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Dominique Nédellec (Traducteur)
EAN : 9782267021394
510 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (13/01/2011)
3.57/5   23 notes
Résumé :
Un policier en fin de carrière reçoit pour mission de neutraliser une bande d’adolescents se livrant à des actes violents dans un quartier de Lisbonne. Ses rapports destinés à la hiérarchie cèdent la place à des divagations amères. Au fil des dix-neuf chapitres, près d’une vingtaine de narrateurs se succèdent, tous concernés à des titres divers par l’enquête.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
cprevost
  17 avril 2011
Il est le plus souvent question pour « Mon nom est légion » de splendeur de la langue et de poésie. Il me semble que l'écriture apoétique de ce roman est au contraire volontairement brute et désarticulée. Tout y apparaît délirant et en ordre dispersé, le traducteur parle d'ailleurs d'un lyrisme aux pattes cassées. L'écriture nécessairement inesthétique est haletante, pulsionnelle, interrompue par des tirets, des passages incessants à la ligne, des répétitions obsessionnelles et des phrases coupées nettes. Perdue, submergée – comme nous mêmes –une partie de la critique semble s'accrocher désespérément aux basques d'un Lobo Antunes première manière.
Je pense qu'il est question de tout à fait autre chose avec « Mon nom est légion ». Je crois que Lobo Antunes a repoussé encore un peu plus loin les limites littéraires pour dire une nouvelle fois, sans la compassion qui masque son horrible réalité et sans la haine qui empêche de la comprendre, l'inhumanité de certains êtres inaboutis et déchirés par la vie.
Toute l'horreur des faits est révélée dès le premier chapitre. Huit adolescents volent des voitures. Dans une station service qu'ils viennent de cambrioler, équipés d'un fusil à pompe et d'un pistolet, ils assassinent un balayeur ; ils brisent à coups de crosse l'épaule d'un conducteur de fourgonnette avant de le descendre à son tour. Dans la même soirée, ils dévalisent une boutique de téléphone ; ils arrêtent au hasard un couple d'automobilistes, brisent avec leurs armes les dents des passagers et violent. Pas de bon camp. Un policier en fin de carrière, tapis à la frange d'un quartier de relégation va éliminer systématiquement et sans état d'âme ce qui n'est pour lui qu'une racaille noire et néfaste. Dans la suite du récit, les voix nombreuses, sans souci de linéarité, se succèdent. le policier divague entre le récit des opérations et ses ratés familiaux et sentimentaux ; une vieille prostituée est invitée par l'un des délinquants à venir vivre avec lui ; le beau-père d'un des métis se remémore son enfance chaotique ; un vieillard impotent et haineux, en rapport avec les voyous, se souvient de sa première femme ; un professeur d'une institution, dans laquelle un des délinquants a été placé, parle de son travail …
Avec « Mon nom est légion » il faut accepter de ne pas tout comprendre, l'auteur ne suggère-t-il pas de lire ses romans dans le noir. Il faut laisser aller toute sa sensibilité. Les pensées surviennent en ordre dispersé, elles se juxtaposent, s'entrechoquent pour dirent la misère, la violence, le racisme la solitude et la mort d'individus réduits à leur seule animalité, d'individus sans enfance, sans amour, sans consolation possible. Comme Faulkner, Lobo Antunes entrecroise les flux de pensées de ses personnages, il raconte l'intérieur de toutes ses vies. L'enlacement complexe des voix n'est jamais gratuit, il permet de cerner des affects inaccessibles au langage ordinaire. le Prix Nobel américain révèle une humanité sans parole, Antunes lui fait surgir miraculeusement une empathie pour des personnages sans parole et sans humanité. « Mon nom est légion » est un vaccin contre la haine et le ressentiment pour ceux qui n'ont pas voulu, ou qui n'on pas pu, déserter les « Quartiers du premier mai ».
