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EAN : 9782267031201
400 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (31/01/2019)
3.5/5   15 notes
Résumé :
Un jeune sous-lieutenant, après avoir servi en Angola pendant vingt-sept mois, rentre au pays où il ramène un tout jeune orphelin. Il va élever cet enfant noir, qui a survécu à la destruction de son village et au massacre des siens par l'armée portugaise, comme son propre fils.
Plus de quarante ans plus tard, le vétéran et sa femme font le trajet depuis Lisbonne pour rejoindre la vieille maison de famille, dans un village reculé, quasi abandonné, quelque par... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
5Arabella
  01 septembre 2019
Dernier roman en date de l'auteur, annoncé par lui-même comme le dernier tout court (même si ce n'est pas la première fois, donc l'espoir reste permis à ses fans), le livre est paru en 2017 au Portugal et en 2019 en France. Un long roman de presque 600 pages : il faut savoir avant de s'embarquer que ce sera un voyage au long cours, d'autant plus que l'auteur n'est pas le plus facile ni le plus rapide à lire.
Nous sommes dans l'univers et les thématiques habituelles d'António Lobo Antunes : la guerre d'Angola et ses séquelles sur ceux qui l'ont vécue, aussi bien du côté portugais que du côté angolais. le personnage au centre du récit, jamais nommé, a été un appelé comme tant d'autres, et il a été sous-lieutenant pendant la guerre. Il en a connu toutes les souffrances et toutes les atrocités, il en a commis sa part. Il a adopté un enfant suite à la destruction d'un village, et l'a ramené au Portugal. Nous suivons surtout les monologues intérieurs de ces deux personnages, qui racontent, se racontent, sous la forme d'une lancinante mélopée, pleine de répétitions, parfois de contradictions. Nous passons d'un sujet à l'autre, d'un personnage à l'autre, sans parfois savoir à quel moment la parole de l'un prend la place de l'autre. D'autres personnages sont également là : la femme du sous-lieutenant, et donc la mère adoptive du fils ramené d'Afrique, la fille du couple, l'épouse du fils… Mais les trois plus importants, sont le couple et le fils noir. L'issue nous est connue d'emblée, comme dans les tragédies, le fils tuera le père. C'est le cheminement vers ce meurtre qui est la trame du livre.
António Lobo Antunes nous livre, comme à son habitude, une vision très noire de la nature et de la destinée humaines. Certains actes sont irrémédiables, ils ne peuvent être effacés, ils s'incrustent définitivement, dans l'âme, ou plutôt dans la conscience, et gardent, voire augmentent leur pouvoir de nuisance tant que cette dernière fonctionne. Il n'y a pas de possibilité de pardon, ni pour les autres, ni pour soi-même. Les monologues intérieurs des personnages traduisent toute la complexité de la créature humaine : à la fois dans le présent et dans le passé, qui peut être aussi réel que le présent ; dans la permanente ambivalence : on peut par moments détester, déprécier, mépriser l'être que l'on aime le plus. Toutes les contradictions, les souffrances les plus intimes, les doutes, quelques souvenirs plus heureux s'expriment dans des bouts de phrases, qui passent d'un sujet à un autre, d'un personnage à l'autre. Et tous ces échanges intérieurs, mêmes s'ils évoquent les mêmes expériences, les mêmes faits, se croisent sans vraiment se répondre, chacun reste définitivement seul, enfermé dans son moi, que personne ne peut aider réellement. le mari et la femme, leur histoire d'amour qui dure depuis des années, au point qu'ils ne conçoivent pas la vie l'un sans l'autre, est impitoyablement mise à nue. La façon différente dont chacun d'entre eux se souvient de ce qui s'est passé, de ce que cela signifiait, les moments pénibles, creux, la frontière infranchissables entre les êtres que ce l'on appelle amour n'abolit pas. Les relations complexes entre le père et le fils adoptif, la haine aussi bien que l'amour, l'ambivalence de l'action de sauver cet enfant, l'affection par moments, mais aussi le mépris, le pouvoir, le racisme qui est là tapi quelque part d'une façon sournoise et peut surgir à l'occasion. La maladie et la mort aussi, qui sont, quoi qu'il arrive, le lot de tous les hommes.
