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Violante do Canto (Traducteur)
EAN : 9782070271795
328 pages
Gallimard (14/01/1970)
4.23/5   11 notes
Résumé :

Un ingénieur, Martin, a commis un meurtre et est en fuite. Il marche sans but, dans une plaine à peu près désertique, et sans cesse sa marche est interrompue par des rencontres : arbre, oiseau, ruisseau... Rencontres grâce auxquelles il commence à comprendre non pas qui il est, mais ce que fut sa vie jusque-là et ce qu'elle pourrait être, à comprendre notamment que son crime fut une libération pour lui. Sa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
blanchenoir
  18 mars 2016
"Pour chaque homme existe probablement un certain moment non identifiable où il fait plus que flairer : où l'illusion est tellement plus grande qu'il atteint l'ultime véracité du rêve. Où les pierres ouvrent leur coeur de pierre, et les bêtes ouvrent leur secret de chair, et les hommes ne sont plus "les autres", ils sont "nous", et le monde est un éclair que l'on reconnaît comme si on l'avait rêvé ; pour chaque homme, il y a ce moment non identifiable où il accepte d'être la monstrueuse patience de Dieu."
Je viens de lire mon premier livre de Clarice Lispector... Une écriture phénoménale... Quelle splendeur ! Après Blanchot, quel autre roman aurai-je pu lire ? Quel autre anti-héros que Martin pouvait me parler, m'interpeller et me charmer ?
Martin, un criminel pourtant. Un criminel en fuite, qui parle aux pierres, découvre un mode d'être, impersonnel, qui le prend et lui échappe...
Grandeur des mots et du silence. Présence de l'absence...
Désir d'être dans le monde et de l'habiter, poétiquement...
Le Bâtisseur de ruines est un grand livre, un roman qui indique et symbolise l'intériorité humaine qui se cherche et se déploie... Calmement, secrètement et mystérieusement...
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PhilippeSAINTMARTIN
  05 novembre 2016
Etrange livre d'une errance initiatique, lente et mesurée. Lispector joue sur l'ambigüité permanente des paysages comme de ses personnages. Elle dissèque les pulsions et les non-dits à la manière du nouveau roman brésilien. Une oeuvre de patience pour l'auteur comme pour le lecteur mais le style introspectif et les choix lexicaux sont aussi beaux que déroutants.
Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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jfff
  09 décembre 2020
Ce livre ne peut qu'interpeller, il s'agit de l'expérience d'un homme dont toutes les références vont s'écrouler brutalement.Fuyant une justice probable il va partir à travers la nature, sa pensée se déstructurant lentement. Il arrivera jusqu'à une ferme où il rencontrera d'autres êtres humains, il y sera recueilli et y travaillera.
Un homme sans égo, ou à l'égo presque détruit, reste-t-il un homme ? Peut-il vraiment communiquer les autres ? Sa communication sensible et belle à la nature non humaine peut-elle lui suffire ? Mille questions surgissent à la lecture de ce livre qui est un OVNI littéraire, sa lecture est exigeante, très exigeante, il navigue à vue entre méditation, expérience mystique, folie contemplation et incompréhension ; le doute y règne en maitre .
A la fin du livre une dernière question surgit. L'histoire de Martin est-elle finie ?
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MarianneL
  26 avril 2013
La genèse sensible d’un homme.
«Cette histoire commence au cours d’une nuit de mars, obscure comme l’est la nuit quand on dort.»
Martin pense avoir commis un crime et s’enfuit dans la nuit, au cœur des vastes plaines du Brésil, territoire immense qui dans l’obscurité évoque un retour aux origines. Il marche pour fuir le lieu du crime, pour tenter de fuir ses propres pensées, pour devenir un organisme non-pensant et surtout non-parlant, pour se reconstruire peut-être. Mort de soif mais renaissant, il arrive dans une ferme dans laquelle il va travailler, sous la coupe de Victoria, propriétaire des lieux, et aux côtés d’Ermelinda, une cousine tortueuse qui veut séduire cet homme mutique.
La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
karamzinkaramzin   29 mars 2021
...
