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Critique de Malaura


Malaura
  17 février 2014
Certains disent que si l'on se concentre très fort en regardant les étoiles, et si l'on arrive à aller assez loin dans l'univers, on peut alors arrêter le temps et même le remonter….
L'histoire familiale de Dimitri prend racines dans les plaines froides de la Russie, la terre de ses ancêtres. Aujourd'hui il vit en France avec les siens, mais dans les coeurs, subsiste encore un peu de la fierté moujik de ses aïeux et le clan familial reste très soudé.
Un soir de novembre pourtant, alors que la famille est réunie pour fêter un anniversaire, un évènement tragique se produit, provoquant chez Dimitri un flot de sentiments contrastés.
Après la soirée d'anniversaire, sa tante met fin à ses jours. Son corps nu, abreuvé de somnifères, est retrouvé quelques heures plus tard dans la forêt.
Le jeune homme est sous le choc. Tout s'écroule autour de lui, l'équilibre familial est brisé, des dissensions jusqu'alors enfouies font surface et c'est tout son monde qui semble s'ébrécher et se briser comme la coque d'un navire pris dans la tempête.
Mais s'il se concentrait très fort en regardant les étoiles, et s'il arrivait à aller assez loin dans l'univers, peut-être réussirait-il à remonter le temps et faire en sorte que le suicide de sa tante ne se produise pas ?….

Il est long le chemin qui mène du refus à l'acceptation, de la révolte à la reddition, du blâme à la compréhension…
Dans ce sobre et délicat roman graphique, Loïc Locatelli Kournwsky prend le parti de la poésie et de l'onirisme pour aborder le thème émouvant du suicide ; un sujet plutôt inédit, que l'on ne s'attend pas forcément à voir exposé en bande-dessinée.
Juste un peu de noir et de blanc pour évoquer cet acte tragique : la disparition volontaire d'un être cher.
Juste la force du trait d'un stylo feutre noir pour souligner ce que cela entraîne de trouble et d'émoi, d'impressions contradictoires dans le coeur de ceux qui restent.
Dimitri se sent trahi. Face à ce geste fatal qu'il juge égoïste, la colère et l'incompréhension se greffent à la douleur et à la tristesse. Tenaillé par des images et des souvenirs, c'est aussi le sentiment de culpabilité qui vient mordre ses nuits, le regret de ne pas avoir su déceler la douleur morale de sa tante, le remords de ne pas avoir su appréhender un acte que rétrospectivement il décrypte à travers divers signes.

Loïc Locatelli Kournwsky sait rendre avec beaucoup de finesse et de pudeur les tourments de l'âme.
Sous les auspices de Canis Majoris, la plus grande étoile de l'univers répertoriée à ce jour, il allie la poésie du firmament à la douleur de la disparition.
Très loin de la terre, l'astre géant que Dimitri admirait avec sa tante lorsqu'il était enfant renvoie à l'insignifiance des hommes, petits comme « des fourmis qui érigent des villes et meurent en vain », et devient la métaphore de la fragilité humaine, du dérisoire de toutes destinées dans l'immensité de l'univers. La grandeur du cadre naturel vient conforter ce sentiment de futilité de l'existence humaine.
Mais c'est aussi le moyen de représenter le cheminement intérieur du jeune homme, le parcours intime et personnel qui va le conduire à comprendre et à accepter que nul ne peut décider du destin des autres.
L'étendue du ciel, peint en pleine page dans une impression de tourbillon, dans des remous houleux de noir et de blanc, crée le mouvement perpétuel, répétitif et immuable de la vie, mais aussi l'agitation intérieure, le gouffre secret qui, impérieux, attractif comme l'appel du vide, entraîne certains êtres à mettre un terme à leur existence.

Il y a à la fois beaucoup de force et de sensibilité dans la façon dont Loïc Locatelli Kournwsky accroche ses traits sur le papier, tantôt avec une vigueur presque rageuse, tantôt dans une finesse poétique. le sujet semble lui tenir vraiment à coeur donnant à l'album des résonnances très personnelles et quasi autobiographiques.
Nimbée de grâce, la représentation du corps longiligne de la tante de Dimitri, est belle et émouvante. L'on regrette toutefois de ne pas connaître la raison qui pousse cette belle femme aux cheveux longs à partir seule en forêt, à s'allonger nue dans la neige et à se laisser saisir doucement par le froid pour s'endormir à jamais… le mystère qui entoure l'acte ne permet pas d'éprouver une empathie totale et sincère pour ce personnage qui devrait cristalliser davantage d'émotions. C'est un peu dommage.
Le dessinateur, plus connu sous le pseudonyme de Renart, offre cependant avec « Canis Majoris » un album original à la griffe très personnelle et nous remercions Masse Critique et les éditions du Vide Cocagne de nous avoir permis ce voyage dans la constellation du Grand Chien….
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