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ISBN : 2264024844
Éditeur : 10-18 (12/09/1999)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 1044 notes)
Résumé :
Martin Eden, le chef-d'oeuvre de Jack London passe pour son autobiographie romancée. Il s'en est défendu, disant que Martin n'était pas socialiste mais individualiste et que son histoire avait été écrite en protestation contre la philosophie de Nietzsche. Il y a plus d'une ressemblance entre l'auteur et le héros: ouvrier devenu romancier célèbre, invité dans les salons, amoureux d'une riche jeune fille qui ne le comprend pas, ex-prolétaire ne se reconnaissant pas da... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (127) Voir plus Ajouter une critique
Arakasi
  28 janvier 2015
A chaque fois que je lis un nouveau livre de Jack London, je suis ébahie… Comment diable ai-je pu gâcher tant d'années à ignorer l'oeuvre de ce merveilleux auteur, alors que j'aurais dû passer des nuits blanches à béer d'admiration devant chacun de ses romans ? « Martin Eden » ne fait pas exception et je suis un peu honteuse d'avoir tant tardé à l'ouvrir, alors qu'il trainait depuis plus d'une année sur mon bureau. Un plaisir retardé n'en est pas moins intense et, une fois la première page tournée, le roman m'a littéralement fondu entre les mains. Ce bouquin est absolument brillant ! Si brillant, si complexe, si riche que je ne sais par quel bout l'aborder pour faire partager mon enthousiasme. Histoire de ne pas déroger à une routine bien établie, je débuterai donc par la traditionnelle présentation de l'intrigue, parce que c'est facile et que cela me permet de débroussailler mes idées pour la suite.
Alors, « Martin Eden », de quoi ça parle ? Ou plutôt qui est « Martin Eden » ? Eh bien, Martin est un marin de vingt ans, aux épaules larges et aux bras musclés, un petit dur capable de dérouiller n'importe poivrot en quelques crochets bien ajustés, pas stupide – loin s'en faut – mais complètement ignorant comme la majorité des malheureux de sa classe sociale. Après avoir sauvé un jeune homme de bonne famille d'un pugilat, il est invité à dîner dans la famille de celui-ci. L'épreuve est terrible pour ce jeune colosse, terrifié à l'idée de commettre une maladresse et de ne pas savoir que répondre à ces riches bourgeois bien habillés et cultivés. Mais à l'arrivée chez les Morse, Martin voit une apparition, un éblouissement : Ruth Morse, la fille de la maison ! Aussitôt fou amoureux de la jeune femme, Martin désespère d'être jamais digne d'elle, si belle, si pure et si savante.
Afin de devenir son égal et de la conquérir, Martin se lance à coeur perdu dans l'étude. Doté d'une intelligence, d'une sensibilité et d'une force de volonté hors-du-communs, il se passionne pour tous les champs de la culture, de la poésie à la biologie en passant par la politique, et découvre dans les livres un univers plus vaste et plus magnifique que tout ce qu'il avait pu rêver auparavant. de l'apprentissage, il passe naturellement à la création et se lance sur le terrain périlleux de la littérature, confiant dans son génie et dans son imagination fertile. Ce que Martin ne comprend pas et qu'il ne saisira que trop tard, c'est que ces beaux et riches bourgeois ne sont guère différents des matelots ivrognes et des ouvrières aux mains couturées de cicatrices qu'il souhaite si ardemment laisser derrière lui ; qu'ils sont tout aussi obtus, bornés et refermés sur eux-mêmes. de rêves fous en échecs, d'échecs en cruelles désillusions, Martin Eden fera son apprentissage amer du monde dit « civilisé », jusqu'à que, par miracle, ses yeux se dessillent enfin, mais trop tard, bien trop tard pour sauver son âme et son talent...
