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ISBN : 2757835610
Éditeur : Points (05/09/2013)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Économiste, Frédéric Lordon est connu pour ses essais critiques sur la mondialisation financière, qui ont rencontré un grand succès public. Il a ici choisi une forme singulière, celle du théâtre, pour mettre en scène la crise de la finance mondiale. Le rideau s’ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
cprevost
  22 octobre 2011
La pièce « D'un retournement l'autre » est passionnante et pleine d'humour, elle se lit d'une traite. L'auteur de théâtre que l'on y découvre est pétillant et cultivé. Il semble, avec beaucoup de gentillesse, appliquer à son lecteur le fameux « principe de charité », en sa compagnie on a vraiment le sentiment d'être plus intelligent. Et pourtant, il est question dans cette pièce d'économie et plus particulièrement de la dernière crise financière. Et pourtant, Frédéric Lordon est un chercheur qui travaille au développement d'une économie politique spinoziste, un économiste qui étudie les logiques du capitalisme actionnarial, les marchés financiers et leurs crises. Nous ne sommes pas habitués à cela. Bien au contraire, le langage économique est le plus souvent abscons et l'envie de qualifier certains économistes médiatiques avec un mot encore plus court est aussi le plus souvent très vive.
Dans une très intéressante postface, Frédéric Lordon s'explique. En bon spinosiste, il pense qu'il y a une impossibilité de conversion purement intellectuelle. Il n'y a pas, nous dit-il, de force intrinsèque des idées. Elles doivent être accompagnées d'affect et c'est un des rôles possible de la littérature. Sa pièce est un mélange de vocabulaire très contemporains et de tournures grand siècle. le président de la République, les ministres, les conseillers, les banquiers manient l'alexandrin. Les protagonistes, hormis un personnage de petite taille à l'ego surdéveloppé, sont désincarnés, sans psychologie particulière. Ce parti-pris perturbe notre perception passive et rompt avec beaucoup d'efficacité le pacte tacite de la croyance que nous avons habituellement en la religion économique et ses grands prêtres. Il s'oppose à toute identification et cette distanciation toute brechtienne dépersonnalise avec beaucoup de bonheur notre perception de la chose économique.
La crise s'éternise et en trois années nous avons oublié bien des choses. On ne fait, il faut bien le dire, rien pour nous rafraichir la mémoire. le temps s'étirant éloigne les causes des effets et rend plus incompréhensible encore le monde dans lequel nous vivons. Les médias dans ce domaine ne font pas non plus oeuvre de pédagogie. le théâtre à l'avantage du temps ramassé.
En 2008, les fameuses subprimes faisaient une entrée fracassante dans notre univers. Des prêts immobiliers sans principe, sans aucune traçabilité possible, s'avéraient irremboursables. Les banquiers, qui avaient fait le choix de ces capitaux à risques et du jeu en bourse au détriment du fonctionnement bancaire ordinaire, se retrouvaient sans fonds propres. Les prêts entre banques qui auraient permis d'amortir cette crise, dans un climat de suspicion généralisé, n'étaient plus possibles. Il était donc fait appel à l'état honnit du système libéral et bancaire pour sauver le dit système. L'état qui a la responsabilité de l'économie qui sans prêt, sans investissement, sans consommation donc, s'effondre, ne pouvait qu'obtempérait. La banque centrale éditait la monnaie nécessaire pour sauver les banques et leur octroyait des prêts sans intérêt. Un fond de garantie pour que les banques se refassent crédit était créé.
Que croyez-vous qu'il advint après quelques déclarations sur la moralisation du capitalisme et un sauvetage des banques sans contrepartie ? Les crédits si généreusement octroyés aux banques étaient réinvestis aussitôt en bourse et non prêtés. Six mois plus tard la bourse caracolait et on redistribuait des dividendes aux actionnaires, des bonus aux traders ! La non-réouverture du crédit avait les conséquences que l'on sait sur l'investissement, la croissance, la consommation et les recettes de l'état.
Que croyez-vous qu'il advint après la remise en selle du petit monde de la bourse ? Pensez donc, après avoir soulagé les banques de leurs dettes, après la dégringolade de la croissance, le budget de l'état était en faillite. Il ne fallait pas compter sur une reconnaissance en retour du monde de la finance. L'insolvabilité des états étaient instantanément dénoncée par les banques qui attaquaient ses titres et renchérissait son crédit ? Aujourd'hui, c'est donc l'infernale boucle de la rigueur et de la récession qui mène le bal.
Elle nous fait tourner la tête, son manège à elle (la crise) c'est nous…Bonne lecture.
