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Raymond Clarinard (Traducteur)
EAN : 9782350870755
595 pages
Éditeur : Editions Héloïse d'Ormesson (24/04/2008)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 13 notes)
Résumé :
"Nous ne savions pas ", assuraient les Allemands après la guerre, comme pour éluder l'énormité des crimes commis en leur nom par le régime nazi. Que savaient-ils au juste ? La propagande fabriquait-elle l'opinion? Quelles informations filtraient hors des camps ? La population allemande adhérait-elle aux théories des bourreaux? S'appuyant sur des sources en grande partie inédites - coupures de presse, films et émissions de radio, rapports officiels, correspondances p... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Unvola
  22 août 2020
Dans ce très détaillé ouvrage, l'historien Allemand Peter Longerich soulève une question fondamentale, et présente une excellente synthèse sur un aspect essentiel du National-Socialisme (Nazisme) concernant le Peuple Allemand :
Quel comportement a eu le Peuple Allemand face aux persécutions des Nazis contre les Juifs, et que savait-il de la « Solution Finale » ?
Sous le régime Totalitaire Nazi du III Reich entre 1933 et 1945, les divergences et les mécontentements étaient considérables entre la population Allemande et le régime hitlérien. Mais sous la chape de plomb Totalitaire Nazie, il était quasiment impossible pour le Peuple Allemand de s'exprimer dans le cadre de l' »opinion publique », mais uniquement dans celui restreint de la sphère privée ou semi-publique (amis, collègues, voisinage). La population ne pouvait donc exprimer : ni opinion, ni contradiction, etc., bref, tout débat était proscrit.
Cette population était atomisée, il ne lui était donc pas possible de construire une opposition représentative face au tyrannique Régime du III Reich.
Le service de sécurité de la SS (SD) était constitué d'un effectif de 3 000 fonctionnaires officiels et d'un réseau de 30 000 informateurs, délateurs, agents…, ayant pour mission de scruter l' »opinion publique ».
Dès 1933, le but de la propagande Nazie fut d'orienter cette « opinion publique » dans l'unique objectif infâme de : l'antisémitisme.
Après l'accession d'Hitler au Pouvoir le 30 janvier 1933, la propagande commença dès avril 1933 par organiser le boycott des commerces Juifs. En effet, des membres des SA et des Jeunesses hitlériennes étaient chargés de bloquer l'accès aux commerces Juifs.
Face à ces boycotts, globalement, la population rejetait cet antisémitisme primaire, mais malgré tout, elle eut un comportement passif : une minorité de la population allait faire ses achats dans ces commerces, en signe de protestation.
Voici ce qui est présenté dans des rapports du Sopade, page 116 :
« de même, les rapports du Sopade, organisation de la social-démocratie allemande en exil, penchent tout à fait en faveur d'un rejet par l'ensemble de la population de « l'agitation antijuive » et des exactions antisémites. Ils décrivent la honte, la colère et les troubles. Quatre cinquièmes de la population auraient rejeté « l'agitation antijuive ».
En 1935, malgré la résistance à l'endoctrinement d'une grande partie de la population, le sentiment général oscillait entre : passivité, distance voire parfois rejet vis-à-vis des Juifs.
Cette propagande était constamment martelée par la presse Nazie sous la férule du Parti Nazi le NSDAP.
Déjà en 1932 (avant l'élection d'Hitler), les journaux gérés par le NSDAP publiaient régulièrement des articles antisémites.
Le 15 septembre 1935 furent mises en place les lois antisémites de Nuremberg, telles que : la « loi sur les citoyens du Reich » et celle de la « loi sur la protection du sang ».
A partir de cette période les exactions du NSDAP s'intensifièrent contre les Juifs.
Puis, il fut interdit aux Juifs de postuler pour des professions comme : médecin, dentiste et pharmacien.