Considéré à juste titre comme l'un des chefs d'oeuvre de Jack London, « Martin Eden » s'est révélé pour moi la plus belle expérience de lecture de ces derniers mois. L'écriture de London est d'une force rare et rend captivante l'épopée intellectuelle de ce jeune marin affamé de reconnaissance sociale. On suit les épreuves traversées par Martin Eden, ses nuits à trimer sur quelques vers de poésie, ses journées d'étude et de labeur exténuantes avec autant de passion que l'on en mettrait à lire un récit d'aventures maritimes ou polaires – à ceci près qu'ici le voyage est cérébral, ce qui ne le rend pas moins dangereux et désespéré.
L'analyse de la société américaine de l'époque est brillante, subtile et d'une acidité à retourner l'estomac des âmes trop sensibles. Elle reste d'ailleurs d'une actualité féroce malgré le siècle écoulé depuis la mort de Jack London. Quant à l'analyse des caractères, n'en parlons même pas… Il y a du thriller psychologique dans Martin Eden et d'une très grande qualité, qui plus est ! L'ensemble du livre est sublime, mais j'avoue avoir été particulièrement soufflée par la fin. Les tout derniers paragraphes sont parmi les plus puissants que j'ai eu l'occasion de lire et j'en suis encore un peu sonnée. Un roman semi-autobiographique tristement prophétique quand on pense à la fin tragique de London : glaçant mais superbe !
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ibon
  26 juillet 2014
Martin Eden, un solide marin de 20 ans ayant quitté l'école à 11 pour travailler à l'usine, n'a pas les bonnes manières de Nadine de Rotschild et il en a conscience quand il s'assoit à la table des Morse, une famille bourgeoise de San Francisco.
Nous sommes à peu près au début de 20ème siècle. Et les conditions de travail sont difficiles pour les ouvriers, l'alcool les aide souvent à oublier. D'ailleurs avant de faire la connaissance de la délicate Ruth Morse, Martin Eden n'envisageait pas une bonne soirée sans une bonne bagarre pour terminer son parcours éthylique.
Mais cette rencontre va changer sa vie. Quand le lecteur entre dans le carré de lumière que fait la porte ouverte de Martin Eden, il l'aperçoit, allongé sur son lit couvert de livres ouverts, lisant puis prenant des notes.
Un long et riche cheminement s'en suivra, parsemé de livres, de rencontres et d'obstacles jusqu'aux 50 dernières pages avec un dénouement qui laisse pantois. Mais c'est sublime!
Jack London se réfère souvent à la pensée nietzschéenne de surhumain/surhomme et l' illustre de manière très compréhensible avec le parcours de Martin Eden. Pour mieux la contrer finalement et avec, le schéma très américain de la réussite grâce à l'individualisme.
Pour tirer un enseignement sur un point toujours d'actualité qui m'est cher: alors que l'ascenseur social est en panne, comment ne pas s'interroger pour un meilleur système éducatif. Ce point m'a hanté pendant cette lecture et me hantera encore..
Et avec ceci, c'est un livre qui aborde bien d'autres thèmes: une histoire d'amour entre une belle et une bête, le monde éditorial au début du 20ème, le monde ouvrier et le roulis des épaules de Martin Eden qui entre dans un monde bourgeois où il va tenter de briller, mais à sa manière...
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michemuche
  28 mai 2017
Martin Eden a 21 ans, l'âge de toutes les audaces. Il est marin, une vie faite d'embarquements et d'escales. En sauvant Arthur Morse d'une rixe il ne se doutait pas de la tournure qu'allait prendre sa vie.
" Martin Eden" est l'histoire d'une métamorphose, celle d'une chenille qui se transforme en papillon pour les beaux yeux de Ruth, une femme enfant issue de la bourgeoisie californienne.
A force de travail Martin va s'élever intellectuellement, son rêve d'écrire et sa reconnaissance artistique vont être sa raison de vivre au grand désespoir de Ruth et de ses proches.
S'ensuit une vie de misère, la faim, le découragement, les refus des maisons d'éditions, mais Martin s'en moque, il en rit même de cette vie de galère.
" Martin Eden" est un roman dense, je dirais un roman à tiroir, d'abord l'écriture est la pièce maitresse de ce roman, la sociologie évolutionniste du philosophe anglais Herbert Spencer, ce fameux fossé des nantis comme la famille Morse et ces miséreux dont Martin est issu. Jack London décrit Martin comme un individualiste rappelant la pensée Nietzschéenne " le monde appartient aux forts."
