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Jacques Tournier (Traducteur)Jennifer Lesieur (Préfacier, etc.)
EAN : 9782847344721
111 pages
Éditeur : Tallandier (06/12/2007)
3.67/5   9 notes
Résumé :
À l’occasion de recherches aux États-Unis pour écrire la biographie de Jack London qu’elle publie en janvier prochain aux Éditions Tallandier, Jennifer Lesieur a découvert un véritable inédit de l’écrivain américain le plus lu en France. Elle le préface et présente : on y lit en creux toute l’œuvre en devenir. Jacques Tournier le traduit.

Mars 1894, Jack London a 18 ans. Il traverse les États-Unis avec « l’Armée de Kelly », une marche de protestation ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
EffeLou
  07 novembre 2014
Fin XIXe, Etats-Unis, Jack London a 18 ans et n'est pas à proprement parler un débutant en matière d'aventures et autres péripéties: il n'a jamais connu son père, est placé en nourrice, ne suscite pas l'intérêt démesuré du nouveau compagnon de sa mère, choisit la rue, y fait sa place à coups (400 au bas mot) de frasques et délits. Comme il l'explique dans un autre ouvrage (John Barleycorn), il est quasiment impossible de tisser des liens dans ces groupes de garçons et de jeunes hommes sans passer par le comptoir d'un bar ou d'un bordel. Et c'est ainsi que, sans jamais avoir aimé le goût du whiskey, il est alcoolique dès l'âge de 14 ans. Plus ou moins par hasard, il embarque, d'abord avec des pêcheurs d'huîtres puis vers le Grand Nord ou le Japon. Il commence à écrire, gagne un prix, travaille à l'usine - où il remplace deux hommes et expérimente les limites de son corps...
Mais en cette fin XIX, les crises économiques débutent, et avec elle, un chômage de masse, sans protection sociale pour amortir les chocs. Patrons de grandes industries et gouvernement se mettent d'accord: les chômeurs seront employés à construire des routes à travers le pays. Jack London en sera, avec son ami Franck.
Ils voyagent en "hobboes", c'est à dire en vagabonds du train - pas DANS les trains mais entre les wagons, parfois sur les toits, où ils risquent la mort à chaque coup de frein. Franck abandonne, mais avant de partir offre à Jack un carnet vierge, qui sera le support de ce journal où il note son quotidien avec une précision impressionnante. Alors oui, sa vie est répétitive - j'ai lu des critiques qui reprochaient à ce livre d'être moins passionnant que d'autres, d'offrir moins de rebondissements. Certes, mais le simple témoignage des conditions de vie et de travail sur un chantier qui a participé à la construction de cet immense pays est passionnant en lui-même. C'est aussi le début de l'oeuvre de London - bien que le style soit concret et prosaïque - et qui inspire aujourd'hui des livres comme Into The Wild, une expérience de la route plus authentique à mon sens que celle de Kerouac par exemple (je vais me faire taper, je le sais).
Un seul hic peut-être: la traduction parfois un brin ampoulée de Tournier: il s'agit du journal intime d'un travailleur, certes écrivain en puissance, mais qui, à ce moment là, ne cherche pas à faire du style. Vouloir en ajouter tient du contre-sens.
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Erik35
  17 décembre 2016
LA LONGUE ROUTE
Nous sommes en 1894.
La jeune nation américaine connait la première vraie crise économique de son histoire, parfaitement comparable, en terme de dégâts financiers et surtout sociaux, à celle de 29. On compta alors jusqu'à trois millions de sans-emplois, paysans ruinés, artisans et entrepreneurs ayant tout perdu, vagabondant sur les routes américaines, trimardant, pour reprendre le terme de cet ouvrage -pour une population d'alors à peine supérieure à celle de la France d'aujourd'hui...! -, à la recherche du moindre petit boulot, survivant d'expédients et d'espoirs souvent déçus.
A l'époque, Jack London n'a encore que 18 ans mais il a déjà vu, expérimenté plus de choses que beaucoup n'en vivent en une vie entière ! Il a vécu dans plusieurs ranchs en compagnie de son beau-père qui y travaille et dont il tient le nom l'ayant adopté, ainsi que de sa mère qui le délaisse, ne l'ayant jamais vraiment aimé. Il n'a jamais connu son père biologique...