Ensuite, tout s'accéléra à partir du discours d'Hitler du 13 septembre 1937, à connotation clairement antisémite contre le « Bolchevisme Juif ».
En 1938, Goebbels décida de chasser les Juifs de la Capitale, Berlin. Commencèrent alors les arrestations arbitraires massives, la destruction de nombreuses synagogues, etc..
A partir du 9 novembre 1938, la radicalisation par la Terreur du régime Nazi s'opéra concrètement. En effet, eut lieu le pogrom surnommé la « Nuit de cristal », perpétré par le Parti Nazi, composé des activistes antisémites, les SA et les SS, des membres des Jeunesses hitlériennes qui : pillèrent, incendièrent, arrêtèrent 30 000 Juifs, puis déportèrent et assassinèrent de nombreux Juifs. La propagande Nazie présenta ce Crime sanglant de masse, comme soi-disant commis au nom du Peuple Allemand, car non dissimulé ; rendant ainsi la population qui restait passive devant cette tragédie, témoin voire « spectatrice » de ces actes de violence et de ces crimes.
Avec ce Crime de masse majeur, la fuite en avant de l'antisémitisme Nazi n'allait plus avoir de frein, jusqu'à conduire le IIIème Reich à la « Solution finale de la question Juive » !
S'ensuivit le 30 janvier 1939 au Reichstag, pour l'anniversaire de la prise de Pouvoir, une déclaration clairement antisémite et tonitruante d'Hitler, devant l'opinion publique internationale, page 194 :
« L'anéantissement de la race juive en Europe » si une nouvelle guerre mondiale venait à éclater. »
Après six années de persécution par les Nazis, les Juifs étaient totalement exclus de la vie sociale et économique. Après cette « mort sociale et économique », la dernière étape qui restait à franchir était celle de l'innommable : extermination physique et totale des Juifs.
La Seconde Guerre Mondiale se produisit en septembre 1939 et Hitler allait donc mettre à exécution sa terrifiante promesse du 30 janvier 1939.
Rapidement, ce fut l'ouverture des ghettos pour les Juifs, notamment en Pologne, suite à l'invasion de celle-ci après la signature du Pacte Germano-Soviétique de 1939.
Puis à la fin de l'été 1941, les Einsatzkommando, Einsatzgruppen et d'autres unités allemandes commencèrent à fusiller EN MASSES plusieurs CENTAINES DE MILLIERS de Juifs civils : enfants, femmes, hommes.
Officiellement, le 24 août 1941, c'était l'arrêt des opérations d' »euthanasie » sur ordre d'Hitler, des Allemands considérés par le régime Nazi comme non « purement aryens ». Mais en réalité, l'assassinat d'aliénés se poursuivit en secret, faisant au total entre 1939 et 1942, de : 70 000 à 100 000 victimes.
Septembre 1941, l'Allemagne Nazie imposa le port de « l'étoile jaune » aux Juifs.
Les déportations furent l'avant-dernière monstrueuse étape du régime Nazie.
Elles débutèrent mi-octobre 1941. Elles étaient souvent connues de la Population Allemande, mais étaient impopulaires.
Voici ce que déclarait ouvertement Goebbels à propos de l'objectif final des déportations, page 263 :
« Dans l'article, qui parut enfin dans « Das Reich » le 16 novembre 1941, Goebbels, sous le titre « Les Juifs sont coupables », rappelait la prophétie d'Hitler du 30 janvier 1939 : « Nous vivons en ce moment même la réalisation de cette prophétie, et ainsi s'accomplit le destin de la juiverie qui est certes terrible, mais plus que mérité. Compassion et remords sont absolument inappropriés ». Par sa formulation, selon laquelle la « juiverie internationale » subissait « maintenant un processus d'annihilation progressive », Goebbels déclarait sans ambages quel sort attendait les Juifs déportés depuis quelques semaines des grandes villes allemandes. »
Par conséquent, Goebbels prévenait la population Allemande du risque encouru, si celle-ci tentait tout rapprochement avec les Juifs, page 265 :
« En novembre 1941, Goebbels parvint ainsi à entremêler les questions de la conduite de la guerre et des persécutions contre les Juifs d'une façon qui signalait sans ambiguïté qu'à l'avenir, toute critique serait traitée comme du sabotage contraire à l'effort de guerre. Dans le même temps, la sombre menace d'une peine en camp de concentration pour toute relation avec les Juifs fut rendue publique : désormais, serait traité comme Juif quiconque adopterait un comportement amical envers les Juifs. »
Au cours de l'année 1942, Hitler, lors de ses discours remplaça le terme d' »anéantissement » du Peuple Juif, par celui toujours plus démonique : d' »éradication » !