C'est très fort et très dense, par moments très juste d'une façon cinglante. C'est une lecture difficile à conseiller à qui que ce soit, car ce n'est pas toujours aisé à suivre et demande une certaine concentration et disponibilité chez le lecteur. C'est très sombre, sans la moindre lueur d'espoir. Il faut être prêt à affronter l'univers d'António Lobo Antunes, car c'est une expérience éprouvante, il vaut mieux choisir le bon moment pour la tenter.
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mollymon
  08 février 2019
Dans cette vaste analepse fragmentée et vertigineuse, Antonio Lobo Antunes explore les traumatismes psychiques engendrés par les horreurs de la guerre. Elle nous fait pénétrer dans les esprits perturbés de deux hommes qui ont vu leurs vies bouleversées par la guerre d'indépendance d'Angola. D'incessantes reviviscences parasitent leurs pensées en les ramenant sans cesse vers l'Afrique, là où se nouent les origines du drame, annoncé dès le prologue, qui va se jouer entre un père et son fils.
C'est un livre troublant qui provoque un réel malaise face aux descriptions de la réalité de la guerre et nécessite beaucoup d'attention. Au premier abord cette lecture désoriente totalement avec ses longues phrases au rythme chaotiques puis, une fois le style narratif assimilé, elle devient bouleversante même si elle reste ardue.
Commenter  J’apprécie          250
cprevost
  19 février 2019
Les écrits d'Antonio Lobo Antunes en groupant les images, en dissolvant les substances, aident l'imagination dans sa terrible tâche de désobjectivation et d'assimilation. Ils apportent aussi un type de syntaxe, une liaison continue, un mouvement des images qui désancrent l'intériorité attachée aux agissements les plus noirs. S'il faut désubjectiver autant que possible les faits et l'info, il est non moins indispensable, en contrepartie, de désojectiver le langage et la syntaxe. Faute de cette désobjectivation des évènements, faute de cette déformation des formes qui nous permet de voir l'être sous l'individu, le monde s'éparpille en choses disparates, en solides immobiles et inertes, en objets étrangers à nous-mêmes. L'âme souffre alors d'un déficit d'imagination. « Jusqu'à ce que les pierres deviennent plus douces que l'eau » est un livre polyphonique dans lequel s'entremêlent, se superposent les voix d'un timide présent et d'un incurable passé ; des voix toutes intérieures d'un père, d'un fil, d'une épouse et d'une fille silencieux. Dans les vingt-trois chapitres, des vagues lancinantes, mais jamais identiques, emportent irrémédiablement le lecteur sur les rives incertaines de la subjectivité, de la douleur, du cauchemar, du post traumatisme et de la peur d'une guerre coloniale jamais terminée. Elles ne bercent jamais, elles secouent, retournent et ne laissent pas indemne. Ces pages ne cherchent nullement à plaire. le traducteur, Dominique Nédellec, nous livre un texte en français plein de finesse et de complexité. C'est un remarquable travail d'écrivain et de passeur qui « naturalise » pour nous Lobo Antunes et lui donne ainsi une place de choix parmi nos plus grands auteurs.

Un jeune sous-lieutenant, après avoir sévit pendant un peu plus de deux ans en Angola, rentre au pays. Mais est-il vraiment rentré de cet enfer ? L'officier ramène un très jeune noir qu'il élèvera comme son propre fils. « Ce gamin-là vous ne le tuez pas, il est pour moi » ordonne le sous-lieutenant qui a, oreille et mains dans un bocal, commandé et participé au massacre. « (…) les corps sans visage brûlant sur la paille, les volailles qui brûlaient, les gémissement, l'odeur de l'essence dans laquelle les Portugais jetaient une allumette (…) » L'enfant a vécu la destruction, l'incendie de son village, le meurtre, la défiguration et l'amputation des siens. Mais a-t-il pour autant survécu au massacre ? « Il va grandir mon sous-lieutenant, et il se vengera de vous » prévient un militaire. Plus de quarante ans plus tard, dans la vieille et délabrée maison d'un reculé et maintenant déserté village, on tuera le cochon et l'avertissement n'aura servi à rien. le père mourra et le fils ne survivra pas à son meurtre. L'histoire, dénouement compris, nous est livrée dès les trois premières pages. C'est là sans doute que se termine la besogne du dactylographe et que commence, véritables, l'écriture et la lecture du roman.

