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ISBN : 2842610334
Éditeur : Le Serpent à plumes (31/03/1999)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 60 notes)
Résumé :

Après avoir dénoncé les pénitenciers de Guyane et les bagnes militaires de Biribi, c'est à une autre forme d'enfermement qu'Albert Londres, au début de l'année 1925, entend désormais s'attaquer : les asiles d'aliénés. Devant la mauvaise volonté des autorités de Santé publique, le grand reporter tentera même, pour forcer les portes d'un hôpital psychiatrique, de se faire passer pour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Cricri124
  30 mai 2016
Albert Londres, a profondément marqué & influencé le journalisme d'investigation dans l'entre-deux -guerres. Il affirmait d'ailleurs: "Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie." Il ajoute "un reporter ne connait qu'une seule ligne, celle du chemin de fer." Deux déclarations très révélatrices de sa ligne de conduite.
Reporter aux prises de positions profondément humaines, il n'aura de cesse dans ses reportages de dénoncer les injustices, les absurdités et les incohérences du pouvoir. C'est aussi un talentueux conteur, un poète à la plume acérée, humoristique, passionnée, et directe. Ses reportages, presqu'un siècle plus tard, sont non seulement un témoignage de certains événements souvent peu glorieux et dramatique de notre histoire, mais aussi, pour certains d'entre eux, un thème malheureusement encore d'actualité.

Publiée en 1925, son enquête "Chez les fous", dans laquelle il s'attaque aux asiles psychiatriques en France, est un peu des deux.
Étayée de témoignages et d'interviews, ceux des malades ou ceux des dits médecins, Albert Londres dénonce les conditions effroyables de "détention" des aliénés (mauvais traitements, humiliations, persécutions, manque de moyens sanitaires et de nourriture). Son humour mordant, un peu décalé, parfois proche de l'absurde (à la "Monty Python") apporte heureusement une bouffée d'air frais à ce cri d'indignation.
Il met également directement en accusation l'institution psychiatrique en France en mettant en exergue la toute puissance des psychiatres qui détiennent le pouvoir absolu sur la privation de liberté. La justice elle même, n'a pas droit de regard sur les décisions d'internement de ces médecins, c'est pour dire! Sous couvert de cette fameuse loi de 1838 (que j'ai découvert dans ce livre) et avec la connivence des médecins, nous ne pouvons que constater combien à cette époque, il est aisé et d'usage, de se débarrasser de quelqu'un en l'internant.
Albert Londres estime que "Les deux tiers des internés ne sont pas de véritables aliénés. D'êtres inoffensifs on fait des prisonniers à la peine illimitée" déclare t il.
Dans ces institutions, ou il est si facile de rentrer, dont le but n'est pas de soigner mais d'exclure et d'isoler du reste du monde une population dérangeante, la sortie est d'autant plus aléatoire qu'arbitraire.
"Les asiles font des fous" dira Albert Londres. Mais il rappelle aussi que: "notre devoir n'est pas de nous débarrasser du fou mais de débarrasser le fou de sa folie. Si nous commencions ?
Albert Londres aura eu le mérite d'éveiller les consciences. D'autres de ses concitoyens, comme André Breton dans son livre "Nadja", vont également s'indigner et dénoncer la psychiatrie. Mais il faudra encore beaucoup de temps pour que les choses évoluent. Ce n'est qu'après 1945 qu'enfin des améliorations vont commencer à être apportées.

En quoi est-ce toujours un thème d'actualité me diriez vous?
Si la maltraitance des malades à proprement parlé, et celle de la psychiatrie, ont indéniablement évolué, la place des malades mentaux dans nos sociétés en revanche, n'a guère évolué. C'est toujours celle de l'exclusion. Il s'agit au mieux les enfermer pour moins les voir. Que ce soit dans une institution spécialisée comme dans une prison. le "fou" dérange notre société bienpensante. Et il fait peur. L'écarter de notre champ visuel reste un sujet foncièrement d'actualité. La tendance actuelle à privilégier la prise en charge par le cercle familiale, ne change pas pour autant ce regard. Il me semble qu'elle ne fait qu'accentuer la peur et les préjugés d'un coté, et l'impuissance des familles de l'autre.

