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Jack Lang (Préfacier, etc.)Jacques Parsons (Traducteur)Jean-Louis Postif (Traducteur)Louis Postif (Traducteur)
EAN : 9782752903570
368 pages
Éditeur : Phébus (09/10/2008)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 10 notes)
Résumé :

Voici réunis pour la première fois un ensemble de textes politiques dans lesquels on retrouve le militant socialiste, le théoricien révolutionnaire et l'ardent polémiste du Talon de fer et du Peuple d'en bas.

Ces vingt et un essais expriment tout l'idéal de London: beaucoup d'inspiration marxiste, critiquent violemment la loi du profit et prônent L'avènement d'une société égalitaire et réconciliée; quelques uns plus personnels, expliquent... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Erik35
  05 juillet 2017
VIVA LA LIBERTAD !
Sous ce titre générique de "Révolution : Suivi de Guerre des classes", les éditions Libretto dont il faut, une fois encore, célébrer le travail précieux et de longue haleine, publient en réalité deux recueils publiés à cinq années d'intervalles d'un genre assez méconnu chez l'auteur génial de Martin Eden, de Croc-blanc ou de l'Appel de la forêt (l'Appel sauvage pour être plus respectueux du titre donné par son auteur), le célèbre Jack London.
En effet, à côté ou, pour être plus précis, en parallèle de son oeuvre littéraire composée à part relativement égale de romans et de recueils de nouvelles, Jack London, socialiste assez tôt convaincu - il s'en explique dans le dernier texte de Guerre des classes intitulé sobrement "Comment je suis devenu socialiste" - fut aussi un rédacteur méticuleux mais passionné d'essais à caractère sociaux, économiques et politiques.
Cependant, il est à remarquer que si sa philosophie politique dominante dans ces deux ouvrages regroupés ici en un seul volume est omniprésente, Guerre des classes est incontestablement le plus frontalement politique des deux. Publié en 1905 à partir d'articles de presse et de conférences retranscrites, la teneur de cet ouvrage tend à démontrer sa quasi-certitude en l'effondrement futur du capitalisme - il en évoque certains des éléments parmi les plus reconnus aujourd'hui - sous les coups de boutoirs inexorablement justifiés du prolétariat via le socialisme révolutionnaire dont il fut longtemps un apôtre, ou plus exactement un propagateur enflammé. Ne se retrouva-t-il pas ainsi mis sous arrêt, convaincu de trouble à l'ordre public, pour avoir pris la parole dans les rues d'Oakland afin de dispenser la bonne parole socialiste ?
Ce qui étonne toutefois dans ce socialisme de London c'est qu'il n'est jamais, ou très peu, dogmatique. Certes, on comprend très vite que ce lecteur boulimique avait tout avalé de la doxa de son époque et de celles antérieures - y compris, d'ailleurs, des ouvrages en tout point opposés à ses idées, pour mieux les combattre -, mais on sent chez London que l'expérience vécue, les choses vues et ressenties, les souvenirs et les confidences ne sont jamais bien éloignées de son discours, aussi construit fut-il. On peut aussi lui prêter quelques visions d'avenir plus que justes : la prédominance économique et sans partage, dans un futur proche - plus que celui imaginé en Europe à cette date - de la jeune Nation américaine. L'obligation perpétuelle qu'ont les empires capitalistes à se livrer une guerre sans merci, a minima économique, à moins de péricliter et probablement mourir. Il avait perçu les limites inscrites dans ce même capitalisme. Il comprenait l'importance des "armées de chômeurs" dans le bon fonctionnement de la machine et la pression sociale permanente qu'impose le nombre constant de "sans emplois". Il voyait comme "les jaunes" - ceux capable de se vendre toujours moins cher pour prendre la place d'autrui - sont en partie la plaie de ce système poussant au toujours moins par le toujours plus.
Visionnaire donc (même si certains spécialistes plus pointus que lui avaient pour beaucoup théorisé toutes ses hypothèses), et véritable parangon d'un monde devant en passer par un grand renversement socialiste des valeurs de l'humanité. L'ouvrage s'achève donc par ce texte régulièrement retraduit en petit fascicule chez nombre d'éditeurs et où il explique comment il s'est "converti" au socialisme, après avoir été, jeune, un pur individualiste nietzschéen.
Le second recueil chronologiquement parlant - il est de 1910 -, présenté cependant en tête de cet ouvrage, reprend ce principe des essais, discours, articles de presse autres que de pure imagination - à l'exception notable d'une nouvelle d'anticipation politique intitulée "Goliath" et qui, à elle seule, vaut le détour -. Quoi que toujours marqué par la pensée socialiste de leur auteur, les textes rassemblés ici sont de saveur bien plus intime, personnelle, autobiographique. Et même si le premier texte est clairement un appel une révolution prochaine de la classe ouvrière - London constatant l'accroissement asymptotique du nombre mondial d'adhérents à l'internationale socialiste -, les textes qui suivent, pour être passionnants, sont bien moins didactiques que dans "Guerre des classes".