La voix du sous-lieutenant, omniprésente, enfle et s'étire. « À mon retour d'Afrique le moindre bruit m'effrayait et moi à genoux à la recherche de l'arme que je n'avais plus mais pensais encore avoir afin de tuer le loquet d'une porte ou le chambard des voisins, les mitrailleuses des talons d'une femme, les bazookas des pas d'un homme, les soupirs de blessés ou de tiroirs d'une armoire ». Sans ponctuation, un vocable, une image font plonger dans l'indicible passé tandis que quelques mots de dialogue font émerger un présent déglingué par la guerre. Pris dans les incessants flux de conscience, tous les protagonistes n'en finissent pas de vivre les horreurs – guerre, racisme et maladie – la douleur des corps et la gangrène des âmes. Nul n'est épargné. La guerre a détruit les êtres, défait ce qui les liait à leurs proches, à leur vie antérieure. Les épisodes les plus cauchemardesques du mari sont toujours prêts à sauter à la gorge de l'épouse attentionnée et cancéreuse ou de la fille mutique et droguée, ils menacent le quotidien familial et lisboète comme autant d'embuscades au bonheur et à l'amour véritable entre ces êtres. le « fils nègre » quant à lui, sans cesse renvoyé à son identité, en butte au racisme ordinaire de son épouse, « Son Excellence », qui le méprise et l'humilie, bien malgré lui se ressouvient : « trop de gens sans mains, trop d'oreilles dans des bocaux, trop d'hélicoptères, trop de blessés, trop de quimbos en flammes, trop de morts, le chef des opérations rôdant autour des prisonnières (…)». Les dernières pages se referment lorsque, le jour de l'éprouvante tue-cochon, le meurtre prévisible, annoncé est commis par le fils. Après des décennies de non-dits, de souvenirs escamotés, d'interrogations refoulées, les sangs du père, du fils adoptif et de l'animal se mêlent, deux cadavres, le noir et le blanc, gisent l'un à côté de l'autre « sous le porc presque vidé de son sang (…) jusqu'à ce que la dernière goutte tombe dans le baquet ».

« Jusqu'à ce que les pierres deviennent plus douces que l'eau » est un livre très réussi, aussi il est impossible d'en voir les coutures et, d'une certaine manière, il reste imperméable à l'analyse. Nous sommes certes dans un roman d'Antonio Lobo Antunes. Présent et passé ne sont pas distincts et des flux de conscience, des leitmotivs, des refrains, des « cela fait combien d'années que », des « si ça se trouve », des « tandis », des « trop de », des « Amour », des « Vous permettez que je vous accompagne », des « Aiué mama' » … résonnent dans le texte. Peux-ton dire aussi qu'il y a des éclats de poésie et des élans inattendus de tendresse dans ce dernier livre (« Amour », « mon petit papa », « mon fils » …)? L'intimité des tout nouveaux époux ainsi donne lieu à l'écriture de très belles et très justes pages dans le roman. Lisbonne, les oiseaux, un arbre à la fenêtre, les aboiements ou les gémissements des hyènes et des lycaons sont des étincelles qui viennent et disparaissent, des petits bruits, des couleurs, des odeurs qui confluent, qui se tiennent et se transforment aussi en mots et en splendides phrases.

Ce roman d'Antonio Lobo Antunes apporte incontestablement quelque chose de nouveau. Il suscitera sans doute l'étonnement et peut être le refus. « Jusqu'à ce que les pierres deviennent plus douces que l'eau » pourtant ouvre des portes et des fenêtres comme seule peut le faire la littérature. Il désobjective et il permet d'entrer dans l'intimité des êtres. Les innombrables détails, plus que la simple actualité, donnent ici à voir, à sentir les événements, ils révèlent ce que la guerre fait, comment elle détruit les individus, défait ce qui les liait à leurs proches et à leur vie antérieure.
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DemainJeLis
  09 février 2019
Il y a plusieurs précautions à prendre avant de rentrer dans les eaux profondes de ce livre.
