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Suzanne V. Mayoux (Traducteur)
EAN : 9782743611941
464 pages
Payot et Rivages (02/01/2004)
3.7/5   554 notes
Résumé :
Rien de plus personnel que les idées qui nous traversent. Rien de plus insondable que le fonctionnement du cerveau… et les pensées des autres. Comme tout Lodge qui se respecte, Pensées secrètes se déroule dans une université (à Gloucester), entre deux intellectuels (un chercheur et une romancière) que tout semble séparer au départ.

Lui, quinquagénaire adepte de siestes crapuleuses, est directeur du département de sciences cognitives (entendez par là ... >Voir plus
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"- Nous ne saurons jamais avec certitude ce que pense vraiment quelqu'un d'autre. Tout comme personne ne peut connaitre nos pensées aussi intimement que nous.
- C'est pour ça, je suppose que les gens lisent des romans. Pour savoir ce qui peut se passer dans la tête d'autres individus.
- Mais tout ce qu'ils découvrent, en réalité, c'est ce qui s'est passé dans la tête de l'auteur. Il ne s'agit pas d'un vrai savoir".

Nous voici au coeur du roman de David Lodge mettant en scène un microcosme décrit avec humour et autodérision, l'université, et où les deux personnages principaux sont un spécialiste en sciences cognitives et une romancière.
Ralph Messenger, cinquante ans, marié avec enfants, scientifique responsable à l'université de Gloucester (fictive), grand coureur de jupons, fait la connaissance de la romancière londonienne Helen Reed, la quarantaine et veuve depuis peu, chargée du cours de création littéraire pendant un semestre.
Tous deux intelligents et lucides, ils entameront des conversations très intéressantes sur la conscience, domaine dans lequel ils excellent, chacun dans leur partie – opposée – évidemment.
Cela donne lieu à un vrai débat sur la conscience de soi et tout ce que cela implique : la mort, la croyance en un Etre quel qu'il soit, les émotions comme les larmes et le rire… La science est-elle capable de répondre à toutes ces questions ? « N'y a-t-il pas des domaines de l'humain qui se dérobent à toute méthode scientifique ? Je pense au bonheur, à la tristesse, au sens du sublime, à l'amour… »

Réflexions aussi sur la littérature, le besoin qu'ont les humains de raconter des histoires, « un des outils fondamentaux pour donner un sens à ce qu'ils vivent, et cela depuis la nuit des temps », et particulièrement depuis l'ère du roman, où « les écrivains sont requis d'inventer à chaque coup une nouvelle histoire ».

Mais rassurez-vous, ce n'est pas qu'intellectuel !
Le dada de David Lodge, c'est la société gravitant autour de l'université : les professeurs, les élèves, mais aussi les épouses, les maitresses, les amis, les traitres.
Tout ce petit monde s'agite et nous les observons, grâce à nos deux personnages principaux antinomiques, de manière très complète.
C'est un roman jouissif, où l'intellect rejoint le sensible, où les drames côtoient la raison pure.
Pour moi, c'est un des meilleurs romans de cet auteur, complet et, cerise sur le gâteau, saupoudré d'humour british.
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Ma 1ère lecture de « pensées secrètes » date de 10ans. le souvenir qu'il me restait est qu'un des sujets traitait les mails et qu'à sa manière très intéressante d'universitaire, David Lodge donnait son point de vue.
Honte sur ma mémoire, car étant toujours un lecteur enthousiaste de David Lodge, j'avais du lire le livre trop vite…..
Mon intérêt à la relecture de ce roman était savoir si à l'heure de Facebook , la découverte du monde internet d'il y a 10 ans pourrait rendre ce roman poussiéreux
A partir d'une trame d'un bon roman de gare avec des rebondissements appropriés et des relations amoureuses sulfureuses, David Lodge explique à sa manière pleine d'humour ( : de faire rencontrer deux personnes de deux univers différents), l'avancée des sciences cognitives, le monde universitaire.
Je suis enthousiasmé par comment David Lodge a su mener la relation amoureuse entre les 2 personnages principaux.
David Lodge nous permet de goûter à différents styles d'écriture et à des textes fantaisistes de grande qualité par l'astuce d'intervention de la prof de littérature.
Si Facebook a remplacé les mails, ma connaissance sur les sciences cognitives n'a pas avancé car ça n'a jamais été mieux expliqué que par ce roman.
Donc c'est un roman qui relate les années 2000, mais qui ne sent pas la poussière….
J'essaierai de le vérifier encore une fois dans 10 ans, (périodicité pour l'époussetage)
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Helen Reed est une auteure à succès, femme sensible et brillante. Ralph Messenger, lui est professeur et chercheur spécialisé en sciences cognitives mais aussi un horrible macho ce qui n'est pas incompatible. Et pourtant « les feux de l'amour » vont embraser leurs coeurs (imaginé les notes de piano annonçant ce cultissime feuilleton). Nos deux amants ont néanmoins un point commun celui de tenir un journal intime.
Lodge s'amuse à dévoiler « ces pensées secrètes » avec ce qui fait sa marque de fabrique : intelligence et humour (pas anglais pour rien). On passe d'un journal à l'autre et les pensées de nos tourtereaux sont rarement en phase. Même si on peut regretter, un ralentissement de l'histoire quand Lodge nous la fait prof d'Université (plus de l'ennui pour ma part) , cette histoire d'amour très souvent sarcastique est plaisante de bout en bout.
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« le métier d'écrivain vous met à nu, d'une façon ou d'une autre. Même si l'oeuvre n'est pas ouvertement autobiographique, elle révèle indirectement vos pensées, vos désirs, vos fantasmes et vos priorités. »