Qu'on ne s'y trompe pas, toutefois. London le bourlingueur, London le trimardeur, London le marin ou encore le chercheur d'or, l'homme aux mille mots par jour, l'ouvrier des lettres, l'homme qui sait mettre la main à la pâte tout autant qu'il sait s'arrêter pour faire place au rêve est toujours celui qui rêve d'un monde nouveau d'où le capitalisme marchand, autoritaire et ploutocratique sera forcément extirpé.
Voici ce qu'il en dit d'ailleurs dans l'un de ses essais les plus fameux, tiré de ce volume et qui d'ailleurs le clôt, son "Ce que la vie signifie pour moi" : « Un jour, lorsque nous aurons pour travailler quelques mains et quelques leviers de plus, nous le renverserons, en même temps que tous ces vivants pourris et ces morts sans sépulture, son égoïsme monstrueux et son matérialisme sordide. Alors, nous nettoierons la cave et nous construirons une nouvelle habitation pour l'humanité, dans laquelle il n'y aura pas d'étage de salon, où toutes les pièces seront claires et aérées, et où l'air qu'on respire sera propre, noble et vivant. » On peut difficilement être plus précis sur sa pensée et sur ses idéaux.
Le socialisme de London est indissociable de l'homme comme de l'écrivain. Comme le fut son épouvantable racisme - pourtant en telle contradiction avec ses idées politiques qu'il est des exemples, dans certaines de ses productions, où ils se font face, sans aucune résolution possible : impérialisme insupportable contre racisme, soumission au capital à abattre contre héritage lié à l'origine -. Pour autant, c'est d'abord à un homme - pour le coup réellement complexe, et bien plus que certain autoproclamé ces derniers temps - complexe de vie, de talent comme de pensée qu'il faut songer lorsqu'on aborde cette vie pleine de tumulte, de rage, de vaillance aussi, de contradictions sans aucun doute, d'incongruité délétère parfois. Mais un homme d'une générosité impressionnante à n'en point douter, aussi profonde que ses égarements.
Donnons, pour finir avec cette chronique, la parole à une grande femme (méconnue en France) de la pensée libertaire mondiale, Emma Goldman, qui eut la chance de croiser London à plusieurs reprises. le portait qu'elle en donne dans ses Mémoires, "Living my life", est des plus éclairant sur cette personnalité hors du commun : « Il était la jeunesse et l'exubérance ; il était rempli de vie. Vous voyiez le bon camarade, plein d'attention et d'affection. Il se pliait en quatre pour faire de notre visite un magnifique moment de vacances. Nous avons débattu de nos divergences politiques, bien évidemment, mais il n'y avait pas dans Jack cette rancoeur que j'ai pu trouver, souvent, chez les socialistes avec qui j'ai pu discuter. À l'évidence, Jack London était avant tout un artiste, un esprit créatif pour qui la liberté est l'essence même de la vie. En tant qu'artiste, d'ailleurs, il ne manquait pas de percevoir de la beauté dans l'anarchisme, même s'il tenait à dire que la société devrait passer par le socialisme avant de pouvoir atteindre le stade supérieur que représentait l'anarchisme. Quoi qu'il en soit, ce n'étaient pas les opinions politiques de Jack London qui m'intéressaient : c'était son humanité, sa compréhension de la complexité du coeur humain et sa capacité à le ressentir. Comment aurait-il pu créer son merveilleux Martin Eden s'il n'avait pas possédé en son for intérieur les éléments qui ont participé au combat métaphysique et à la destruction de son héros ? C'était ce Jack London, et non celui qui se dévouait à quelque credo mécaniste, qui avait rempli de joie et de sens ma visite à Glen Ellen. »
Tout ou presque y est dit. Et que vive la liberté !
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London16
  27 mars 2020
Un recueil de pensées d'une richesse impressionnante, écrit avec une plume puissante dont chacun des traits vous prend à la gorge avant d'abattre des pans entiers d'idées que vous croyiez jusque là à l'abri de toute remise en question.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   26 juin 2017
La classe capitaliste a organisé la société, et cela a été un échec. Elle a non seulement échoué, mais elle l'a fait d'une manière déplorable, ignoble, horrible. La classe capitaliste avait une occasion comme aucune classe dirigeante ne s'en était vu octroyer dans l'histoire mondiale. Elle s'est affranchie de la règle de la vieille aristocratie et a fondé la société moderne. Elle s'est rendue maître de la matière, a organisé le machinisme, l'a incorporé à la vie et a rendu possible une ère merveilleuse pour le genre humain, dans laquelle personne ne se plaindrait de ne pas avoir à manger, où tout enfant aurait la possibilité de s'instruire, de s'élever intellectuellement et spirituellement. La matière étant maîtrisée et la machinerie de la vie organisée, tout cela était possible. Là était la chance, grâce à Dieu, et la classe capitaliste a échoué. Elle était aveugle et rapace. Elle bavardait à propos d'idéaux et de principes moraux, ne s'est pas frotté les yeux une seule fois, n'a pas cédé d'un iota dans sa rapacité, et s'est effondrée dans un échec aussi sensationnel que l'avait été l'occasion perdue.