En conclusion, un reportage coup de poing, qui même après plus de 90 ans laisse songeur.
Si vous n'avez jamais lu Albert Londres, je vous encourage vivement à le découvrir ! Ne serait-ce que par devoir de mémoire sur les subversives positions de ce grand reporter à l'écriture si… percutante et très moderne pour l'époque.
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Alcapone
  22 mai 2013
A propos des fous, Albert Londres disait : "Ils sont des rois solitaires. le corps que nous leur voyons n'est qu'une doublure cachant une seconde personnalité invisible aux profanes que nous sommes, mais qui habite en eux. Quand le malade vous semble un être ordinaire, c'est que sa seconde personnalité est sortie faire un tour. Elle reviendra au logis. Ils l'attendent. Si leur conversation parait incohérente, ce n'est que pour nous ; eux se comprennent. La rapidité de leur pensée est telle qu'elle dépasse les capacités de traduction de la langue. (...) Les poètes partis dans le cercle lumineux de leur inspiration, inventent des termes, les fous forgent leur vocabulaire (...) Les fous parlent en dehors des règles établies. Il n'y a pas un peuple de fous. Chaque fou forme à lui seul un propre peuple." (p.27-28). A lire ces quelques lignes, on se demande bien ce qu'Albert Londres va cette fois-ci trouver sur sa route. Fidèle à ses techniques d'investigation et d'infiltrage, le fameux journaliste enquête cette fois-ci sur les milieux psychiatriques de la période de l'entre-deux guerre (1925 plus exactement). Il n'hésite d'ailleurs pas à donner de sa personne, quitte même à se faire passer pour fou. Mais n'est pas fou qui veut ou qui l'on croit. Avoir une araignée au plafond ou un vélo dans la tête, avoir le fou-rire, aimer à la folie ou être fou à lier, toutes ces expressions qu'on utilise couramment sans y penser, prennent tout leur sens à la lecture de ce document. Préparez-vous donc avec Chez les fous à vous embarquer dans des histoires... de dingues...
A travers descriptions, portraits et entretiens, ce sont des mondes inquiétants que l'on pénètre. Pour les soit disant sains d'esprit, il est étonnant de constater cette fascination qu'exercent les fous. Son tour de France des asiles vaudra à Albert Londres la foudre des psychiatres ("M. psychiatre m'a déjà fait dire qu'en moi, il n'avait pas reconnu un fou mais un crétin." p.149) : les conditions d'accueil (on pourrait parfois parler de détention selon le niveau de fortune des internés) laissent à désirer et comme on peut facilement le deviner, l'asile n'est ni un lieu reposant, ni un lieu de plaisance. Et pourtant, ce n'est pas sans rire que j'ai dévoré ces quelques témoignages. Ri, oui, vous avez bien lu. Mon hilarité paraîtra probablement déplacée mais certains récits sont simplement truculents. C'est décalé bien évidemment. Mais drôle aussi. Pas tout bien sûr. Mais vraiment drôle parfois. Pour preuve, voici un court entretien qu'Albert Londres a eu avec Péchard, un fou-assassin : "- Et vous, Péchard ? Dites-nous clairement, mais clairement, n'est-ce pas, pourquoi vous avez tué votre femme ? - Clairement, monsieur le docteur, je l'ai tuée à cause de la côte droite. - Qu'avait-elle, la côte droite de votre femme ? - Elle était à gauche. Alors, vous comprenez, c'était une insulte à la divinité. La côte droite à gauche ! Alors, monsieur le docteur, alors, où irait-on ? (p.120). Oui, parce que des fous, il y en existe de toutes sortes. D'ailleurs, "La maison de M. Psychiatre est une boutique de bric-à-brac. C'est la foire aux puces : on y trouve de vrais fous, d'anciens fous, de futurs fous. Il y a l'authentique, le probable, le douteux, le récalcitrant et la victime." (p.151). Il y a effectivement les fous à domicile, ceux qu'on dit fous mais qui ne le sont pas. Il y a aussi les furies, les persécutés, les fous assassins, les drogués... Bref, la variété des fous est infinie et le devoir de la société selon Albert Londres "n'est pas de nous débarasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie." (p.162).