La fin du roman est surprenante, mais quelle fin ; une sorte de mantra
" J'étais le même ! c'était à cette époque que j'ai écrit ces ouvrages ! et maintenant vous me gavez quand alors vous m'avez laissé mourir de faim, vous m'avez fermé votre maison, vous m'avez renié, tout ça parce que je ne voulais pas chercher une situation."
Surprenant personnage qu'est Martin Eden tantôt plein d' humanité, tantôt imbu de sa personne.
Un merveilleux roman qui va finir sur mon île déserte.
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indira95
  19 novembre 2015
Parfois il est bon de se plonger dans un classique de la littérature. La rentrée littéraire c'est sympa mais gare à l'overdose. Lire un classique s'apparente donc à une petite bulle surannée fort réconfortante dont on sait qu'on ne sera pas déçus (enfin je parle pour moi qui ai rarement été déçue par ce qu'on dénomme « Classiques »).
Jack London, prolifique auteur américain du début XX, fut ma cible. Comme Croc Blanc et L'appel de la forêt ne m'emballaient guère (je reste citadine c'est mon drame), je me suis rabattue sur un ouvrage unanimement qualifié de chef d'oeuvre, à savoir Martin Eden.
Pour commencer il me faut vous avertir que certains voient en Martin Eden, un alter ego romancé de Jack London mais gardons-nous de tout amalgame et concentrons-nous sur ce personnage haut en couleur pour éviter tout débat.
Notre récit débute avec l'arrivée du jeune Martin Eden, matelot au long cours, issu de la classe laborieuse, peu instruit et aux manières fort peu avenantes, dans une demeure classieuse de San Francisco. Il vient de sauver un jeune bourgeois d'une dérouillée sévère qui était parti s'encanailler sur les docks ; pour le remercier ce dernier l'invite à dîner à la table de sa respectueuse famille. L'intrusion dans ce monde raffiné de Martin Eden, naïf mais pourtant loin d'être bête, fait l'effet sur lui d'une révélation quasi divine, effet d'autant plus accentué par l'émoi subi devant la soeur de son hôte dont il tombe irrémédiablement et éperdument amoureux. Dès lors, il n'aura de cesse de s'affranchir de sa condition d'homme peu instruit pour parvenir à séduire sa bien-aimée. Par la seule force de son opiniâtreté à apprendre tout ce qu'il est possible d'apprendre en un temps record, à remédier aux lacunes de son savoir, Martin Eden change radicalement son destin et se mue en assoiffé de connaissance. Son but ultime : devenir écrivain et prouver que rien n'est jamais figé dans la vie dès lors qu'on se bat pour sortir de sa condition et qu'on y croit dur comme fer.
Martin Eden nous raconte cet éveil intellectuel et comment son héros lutte chaque jour pour prouver aux autres et à lui-même qu'il peut devenir quelqu'un. Face aux doutes, aux réserves émis notamment par sa bien-aimée qui ne croit pas en son ambition d'être écrivain et aimerait qu'il embrasse une carrière respectable d'employé de bureau, Martin Eden n'aura de cesse de lutter. Mais peut-on si facilement s'affranchir d'un déterminisme social ? C'est tout l'intérêt de ce roman social et profondément intime où Jack London nous livre les rêves et désillusions d'un jeune homme sensible.
Que l'histoire de Martin Eden soit proche du destin de Jack London n'a que peu d'impact sur la lecture de cette oeuvre puissante au souffle lyrique, romanesque et terrible à la fois de dureté sociale. La plume de Jack London sert merveilleusement bien le destin hors du commun de Martin Eden, doux rêveur qui en devient antipathique tant son ambition dépasse tout et lui fait renier qui il est. Certains passages envers la classe ouvrière tout comme la classe bourgeoise sont impitoyables de cynisme. Jack London n'épargne personne et nous livre un dénouement final qui m'a profondément heurtée.