Peter Longerich fait un bilan du niveau de connaissance de la population Allemande concernant les exactions Nazies durant la guerre, page 307 :
« Comparé aux exécutions massives en Europe de l'Est, qui ne purent être cachées à la population locale et dont des soldats allemands furent très souvent témoins, le niveau de secret concernant les chambres à gaz, les camions à gaz et les camps d'extermination fut nettement supérieur. »
Puis, l'auteur précise page 316 :
« Si ces prises de position partaient généralement du principe que les Juifs déportés étaient assassinés, un certain nombre d'indices tendent à prouver que le recours à des techniques meurtrières spécifiques faisait l'objet de spéculations dans la population. Les rumeurs sur l'exécution de Juifs par les gaz étaient relativement répandues. »
Ces rumeurs étaient donc diffuses, partielles, parfois erronées mais persistantes, comme le décrit Peter Longerich, pages 328 et 329 :
« Certes, dans les détails, ces rapports étaient erronés : aucun camp d'extermination n'existait à Lviv, les gaz ne furent jamais utilisés à bord de wagons, pas plus qu'il n'y eut de tunnel où les Juifs furent gazés. Ils illustrent néanmoins les spéculations de la population quant au fait que les Juifs étaient tués à l'aide de gaz.
Il est possible que ces rumeurs aient été accrues par l'impossibilité de dissimuler totalement l'existence des camps d'extermination, en dépit de tous les efforts. En effet, un grand nombre de personnes étaient impliquées directement ou indirectement dans le processus d'anéantissement, et, de plus, un nombre plus important encore avaient eu l'occasion de procéder à des observations révélant la vocation des camps d'extermination.
Cela vaut particulièrement pour le camp d'Auschwitz-Birkeneau qui, à la suite de l'annexion d'une partie du territoire polonais, se trouvait dans le Reich : l'arrivée incessante de trains transportant des milliers de personnes, les flammes hautes de plusieurs mètres des crématoires, visibles de loin, l'odeur caractéristique des cadavres brûlés qui se répandait dans les environs, étaient autant de signes infaillibles qu'il n'y régnait pas seulement un fort taux de mortalité, mais qu'il s'y déroulait un massacre de proportions monstrueuses. »
Après la Seconde Guerre Mondiale, plusieurs sondages eurent lieux afin d'évaluer les informations détenues par le Peuple Allemand pendant cette tragique période, en voici les grandes tendances, page 331 :
« Plusieurs sondages menés de 1961 à 1998 montrent qu'entre 32 et 40 % des Allemands reconnaissaient avoir eu de telles informations avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. »
Même si ces sondages ne rentrent pas le détail des différents types d'extermination, cela permet d'avoir une idée générale du niveau de connaissance de la population Allemande sur l'Holocauste : soit une part significative de la population était informée du massacre des Juifs.
Après la défaite de la Bataille de Stalingrad en 1943 et la découverte par les Allemands du Crime contre l'Humanité de Katyn, perpétré par les Soviétiques sous Staline en 1941, Goebbels relança la propagande d' »éradication » contre l'ennemi : « Judéo-Bolchevique ».