Cette fois-ci encore, Albert Londres tape fort. Il dénonce l'internement, les mauvais traitements, les traitements de faveur et tout le reste. Près de 90 ans ont aujourd'hui passé. Son discours est toujours valable : "La loi de 38 n'a pas pour base l'idée de soigner et de guérir des hommes atteints d'une maladie mentale, mais la crainte que ces hommes inspirent à la société. C'est une loi de débarras. Ce Monsieur est-il encore digne de demeurer chez les vivants ou doit-il être rejeté chez les morts ? (...) C'est quelque chose dans ce genre que nous faisons avec nos fous. Peut-être est-ce même un peu plus raffiné. On leur ôte la vie sans leur donner la mort." (p.157-158). Et cette fameuse loi de juin 1838 sur les aliénés est restée valable jusqu'en 1990 ! A lire donc et à méditer. Un bon 4 étoiles pour Chez les fous !
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Andr
  09 avril 2016
"Chez les fous" est une série de douze articles de presse écrit par Albert Londres et publiés en 1925 .
L'univers des asiles d'aliénés devenu aujourd'hui les hôpitaux psychiatriques y est décrit sans complaisance .
Les progrès depuis cette époque sont considérables en ce qui concerne les thérapies et le bien-être des patients , mais que penser du regard de la société pour ce type d'enfermement ?
Pour se renseigner , à lire et à méditer !
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JaneDoeFromNowhere
  17 juillet 2014
Ce récit effarant, bien qu'écrit il y a presque un siècle, nous met face à l'incompétence de la société dans laquelle nous vivons, face à nos propres défaillances et nos préjugés. Il malmène son lecteur et l'expose à une vérité difficile mais bien réelle.
Ainsi, les "fous" sont attachés, battus, humiliés et privés de ce que qui fait d'eux des êtres humains. Comment s'attendre alors à ce qu'ils guérissent (terme qui me semble déjà peu approprié à la maladie mentale) ? Traités comme des parias, mis dans des cases, leur réinsertion dans la "vie normale" semble impossible. Et comment un psychiatre peut-il croire un fou lorsque celui-ci lui dit qu'il va mieux ? Un cercle vicieux qui reste d'actualité, tout comme les mauvais traitements.
Comme souligné dans un autre commentaire, les sévices sont de nos jours bien plus "soft"... du moins en apparence ! L'entrave des membres est toujours présente mais désormais les malades sont brisés psychiquement, emprisonnés dans une camisole chimique, médicamenteuse qui les rend souvent apathiques et incohérents. Une véritable lobotomie qui ne semble servir à personne sauf peut-être le personnel soignant.
Un constat terrifiant qui devrait servir d'électrochoc (sans mauvais jeu de mots) au monde de la psychiatrie. Cela est apparemment resté lettre morte puisque les "fous" sont toujours aussi nombreux, si non plus, mais le nombre de structures pour les accueillir est en chute libre...
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vdujardin
  27 avril 2012
En 1925, Albert Londres décide de partir en guerre contre le scandale des asiles psychiatriques en France. Il tente d'abord d'obtenir une autorisation officielle, refusée. Il essaye alors de se faire passer pour fou, mais le médecin de garde le connaît et rfuse de l'admettre dans son service. Il finit par pouvoir visiter plusieurs asiles, publics ou privés. En une série de douze chapitres (douze artciels), il dénonce les mauvais traitements (malades mis à l'isolement, tabassés), le manque de moyens et de nourriture, montre un établissement plus innovant, où les malades ne sont pas brutalisés (mais l'un d'eux a assassiné le précédent directeur), etc. Il ouvre aussi le débat sur la privation de liberté au bon vouloir des médecins, la question des personnes guéries qui ne sont pas libérées et vice versa (des fous criminels remis dans la société et qui récidivent).
