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Louis Postif (Traducteur)Noël Mauberret (Préfacier, etc.)
EAN : 9782859407599
608 pages
Éditeur : Phébus (13/09/2001)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 38 notes)
Résumé :
Des bas-fonds de San Francisco aux vastes solitudes de la Moon Valley: l'itinéraire de deux enfants du siècle, Saxonne et Billy, aux prises avec les enjeux du monde moderne. L'un des romans de London (avec "Martin Eden") où il a mis le plus de lui-même.

Une fiction qui vaut à la lois par les dimensions inhabituelles du récit (c'est le seul roman fleuve de l'écrivain) et par l'ampleur inégalée du témoignage qu'il porte sur son époque.

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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Erik35
  23 juin 2017

ON IRA, OÙ TU VOUDRAS, QUAND TU VOUDRAS...
«J'ai en projet un roman feuilleton dont le thème est le retour à la terre.»* Ainsi s'adressait Jack London au rédacteur en chef du Cosmopolitan le 30 mai 1911. Ce grand roman du "retour à la terre" promis cette année-là verra enfin le jour deux années presque et demi plus tard, en octobre 1913. il faut dire que l'ensemble est assez original, ambitieux. Par ailleurs, c'est le roman le plus long jamais écrit par son auteur, plutôt adepte des romans plus ramassés, plus rapides, ainsi que le maître incontesté de la nouvelle en son temps.
En quelques mots, c'est l'histoire d'un homme et d'une femme, tous deux originaires d'Oakland (NB : la ville où London vécu en ses vertes années. Celle aussi où il se présenta aux élection municipales), tous deux venant du monde ouvrier. Elle se prénomme Saxonne, ce que l'on peut prendre dores et déjà pour ce qu'il est, une sorte de porte-étendard des origines de cette jeune femme, timide mais sûre d'elle et de ses choix, pauvre mais honnête, pleine de charme sans forcément être d'une beauté inouïe, mais elle n'est pas d'une beauté quelconque non plus. En elle, une grande part de candeur et de naïveté, une propension au rêve, une incompréhension à peu près totale à l'égard du monde tel qu'il va. Elle travaille dans une blanchisserie mais ne s'imagine pas un seul instant y terminer ses jours. Notons que Jack London vécut une expérience de travail excessivement éprouvante dans une petite blanchisserie des environs de San Francisco : il savait exactement de quoi il parlait. Elle espère rencontrer l'Homme et l'épouser mais à vingt ans largement passés, elle n'y croit déjà plus guère et les hommes qui lui courent après ont tendance à la dégoûter. Elle est l'archétype parfait de ces descendants blancs ayant colonisé puis traversé l'Amérique d'est en ouest, s'installant comme fermiers, surexploitant la terre, pour finir ruinés, grossissant les grandes villes de leur présence fortuite. Lui est palefrenier et conducteur de chevaux de traits - l'un des premiers moments forts entre ces deux là aura lieu à bord d'un buggy -, il est d'ailleurs assez doué dans son métier. Il a des mains fortes et caleuses, des muscles d'acier, une carrure d'athlète et cette espèce de nonchalance des hommes qui se savent inattaquables tant leur physique parle pour eux. Pour cause : il est boxeur amateur, et réputé encore ! Mais, à l'instar de bon nombre des personnages de boxeurs que l'on trouve dans l'oeuvre de Jack London, celui-ci ne veut plus entendre parler de compétition. Les vrais combats sont autant d'années de vie en moins, tout cela pour un public ignare et des peccadilles si on les rapporte aux années perdues irrémédiablement. Il se prénomme Billy, Billy Roberts pour être complet. Il a pour lui la jeunesse, du courage et de l'énergie à revendre Ces deux-là seront présentés l'un à l'autre par un couple d'amis commun au destin absolument tragique : Lui sera tué au cours de violentes manifestations. Elle, finira prostituée pour survivre, après le décès de son mari. Ambiance. Mais n'anticipons pas.
C'est donc au cours de la première partie de ce roman - qui en compte trois - que ces deux beaux êtres vont se rencontrer, sur une piste de danse d'abord (ils sont tous les deux doués et leurs pas s'accordent à merveille), se découvrir, le plus souvent en compagnie de Marie et Bert, le couple déjà cité. La vie parait simple, malgré la dureté sans fin du labeur, et il suffit d'une rencontre, de LA rencontre pour que la vie semble s'être vouée en Paradis. Est-il nécessaire de préciser que ces deux là sont le portrait tout craché, quoi que parfaitement idéalisé, du moins psychologiquement, de Charmian London, et de Jack ? D'aucun auront aussi reconnu des traits de la mère de l'auteur, une femme terrible et instable, une de ces "déclassés" des USA de la fin du XIXème, fiers, tellement fiers de leurs origines quasi mythiques des premiers "settlers" mais ne vivant plus que de leurs rêves passés, défunts et vains. Tout, cependant, semble aller pour le mieux pour notre petit couple qui décide de se marier, de s'installer et de s'endetter pour aménager la petite maison qu'ils ont trouvé à louer. de s'endetter pour un assez long temps, monsieur, en bon mâle phallocrate qui s'ignore, refusant catégoriquement que son épouse continue à s'épuiser dans quelque basse tâche rémunérée qui soit.