A 14 ans, il obtient son certificat d'étude mais la famille étant trop désargenté, il lui est non seulement impossible de poursuivre ses études mais il lui faudra commencer à travailler pour bouillir la marmite. Ce sera d'abord dans une conserverie ou il s'abrutit douze heures par jours pour un salaire de misère. Ayant pu s'acheter une petite embarcation grâce à sa chère nourrice noire, il quitte cet enfer pour devenir pilleur d'huîtres, ce qui lui permet à la fois de gagner beaucoup plus d'argent et de découvrir l'alcool. Il n'a que 16 ans. Et cet autre enfer, il le racontera dans son étdifiante biograhie "John Barleycorn". Après que son sloop eut totalement brûlé, il s'engage dans "La patrouille de pêche" (autre ouvrage né de ses souvenir). Puis s'engage sur un navire partant vers la mer du Japon pour a chasse aux phoques, publie sa première nouvelle à son retour, se retrouve de nouveau à trimer pour des salaires de misères dans une fabrique de toile de jute, dans une usine électrique, ou il accomplit la tâche de deux ouvriers licenciés. Abandonnant ce poste le jour où il apprend qu'un des deux ouvriers s'est suicidé suite à son licenciement, London ne retrouve pas de travail. Il a donc 18 ans, et déjà une vie derrière lui.
Nous sommes alors en plein dans cette crise d'une ampleur sans précédent durant laquelle un travailleur sur quatre perdra son boulot !
Le 6 avril de cette année 1894, Il rejoint le détachement de San Francisco d'une "armée industrielle", pacifiste, constituée de cent mille chômeurs (lancée par Jacob Coxley et commandée par le « général » Kelly) qui marchent sur Washington pour contraindre le Président à financer un vaste programme de travaux publics. La marche se fait à pied, puis en radeaux improvisés pour la descente du Missouri. le trajet s'effectue aussi souvent en chemin de fer, sur des trains « empruntés » par les marcheurs... ou loués à leur intention par des villes pressées de les éloigner. Au cours de cette aventure, le jeune individualiste débrouillard se convertit au socialisme.
C'est donc cette marche pour le travail que nous pouvons découvrir, presque pas à pas, tandis que Jack London griffonne ses notes sur le carnet que lui a offert Frank, le camarade qui l'a accompagné au début de cette aventure, mais qui a perdu la foi dans cette vie de "brûleur de dur".
Nous sommes encore bien loin de la littérature à laquelle Jack London va s'adonner -pour notre plus grand émerveillement- durant les quelques vingt-deux années qu'il lui reste à vivre. Mais quelle émotion cependant de respirer, de rire, de souffrir, de se fâcher parfois, de s'émouvoir souvent en compagnie de ce jeune homme, génie en herbe, découvrant tout à trac les souffrances humaines et son immense générosité lorsque l'existence ne laisse aucune autre échappatoire que la survie ou la mort.
De ce carnet de souvenirs rédigés à chaud, il fera un texte fort, intitulé La route" et dont un autre Jack -Jack Kerouac- se serait inspiré pour son roman de toute une génération "Sur la route".
Au bout de cette errance d'environ six mois, ce sera d'abord une belle rencontre, sa tante, Mme Mary Everhard de Chicago, dont il donnera le nom au "héros" de son grand roman dystopique et politique, "Le talon de fer" ; ce sera ensuite un mois d'enfer passé dans les geôles du comté d'Erié, souvenir doublement cruel car il y fut enfermé pour simple vagabondage au cours d'un procès sans défense possible. En sortira l'un de ses plus beaux textes (l'un des plus fantastiques aussi) :"Le vagabond des étoiles".
Ainsi, la boucle sera bouclée avant que puisse prendre enfin la légende, avec son grand voyage au Klondike et la célébrité chèrement acquise.
Il n'empêche que ces carnets, très récemment redécouverts et traduits en français pour la première fois ici sont, rétrospectivement, extrêmement émouvant pour tout lecteur passionné de l'oeuvre et de l'existence tumultueuse du californien dont on vient de commémorer le premier centenaire de la disparition.
En revanche, on peut, ainsi que le fait EffeLou dans sa critique, s'énerver du caractère souvent ampoulé de la traduction qui, tour à tour, respecte convenablement le texte dans ce qu'il a de cru pour, à d'autres moments, quasiment réinventer les notes de London dans un style très "écrit" qui n'est pas du tout le sien à cette époque. Par chance, ce très joli petit livre (malheureusement épuisé à cette heure) édité chez Tallandier sous la forme d'un carnet de notes, est en édition bilingue et d'un niveau d'anglais relativement lisible, en dehors de quelques mots et expressions techniques.