A lire absolument, même si la psychiatrie a beaucoup évolué depuis, et cette série d'articles y a beaucoup participé en faisant grand bruit à son époque. Tiens, je l'enverrais bien à un certain agité qui, vus les critères de l'époque, aurait certainement fini enfermé! Et aussi comme base de réflexion sur le taux anormalement élevé de malades psychiques graves dans les prisons françaises (10% d'après un rapport de la semaine dernière).
Lien : http://vdujardin.over-blog.c..
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
sarasvatisarasvati   31 mai 2010
p.134-135/Ce matin-là, je louvoyais dans un quartier d'asile, en compagnie d'un interne.
- Les fous, me disait-il, ne sont pas ce que l'on suppose. Le public les voit mal...Ce ne sont pas toujours des forces déchaînées. Tenez, regardez ceux-ci, réunis dans cette salle.
Ils étaient une dizaine. Ils parlaient un peu haut, mais cela arrive aux personnages les plus sensés.
- Vous pouvez entrer, me dit l'interne.
J'entre. Les têtes étonnées se tournent de mon côté. Je reconnais le médecin-chef au milieu du groupe.
L'interne me saisit par le bras.
- Quoi ?
- Erreur ! fait-il en se mordant la lèvre, ce ne sont pas des fous mais des aliénistes. C'est la Ligue de l'hygiène mentale qui tient séance !
Il avait suffi de l'épaisseur d'un carreau !
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fanfanouche24fanfanouche24   25 juillet 2013
... En effet, quand une personne tombe malade de la mystérieuse maladie, si cette personne n'a pas le sou, elle est folle. Possède-t-elle un honnête avoir? C'est une malade. Mais si elle a de quoi s'offrir le sanatorium, ce n'est plus qu'une anxieuse. (p.14)
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EmniaEmnia   17 décembre 2016
- Moi, monsieur le docteur, cela va toujours bien. Depuis six ans que je suis là, vous pourriez me faire sortir.
- Mais il y a cette histoire de Légion d'honneur, madame Mémot.
- Quelle histoire ? Parce que j'ai reçu la Légion d'honneur ?
- Justement !
- Eh bien ! oui, cela fit des jaloux ; on me força à l'avaler ; depuis, j'ai les intestins rouges, mais est-ce que je ne travaille pas comme il faut ?
Mme Mémot est la meilleure ouvrière de l'atelier, elle n'a d'autre maladie que d'avoir les intestins rouges. Sans cette "idée" qui persiste, on la remettrait en liberté. Se croire les intestins rouges, est-ce un danger pour soi ou pour la société (loi de 38) ? À la réflexion, les meilleurs spécialistes répondent : pourquoi pas ?
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UnityUnity   05 janvier 2014
Les poètes, partis dans le cercle lumineux de leur inspiration, inventent des termes, les fous forgent leur vocabulaire. Les conventions séculaires, qui font qu'un même peuple s'entend parce que les individus de ce peuple accordent aux mots une signification définie, ne jouent pas pour eux. Les fous parlent en dehors des règles établies. Il n'y a pas un peuple de fous : chaque fous forme à lui seul son propre peuple.
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AlcaponeAlcapone   22 mai 2013
Si ce malade l'eût été du foie, des bronches, du ventre, sitôt guéri, il serait sorti de l'hôpital. C'est que la chose est dans les habitudes et que la médecine générale est plus vieille que la psychiatrie. Dans plusieurs siècles, la psychiatrie aura assuré ses bases. En l'an 2100, le guéri aura le droit d'être guéri. Présentement, il doit attendre son heure; la science, elle, attend bien la sienne ! Le fou est né trop tôt ! (p.142)
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