Hélas, après les beaux jours, les jours gris, puis sombres et enfin, tout à fait noirs : une lutte sociale comme on peine à les imaginer aujourd'hui est sur le point de s'engager. Les salaires sont en jeu. La survie pure et simple de familles entières est menacée. Ce ne sont d'abord qu'un ou deux corps de métiers qui sont paralysés mais, par un simple et évident effet domino, c'est toute la ville d'Oakland et de ses environs proche qui va se retrouver paralysée. La bagarre entre les ouvriers et leurs syndicats d'un côté, les forces de la loi et les patrons -soutenus par les "jaunes", ces ouvriers venant de l'extérieur et prêt à tout pour gagner quelques dollars - de l'autre, cette bagarre-là n'a vraiment rien à voir avec un quelconque sport, avec la boxe ni rien d'autre. Cette bagarre pour la survie, le droit de s'offrir gîte et couvert, elle se compte en morts. Dans les deux camps, même si ce sont surtout les ouvriers lambda et les fameux jaunes qui en paient le prix fort. C'est au cours d'une de ces échauffourées que l'ami du couple, Bret, perdra la vie. Il y aura des condamnation et des lynchages légaux aussi. Et pour ceux qui connaissent l'oeuvre de Jack London, c'est un peu de son roman dystopique le Talon de fer qui se rejoue ici, en miniature. le jeune couple va tout d'abord être relativement épargné par le drame qui se joue, mais après la mort de son ami, Billy ne sera plus tout à fait le même. L'homme posé devient un enragé ; celui qui ne se mêlait guère de politique deviendra un des hommes forts de son syndicat, défendra avec vigueur et acharnement des idées socialistes quasi révolutionnaires ; le jeune garçon joyeux et sobre va perdre tout humour au profit de l'alcool, jusqu'à la déraison. Jusqu'à mettre et sa vie et celle de son couple en sérieux péril. Jusqu'à la chute sans fin ni espoir - un des thèmes majeurs de l'oeuvre de London que l'on retrouve ici. Qui sera, Ô! combien présent dans son Martin Eden -. Cette fois, la chute aura un dénouement étonnant, salvateur : Ayant passablement bu à son retour chez lui, il prend à parti l'ouvrier qui loge chez eux, le frappe et, sur la plainte de ce dernier, se retrouve pour un mois en prison. Saxonne va vivre cette période dans une sorte de cauchemars éveillé, se nourrissant des coquillages glanés en bord de mer, marchant sans but dans toute sorte de lieux où elle ne s'était jamais rendue, rencontrant un tout jeune homme, un jeune pêcheur à bord de son petit voilier et qui n'est autre que le propre avatar du London jeune, celui de la Croisière du Dazzler et de Patrouille de pêche. Il se nomme même John, qui est le prénom réel de l'auteur. Tandis que le gosse évoque ses rêves de grands espaces et d'ailleurs, il assénera une bizarre vérité qui changera la vie de Saxonne : «Oakland n'est qu'un bon point de départ, je crois.» Son homme sort de prison peu après, transformé, désintoxiqué, écoutant et aimant à nouveau sa petite femme comme au premier jour et prêt à la suivre jusqu'au bout du monde.
Dans la troisième et dernière partie, on va tout d'abord suivre nos deux jeunes gens tout au long d'un périple digne des trimardeurs - autre expérience vécue par l'auteur -, se laissant aller à vivre nonchalamment au gré du temps, des routes et des rencontres, glanant ici et là de précieuses informations pour tenter leur chance, dans un futur indéterminé, comme propriétaires de ranch, trouvant des places où l'expérience des chevaux de Billy vaut, à leur grande surprise, de l'or. Ils font la rencontre de gens aussi atypiques qu'exceptionnels et d'une générosité sans faille. Ils vont aussi se rencontrer eux-mêmes, ou plus exactement tels que l'écrivain californien se rêvait sans doute vieillir à deux dans la rencontre d'un couple de riches retraités. Ils vont croiser une bande d'artistes gentiment frappés mais ouverts. Ils vont aussi comprendre que toute leur vie passée n'a sans doute pas autant de sens que ce qu'ils voulaient bien en penser jusque-là. Ils vont aussi rencontrer les nouveaux propriétaires des terres de Californie : des portugais, des chinois travailleurs et malins, qui ont su s'adapter, évoluer, se rendre indispensable tout autant que prudent là où les "bons" colons de "race" anglo-saxonne ont, par leur bêtise, par leur orgueil et leur acharnement à faire l'inverse de ce que cette terre méritait, l'on rendu stérile, sont devenus les miséreux du coin ou on fini par tout céder aux nouveaux arrivants. Traversant d'abord une sorte de purgatoire, après l'enfer industriel de la ville maudite, les deux amants vont perdre toutes leurs illusions de jeunesse mais vont aussi s'offrir des perspectives entièrement nouvelles qui vont finalement se concrétiser dans l'achat d'une petite terre dans "La Vallée de la lune", qu'en bon indien l'on nomme la Sonoma valley (sic !), laquelle n'est autre que la terre que London acheta et fit fructifier avec sa seconde épouse Charmian. La fin du roman, après moult péripéties, se concrétise sur une apothéose qui sera à jamais refusé au couple véritable, d'ailleurs assez peu de temps après la fin de ce voyage au long cours : la promesse d'un petit être à venir... Tout est bien qui fini bien ?