Lien : http://www.livreetcompagnie...
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gouelan
  09 mars 2017
« Ce que j'ai lu était épatant. C'était lumineux, brillant et ça m'a traversé, ça m'a chauffé comme le soleil et éclairé comme un projecteur. Voilà l'effet que ça m'a fait… Mais il se peut bien que je ne connaisse pas grand-chose. »
Ainsi se présente Martin Eden, marin, à l'âme vagabonde et bagarreuse, sensible à la beauté, au début de son aventure. Une aventure où il va découvrir la joie d'apprendre, de se fondre dans l'art, la poésie, la philosophie.
Au bout de son voyage, Martin Eden, toujours le même, n'est pourtant plus autant émerveillé par le monde qui l'entoure. Il a perdu sa naïveté et sa joie de vivre. Comme s'il s'était encombré d'un savoir trop lourd, d'un regard sur les hommes, bourgeois ou ouvriers, trop appuyé, trop incisif. Moins sauvage, moins insouciant, il en devient plus vulnérable, désabusé. le vernis a craqué sous le poids de la vérité.
La beauté qu'il désirait tant écrire devient fange lorsqu'elle ne représente plus qu'un moyen de gagner de l'argent, de devenir célèbre, sans qu'on reconnaisse pour autant sa juste valeur. La beauté « se prostitue ».
Il ne cherchait pas le succès, il vouait juste aimer, comprendre, savoir. La culture lui en donnait les moyens.
Mais il savait déjà tout cela. Il pouvait déjà l'exprimer dans ses mots d'argot qui dessinaient si bien la beauté sauvage, sans la disséquer. Son talent était de s'exprimer avec la puissance qui lui était propre : « d'attraper des papillons à coups de massue ». L'éducation lui a permis d'affirmer son intelligence, d'accomplir ses rêves. Trop tard sans doute.

Il y a tout cela et bien plus encore dans ce roman d'apprentissage. Une satire de la bourgeoisie du début du XXe siècle, une vision accablante de l'état de pauvreté et d'avilissement de la classe ouvrière, l'hypocrisie du monde littéraire qui n'a pas toujours les outils pour découvrir les talents véritables. L'argent qui fait la loi, avilissant la beauté, l'art et les hommes. L'éducation qui n'est pas toujours synonyme d'intelligence. La culture que l'on porte comme une étiquette, sans en être digne.
Vers la fin, j'ai eu l'impression que le personnage se confondait avec celui de Charlie dans : « Des fleurs pour Algernon ». Un peu arrogant, ne trouvant plus sa place parmi les hommes, prônant la loi du plus fort.
Pourtant Martin n'est pas un simple d'esprit, loin s'en faut, et il ne pourra plus faire marche arrière. Il gardera son bagage. Mais, ayant découvert le monde des livres, il a aussi découvert la bêtise, là où il croyait voir des étoiles. Ses pas l'ont emmené vers un autre rivage, fait de solitude et de désolation. Les cordes de sa harpe ne font plus vibrer la mélodie de ses souvenirs simples et heureux. Le vagabond a perdu son étoile.
« Il n'avait plus le cœur assez simple pour vivre pleinement une existence aussi primitive. » .
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Citations et extraits (237) Voir plus Ajouter une citation
PancracePancrace   12 novembre 2017
Un vraiment grand poète n'écrit pas une ligne qui ne soit pleine de vérité et ne s'adresse à tout ce qui est noble et pur en vous. On ne devrait pouvoir supprimer aucune ligne d'un grand poète sans occasionner une irréparable perte pour le patrimoine commun!
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NikolasdeparisNikolasdeparis   04 novembre 2017
Il était mort. Son âme était morte. Ce n'était plus qu'une bête, une bête de somme. Les rayons de soleil qui filtraient travers les feuillages n'avaient plus aucune beauté à ses yeux ; la voûte azurée du ciel ne l'inspirait plus ; les espaces infinis et les secrets du cosmos ne le tentaient plus. La vie était désespérément morne, stupide et sans saveur. Les miroirs visionnaires de son imagination étaient en berne, ses anciens fantasmes dépérissaient dans une chambre de malade aux volets clos. Il enviait Joe, avachi devant le comptoir de la taverne, le cerveau grouillant d'asticots, exultant comme seuls les poivrots exultent, prodigieusement et sublimement ivre, oublieux du lendemain et des corvées de la semaine à venir.