1️⃣Enfiler une tenue de plongée étanche.
2️⃣Ne pas lutter contre les remous et les ressacs du courant.
3️⃣Accepter de dériver, se laisser porter par le flux et le reflux de l'eau sans céder à la panique.
Car ce livre est un piège d'eaux troubles. Ne vous fiez pas à l'apparente limpidité du résumé suivant:
Un jeune sous-lieutenant portugais rentre chez lui, après avoir fait la guerre en Angola. Il ramène dans ses bagages un orphelin noir, qui a survécu au massacre des siens. Quarante ans après, cet homme, sa femme, son fils, sa belle-fille et sa fille se rejoignent dans leur vieille maison de famille pour la traditionnelle tue-cochon. On le sait dès le début, le même couteau servira à tuer et le cochon, et le père.
Dès le prologue on plonge dans le flux de conscience du père, qui alterne avec celui du fils. On est pris dans le courant de leurs pensées, dans le torrent de leurs mémoires. Survivants miraculés d'une guerre qui les a traumatisés, leurs esprits sont condamnés à faire des allers retours entre le calme prosaïque du présent, et les images violentes de la guerre dont ils sont les seuls témoins.
Le lecteur est porté par les remous de ces consciences malheureuses, dont les souvenirs dévient sans cesse le cours de la narration, et qui scelleront le destin malheureux du père.
La mémoire est un courant qui emportera tout, détruira tout. Jusqu'à ce que les pierres deviennent plus douces que l'eau.
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Selvegem
  09 février 2019
Jusqu'à ce que les pierres deviennent plus douces que l'eau est un livre racontant l'histoire d'un jeune officier portugais, qui a servi en Angola et qui est ensuite retourné chez lui avec un jeune orphelin noir qu'il décide d'élever comme son fils.
Des années plus tard, la famille se réunit dans les montagnes pour tuer le cochon. Mais cette tradition va réveiller un certains nombres de souvenirs, conduisant au drame.
C'est un livre très particulier, construit de manière singulière : il faut pouvoir s'y plonger, être à 100% dedans pour bien tout suivre ! le fil de l'histoire n'est pas linéaire, on suit plusieurs personnes, à plusieurs endroits différents, à plusieurs moments différents.
C'est un ouvrage intéressant, mais après lecture, je me demande encore si je l'ai apprécié ou non.... Vraiment particulier !
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critiques presse (2)
LeMonde   05 février 2019
Avec Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau, le grand romancier revient, plus tragique que jamais, sur la guerre d’indépendance de l’Angola.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   13 janvier 2019
António Lobo Antunes donne à entendre, dans un roman dont on ne revient pas, le chant de sirènes cosmiques épinglant sans relâche les furoncles de ce monde en souffrance.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
5Arabella5Arabella   29 août 2019
et si elle ne me quitte pas c'est peut-être parce qu'elle est âgée, parce que où aller à soixante-six ans, parce que c'est la vie, parce que à quoi bon et dire qu'elle se mijotait des plans grandioses celle-ci, par exemple être heureuse, sacrée ambition et du coup les yeux grands ouverts, effrayés
- Et maintenant ?
Commenter  J’apprécie          60
DravotDravot   30 novembre 2019
« il n'y avait rien pour les enfants dans la brousse, petites voitures, billes, l'ours en peluche qui a toujours souri
jusqu'à ce qu'il perde tout son rembourrage par le dos, on le prenait et l' animal pendouillant, vide, il ne pouvait même pas s'asseoir, il s'affalait contre les choses et renonçait à la vie, étonnant comme l'absence de coton suffit à vous changer quelqu'un, je me suis rappelé ma grand-mère quand elle enlevait son dentier et elle l'enlevait presque toujours pour mieux nous crier dessus dans une colère de joues sucées faites de salive et de diphtongues dont j'ignorais l'existence avant son accès de fureur, … »
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lehibooklehibook   31 juillet 2019
si on excepte les gitans qui passaient sur la route,pleins d'ombres noires et de grelots et une demi-douzaine de vieillards sur le muret de la place,chaque fois que je viens au village j'ai l'espoir que mon frère tue mon père avec le couteau pour le cochon,c'est la seule chose qui m'intéresse...
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