Ce long roman, imaginé peu après le retour des London de leur périple inachevé autour du monde, entamé dans l'un des pires moments de l'existence tant de l'auteur lui-même que de son couple qui n'en peut mais de la dépression de Jack, de son accoutumance de plus en plus irréversible à l'alcool, de ses coups de colère, de ses difficultés à se mettre efficacement au travail, de ses soirées interminables de beuverie tandis que le couple accomplie un voyage de représentation dans cet est américain que London a toujours détesté, ce long roman va donc voir, lui aussi, sa fin heureuse à l'occasion d'une croisière, momentanément rédemptrice, à bord d'un trois-mat appelé "Le Dirigo". Là, Jack va entamer une véritable cure de désintoxication, se remettre au travail, avoir une activité physique plus intense (le voyage n'est pas qu'un voyage d'agrément puisque tous, passagers compris, sont tenus de prêter main forte au bon fonctionnement du voilier). le roman prendra encore quelque temps à naître totalement, surgissant dans la douleur de la pire année, probablement, de l'écrivain si l'on excepte celle de son décès, cette année 1913 où il verra la destruction, corps et bien, de la maison de ses rêves "La maison du loup", après avoir subit une intervention chirurgicale, divers incidents familiaux, des récoltes perdues, trois procès, des investissements financiers catastrophiques. Pourtant, La Vallée de la lune nous conte en quelque sort le rêve de l'ancien aventurier du Klondike : un rêve d'installation, de bagages que l'on pose enfin, d'un lopin de terre à conquérir, à apprivoiser, un peu comme une espèce de contrepoint total à ce que son existence véritable lui imposait de vivre. Ce roman est aussi un vibrant hommage à la femme qu'il aima tant, Charmian. Mais l'hommage d'un homme qui s'aperçoit qu'il a tant à se faire pardonner, et qui multiplie les témoignages d'amour, de gratitude, de reconnaissance au fil de ce roman que le préfacier de l'édition proposée par Libretto n'hésite pas à comparer à La Divine Comédie de Dante Alighieri, Charmian étant dès lors sa Béatrice. On y découvre aussi les profonds changements que connait l'esprit toujours en fusion - pour le meilleur comme pour le pire - de ce crapahuteur infatigable. On y lit entre les lignes son éloignement (pas encore totalement acté en ces années-là) vis à vis du parti socialiste américain, ses doutes et ses désillusions quant au sens et au but des luttes politiques pourtant ardemment menées avant cette période charnière. On frémit de plus en plus à le voir s'enferrer, s'enfermer dans une forme aussi étonnante (pour nous aujourd'hui) qu'insupportable de racisme, auquel s'entremêle une certaine mythologie de l'Ouest américain, dans lequel la "race" anglo-saxonne serait, par essence et par destination, la race suprême, la seule apte à commander, à diriger le monde. Certes, nous n'en sommes pas encore aux pures monstruosités proférées dans ce futur roman dont les prémices prendront d'ailleurs vie à l'occasion de cette croisière sur le Dirigo, le sulfureux et profondément noir "Les Mutinés de l'Elseneur". Mais l'on pressent déjà que Jack se fait rattraper par John, le fils si peu désiré par cette mère au racisme et à la "fierté" anglo-saxonne avérée. Roman autobiographique à n'en point douter - beaucoup le sont chez London, mais c'est particulièrement vrai pour celui-ci -, il serait pourtant vain et dommageable de lui conférer cette seule qualité. D'une écriture plus relâchée, plus sereine et descriptive que bien souvent chez un London facilement nerveux de style (on n'est pas sans ressentir une communauté d'intention littéraire d'avec un Emile Zola décédé seulement dix ans plus tôt), ce long et beau roman, d'amour, d'apprentissage, de rencontres, de furies, d'enfer quitté et de paradis à regagner, d'amertumes et de combats sans espoir, de découvertes et de voyage (les deux personnages principaux nous font découvrir une très large part de la Californie), peinture exacte, émouvante, trépidante aussi de son époque - on comprend mieux à sa lecture l'émergence future d'un John Steinbeck -, s'il ne remue pas les tripes de la même manière qu'un Martin Eden ou que le Loup des mers, il se dévore sans l'ombre d'un ennui, qui nous parle de désillusion, de doutes mais aussi de grand rêve obstiné, d'un jardin à cultiver, dans une vie qui fut loin, très loin, d'être un long fleuve tranquille.
Une certitude, cependant, de ce que l'on ne peut jamais reprocher à ce précurseur et écrivain de génie (malgré ou à cause de ses excès) c'est de mentir, de fabriquer, d'être l'un de ces innombrables monnayeurs de fausses paroles. Pour preuve, et dans l'espoir de boucler la boucle, ce qu'il précise dans cette lettre à son éditeur mentionnée au début : «elle [l'histoire] sera quelque chose dont je crois entièrement et passionnément chaque parole.»* Voilà pour donner un sacré fil à retordre à toute tentative d'exégèse !