Il respira profondément comme si jusque là il avait été bâillonné. C'était un sentiment doux et puissant : l'homme part et la femme reste. Ainsi probablement devaient être les choses. Se dirigeant vers le ruisseau pour se mouiller le visage, il éprouvait un orgueil paisible. A présent qu'il avait possédé une femme, il trouvait naturel que tout devînt compréhensible, à portée de la main. Grande était la campagne : une multitude de points brillants sur un fond obscur et incertain, à portée de la main l'eau dont le soleil avait fait un dur miroir, et cela devait être ainsi, il approuva la manière d'être de la terre. Sans modestie, comme un homme qui est nu, il savait qu'il était initié. Devant l'eau qui le frappait avec son éclat de faux, tout était à lui, un bonheur étourdi emplit sa tête, il sentait encore dans ses bras le poids que pèse une femme soumise. Initié comme un être qui vit. Même s'il ne devait être rien de plus qu'un être qui vit. Ce fut un instant rare, il le prit ainsi, sans vanité, et avant qu'il s'évanouît, il l'appréhenda de toute son âme, pour qu'elle eût au moins touché à l'immense réalité.
« Que fait-elle toute seule dans la remise ? » pensa-t-il, et que voulait-elle de lui ? Avec une lucidité accrue par le bonheur, il comprit qu'elle attendait de lui un mot et qu'elle lui était attachée par l'ultime espérance. Et qui était-elle ? c'était devenu brusquement important, qui était-elle ? Car s'il avait été prisonnier dans une cellule avec seulement un brin d'herbe à la main, ce brin d'herbe aurait contenu ce qu'un champ entier aurait pu lui apporter. Et s'il avait pris une femme laide et inconnue, une femme entre des milliers de femmes, en elle le monde entier attendait de lui l'espérance. Mais que pourrait-il lui donner à part la miséricorde ? À cet instant, incertain et mal orchestré, pour la première fois s'insinuait en lui le vieux mot de miséricorde. Mais il ne l'entendit pas bien.
Car, en pensant à Ermelinda, il s'était mis à songer à sa femme qui écoutait la radio tandis que le temps s'écoulait, et elle recevait les cadeaux avec un soupir : « À cheval donné on ne regarde pas la bride », disait-elle en soupirant. Et, évoquant sa femme, il se rappela son fils à qui il n'avait plus voulu penser directement. Il pensa à son fils avec une première et honteuse douleur, comme si le fait d'avoir tenu Ermelinda dans ses bras lui avait enfin donné un fils. Ce fils qu'il avait fait avec tant de soin, et qui était si réussi, et qui était si grand pour son âge. (...)
Et, grâce à son fils, l'amour pour le monde l'assaillit. Il était ému de la richesse de ce qui existe, il s'attendrissait sur lui-même, il était si vivant et puissant ! il était si bon ! fort et musclé ! « Je suis de ces gens qui comprennent et pardonnent », oui, il était cela et, ému, il avait la nostalgie de son fils. Le soleil arrêté s'enfonçait toujours plus en lui, l'amour qu'il ressentait pour lui-même le grandit, il ne pouvait plus contenir sa gloire, et son reste de pudeur disparut. Auprès de l'eau scintillante, rien ne lui paraissait impossible. À présent, il était arrivé, grâce à son fils, à une première étape où la douleur était mêlée d'une joie féroce, et la joie était douloureuse ; ce point rapide devait être l'aiguillon de la vie et sa rencontre avec lui-même ; alors, comme l'âme d'un chien aboie, ne pouvant plus se contenir, il dit au ruisseau : ah !
Ah ! dit-il par amour et angoisse et férocité et pitié et admiration et tristesse, et tout cela était sa joie.
Mais pourquoi cela ne lui suffit-il pas ? Pourquoi ne serait-ce pas suffisant de s'exclamer ? Parce que, en fait, il voulait la parole. Tant qu'il serait lui-même, il resterait attaché à sa propre respiration, dans l'attente qu'elle l'unisse à lui-même ; il vivrait avec ce mot sur le bout de la langue, la compréhension presque sur le point de se révéler, dans cette tension qui finit par se confondre avec la vie et qui est elle-même ; il se trouve qu'il cherchait un mot.
Et à présent qu'il connaissait les oscillations d'un amour humain, il n'avait jamais été aussi près de ce mot. Les herbes le faisaient trembler. L'eau le faisait étinceler. Le soleil noir l'exprimait à sa façon. Et la campagne devint plus intense aux yeux de Martin.