Révolution, p 31.
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PseudoPseudo   09 juillet 2012
[...] "Beaucoup d'hommes étaient si affaiblis par les privations et les rigueurs de l'hiver qu'ils n'étaient plus en état de fournir un travail efficace. Quelques-uns des patrons qui avaient besoin de main-d'oeuvre supplémentaire ont été obligés d'éliminer des hommes à cause de leur incapacité physique. Il y a un exemple que je ne suis pas près d'oublier. Un matin, de bonne heure, à la porte d'une usine, j'ai surpris une conversation entre un ouvrier candidat à une place et un patron. J'ai appris que l'ouvrier était un Juif russe qui avait chez lui, à sa charge, une vieille mère, son épouse et deux jeunes enfants. Pendant tout l'hiver, il avait été employé par intermittence dans le repaire d'un exploiteur de main-d'oeuvre, gagnant à peine de quoi les maintenir en vie, et, après les épreuves de la saison froide, il cherchait de nouveau désespérément du travail.

"Le patron était presque d'accord pour l'engager en vue de quelque travail non spécialisé lorsque, frappé par la mine cadavérique de cet homme, il lui a demandé de découvrir son bras. Les manches de sa veste et de sa chemise de flanelle en loques furent remontées et découvrirent un bras nu aux muscles presque complètement fondus, à la peau d'un blanc bleuâtre laissant apparaître les tendons et le contour des os. Son effort pour redonner un semblant de vigueur au biceps qui faisait très faiblement saillie lorsqu'il relevait l'avant-bras était pitoyable au-delà de toute expression. Mais le patron l'a envoyé promener en poussant un juron et avec un rire méprisant. J'ai regardé le malheureux s'en aller dans la rue, pensant à sa famille affamée avec au coeur un désespoir comme seul un mortel peut en éprouver et qu'aucune langue au monde n'est capable d'exprimer."

Pages 274-275 - Le clochard
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Erik35Erik35   28 juin 2017
Une chose doit être vraie, ou alors elle n'est pas belle, pas plus que n'est belle une femme de mauvaise vie maquillée, pas plus que n'est beau un gratte-ciel qui est léger dans sa structure intrinsèque, mais auquel on a donné un aspect faussement massif par des piliers plâtrés de l'extérieur. Le véritable gratte-ciel est beau - et cette déclaration est faite à contrecœur par un homme qui déteste les villes où foisonnent les êtres humains. Le véritable gratte-ciel est beau, et cela dans la mesure ou il est vrai. De part sa construction, il est léger et aéré. S'il veut être beau, il ne prétend pas être ce qu'il n'est pas. Et il ne doit pas faire, sur le paysage urbain, une saillie de géant ; il doit s'élever et prendre son essor, en restant léger, aérien, féerique.