*dans Jack London, Profession : écrivain, éditions Les Belles Lettres, page 346.
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Allantvers
  06 août 2016
Saxonne et Billy : Que voilà un magnifique couple littéraire ! D'une vitalité vivifiante, authentiques, gorgés d'amour et de foi en eux-mêmes, ces deux magnifiques et vigoureux jeunes gens se trouvent, s'accordent, se complètent : elle, la petite blanchisseuse (un des métiers qu'exerça London) vive, pleine de bon sens, fidèle et entière ; lui, le charretier, ancien boxeur, portant avec simplicité sa force tranquille.
Elle la tête, lui les jambes, ils activeront ensemble leur formidable capacité d'adaptation et de confrontation à l'adversité pour s'arracher au milieu mortifère de la baie d'Oakland - San Francisco où le petit peuple prolétaire ne peut que survivre, asphyxié par les baisses de salaire et les grèves organisées par les grands syndicats, afin de partir, sur les pas de leurs parents pionniers, chercher leur Eden jusque sur la lune.
Etonnant que ce roman de l'ami Jack ne soit pas plus connu, car il y a tout London là-dedans : l'énergie de la jeunesse ouverte à l'aventure, le choix de la vie vagabonde contre l'asservissement par le travail ; le pamphlétaire politique fustigeant les « malins » qui dirigent et corrompent, l'exaltation de la force, vitale, brute ou domestiquée par le savoir; le savoir-être, le savoir vivre et la débrouillardise des petites gens, la charge contre le climat délétère de la ville contre la vitalité de la nature ; même la mer est présente quand Saxonne sans le sou va ramasser des coquillages sur la plage et qu'elle rencontre le jeune pêcheur qui lui fera entrevoir « qu'Oakland n'est qu'un point de départ » ; il y a aussi de ses aspects plus sombres, voire un peu nauséabonds avec un patriotisme exacerbé jusqu'au racisme, mais aussi ce mépris larvé des faibles.
Ce qu'il y a d'étonnant avec cette « Vallée de la lune », publié en 1913 trois ans avant sa mort, où comme dans ses autres romans on retrouve ou imagine la présence de London lui-même et de son incroyable vie, c'est son propos d'un positivisme exalté, presque mièvre, état d'esprit auquel l'auteur ne nous avait pas habitués. C'est aussi un formidable témoignage sur le contexte socio-économique californien du début du 20ème siècle et sur la génération des enfants et petits –enfants des pionniers américains, porteurs des valeurs et aspirations de leurs ascendants partis conquérir le grand Ouest mais vivant dans une société radicalement changée.
Bref c'est une pépite ! en toute subjectivité, car je chéris Jack London au-delà du raisonnable 
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cmpf
  29 décembre 2017

