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Cécile Arnaud (Traducteur)
EAN : 9782757816417
416 pages
Points (04/03/2010)
3.99/5   138 notes
Résumé :
Ossip Mandelstam, le grand poète, n'est pas l'artiste qu'il aurait aimé être. Avec sa femme Nadejda, ils vivent de sexe et de vodka, enfermés dans leur appartement moscovite, sale et glacial. Effrayé par les dérives du stalinisme, Mandelstam veut sauver sa belle Russie des griffes de celui qu'il nomme "le montagnard du Kremlin". Ses poèmes moquant le dictateur vont lui coûter très cher...
En tenant ses engagements, Robert Littell réussit son pari : raconter l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Staline aime la poésie c’est pourquoi il ne fait pas tuer le grand poète Ossip Mandelstam qui ose s’opposer à lui, mais la souffrance et la mort dans un camp sera quand même au bout du chemin de celui qui l’appelait « Le montagnard du Kremlin ». Cette biographie romancée raconte les dernières années du poète par sa voix, celles de sa femme et de ses derniers amis. On assiste à sa descente aux enfers, mais aussi à celle d’hommes que l’on torture pour leur faire avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis.
L’Hirondelle avant l’orage est une mise en scène remarquable du peuple russe face au système arbitraire et terrifiant mis en place par Staline.
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Dans cet admirable livre, Robert Littell nous décrit le portrait du poête Ossip Mandelstam. Homme de conviction et de courage, il n'hésitera pas à décrire tout le mal qu'il pense de Staline qu'il surnomma "le montagnard du Kremlin". Vivant dans un appartement vétuste avec son épouse Nadedja, il paiera très cher sa poésie diffamatoire. Littell donne la parole à Mandelstram, à son épouse, à ses meilleurs amis Boris Pasternak (l'auteur du Docteur Jivago) et la poêtesse Anna Akhmatova pour raconter cette révolte. Et à travers Mandelstram c'est tout un peuple opprimé, bafoué, réduit au silence que conte Littell. Avec une force évocatrice remarquable, Littell décrit l'absurdité d'un régime et l'incroyable chemin de croix mené par le poête. Un roman virtuose, captivant qui vous prend aux tripes et ne vous lache qu'a la dernière ligne. Avec en filigramme une question complexe : l'art peut t'il vaincre un régime dictatorial ?
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C'est tout moi de me retrouver à lire un livre pareil pendant mes vacances ! Voici une plongée en apnée dans la vie (ne valant bientôt plus très cher) de Ossip Mandelstam, un poète - un grand poète, et peut-être même le plus grand poète russe du 20ème siècle- incroyablement courageux/ ou fou/ ou les deux qui vécut dans les terribles années 30 en U.R.S.S. et qui osa défier Staline en rédigeant un poème subversif disant tout haut ce que tout le monde/la plupart savent, que les paysans dans les campagnes crèvent de faim à cause de la collectivisation, que le chef adulé est en fait un assassin et un bourreau de ses sujets. Ce roman choral prête voix au poète mais aussi à son entourage, sa femme Nadejda et d'autres acteurs ayant gravité autour de cette histoire. Bien que le sort d'à peu près tous les citoyens soviétiques fut effroyablement pénible sous le régime stalinien, Robert Littell choisit de montrer celui des artistes, muselés par la dictature à produire uniquement des oeuvres à la gloire du régime. C'est très bien documenté même si c'est romancé. Je lis en parallèle La fin de l'homme rouge de Svetlana Alexievitch ce qui apporte un éclairage intéressant aux deux lectures. Je recommande ce livre, mais pas nécessairement en vacances, les scènes dans la Loubianka (sinistre prison moscovite habitée par de non moins sinistres interrogateurs) donnent froid dans le dos, et c'est un euphémisme. Vous ne pourrez manquer d'être touchés par le sort de cet artiste et héros méconnu (du moins, méconnu de moi) et instruits de cette page d'histoire (à moins que vous ne connaissiez déjà bien cette période de l'histoire russe).
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Relecture, après La peste sur vos deux familles, de ce roman de Robert Littell.



En 1979, Robert Littell rencontre la veuve de Mandelstam, qui lui lâche, lorsqu'il la quitte : "Surtout ne parlez pas anglais dans le couloir !"

Robert Littell prend la mesure du traumatisme : « Elle n'arrivait plus à s'arracher aux cauchemars de la période stalinienne, quand le moindre contact avec un étranger vous envoyait au goulag. »

Robert Littell met 30 ans à écrire « L'Hirondelle avant l'orage », dont le titre original ‘The Stalin Epigram » dit encore mieux l'horreur : pour ce poème, Mandelstam est condamné.

