me comblait : être négativement est l'une des façons d'être les plus fores qui soient. Comme je ne savais pas ce que j'étais, ce "non-être" constituait mon approche la plus juste de la vérité : j'avais au moins l'autre côté, j'avais au moins le "non", j'avais mon envers. Je ne connaissais pas le bien en moi, aussi vivais-je avec une certaine ferveur ce qui était mon "mal".
Et, en vivant mon mal, je vivais le côté inverse de ce que je n'arrivais même pas à vouloir ou à essayer. Tel celui qui mène avec amour et application une vie de "débauché" et possède au moins l'opposé de ce qu'il ne connaît pas, ne peut pas, ne veut pas : une vie de moine. Aujourd'hui seulement je savais que j'avais tout, bien que sur le mode contraire : je me consacrais à chaque détail du non.
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karamzinkaramzin   19 mai 2021
...
L'enfer est mon maximum.
J'étais au sein même d'une indifférence mobile et attentive. Et au sein d'un amour indifférent, d'un sommeil éveillé indifférent, d'une douleur indifférente. D'un Dieu dont, si je l'aimais, je ne comprenais pas ce qu'il voulait de moi. Je sais, il voulait que je sois Son égale et que je m'égale à Lui par un amour dont je n'étais pas capable.
Par un amour si grand qu'il serait à la fois personnel et tellement indifférent ― comme si je n'étais pas une personne. Il voulait que je sois, avec Lui, le monde. Il voulait ma divinité humaine, et il avait fallu commencer par me dépouiller de l'humain construit.
Et j'avais déjà fait le premier pas : puisque au moins je savais déjà qu'un être humain est une sensibilisation, un orgasme de la nature. Et que c'est seulement par une anomalie de la nature que, au lieu d'être le Dieu comme les autres êtres Le sont, au lieu de L'être nous voulions Le voir. Cela ne nous nuirait pas de Le voir si nous étions aussi grands que Lui. Un cafard est plus grand car sa vie se livre tellement à Lui qu'elle vient de l'infini et va vers l'infini sans qu'il le sache, il n'a pas de discontinuité.

p.163
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Videos de Clarice Lispector (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Clarice Lispector
Rodrigo S. M. s'attarde sur le sort de Maccabée, une femme sans charme et sans esprit du Nord-Est brésilien. Autour d’elle gravitent des avides et des ambitieux qui ne lui donneront rien. En observateur distant, l’auteur fictif auquel Sterenn Guirriec prête sa voix vibrante fait le récit de cette vie misérable, dépourvue d'amour, qui tiendrait en un souffle, prête à s'évanouir.
Ultime roman de Clarice Lispector, publié en 1977, l'année de sa mort, « L’heure de l’étoile » est le chef-d'œuvre de sa maturité. Avec un regard sans concession, l'autrice s'attaque aux injustice sociales et aux ravages de la pauvreté.
Le CD MP3 est accompagné d'un livret de présentation de Paulo Gurgel Valente, fils de Clarice Lispector, traduit par Didier Lamaison.
Le texte français, traduit du portugais brésilien par Marguerite Wünscher, revisé par Sylvie Durastanti, a paru en 1984, réédité en 2014, aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.
Direction artistique : Francesca Isidori.
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