Un très joli conte sur un couple d'ouvriers d'Oakland qui surmonte toutes les difficultés jusqu'à la réussite finale.
Je dis conte parce que ce couple très beau et bien assorti qui surmonte toutes les épreuves m'a semblé assez peu réaliste finalement.
Saxonne travaille dans une blanchisserie et avec son amie Marie, fréquente les bals et pique-niques. C'est ainsi qu'elle rencontre Billy, un charretier. Tous deux se plaisent immédiatement et ne tardent pas à se marier. C'est le grand bonheur mais bientôt la grève empêche Billy de travailler et le transforme. Il fait même un séjour en prison.
C'est alors qu'ils décident de quitter la ville pour un lieu idéal où vivre.
Beaucoup de références à la vieille race, aux pionniers qui ont traversé les plaines comme leurs grands-parents. Les bons anglo-saxons qui ont su prendre la terre (aux indiens) mais n'ont su que l'épuiser et ont dû la revendre aux portugais, chinois, italiens, japonais… qui ne savent que travailler du matin au soir.
Roman du retour à la terre mais avec toujours les mêmes thèmes chez London, le socialisme, la boxe, la supériorité physique, et celle des anglo-saxons.
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siouxie
  12 juillet 2019
Un grand et fort roman qui se déroule en deux temps : la vie à Oakland où se noue l'idylle entre Saxonne Brown et Billy Roberts. Elle est blanchisseuse, il est charretier et s'occupe de chevaux, boxeur à ses heures perdues, disons plutôt quand le besoin d'argent se fait sentir.
Leur rencontre les mène vite finalement au mariage après quelques réticences parce qu'il est boxeur. Ils s'installent dans une petite maison, et le lecteur se demande où le narrateur va le conduire : dans un premier temps vers un roman âpre. Billy, assez fier, refuse à Saxonne le droit de vendre ses travaux de couture. Elle ne travaille plus et trouve de l'occupation avec sa voisine, une femme mystérieuse qui lui montre qu'un ailleurs est possible. Puis le roman bascule en raison des grèves rudes qui secouent la ville. Les luttes sociales sont violentes, Billy y participe, traquant quelquefois " les jaunes", retrouvant la violence du ring de boxe. Il finit pas être arrêté. la vie est très dure pour Saxonne qui se nourrit de coquillages et rencontre un jeune garçon qui lui suggère d'envisager Oakland comme un point de départ et non comme une fin. Dès lors, le lecteur est décontenancé, car du roman noir, naturaliste, sombre, on plonge dans un voyage.
La seconde partie est due à la détermination de Saxonne qui décide Billy, revenu très découragé de prison, à partir sur la route en trimardeurs. Elle veut qu'ils suivent l'exemple des pionniers américains, dont ils sont les descendants tous les deux. le couple part pour trouver une terre, renouer avec la nature et avec l'esprit des premiers colons. La ville n' a plus rien de bon pour eux, c'est un lieu de perdition, un enfer où les êtres se souillent.
Cette seconde parie du roman est un long voyage pour trouver cette fameuse vallée de la lune, leur terre promise. Saxonne, qui s'aguerrit et s'affirme, est prête à aller jusque dans la lune pour la trouver. Je passe sur les détails pour laisser au lecteur le soin de découvrir ce lumineux trajet aussi brillant que la vie en ville est noire. Les rencontres s'échelonnent et enrichissent nos héros.
En fait, ce roman est comme une sorte de fable, la conquête d'un idéal, un tantinet xénophobe à l'égard des "Portchuigais" (!) et des Chinois qui font fructifier les terres spoliant les "vrais" américains, ceux de la conquête qui ont perdu leur terre pas naïveté. Des propos un peu surprenants, et qui reviennent en boucle, pour un auteur aux opinions socialiste si affirmées !