Le fond est historique : en novembre 1933, Mandelstam a effectivement écrit cette épigramme, contre « le montagnard du Kremlin », qu'il a récitée (prudence vaine) à un cercle restreint d'amis, et qui a conduit à sa perte.

L'originalité (et sa limite, par ce mélange réalité – fiction) du roman tient dans la rencontre imaginée entre Mandelstam et Staline, furieux que Mandelstam refuse d'écrire un poème de propagande. Mandelstam fait montre, devant l'homme de fer, d'une volonté d'acier qu'il exprime avec poésie.



Le livre commence par une réception organisée par Gorki. Censure immédiate : certains invités sont rayés de la liste à la demande de Staline.

Il alterne les voix de Nadejda Mandelstam (l'épouse), Anna Akhmatova (la maîtresse), Fikrit Shotman, un champion d'haltérophilie compagnon de cellule de Mandelstam ; Boris Pasternak, ami de Mandelstam, et Mandelstam lui-même.



Fikrit Shotman, qui a un autocollant de la tour Eiffel sur sa valise, est interrogé, puis condamné :
- « Je suis ici par erreur
- Parlons clair. Vous, qui êtes membre du Parti depuis 1928, le croyez capable de commettre des erreurs ? »



Sergo, qui a évoqué la famine organisée en Ukraine, également.
« - Je voudrais demander au camarade Staline comment un écrivain – suivant l'esthétique imposée du réalisme socialiste – doit traiter le sujet de la collectivisation. Si nous devons être réalistes dans la forme, nous devons décrire le chaos, la misère…
Quiconque se tient au courant de ce qui se passe sait que la famine gagne de vestes régions d'Ukraine, et pourtant, d'après la Pravda, l'Union soviétique continue à exporter du blé. Pourquoi n'envoyons-nous pas d'urgence des cargaisons de nourriture dans les zones les plus touchées plutôt que de vendre nos céréales à l'Ouest ? »



Les exigences du réalisme socialiste sont définies : « C'est l'esthétique qui s'imposera désormais aux arts visuels, au théâtre, au cinéma et à toute forme d'écriture créative. le réalisme socialiste proclame que l'art ou la culture n'existent pas dans l'abstrait. Tout art et toute culture servent la Révolution ou le Parti, ou pas. le réalisme socialiste affirme que l'art, quel qu'il soit, doit être réaliste dans la forme et socialiste dans le fond - il reconnaît que les écrivains sont des ingénieurs de l'âme humaine et, en tant que tel, qu'ils ont l'obligation morale d'inspirer au prolétariat soviétique des rêves socialistes. »



Mandelstam se « défend » comme il peut.
« « Nom, prénom, patronyme ? me cria le garde, un homme décharné au crâne rasé et à l'haleine fétide
- Mandelstam, Ossip Emilievitch, criai-je en retour, comme si je répondais à un sergent instructeur
- Pourquoi criez vous ?
- Je crie parce que vous criez
- Je ne crie pas, rétorqua le sergent instructeur. Je parle de ma voix normale.
(…)
Mandelstam c'est votre vrai nom ?
Je hochai la tête. Sans lever les yeux, il cria :
- Je n'ai pas saisi la réponse à ma question. Mandelstam est-il votre vrai nom ou un pseudonyme ?
- Vrai nom
- Répondez en phrases complètes, pas en fragments.
- Les fragments sont ce dont j'étaye mes ruines, criai-je
- Répétez ça
- Mandelstam est mon vrai nom
- Profession ?
- Je suis poète
- Poète n'est pas une profession prolétarienne reconnue par les statuts soviétiques
J'eus une inspiration.
- Je suis ingénieur des âmes humaines.
Il ne parut pas reconnaître l'expression attribuée à Staline par les journaux.
- Quels services rendez-vous à l'Etat ? cria-t-il. Qui vous paie pour services rendus ?
- Je compose de la poésie, mais ça fait des années que je n'ai pas été rémunéré pour ce service rendu.
- Rémunéré ?
- Rétribué. Payé.
Il griffonna les mots intellectuels et parasite dans le registre. »




« - Vous êtes armé ?
A ma surprise, Ossip a hoché la tête.
- Il se trouve que oui
(…)
- de quoi êtes vous armé ? Et où cachez-vous l'arme ?
- Je suis armé du pouvoir explosif enfermé dans le noyau des poèmes. Je cache les poèmes en question dans mon cerveau. »