En résumé :
Entre 1933 et 1938, malgré les appels aux boycotts des commerces Juifs, on peut considérer que la politique globale de propagande Nazie a échoué.
Ensuite à partir de l'automne 1938 lors du pogrom de la « Nuit de Cristal », le National-Socialisme est passé à l'action Criminel de masse, tout en essayant de rendre complice la population Allemande, pas en tant que participante à ces exactions mais comme « spectatrice ».
A partir de l'automne 1941, l'obligation du port de « l'étoile jaune » pour les Juifs, annonça dans le même temps l'interdiction pour la population Allemande de rentrer en contact avec eux, sous menaces de déportation en camps, voire d'exécutions.
Dernière et l'ultime étape cataclysmique mise en oeuvre par le régime Totalitaire Nazi, fut la « Solution finale de la question juive » : l'Holocauste ou Shoah.
Finalement, entre : antisémitisme, dénonciation, hostilité, passivité, distance voire indifférence, souci d'adaptation, compassion, solidarité, lâcheté…, et peur, il est très difficile de cerner où se situaient exactement la « vox populi ».
En tout état de cause, avant la découverte dès 1944 – 1945 des camps de concentration et d'exterminations, il semblait inconcevable à l'esprit humain, que ce soit en Allemagne ou ailleurs, qu'il pût exister sur terre des « usines » destinées exclusivement à l'extermination en masses d'êtres humains.
En conclusion :
1 / Je regrette juste que Peter Longerich ne consacre pas un long avant-propos, voire même un premier chapitre, à l'étude de la propagande avant l'élection DEMOCRATIQUE de Hitler en 1933 ; afin de pouvoir évaluer le degré d'imprégnation de l'antisémitisme au sein du Peuple Allemand. Et surtout, il n'explique pas comment ce monstre de Hitler a pu être élu démocratiquement, alors qu'il avait écrit et publié, dès 1925, ce terrifiant et « prophétique » livre qu'est « Mein Kampf » (d'ailleurs, l'auteur ne parle absolument pas de « Mein Kampf », de tout son ouvrage) !
Car en effet, dans les deux tomes de « Mein Kampf », Hitler démontre et détaille toute : la haine, le racisme, la xénophobie qu'il voue envers les peuples « inférieurs ». Et même si une très faible partie de la population avait connaissance de l'immonde contenu de ce livre, il est en revanche inconcevable d'imaginer que : ni la presse, ni les médias en générale, ni l' »élite » intellectuelle Allemande et surtout les Autorités et la Police Allemandes, n'en n'aient eu connaissance. Donc au moment des élections de 1933, il relevait alors de l'impérieuse responsabilité de toute cette « élite », d'en informer par tous les moyens possibles de communication, l'ensemble de la population Allemande !
Par conséquent, à partir du moment où Hitler fut élu Chancelier de l'Allemagne, comment rétrospectivement, s'étonner qu'il ait mis en adéquation son ignoble Idéologie détaillée dans « Mein Kampf », avec ses odieux actes antisémites et ceci : dès son élection en 1933…, jusqu'à son monstrueux Génocide de « race » ?
2 / On constate à travers ce passionnant ouvrage de Peter Longerich que : la propagande du Parti NSDAP, les journaux Nazis du Parti, Goebbels, l'idéologue du Parti Alfred Rosenberg, la Gestapo, la S.A., les SS, etc., ont développé, dès 1933, l'ignoble politique Idéologique antisémite d'Hitler.
On ne peut alors que constater au minimum : la PASSIVITE voire l'INDIFFÉRENCE d'une partie du Peuple Allemand qui, dans l'ensemble, n'a rien dit, ni rien fait, pour tenter d'empêcher que le régime Totalitaire du IIIème Reich n'applique entre 1933 et 1945, jusqu'au bout de l'horreur, son programme exterminationniste !