C'est donc un livre assez optimiste qui donne envie de découvrir aussi des lieux idylliques où tout peut se reconstruire.
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Gruizzli
  14 octobre 2019
J'ai un gros, un très gros faible pour Jack London, alors je ne serais bien évidemment pas objectif dans mon éloge. Car j'adore sa philosophie, sa façon de voir le monde entre ceux qui luttent et ceux qui se laissent couler. Sa vision d'une humanité qui ne peut que faillir lorsqu'elle vit entassée, et qui ne sait s'exprimer que dans l'épanouissement personnel, à la fois physique et mental. Bref, j'adore le bonhomme avant d'adorer ses écrits.
Mais la vallée de la lune, c'est aussi un roman qui m'a surpris par son ton. J'ai presque dévorée l'intégralité des livres de l'auteur, alors je me suis retrouvé comme deux ronds de flan lorsqu'il décide de faire de ses personnages ce qu'il en a fait. Déjà, une histoire qui finit aussi bien c'est rare, mais en plus en prenant le temps de faire évoluer ses personnages à travers des clichés racistes ("nous autres américains sommes mieux que ces immigrés") qui les obligeront à plus d'humilité, mais aussi une critique forte de la classe ouvrière qui se rebelle sans savoir comment, de la vie des villes et surtout la critique de la misère intellectuelle. C'est le principal ressenti que j'ai eu à ma lecture, dans laquelle j'ai cru voir une sentence envers ceux qui refusent de réfléchir. Et l'idée n'est pas tant de lire, apprendre ou s'instruire, que de réfléchir avec ce dont on dispose : vous avez un cerveau, servez-vous en. Et à ce niveau, les deux personnages principaux seront les images de cette idée, développant un apprentissage qui les conduira jusqu'à l'humilité et la volonté farouche d'apprendre. C'est mené d'une main de maitre par un Jack London qui reprend certains thèmes dont il a fait ses chevaux de bataille (rien que sur les luttes ouvrières, la misère ou l'attachement à la Californie et à la terre).
Mais ce livre, c'est aussi pour moi la découverte de l'absurdité des hommes. Sans doute l'auteur ne l'avait-il pas encore prévu, mais lorsque j'ai lu ce livre, après les années 2000, je me suis rendu compte qu'on y trouvait dedans une réflexion sur la perma-agriculture (et qui date donc d'il y a 100 ans maintenant ...), sur l'évolution sociétale des ouvriers et les colères du peuple d'en bas (pour reprendre l'expression de Jack London), tout autant que l'intérêt d'apprendre des autres cultures et de la valeur de la tolérance pour tout le monde. Bref, tout ces thèmes qui reviennent aujourd'hui en boucle et dont on trouve les anti-thèses dans tout les journaux et les médias. L'humain est-il donc à ce point incapable d'apprendre d'un auteur qui était pourtant déjà célèbre à son époque ?
La lecture de ce livre n'est pas sans heurts, surtout au niveau du style de Jack London qui est parfois lourd, ou de certaines réflexions/morales qui peuvent surprendre aujourd'hui, le temps ayant fait son oeuvre. Mais pour autant, le coeur de la critique et de l'ouvrage est intact. Il passe dans ce roman une réflexion sur le monde que nous voulons bâtir et laisser à nos enfants, et c'est un sujet qui est d'autant plus d'actualité aujourd'hui. Il deviendrait presque urgent de lire ce genre de livre et de réfléchir à ce que nous avons accomplis comme progrès depuis cent ans, parce qu'à sa lecture je me suis demandé si nous n'avions pas stagné philosophiquement parlant.
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   16 juin 2017
Il ne faut jamais, jamais battre la chair de l'ormeau sans chanter cette chanson : et jamais vous ne devez la chanter en d'autres moments. Ce serait le plus horrible sacrilège. L'ormeau est la nourriture des dieux.