David Lodge pourrait s'exclamer « Helen Reed, c'est moi », tant le personnage féminin principal du roman Pensées secrètes emprunte des traits à l'écrivain et professeur d'université qui décrit l'évolution de la société britannique en parlant du milieu universitaire dont il a longtemps fait partie.

Nous sommes à la toute fin du XXème siècle. le débat entre importance de la recherche scientifique et création littéraire est au centre des discussions entre Helen Reed engagée pour un semestre comme « écrivain invité » pour un cursus d'écriture créative et Ralph Messenger, directeur de l'Institut des sciences cognitives dont les doctorants sont penchés sur l'intelligence artificielle.

Leurs points de vue sont diamétralement opposés comme les deux bâtiments principaux de la fictive Université de Gloucester, pensée dans les années 1960 comme un immense campus à l'américaine au milieu de la campagne anglaise mais dont seules deux facultés ont vu le jour : celle des lettres et celles des sciences. Si Messenger voudrait avoir une liaison avec Helen, celle-ci s'y refuse. Elle s'est prise d'amitié pour Carrie, l'épouse américaine de Ralph. Son éducation catholique et le souvenir de son mari mort brutalement un an auparavant la retiennent ; ce qui ne l'empêche pas de continuer à fréquenter Ralph pour des échanges d'idées sur la conscience, vue de leurs points de vue divergents. Elle se sert même des idées inspirées par les sciences cognitives pour les travaux dirigés de ses étudiants. Au cours du semestre, tant la fréquentation de ses étudiants que de Ralph et des autres professeurs donnera un élan inattendu à sa vie.
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Helen Reed a accepté un remplacement de six mois dans une université où elle pourra être logée et oublier sa grande maison qu'elle partageait avec Martin ,son mari ,disparu brutalement.Un peu esseulée ,elle va être intégrée par le couple Messenger qui vont l'inviter régulièrement .Ralph Messenger est professeur à l'université et a une réputation de coureur de jupons invétéré tandis que Carrie ,sa femme ,s'occupe du foyer et travaille sur un projet de roman historique.Succombera -t'elle aux avances de Ralph?Un bon roman
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
Mercredi 14 mai.
Cela fait quelque temps que je n'ai pas tenu mon journal. Je n'avais pas envie d'écrire quoi que ce soit, même à mon usage personnel, sur ce qui s'est passé ces trois dernières semaines. J'étais trop occupée à le vivre. Non, ce n'est pas la vraie raison. Un journal est une sorte de miroir dans lequel on se regarde tous les jours, en toute franchise, stoïquement - sans déguisement protecteur, ni même un maquillage flatteur -, pour se dire ses propres vérités. Je n'ai pas eu cette envie de le faire depuis que nous sommes devenus amants, Messenger et moi. Je ne voulais pas rendre compte de ma conduite parce que je craignais que le fait de l'examiner, de l'analyser ne réveille mes scrupules et n'inhibe mon plaisir. ( A vrai dire, je répugne encore à scruter cette aventure sous l'angle direct de la première personne du singulier. Essayons d'autre façon.)
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Le monde a-t-il besoin de plus de romanciers?
On peut évidemment arguer que l'être humain ne peut se passer de la narration : c'est l'un des outils fondamentaux pour donner un sens à ce que nous vivons, et cela depuis la nuit des temps. Mais cela entraîne-t-il forcément, je me le demande, la multiplication sans fin de nouvelles histoires? Avant le règne du roman, le conteur n'était pas soumis à la même obligation : on pouvait reprendre indéfiniment les vieilles légendes, l'affaire de Troie, l'affaire de Rome, l'affaire de la Grande-Bretagne... en les aménageant pour suivre les changements d'époques et de moeurs. Tandis que depuis trois cents ans les écrivains sont requis d'inventer à chaque coup une nouvelle histoire. Pas totalement nouvelle, bien sûr -il a été assez souligné qu'à un certain degré ce sont les mêmes schémas en nombre limité qui se reproduisent-, mais il faut chaque fois que l'intrigue soit incarnée dans un groupe de personnages différents et se développe dans des circonstances différentes. Si l'on pense aux milliards d'individus réels qui ont vécu sur cette planète, chacun avec son histoire personnelle unique, cela semble extraordinaire, et même pervers, que nous nous cassions la tête pour inventer en supplément toutes ces vies fictives. Et il s'agit vraiment d'un casse-tête. Tant de simples "données" doivent faire l'objet d'une décision lorsqu'on écrit un ouvrage