Le sentiment qui ressort de cette très intéressante lecture, correspond parfaitement au sentiment de Primo Levi dans son formidable livre Les Naufragés et les Rescapés : Quarante ans après Auschwitz, page 178 :
« Je le répète : la faute véritable, collective, générale, de presque tous les Allemands, à cette époque, a été de n'avoir pas eu le courage de parler. »
Confer également un autre ouvrage aussi passionnant sur le même thème, de :
Ian Kershawle mythe Hitler.
Lien : https://totalitarismes.wordp..
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Sarahaimelire
  08 février 2015
Voici donc un des livres écrit par Peter Longerich, célèbre historien spécialiste du nazisme, directeur du centre de recherche sur l'Holocauste et l'histoire du XXème siècle à l'université de Londres, enseignant également en Allemagne, aux États-Unis et en Israël. Il a publié plusieurs travaux sur le sujet dont une biographie sur Heinrich Himmler. Actuellement, nous pouvons régulièrement le voir intervenir dans les différents reportages sur la Seconde guerre mondiale diffusés à la télévision.
« Davon haben wir nichts gewusst ! » = « Nous n'en savions rien », est la célèbre phrase qui introduit ce livre, habituellement prononcée par les Allemands au sujet de leur « expérience, en tant que contemporains, des persécutions et du massacre des Juifs d'Europe par le régime national-socialiste » comme une position adoptée collectivement et ayant une valeur défensive.
« Mais que ne savait-on pas exactement ? »
Dès l'introduction, Peter Longerich, en se posant des questions par le biais d'une réflexion intéressante, arrive à accrocher notre attention, à nous donner envie d'en savoir plus et de rapidement plonger dans cet ouvrage malgré ses nombreuses pages.
L'auteur se pose alors « la question de savoir quelle connaissance la population allemande contemporaine avait des persécutions contre les Juifs et comment elle y a réagi. » Pour y répondre, il s'appuie sur l'analyse de nombreuses sources notamment les protocoles des conférences de propagande de Goebbels, les carnets de Goebbels, les recommandations à la presse du ministère de la Propagande mais aussi sur de nombreux journaux, les films et émissions de radio de l'époque et surtout sur de nombreux rapports d'ambiance et de situation. Il se base également sur des travaux d'autres historiens pour appuyer sa thèse ou les nuancer, principalement en ce qui concerne la façon d'analyser certaines sources.
En effet, tout au long de son analyse des sources, Peter Longerich replace cette analyse et principalement celle des rapports d'ambiance censés retranscrire l'avis de la population dans le contexte de l'époque, c'est-à-dire sous une politique de propagande importante. En effet, il démontre que « l'opinion publique » censée être contenue dans ces rapports n'est en fait qu'une opinion façonnée par leurs rédacteurs et qu'il est donc extrêmement difficile de connaître l'opinion individuelle de chacun.
Sans pouvoir répondre de façon tranchée à la question, il nous informe que les Allemands ont principalement rejetées les méthodes inhumaines et cruelles utilisées pour tourmenter les juifs malgré les tentatives d'endoctrinement de la population de la part du Parti. de plus, il est expliqué que la population savait effectivement des choses, avait entendu des rumeurs ou des bribes d'informations mais avait du mal à se représenter un tel drame dans son ensemble.
« L'horreur est si impossible à représenter que l'imagination se refuse à la concevoir. Tel contact ne fait que critiquer. Telle torture n'a tout simplement pas eu lieu. Entre le savoir théorique et son application au cas particulier, ce cas particulier dont nous nous soucions justement, pour lequel nous nous angoissons, face auquel la peur nous ronge, se creuse un fossé indéchiffrable. Ce n'est pas Heinrich Mühsam qu'ils ont envoyé dans les chambres à gaz. Il ne peut pas s'agit d'Anna Lehmann, ni de Margot Rosenthal ou de Peter Tarnowsky obligés de creuser leurs tombes sous les coups de fouet des SS. Ces rumeurs épouvantables ne peuvent s'appliquer à eux. Nous n'autorisons pas notre capacité de représentation à les relier. »
De plus, même « la confrontation immédiate avec la réalité du massacre n'entraînait pas automatiquement une acceptation de ces évènements abominables » par la population mais celle-ci n'avait pas les moyens de s'y opposer dans le contexte de l'époque.