[...]

L'un prône le poulet en sauce béchamel,
l'autre le caviar arrosé de kummel :
Mais le régal des dieux et buveurs d'hydromel,
C'est l'ormeau qui s'attache aux rochers de Carmel.

Tel qui jadis aimait et courtisait Corrine
En la rouant de coups aujourd'hui l'assassine,
Si nous battons la chair de l'oreille marine,
C'est par excès d'amour, pour la rendre plus fine.

Le jour où dans l'Olympe Amphitrite apporta
Cette Haliotis tuberculata,
Dans sa conque nacrée Iris se refléta,
Et Vulcain y perdit les dents qu'il y planta.

[Plus loin, tentative imparfaite de Saxonne]

Martelons le mollusque au rythme de nos vers,
Nos cœurs sont dépourvus de sentiments pervers,
Ce qui nous réunit dans ce lieu solitaire,
C'est notre amour commun pour l'oreille-de-mer.

[Tous les convives de poursuivre, les uns après les autres]

L'un boit de l'eau de pluie et l'autre du champagne,
L'un mange son prochain et l'autre ce qu'il gagne ;
Nourri d'ormeaux, couchant dehors, vêtu d'un pagne,
Je me croirais encore en pays de Cocagne.

Tel apprécie le porc ou la vache nerveuse,
Tel préfère la caille ou la dinde adipeuse :
Moi je reste fidèle à la chair savoureuse
De l'ormeau qu'a salée la grande mer houleuse.

Plus nous en dévorons, plus il en vient au monde,
Car l'amour règne au ciel, sur la terre et sous l'onde,
Mais prodigue avant tout sa semence féconde
A l'éternel sillon de la vague profonde.