"La maison de mes rêves", p 133
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Erik35Erik35   27 juin 2017
On peut noter en passant que certains hommes sont remarquablement doués pour se tromper eux-mêmes. Ils croient et ils aident d'autres à croire. Cela devient leur fonction dans la société et quelques-uns d'entre eux reçoivent de généreux salaires pour aider leurs concitoyens à croire, par exemple, qu'ils ne sont pas comme les autres animaux ; pour aider le roi à croire, en communion avec ses parasites et ses esclaves, qu'il est le représentant de Dieu sur tant de mille carrés de la croûte terrestre ; pour aider les classes commerçantes et financières à croire que la société repose sur ses épaules, et que la civilisation effondrerait si les classes quittaient cette place et cessait leur exploitation et leurs menus chapardages.

"Les somnambules", p 52
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Erik35Erik35   29 juin 2017
Telles sont mes perspectives. J'aspire à l'avènement d'une époque où l'homme réalisera des progrès d'une plus grande valeur et plus élevés que ceux qui concernent son ventre, où il y aura pour pousser les hommes à l'action un stimulant plus noble que le stimulant actuel, qui est celui de son estomac. Je garde intacte ma confiance dans la noblesse et l'excellence de l'espèce humaine. Je crois que la délicatesse spirituelle et l'altruisme triompheront de la gloutonnerie grossière qui règne aujourd'hui. Et, en dernier lieu, ma confiance va à la classe ouvrière. Comme l'a dit un Français : « L'escalier résonne sans cesse du bruit des sabots qui montent et des souliers vernis qui descendent. »

"Ce que la vie signifie pour moi", p 227.
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Videos de Jack London (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jack London
Jack London : Faire un feu (France Culture / Samedi noir). Émission “Samedi noir” diffusée sur France Culture le 12 novembre 2016. Production : Blandine Masson. Image : dessin de Patrick Chabouté pour son adaptation en bande dessinée de la nouvelle “Constuire un feu” de Jack London. Un homme qui voyage seul dans le Yukon confronté au plus destructeur de ses ennemis : le froid. Traduit par Marc Chénetier. Réalisation : Christophe Hocké. En direct du studio 110, de la Maison de la radio. Lecture Carlo Brandt. Musique composée par John Greaves. À l’occasion de la parution dans La Pléiade des “Romans, récits et nouvelles” de Jack London en octobre 2016, édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski. “Faire un feu” (paru en août 1908 sous le titre “To build a fire” dans le Century Magazine) est “le compte rendu” terrible et tragique " (pour reprendre le titre de l'essai de London sur les thèmes et les ressorts de la grande littérature), minutieusement agencé, d'une inexorable descente dans l'enfer du froid, la plus brutale description, et littérairement la plus parfaite, de la rencontre meurtrière du chétif corps humain, minuscule atome de vie perdu dans un infini de la blancheur, avec le plus immatériel et le plus destructeur de ses ennemis. Le récit n'est nulle part ailleurs chez London aussi dépouillé et concentré que dans ces pages. Comme dans bien d'autres nouvelles, ce n'est pas une intrigue qu'il déploie ou qu'il développe, mais une situation d'affrontement, un état de tension, qu'il mène, degré par degré, jusqu'au point de rupture. […] Dans un silence jamais rompu par aucune parole directement prononcée se déroule, rythmée par le passage des heures, la tragédie de la lente détérioration du corps, en même temps que s'amenuise l'espoir de survie. […] Marc Chénetier. Note publiée dans La Pléiade, extraits. Musiciens : John Greaves, Piano, chant Laurent Valero, Alto, violon, flûte, bandonéon Scott Taylor, Accordéon, kalimba, percus, cuivres Assistant à la réalisation : Pablo Valero Source : France Culture
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