« le fait qu'à la fin de 1943, Goebbels ait envoyé les gros bras du Parti dans les bars de Berlin pour réprimer par la violence les détracteurs éventuels est caractéristique de la situation : toute expression manifestée en dehors du cadre orchestré par le régime était réprimée par la violence. […]. le comportement prédominant - le plus facile – consista ainsi à afficher une indifférence et une passivité de façade vis-à-vis de la question juive. Une position qu'il ne faut pas confondre avec un désintérêt pur et simple pour les persécutions, mais qu'il faut considérer comme la tentative d'échapper à toute responsabilité au moins d'une ignorance ostentatoire. »
Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un ouvrage complet et très intéressant, fruit d'un énorme travail et qui nous apprend ou nous rappelle énormément de choses en particulier sur l'évolution des persécutions contre les Juifs, avant la guerre puis pendant les différentes grandes campagnes de propagande.
Je dois avouer m'être plongée totalement dans cette lecture et avoir eu du mal à en sortir tant j'ai été intéressée par toutes les informations que Peter Longerich nous apporte. L'écriture est fluide, les liens chronologiques sont faits, les explications sont claires, les sources sont bien introduites sans rajouter de la lourdeur à l'ensemble, et de nombreux exemples permettent d'appuyer l'interprétation de l'auteur.

Lien : http://leslivresdesarah.cana..
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Frederic524
  30 août 2018
L'ouvrage de Peter Longerich traite d'un sujet passionnant pour tout amateur d'histoire. Les Allemands savaient-ils l'ampleur des crimes commis en leur nom par les nazis ? qu'en était t'il de la solution finale ? Malheureusement si l'auteur traite dans les moindres détails des premières années des sévices contre les Juifs, il ne va pas jusqu'au bout de son projet. En effet ce dernier passe de façon beaucoup trop hâtive sur les années 1943, 1944, allant même jusqu'à ignorer l'année 1945.. Quel dommage car c'est justement à l'été 1944 que sont libérés les premiers camps d'extermination nazi suite à l'opération soviétique Bagration qui conduira l'armée rouge en deux mois, des pays Baltes et de la Biélorussie jusqu'aux portes de la Prusse Orientale. En ce moment unique ou le Troisième Reich s'effondre, ou les bourreaux se retrouvent acculés dans leurs bunkers, cherchant d'improbables raisons de s'en sortir, il eût été intéressant de connaître le point de vue de la population allemande sur les actes terribles d'un système totalitaire poussé à son paroxysme. Quel a été l'impact de la libération d'Auschwitz en Janvier 1945, alors que la guerre n'était pas encore fini ? les Allemands ont-ils eu le sentiment de payer par le poids de l'occupation soviétique, les années de débauches dans l'horreur ? Autant d'interrogations qui sont restés sans réponse. Autre soucis, certaines coquilles concernant les dates ou bien encore ce choix peu judicieux de placer toutes les notes de bas de page à la fin du livre, nous entraînant ainsi d'en un va et vient à nous tourner la tête.
Lien : https://thedude524.com/2011/..