Pourquoi alors ne disait-il pas le mot ? Le soleil était arrêté. L'eau éblouie. Martin devant elle. Pourquoi ne le disait-il pas ? Tout était si parfait qu'il était en trop. La dure vitre de l'eau le regardait et il regardait. Et tout était si réverbéré et statique, si complet en soi qu'il ne se mouilla pas le visage, il n'osa pas toucher l'eau et interrompre par son geste la grande immobilité. Tout éclatait de silence. Avec l'odeur d'herbe chaude que le vent apportait du lointain, il respira la révélation en essayant en vain de la penser. Mais le mot, le mot il ne l'avait pas encore. Le pied avec lequel un homme foule, il ne l'avait pas. Il savait que cela avait été fait. (...)
Le soleil retors brûlait sa tête, le rendant tranquille et fou. Alors, sous la vérité du soleil il n'eut plus honte de désirer le maximum. Et au travers de l’amour pour son fils, il décida que le maximum pouvait être atteint grâce à la miséricorde.
Serait-ce là le mot ? Si oui, il ne le comprenait pas. Serait-ce là le mot ? Son cœur battit furieusement, défaillant.
Non pas la miséricorde muée en gentillesse. Mais la profonde miséricorde traduite en action. Parce que, de même que Dieu écrivait droit avec des lignes tortues, au travers des erreurs de l'action jailliraient la grande pitié et l'amour. Puisque l'on a cette capacité étrange : avoir pitié d'un autre homme, comme s'il était d'une espèce à part. Car, à ce moment, il ne voulait plus reconstruire seulement pour lui-même, il voulait reconstruire pour les autres.
Martin avait fini de « découvrir ».
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genougenou   18 février 2020
Mais heureusement, notre entendement se fait au travers des mots perdus et des mots sans signification ; s'il n'en était pas ainsi, pauvre serait notre compréhension mutuelle.
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blanchenoirblanchenoir   08 mars 2016
Il avançait simplement. Sa tête vide ne lui était plus d'aucun secours. Dans sa marche, il paraissait être guidé uniquement par le fait qu'il était entre terre et ciel. Et ce qui le soutenait c'était l'impersonnalité extraordinaire qu'il avait atteinte, comme un rat dont l'être même est ce qu'il a hérité d'autres rats. Cette impersonnalité, l'homme la maintint en se refrénant légèrement, il savait peut-être que, s'il redevenait lui-même, il tomberait à la renverse.
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blanchenoirblanchenoir   15 mars 2016
Pour chaque homme existe probablement un certain moment non identifiable où il fait plus que flairer : où l'illusion est tellement plus grande qu'il atteint l'ultime véracité du rêve. Où les pierres ouvrent leur cœur de pierre, et les bêtes ouvrent leur secret de chair, et les hommes ne sont plus "les autres", ils sont "nous", et le monde est un éclair que l'on reconnaît comme si on l'avait rêvé ; pour chaque homme, il y a ce moment non identifiable où il accepte d'être la monstrueuse patience de Dieu.
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blanchenoirblanchenoir   13 mars 2016
Dégonflé, avec ses lunettes, tout ce qu'il croyait prêt à être dit s'évaporait, à présent qu'il voulait le formuler. Ce qui avait empli ses journées de réalité se réduisait à rien devant l'ultimatum du dire.
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Vidéo de Clarice Lispector
Rodrigo S. M. s'attarde sur le sort de Maccabée, une femme sans charme et sans esprit du Nord-Est brésilien. Autour d’elle gravitent des avides et des ambitieux qui ne lui donneront rien. En observateur distant, l’auteur fictif auquel Sterenn Guirriec prête sa voix vibrante fait le récit de cette vie misérable, dépourvue d'amour, qui tiendrait en un souffle, prête à s'évanouir.
Ultime roman de Clarice Lispector, publié en 1977, l'année de sa mort, « L’heure de l’étoile » est le chef-d'œuvre de sa maturité. Avec un regard sans concession, l'autrice s'attaque aux injustice sociales et aux ravages de la pauvreté.
Le CD MP3 est accompagné d'un livret de présentation de Paulo Gurgel Valente, fils de Clarice Lispector, traduit par Didier Lamaison.
Le texte français, traduit du portugais brésilien par Marguerite Wünscher, revisé par Sylvie Durastanti, a paru en 1984, réédité en 2014, aux éditions des femmes-Antoinette Fouque.
Direction artistique : Francesca Isidori.
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