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Patsy_StonePatsy_Stone   13 août 2007
La mort ne faisait pas souffrir. C'était la vie, cette atroce sensation d'étouffement : c'était le dernier coup que devait lui porter la vie. Ses mains et ses pieds, dans un dernier sursaut de volonté, se mirent à battre, à faire bouillonner l'eau, faiblement, spasmodiquement. Mais malgré ses efforts désespérés, il ne pourrait jamais plus remonter ; il était trop bas, trop loin. Il flottait languissement, bercé par un flot de visions très douces. Des couleurs, une radieuse lumière l'enveloppaient, le baignaient, le pénétraient. Qu'était-ce ? On aurait dit un phare. Mais non, c'était dans son cerveau, cette éblouissante lumière blanche. Elle brillait de plus en plus resplendissante. Il y eut un long grondement, et il lui sembla glisser sur une interminable pente. Et, tout au fond, il sombra dans la nuit. Ca, il le sut encore : il avait sombré dans la nuit. Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir.
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fredhofredho   04 mars 2013
Avant, je ne savais pas que la beauté avait un sens. Je l’acceptais comme telle, comme une réalité sans rime ni raison. J’étais dans l’ignorance. A présent, je sais, ou plus exactement, je commence à savoir. Cette herbe me paraît beaucoup plus belle maintenant que je sais pourquoi elle est herbe, par quelle alchimie du soleil, de la pluie et de la terre elle est devenue ce qu’elle est.
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BigDreamBigDream   26 août 2017
L'amour était, à ses yeux, la plus belle chose du monde. C'était L'amour qui avait causé cette révolution en lui, transformant le marin grossier en homme d'étude et en artiste; l'amour était donc pour lui plus grand que le savoir et l'art. Martin avait déjà découvert qu'il surpassait Ruth par les capacités de son esprit, comme il surpassait par les capacités de son esprit ses frères ou son père. En dépit des avantages que lui conférait sa formation universitaire, et malgré son diplôme de licence, elle n'atteignait pas à la puissance intellectuelle de Martin, et cette année passée à se mieux connaître et à se constituer un bagage lui donnait une compréhension du monde, de l'art et de la vie qu'elle n'aurait jamais.
Rien de tout cela, dont il avait conscience, n'affectait son amour pour Ruth, ni l'amour que Ruth lui portait. L'amour était une trop belle et trop noble chose, et Martin un amant trop loyal pour laisser son jugement corrompre ses sentiments. Quel rapport y avait-il entre l'amour et leurs différences de point de vue sur l'art, la manière de se bien conduire, la Révolution française ou le suffrage universel? C'étaient là des opérations mentales, mais l'amour était au-delà de la raison; il etait suprarationnel. Martin ne pouvait rabaisser l'amour, il le vénérait. L'amour habitait les plus hauts sommets, bien au-dessus des plaines de la raison. C'était une condition sublimée de l'existence, le comble de toute vie. Une absolue rareté. Grâce aux philosophes des sciences qu'il affectionnait, il connaissait la signification biologique de l'amour; mais par un raffinement du raisonnement de cette école de pensée, il arriva à la conclusion que l'organisme humain accomplit ses plus hauts desseins dans l'amour, que l'amour ne doit pas être mis en question mais accepté comme la plus belle récompense que la vie puisse offrir. C'est ainsi qu'il considérait l'amant comme un être béni entre tous, et c'etait avec bonheur qu'il imaginait "le fol amant de Dieu" s'élevant au-dessus des réalités terrestres, au-dessus de l'argent et de tout jugement, au-dessus de l'opinion et de l'approbation publiques, s'élevant au-dessus de la vie même, et "mourant sur un baiser".
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