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Critique de yann-frat


yann-frat
  08 juillet 2008
Ça y est j'ai enfin fini ce fichu pavé... pfiouuu la tête me tourne encore de cette avalanche de mots, de faits, d'allusions, de vitesse et d'accumulation.
Mais une question se pose tout de même: finalement est-ce un bon roman?
Pour quelqu'un qui -comme moi par exemple- bosse cette période depuis presque un an, qu'en penser?

Ben...

Euh...

Il y a quand même un problème...

Il y a quand même un problème parce que je suis désolé mais littérairement parlant (au sens strict du style) c'est un texte franchement assez faible: on ne sait rien de ce héros, rien de ses passions réelles, rien de sa biologie, rien de son intérieur, on ne ressent rien, on reste dehors... Par exemple une chose me frappe: il parle de sa bite pendant une petite centaine de page (en tout hein) mais ne la décrit jamais... Pareil est il brun? blond? le style n'évoque aucune image précise, aucune sensation, tout reste à plat, vraiment trop à plat à mon gout.

Mais bien sur il y a du souffle; un ouragan de souffle même et les 1400 pages de l'édition de poche (1400 pages!!!) passent finalement assez vite.

Oui mais grâce à quoi puisque ce n'est pas le style qui fait tenir?

Et bien , il me semble que c'est surtout grâce à la foule de détails historiques qui inondent, encerclent, envahissent le roman. Pour être tout à fait méchant le vrai écrivain de ce livre me semble être plus L Histoire que Johnny Little lui même. Finalement Johnny n'a fait qu'"inventer" des raisons ""plausibles"" pour que son héros se ballade de Berlin à Stallingrad puis à Berlin puis a Auschwitz puis à Berlin (jusque dans le bunker du führer) puis à survivre...
Or, si je mets des guillemets c'est que la seule solution trouvée par Johnny est d'évoquer la carrière erratique d'un seul homme protégé de façon tout à fait in-croyable (au sens propre!) par un meilleur ami qui ressemble fort à "l'adversaire" (même si cette idée n'est même pas évoquée!) et qui surgit toujours à temps puis par une paire d'oncles qui ressemblent a s'y méprendre au docteur Mad de l'inspecteur gadget (un peu relooké à la sauce Gattaca...) Bel effort!!! pfiouuu il a du en suer des litres de café pour pondre ça!!! du coup hop comme par magie, le Maxi Aue il est toujours où il faut quand il faut...pratique...

Quand je dis où il faut quand il faut, c'est à dire qu'à partir de cette trame ultra légère, little nous livre alors un condensé de ses lectures averties. Ainsi, plus que de lieu en lieu, Aue se ballade de livre en livres, évoquant chapitre après chapitre des bouts assumés des grand témoignages de l'époque (ainsi pour ce que j'en ai clairement repéré : il a pompé sans vergogne la bio de hoess "le commandant d'Auschwitz parle" et "si c'est un homme" de levi).
(Note: je n'ai pas encore la bio de Speer mais pour ce que je sais de lui apparemment il y en a aussi de bons gros bouts tout le long du roman...)

Par exemple la référence à Levi est tellement énorme que des que Aue s'est approché d'Auschwitz (comme par hasard Auschwitz, hein, pas Treblinka dont on a peu de témoignages) cela devenait comique et je me demandais jusqu'où il irait ( croiser Levi dans l'usine de chimie ? Lui offrir une cigarette? Réciter du Dante avec lui?) et évidemment la réponse tombe assez vite: au moment de la libération on sait que Levi était dans l'infirmerie de Auschwitz (et c'est ce qui lui a permis de survivre) et ben paf! comme par hasard Aue est celui qui va empêcher le directeur du camp de flinguer tous les infirmes dans l'infirmerie (waoouh); plus fort encore Levi décrit qu'au moment de l'évacuation du camps il a peu vu de SS et évoque (dans "si c'est un homme") avoir à peine vu de loin une moto SS traverser le camps alors qu'il fouillait les décombres pour chercher des vivres... et ben re-paf! Aue traverse le camps et aperçoit de loin un détenu fuir entre les baraques!!! Mais où little est il allé chercher tout ça??? Quelle imagination de dingue!

Ainsi pour ceux qui, comme moi, commencent a avoir fait un peu le tour des livres de cette époque, les bienveillantes apparait donc avant tout comme une bonne compilation, un résumé facile à lire de l'Allemagne nazie en 1400 pages...

Mais cela en fait il un roman? En quoi little est il responsable de cette trame? Quand on pompe a ce point les autres textes sur la période, fait on encore du travail de romancier ou un simple ouvrage de vulgarisation pour grand public? Parce qu'il a écrit une bio de Napoléon passionnante, peut-on considérer Max Gallo comme un bon romancier?

La réponse la plus évidente a cette question me semble résider dans le style, dans le regard dans le questionnement personnel que l'auteur pose alors sur ces faits... Mais là justement...

Mais là justement , désolé, mais dés qu'on lui retire les béquilles de la réalité historique, le style de little fait plouf. Les rares parties qui ne sont pas très droitement argumentées sont franchement mauvaises, peu inventives (dés qu'il a une période de jonction un peu trouble, hop là on fait faire un délire au héros comme ça pas de soucis Aue s'endort à Stallingrad et se réveille à Berlin et le tour est joué)... et je ne parle même pas de la fin qui est totalement absurde et tellement mauvaise que même wrath aurait fait mieux (pourquoi ne pas avoir coupé cette fin? Après tout ce récit pouvait très bien rester inachevé...)...