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ster
  27 mars 2011
Ma première lecture d'Antonio a été son Livre de Chroniques IV. Il a beau discréditer ses chroniques en insistant avec force qu'il ne s'agit pour lui que d'exercices d'assouplissement du poignet avant de véritablement écrire (comme dans Mon nom est légion), j'ai été littéralement impressionnée par la traduction de Michelle Giudicelli qui fait de la prose poétique de l'auteur un exemple émouvant de virtuosité littéraire au service d'une grande sensibilité. Ce qui me touchait, c'était la saisie de milliers de petites choses que nous remarquons sans forcément nous les dire comme cette grand-mère, qui devient nôtre, ayant absolument besoin de ses soucis pour être heureuse...
Le regard d'Antonio Lobo Antunes est perçant et tendre et pour le restituer, il use de pirouettes et d' audaces stylistiques qui témoignent d'une grande liberté littéraire.
La lecture des Chroniques s'étant révélée suffisamment étonnante, j'ai sauté dès la parution sur la dernière traduction parue de Michelle Giudicelli qui ne peut qu'être poète elle aussi, traductrice et poète, et j'ai lu, lentement, en savourant, parfois en m'exaspérant mais le plus souvent en m'émerveillant Mon nom est légion.
L'expérience en est véritablement une. Elle est à déconseiller à tous ceux et celles qui aiment garder leurs repères, il faut aimer se perdre, perdre le fil, parfois la tête, les retrouver pour goûter et poursuivre la lecture de Mon nom est légion. Dès le départ, le compte-rendu officiel du flic, premier protagoniste, est un flux déconcertant de texte administratif, pensées, souvenirs, rêveries. Tout s'écrit, c'est ce qu'Antonio enseigne au lecteur. C'est une expérience humaine aussi, celle de pénétrer dans une pensée raciste-mais-pas-que, sensible, complexe. Puis, les je, les voix s'enchaînent et parfois s'interpénètrent, le lecteur ne sait plus très bien qui s'exprime puis il retrouve le fil et le reperd. Selon les moments de disponibilité, d'écoute au texte qu'est la lecture de chacun, cette construction circulaire en courtcircuitages et retours momentanés à une linéarité, ce procédé peut agacer (était-ce ma fatigue après le travail ou indisponiblité ? j'ai plusieurs fois posé le texte en cours de chemin), fatiguer ou permettre de grands et incroyables moments de poésie dont on ne peut nier l'intensité.
Snob Antonio ?
Absolument et pas du tout. Il permet une nouvelle (et déjà présente en chacun) appréhension de ce qui se passe dans la pensée, il s'agit d'écriture qui s'élabore avec la logique mais aussi la confusion des voix en nous (souvenirs, présence des autres en nous) et donc dans le livre. Lire Mon nom est légion, c'est être à l'écoute de ce qui se passe en chacun différemment mais avec un caractère universel, de ces voix qui rôdent au milieu, au cours de notre « propre? » fil de pensée, c'est une expérience de vérité.
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mayang
  22 septembre 2011
Un flic mandaté par ses supérieurs pour mettre fin aux agissements d'une poignée de gamins ingérables. On pourrait penser à un autre roman policier, venu du Portugal mais Antonio Lobo Antunes se dégage très vite du genre pour nous livrer le point de vue d'une vingtaine de narrateurs. Ces témoignages sont réalistes ou fantaisistes suivant le cas et permettent à l'auteur de s'évader dans des digressions parfois plus personnelles et souvent existentielles. L' humanité n'en sort pas grandit. On quitte difficilement ce roman qui coule comme une saudade, violente et mélancolique.
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Villebard
  22 août 2018
Le texte fait de chapitres entremêlés, sans ponctuation, en rend la lecture particulièrement pénible et insipide. Exercice de style branlatoire pour les belles âmes de la pensée littéraire qui ne manquent pas de s'extasier devant l'incompréhensible, comme devant “l'art moderne” et ses escrocs. Au moins quand on trempe la queue de l'âne de Duchamp dans la peinture on peut rigoler des commentaires des “critiques” et se payer leur fiole ! Dommage j'avais beaucoup aimé l'auteur de “Le cul de Judas”.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
cprevostcprevost   02 septembre 2011
C’était le bêlement d’un corbeau, c’était le vent dans les hêtres, c’était le chevreau qui n’hésitait plus sur le chemin et libéré filait au trot en direction de la nuit.
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