Hommage à Mandelstam, pour l'ambiance et les dialogues, finement écrits, à lire.
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Dans la famille Littell, tout le monde connaît désormais Jonathan, auteur des inoubliables Bienveillantes ; on a moins lu son père, Robert, journaliste américain longtemps posté à Moscou, et grand spécialiste de l'espionnage.
Ce que nous offre ici Robert Littell est un chef d'oeuvre : c'est l'histoire de la fascination mutuelle que se vouent Ossip Emilievitch Mandelstam, poète russe, et Joseph Vissarionovitch Staline. En 1934, Mandelstam écrit sur le maître du Kremlin des épigrammes de plus en plus critiques, au point de le traiter de « bourreau et d'assassin de moujiks ».
La Tchekha se déchaîne, et Mandelstam entre dans le noir univers de la torture physique et morale, où il retrouve quelques braves soviétiques innocents, qui finissent par se dire que si la Parti les trouve coupables, c'est qu'ils ont bien commis quelque faute, mais laquelle ?
Staline, qui admire le poète, décide qu'il aura la vie sauve, ce qui nous fait visiter une société où on survit grâce à la profonde et débrouillarde humanité dont est capable le Peuple russe, et où les jeunes cadres dénoncent allègrement leurs supérieurs pour prendre les bonnes places, et s'approprier leurs glacières électriques.
Mandelstam, « armé du pouvoir explosif enfermé dans le noyau des poèmes », choyé par sa douce épouse Nadejda, tient le coup un moment, terrorisé et divagant, mais toujours vivant. Il meurt en 1939 au « Camp de la Deuxième rivière », ce qui fait dire à Staline : « le con ! comment vais-je faire maintenant ? »
Il y a eu beaucoup de tableaux du Goulag, mais celui-ci, avec son humour, son humanité, sa vérité, son écriture splendide, mérite absolument d'être lu.





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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
- Profession ?
- Je suis poète.
- Poète n'est pas une profession prolétarienne reconnue par les statuts soviétiques.
J'eus une inspiration :
- Je suis ingénieur des âmes humaines.
Il ne parut pas reconnaitre l'expression attribuée à Staline par les journaux.
- Quels services rendez-vous à l' Etat ? cria-t-il. Qui vous paie pour services rendus ?
- Je compose de la poésie, mais ça fait des années que je n'ai pas été rémunéré pour ce service rendu.
-Rémunéré ?
- Rétribué. Payé.
Il griffonna les mots intellectuel et parasite dans le registre.
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- Comment peut-on dormir avec cette lumière dans les yeux en permanence ?
- On peut pas, répondit-il. C'est pour cela qu'ils la laissent allumée. Et si on y arrive, le camarade gardien qui nous surveille par le judas tape sur la porte jusqu'à ce qu'on se réveille. Mon interrogateur, un tchékiste avec une grande expérience, et qui a très à coeur les intérêts de ses prisonniers, dit que l'épuisement permet de débarrasser l'esprit de l'illusion bourgeoise d'innocence. Si vous êtes là, c'est que vous êtes coupable de quelque chose.
Plutôt vous aurez identifié votre crime, plus vite on pourra régler votre cas.
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Avec le recul, je me rends compte qu’une arrestation est une expérience merveilleusement libératrice - elle vous libère de la terreur de vous faire arrêter.
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Depuis cette nuit blanche où nos lignes de vie se sont entrelacées pour la première fois, il y aura quinze ans le 1er mai, au Bric-à-brac, un cabaret bohème et un peu miteux de Kiev, j’ai entendu Mandelstam donner d’innombrables lectures publiques, et pourtant le plaisir absolu que me procure sa poésie est demeuré intact. Par moments, l’indescriptible beauté des mots m’émeut aux larmes, ces mots qui acquièrent une nouvelle dimension lorsqu’ils pénètrent la conscience par l’oreille et non par les yeux. Comment puis-je expliquer ce miracle sans avoir l’air d’une épouse pâmée d’admiration, aveuglée par l’amour ? Cet homme nerveux, obstiné, joyeux vivant, cet homo poeticus (selon sa propre description, lancée négligemment quand il m’a chipé cette première cigarette au Bric-à-brac, dans une autre vie, semble-t-il), cet amant fébrile (le mien et celui de plusieurs autres) est alors transfiguré – il devient quelqu’un, quelque chose d’autre.
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Magda ne parlait pas beaucoup, mais ses mots disaient tout ce qu'il y avait à dire. Elle était maîtresse en son royaume, comme disent les paysans. Et le centre de son royaume, c'était son lit. Elle prenait du plaisir à donner du plaisir. Et je m'arrêterai là parce que je ne veux pas vous gêner en vous obligeant à écouter des choses qui ne vous regardent pas.
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