Et puis et puis il y a le personnage central: Aue.

Finalement qu'est ce que c'est que ce personnage? En quoi croit il? Quelles sont ses passions? Pourquoi avance-t-il? mystère... de toute façons même son histoire, au bout des 1400 pages n'est pas finie (a t il tué ses parents oui ou non? Pourquoi est il circoncis alors qu'il est catholique ? Qui est son père? Qui sont les deux gosses?... En plus d'avoir du mal à inventer des question little ne prend même pas la peine d'y répondre...)

Apparemment le seul défaut majeur de ce héros est qu'il aime se faire enculer (ouuuuh perdition!) et qu'il a et veut de nouveau coucher avec sa soeur... mais a part ça rien. A part ça c'est juste un gars qui veut bien faire son travail. Pour moi le seul coté original de ce personnage est alors qu'il saisit (pour une fois) bien la pensée nazi envers les juifs : il ne déteste pas le juifs en tant que tel mais qu'il est simplement persuadé de la supériorité de sa race pour laquelle les juifs sont un danger. La solution finale est donc simplement présentée comme une réaction naturelle d'autodéfense (pour les nazis j'entends...), ce qui me semble tout à fait juste historiquement.

Après il y a aussi des passages qui m'énervent carrément: tout d'abords évidemment Aue est un pervers sexuel qui aime se faire prendre... A bien tiens, il y avait longtemps qu'on ne nous l'avait pas fait celle là!! le liens entre les nazis et les pédés... En plus, en lisant les critiques de la presse, je trouve assez drôle que toutes les journalistes se fixent sur sa prétendue homosexualité... mais pas du tout sur son désir d'inceste qui lui passe comme un lettre à la poste (!) Vouloir cacher avec sa soeur est moins grave que vouloir coucher avec son voisin et/ou s'enfoncer une saucisse de Francfort dans le cul (sic!) je le note...

Ensuite, évidemment, notre petit little, dont les racines américaines affleurent souvent je trouve (cf plus loin) comme par hasard n'assume pas vraiment un héros vraiment antisémite... Un héros qui prendrait son pied à tuer des juifs et qui le dirait dans notre monde puritain et bien pensant qui trouve des raisons excusables à tout, non ce n'est pas possible... Un SS, responsable de l'élimination des juifs, qui se foutrait de tuer (voire y prendrait du plaisir?) vraiment c'est pas possible et surtout commercialement commercialement ce serait un suicide... Alors comme l'idée lui plait bien quand même, jonhy réussit le tour de force de faire de son héros le seul SS qui se bat pour... que les conditions de détention des juifs soient améliorées!!! Un gentil SS quoi...

Si madame!!! God bless américa et le manichéisme!!

Note: En plus finalement le plus drôle est qu'on se rend compte que Aue le fait pour des questions de main d'oeuvre, de productivité... ce que je trouve d'un cynisme parfait même si je ne suis pas sur que Johnny l'assume a 100%, ou en tous cas qu'il se rende compte de ce qu'il raconte... et qu'il met le bon vieux pragmatisme américain au même rang que les techniques nazies... et dont les bénéfices moraux ne sont qu'un artéfact involontaire...

Personnellement (comme vous le savez peut être) je suis plutôt nihiliste et je nie la morale commune. Alors cette volonté absolue, presque inconsciente, de trouver des justifications à un personnage qui n'en a pas besoin m'ennuie profondément. Et m'ennuie d'autant plus qu'elle enlève tout ce qui aurait pou faire le sel de ce roman.

Ainsi je crois que j'aurais aimé lire, tant qu'à faire, Patrick Bateman devient SS.

En effet pour moi le livre dont les bienveillante se rapproche le plus est "american psycho" (les mémoires d'un homme seul, proche du pouvoir, qui pète un plomb dans un univers d'ultra violence...). la ressemblance se poursuit même dans cette incapacité assez propre au roman américain contemporain (en particulier bee, wolfe et macinerney) d'évoquer la biologie, la vie du corps, de nier la réalité corporelle des héros...
Sauf que Bee a créé de toutes pièces un univers en prenant les éléments marquants des années 80 sans chercher à en faire un musée délirant et assume totalement la folie et le nihilisme de son personnage... et fait un bon roman là ou little ne nous fait qu'une compilation fade des meilleurs livres sur les années nazies.

Mais peut être que Bee se sert des éléments extérieur comme des outils pour faire sa sauce, là ou little fait sa sauce en prenant uniquement des éléments extérieurs; peut être alors que BEE est un bon romancier là ou little euh... on attendra le (vrai) deuxième pour être sur...

en conclusion les bienveillantes mérite son statut de monument littéraire. C'est une somme, une somme utile sur les années nazies. Cependant je regrette, qu'embourbé dans ces références Jonathan Littl ait apparemment oublié d'écrire un peu de littérature...

Mais personne n'est parfait. Les bienveillante est donc à lire. Pour la fond mais pas pour la forme.

Gwynplaine.

ps : étrange tout de même la similitude de thème entre celle développés dans l'opprobre de Millet (éditeur des bienveillante) et certaines thèses du livre : les musulmans ont aidés les nazis, l'homosexualité est une tare...

Qui se ressemble, s'assemble?
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