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GB
  02 mars 2020
très bon livre qui nous donne des détails sur la façon dont les journaux allemands ont traité la situation durant la 2e guerre. On en déduit que presque tout était orchestré par le parti. Et que la population s,est fait un peu manipulée. Mais de là à ne rien savoir c,est un mensonge. Les propos de ce livre sont un peu redondants car l'auteur y va de mois en mois et d,années et années. Mais ça reste éclairant.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
art-bsurdeart-bsurde   20 décembre 2013
La journaliste berlinoise Ruth Andreas-Friedrich, membre de la Résistance, notait dans son journal à la date du 2 décembre 1942 : « Les Juifs disparaissent en masse. Des rumeurs terrifiantes circulent quant au sort des évacués. On parle d’exécutions massives, de famine, de tortures. »
Le 4 février 1944, elle écrivait : « On murmure déjà à propos de nouveaux transports de juifs. Ils sont censés avoir fait le vide à Auschwitz et Theresienstadt, surpeuplés. » […]
Le passage qui suit immédiatement montre à quel point il était difficile pour les contemporains d'accepter individuellement les informations disponibles et d'en tirer les conséquences correspondantes : « L'horreur est si impossible à représenter que l'imagination se refuse à la concevoir. Tel contact ne fait que critiquer. Telle torture n'a tout simplement pas eu lieu. Entre le savoir théorique et son application au cas particulier, ce cas particulier dont nous nous soucions, pour lequel nous nous angoissons, se creuse un fossé infranchissable.Ce n'est pas Heinrich Muhsam qu'ils ont envoyé dans les chambres à gaz. Il ne peut s'agir d'Anna Lehmann, ni de Margot Rosenthal ou de Peter Tarnowky obligés de creuser leurs tombes sous les coups de fouets des SS. Et ce n'est assurément pas la petite Evelyne qui était si fière, du haut de ses quatre ans, d'avoir mangé une poire, une fois. Ces rumeurs épouvantables ne peuvent s'appliquer à eux. Nous n'autorisons pas notre capacité de représentation à les relier. Mais pourrions-nous continuer à vivre si nous comprenions vraiment que notre mère, notre frère, notre amie, notre amant ont été torturés à mort au prix de souffrances inimaginables et loin de nous ? »
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art-bsurdeart-bsurde   20 décembre 2013
Cette atmosphère angoissante s'épaissit encore quand les principaux dirigeants nationaux-socialistes, pendant la deuxième moitié de 1942, se mirent à déclarer de plus en plus ouvertement qu'une défaite allemande entraînerait l'annihilation du peuple allemand par la coalition ennemie guidée par « les Juifs ». La guerre était dépeinte de manière symbolique comme une lutte à mort entre Allemands et Juifs. Implicitement ou explicitement, l'anéantissement des Juifs était donc présenté comme un acte de légitime défense face à la volonté de l'ennemi juré de détruire le peuple. De telles déclarations s'accompagnaient le plus souvent de descriptions de massacres, des enlèvements d'enfants et des viols qui ne manqueraient pas de se produire dans l'éventualité d'une défaite. Dans la propagande des coupables, c'était sur l'autre camp qu'on rejetait les méthodes de persécution que l'on appliquait soi-même. Les victimes n'apparaissaient pas comme telles, mais en tant que coupables potentiels, contre lesquels il était légitime de se défendre.
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DanieljeanDanieljean   27 mai 2020
On pourrait se poser la question de savoir pourquoi trouve-t-on du reste des Juifs dans l’ordre mondial. Cela reviendrait à se demander pourquoi il y a des doryphores. La nature est dominée par la loi de la lutte. Il se produira toujours des phénomènes parasitaires qui précipitent le combat et intensifient le processus de sélection entre les forts et les faibles. Le principe du combat domine également dans la cohabitation humaine. Il suffit de connaître cette loi pour pouvoir s’y préparer. L’homme intellectuel ne dispose pas des moyens de défense naturels contre le danger juif parce qu’il est essentiellement brisé dans son instinct. En conséquence de quoi, ce sont les peuples parvenus au plus haut niveau de civilisation qui sont les plus gravement exposés à ce danger. Dans la nature, la vie réagit toujours de la même façon contre le parasitisme. Dans l’existence des peuples, ce n’est pas exclusivement le cas. C’est de là que vient véritablement le danger juif. Les peuples n’ont donc plus d’autre possibilité que d’éradiquer les Juifs.
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