romanesque. La réalité doit être représentée par une pseudo-réalité, laborieusement fabriquée et décrite. Pour pouvoir suivre l'histoire, il faut que le lecteur retienne ces données mais elles sont éliminées dès qu'il a fini le livre, afin de laisser place à un autre. Bientôt il ne subsiste dans sa mémoire qu'un nom ou deux, quelques vagues impressions concernant les personnages, un souvenir approximatif de l'intrigue et le sentiment d'avoir aimé ou non ce qu'il lisait. C'est effrayant de songer au nombre de romans que j'ai pu consommer dans ma vie et au peu de substance que j'en ai retenu dans la plupart des cas. Devrais-je vraiment encourager ces jeunes gens intelligents à apporter leur quote-part au tas de poussière de toutes les vies fictives oubliées? N'auraient-ils pas une activité plus profitable en élaborant des modélisations informatiques de la conscience à l'Institut des sciences cognitives de Ralph Messenger?
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Je fais aménager le sous-sol de ma maison en appartement indépendant, je le loue à une charmante personne du même âge que moi, veuve elle aussi ou divorcée, qui devient une compagne précieuse, une fidèle amie. Tel est le rêve éveillé dans lequel je me surprends sans cesse à retomber. Il arrive que le locataire soit un homme, ce qui entraîne des conséquences d'un niveau romanesque trop digne de la collection Harlequin pour les coucher par écrit, même dans ce journal intime. C'est comme si j'étais dédoublée - la Helen Reed qu'on voit du dehors, celle qui s'installe dans ses nouvelles fonctions à l'université de Gloucester, calme, efficace, consciencieuse ; et une autre Helen Reed victime de ses illusions, cinglée, désincarnée, qui mène une vie parallèle dans la tête de la première.
La tension qu'engendrent ces deux vies simultanées est presque intolérable. J'attends impatiemment l'heure d'aller me coucher, pour qu'elles entrent ensemble en repos. Le sommeil est un bonheur, mais hélas un bonheur que par définition on ne peut savourer. Il y a peut-être un instant de langueur délicieuse où on se sent décrocher, comme lors d'une anesthésie, mais ensuite on ne reprend conscience que pour savoir que c'est fini, qu'on est réveillé, probablement aux petites heures de la nuit, en proie à des tourments et à des regrets plus accablants que jamais, et il est impossible de se rappeler comment c'était de ne pas les éprouver.
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-Sa mort, dit Helen, a été brusque, sans aucun avertissement. Un anévrisme au cerveau. Tout paraissait aller si bien quand c'est arrivé... Il aurait pu connaître une vie longue et parfaitement réussie, réaliser pour la radio des tas de brillantes émissions, avoir des petits-enfants, voyager dans le monde entier et .. tout ce qu'on peut imaginer.
-Seulement il l'ignore à présent. Et il n'a pas eu le temps d'y penser avant de mourir. Il est mort plein d'espoir. C'est pourquoi je dis que c'est une façon rêvée de s'en aller.
-Alors, selon vous, quand nous mourrons, nous cessons donc simplement d'exister? reprend Helen.
-Pas tout à fait. Les atomes de mon corps sont indestructibles.
-Mais votre moi, votre esprit, votre âme....?
-En ce qui me concerne, ces mots ne servent qu'à désigner communément certaines formes d'activité cérébrale. Si le cerveau s'arrête de fonctionner, elles s'arrêtent aussi.
-Et ça ne vous remplit pas de désespoir?
-Non, riposte Ralph d'un ton jovial, tout en enroulant sur sa fourchette des rubans de tagliatelles. Qu'y a-t-il de désesparant?
-Eh bien, tout le temps qu'on passe à acquérir un savoir, de l'expérience, à s'efforcer de bien se conduire, de faire quelque chose de sa peau, comme on dit, à quoi ça rime s'il ne subsiste rien de ce moi après la mort? Autant bâtir un magnifique château de sable au-dessus de la ligne de marée haute.
-C'est la seule partie de la plage où il soit possible de bâtir un château de sable, réplique Ralph.
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On peut toujours tirer les rideaux sur la conscience. Nous ne savons jamais avec certitude ce que pense vraiment quelqu'un d'autre. Même s'il choisit de nous en faire part, nous ne pouvons être sûrs qu'il dit la vérité, ou toute la vérité. Tout comme personne ne peut connaître nos pensées aussi intimes que nous. Mais cela vaut peut-être mieux. La vie en société risquerait, sinon, d'être difficile.
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David Lodge nous parle de son ouvrage La vie en sourdine publié aux éditions Rivages en 2014
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