Lorsqu'Esaü vendit pour un plat de lentilles
Son vieux droit d'aîné des familles,
Il ne connaissait pas ces exquises coquilles,
Sans quoi il eût vendu ses filles...
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Alice_Alice_   24 novembre 2014
Pendant qu'ils se serraient les mains, elle sentit sur la sienne les callosités de la paume du charretier, et ses regards rapides saisirent une vingtaine d'autres détails. Quant à lui, il ne remarqua guère que ses yeux, qui lui semblèrent vaguement bleus; c'est seulement plus tard dans la journée qu'il se rendit compte qu'ils étaient gris. Elle, au contraire, vit tout de suite ses yeux à lui tels qu'ils étaient, d'un bleu profond, larges et beaux comme ceux d'un enfant boudeur. Ils regardaient bien en face et elle les aima, comme elle avait aimé sa main en l'entrevoyant et en la pressant. Du même coup d’œil, mais moins nettement, elle avait observé le nez court et bien planté, la teinte rose des joues, la fermeté d'une lèvre supérieure un peu mince; puis son attention s'était concentrée avec plaisir sur la bouche grande et bien modelée, dont les lèvres rouges s'ouvraient franchement sur des dents d'une rare blancheur. Un enfant, un grand garçon d'homme, pensa-t-elle; et tandis qu'ils se souriaient en se lâchant les mains, elle fut surprise du reflet cendré de sa chevelure courte et frisée, qui paraissait de l'or le plus pâle, bien qu'elle fût en réalité d'un blond de lin.
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Alice_Alice_   06 décembre 2014
- Qu'est-ce que vous voulez, vous? demanda-t-elle, moitié par désœuvrement, moitié par curiosité sincère; car elle se sentait attirée vers ce garçonnet en pantalon court qui semblait si assuré et en même temps si sérieux.
- Ce que je veux? répéta-t-il.
Tournant lentement la tête, il parcourut des yeux la ligne de l'horizon, les arrêtant du côté de la terre, sur les brunes montagnes de Contra Costa, et, du côté de la mer, au-delà d'Alcatraz, sur la Porte d'or. Le sérieux de ses regards était impressionnant, et elle en eut le cœur ému.
- Tout cela, dit-il, embrassant d'un geste le cercle du monde.
- Quoi, cela? demanda-t-elle.
Il la regarda étonné de ne pas s'être fait clairement comprendre.
- Ne sentez-vous jamais des choses pareilles? demanda-t-il, mendiant un peu de sympathie pour son rêve. Ne vous sentez-vous pas quelque fois mourir du désir de connaître ce qu'il y a derrière ces montagnes et derrière les autres qui sont plus loin? Et la Porte d'or! Au-delà, il y a l'océan Pacifique, et la Chine, le Japon, l'Inde, et... et toutes les îles de corail. Vous pouvez aller n'importe où par la Porte d'or... en Australie, en Afrique, aux îles de phoques, au pôle Nord, au cap Horn. Vraiment tous ces endroits-là attendent ma visite. J'ai vécu à Oakland toute ma vie, mais je ne compte pas y passer le reste de mes jours, il s'en faut. Je m'en irai... loin... loin!...
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Erik35Erik35   05 juin 2017
- Quand on y songe, quelle occasion magnifique ! disait-il. Un pays neuf, ayant des océans pour frontières, situé sous la meilleure des latitudes, possédant un terrain plus riche et des ressources plus vastes qu'aucune contrée au monde, où venaient s'établir des émigrants qui avaient rejeté toutes les ficelles de l'Ancien Monde et se sentaient animés d'intentions démocratiques. Une seule chose pouvait les empêcher de perfectionner cette démocratie dont ils entreprenaient l'instaurations : c'était leur avidité.
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Alice_Alice_   27 novembre 2014
Alors l'arbitre nous sépare, et la tourbe commence à siffler et à hurler. "Maintenant rue un peu, bougre d'animal, et donne-lui le coup de grâce", me dit l'arbitre; et je lui réponds qu'il aille au diable. Bill et moi retombons dans un corps à corps, sans frapper, et Bill me touche de son pouce encore une fois, et rien qu'à voir l'expression de son visage je peux deviner sa souffrance. Ah! il en avait du courage, le pauvre garçon. Mais il atteignait la limite des forces humaines. Quoi, on appelle ça du sport, de plonger ses regards dans ceux d'un copain qui ne manque pas de trempe, mais qui va défaillir de souffrance, un type qu'on aime, dans les yeux de qui on voit qu'il vous le rend, et être obligé de lui infliger une nouvelle torture? Qu'ils s'amusent autant qu'ils veulent, ceux qui aiment ça, pas moi! Mais le public a parié sur nous. Nous ne comptons pas. Nous nous sommes vendus pour cent dollars, et il faut qu'ils en aient pour leur argent.
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Vidéo de Jack London
Jack London : Faire un feu (France Culture / Samedi noir). Émission “Samedi noir” diffusée sur France Culture le 12 novembre 2016. Production : Blandine Masson. Image : dessin de Patrick Chabouté pour son adaptation en bande dessinée de la nouvelle “Constuire un feu” de Jack London. Un homme qui voyage seul dans le Yukon confronté au plus destructeur de ses ennemis : le froid. Traduit par Marc Chénetier. Réalisation : Christophe Hocké. En direct du studio 110, de la Maison de la radio. Lecture Carlo Brandt. Musique composée par John Greaves. À l’occasion de la parution dans La Pléiade des “Romans, récits et nouvelles” de Jack London en octobre 2016, édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. “Faire un feu” (paru en août 1908 sous le titre “To build a fire” dans le Century Magazine) est “le compte rendu” terrible et tragique " (pour reprendre le titre de l'essai de London sur les thèmes et les ressorts de la grande littérature), minutieusement agencé, d'une inexorable descente dans l'enfer du froid, la plus brutale description, et littérairement la plus parfaite, de la rencontre meurtrière du chétif corps humain, minuscule atome de vie perdu dans un infini de la blancheur, avec le plus immatériel et le plus destructeur de ses ennemis. Le récit n'est nulle part ailleurs chez London aussi dépouillé et concentré que dans ces pages. Comme dans bien d'autres nouvelles, ce n'est pas une intrigue qu'il déploie ou qu'il développe, mais une situation d'affrontement, un état de tension, qu'il mène, degré par degré, jusqu'au point de rupture. […] Dans un silence jamais rompu par aucune parole directement prononcée se déroule, rythmée par le passage des heures, la tragédie de la lente détérioration du corps, en même temps que s'amenuise l'espoir de survie. […] Marc Chénetier. Note publiée dans La Pléiade, extraits. Musiciens : John Greaves, Piano, chant Laurent Valero, Alto, violon, flûte, bandonéon Scott Taylor, Accordéon, kalimba, percus, cuivres Assistant à la réalisation : Pablo Valero Source : France Culture
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