PS : L'inconditionnel de London qu'est votre lecteur ne peut mettre autre chose que 5/5 à ce texte... Qui a, cependant plus, à voir et à comprendre comme un document rare, quasi ethnologique, touchant et éloquent d'un écrivain en herbe. Il ne pourra, très probablement, qu'ennuyer ou décevoir le lecteur cherchant à retrouver le London de "L'appel de la Forêt", de "Croc-blanc" ou de "Martin Eden".
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PascalMalosse
  11 juillet 2021
Étonnant récit de jeunesse, se rapprochant des reportages sociaux de London, tel que le peuple des abysses. L'humour, la désinvolture et l'empathie pour les figures croisées, dressent un tableau vivant de la fin du XIXe siècle aux États-Unis. On y découvre les duretés du vagabondages, les petites joies aussi, la misère sociale. Sans doute que London exagère, enjolive par endroits, portés par des élans lyriques, mais sa sincérité emporte et désarme le lecteur. On assiste peut-être à la naissance d'un écrivain charmeur et profondément ancré dans son époque.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
EffeLouEffeLou   07 novembre 2014
« Quand je descends du train à Laramie, la couche de neige est si épaisse qu’on ne voit rien à trois pas devant soi. J’ai les pieds tellement gelés que je suis obligé de marcher une demi-heure pour retrouver une circulation normale. J’avale un bon petit déjeuner au restaurant et à midi, comme le blizzard ne désarme pas, je me glisse dans le fourgon de l’express en espérant aller jusqu’à Cheyenne et continuer plus loin la nuit suivante. Mais quand le train arrive au point culminant des Rocheuses, où s’élève le monument dédié aux frères Ames, je tombe enfin sur le détachement de Reno de l’Armée industrielle. Quatre-vingts malabars installés dans un wagon frigorifique, qu’on a rattaché à un train de marchandises. J’y grimpe et trouve ma place au milieu d’eux. Cette nuit-là, on franchit la frontière du Nebraska, mais il a fallu rouler encore assez longtemps avant d’échapper au blizzard. »
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Erik35Erik35   16 décembre 2016
Dimanche 8 Avril

Me réveille à 3 h du matin pratiquement mort de froid. Je me lève, m'oblige à marcher, et quand j'entre au restaurant pour m'abriter, ma circulation est complètement rétablie. Conversation édifiante du sourd-muet et des dames. Toilette matinale sur la berge du Truckee River. Regrette le peigne et la brosse à habits qu'a gardés Franck, mais c'est moi qui ai le savon et la serviette. Retourne à la gare, regarde embarquer le bétail et les cochons. Rencontre un suédois qui fait le trimard et déjeune avec lui. M'amuse à observer les indiens et leurs jeux d'argent, puis vais écouter un groupe de chômeurs qui tiennent conseil à l'Armée du Salut. Ils ont formé un détachement qui s'apprête à partir vers l'est dès demain. Tout le long de la route d'Oakland, nous en avons rencontré des centaines qui veulent s'incorporer à l'Armée industrielle. Beaucoup n'ont pas pu le faire, car ils ne s'attendaient pas à ce qu'elle parte de bonne heure vendredi matin. Dans la soirée, je m'accroche à un wagon de marchandises qui me conduit jusqu'à Wadsworth. Toujours pas de Frank. Je dors dans la cabine d'une locomotive garée au dépôt. En suis chassé à 4 h du matin par une équipe de nettoyeurs.
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Erik35Erik35   16 décembre 2016
Différences des allures sur la route. Ceux qui marchent tranquillement, les escargots, ceux qui filent comme les comètes. Par suite de rencontres bizarres, d'accidents divers, d'ennuis graves, les tranquillement rejoignent parfois les comètes, mais finalement ils sont largués.
La facilité des très jeunes à trouver leur allure. Bonnes foules, mauvaises foules. Se rencontrent parfois.
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Erik35Erik35   16 décembre 2016
Samedi 28 Avril.

Partons de très bonne heure. Parcourons 11 miles à pieds, en passant par Dexter puis Earlham, où nous déjeunons. J'ai les pieds si douloureux que je refuse d'aller plus loin, à moins d'avoir une carriole. Qu'on me jette plutôt en prison. En ville, impossible de rien trouver.
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Erik35Erik35   16 décembre 2016
[...]
La profonde honnêteté de la plupart des trimardeurs, leur générosité. Presque tous s'acharnent à chercher du travail. Se rassemblant et discutant sur les chances d'en trouver dans les différentes régions du pays.
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