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MarianneL
  02 juin 2014
Publié en mai 2011 aux éditions du Seuil, cette "Comédie sérieuse sur la crise financière en quatre actes et en alexandrins" est à première vue un étrange animal.
Pourquoi donc utiliser l'alexandrin pour décrire les péripéties de la crise financière ?
Décrire un enchaînement aux conséquences tragiques,
Sous forme de vaudeville sans rien de théorique.
Avec raffinement, bouffonnerie et jouissance,
Du capitalisme dévoiler l'indécence,
Et des banques révéler le coût du sauvetage,
Suivi de leur aplomb pour nous prendre en otage.
L'enchaînement des causes est tout à fait limpide,
Dans ce capitalisme à l'essence putride.
Il n'y a rien de vieillot dans ces vers de douze pieds,
Mais un surplus d'affect qui leur donne plus d'effet.
Pour reprendre les mots de Fréderic Lordon dans son texte de conclusion "Surréalisation de la crise", suivant la théorie des passions qui lui est chère, «on pourra analyser la crise financière sous toutes ses coutures, raffiner l'argument autant qu'on veut, démonter les systèmes, exposer les rouages, tout ça ne vaudra jamais une image bien choisie qui fait bouillir les sangs».
Comme Mathieu Larnaudie l'a fait avec "Les effondrés" dans un tout autre registre, "D'un retournement l'autre" est une dénonciation indispensable, et jubilatoire, des mécanismes de la crise et, au-delà, du capitalisme libéral et financier, à partager largement.
[Extrait] le nouveau deuxième conseiller (au Président)
«Voulez-vous à son comble porter l'ironie :
Demandez-vous pourquoi la banque resplendit.
C'est que vos chers amis qui empruntent gratis
Vous reprêtent aussitôt, délicieuse malice,
À ces taux usuraires qui font les belles marges.
Grand merci de leur part de prendre à votre charge
Plus que leur sauvetage : leur bonheur, leur fortune
- Décidément les banques savent l'art de la thune.
Vous les avez sauvées mais c'est sur votre dos
Qu'elles se rétablissent avant, c'est le plus beau,
De vous morigéner, de vous faire la leçon,
Puis vous administrer une vraie correction.
Car ce sont elles qui, souscrivant tous vos titres,
De votre discipline se déclarent l'arbitre.
Avez-vous remarqué cet étonnant toupet
Qui les aura conduites à faire les roquets
De la sainte rigueur et de l'austérité,
- et pourquoi pas de la «responsabilité» !
Or contre vous, messieurs, les voilà qui spéculent,
À moins qu'il ne faille dire un autre mot en «ule»
Quand à vos propres frais vous êtes massacrés
Par celles qu'on croyait être vos obligées.»
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folivier
  05 juillet 2011
Sous la forme d'une pièce de théâtre écrite en alexandrin, Frederic Lordon, dresse un constat accablant et destructeur du monde de la finance, démontre la logique mortifère d'un monde capitaliste qui n'est soit disant "libéral" et faisant confiance aux marchés que lorsque le système est gagnant. Il souligne la totale manipulation des politiques par les financiers et leur total désintérêt pour les "autres", le peuple, les perdants !
Rien de bien nouveau dans le constat du désastre humain, sociologique, économique qu'entraîne le système libéral.
L'intérêt de ce recueil, repose sur le choix de l'auteur de prendre le parti pris de l'art, au travers du théâtre et de la versification, pour appuyer sa démonstration et sa pensée, d'affect, de sensibilité, pour faire réagir. le livre est conclut par un post-scriptum de l'auteur qui explique très clairement sa pensée et ce choix.
Autre intérêt de ce petit livre qui se lit très facilement est de se remémorer le fil des évènements de cette crise de 2008, de ré-entendre les arguments des élites financières, des experts économiques et des conseillers économiques qu'ils nous ont déversé à longueur d'antenne sur cette crise, ses coupables, les seules solutions possibles sinon nous courions à l'apocalypse !
On pardonnera à Frederic Lodron les quelques petits écarts à la rime et à la versification, le texte est très drôle à lire, fait réfléchir et est un bon condensé d'analyse économique et politique.
A la veille des élections nationales, à lire pour se déciller les yeux !
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Charybde2
  19 mars 2013
Extraordinaire exercice de style, d'un formidable rire grinçant, d'un économiste engagé...
L'économiste Frédéric Lordon nous livrait il y a quelques semaines cette "comédie sérieuse sur la crise financière en quatre actes et en alexandrins", en 130 pages, au but avoué (dans une postface extrêmement intéressante) de permettre au lecteur de dépasser la dérision face aux errances du capitalisme financier, ou plutôt de faire levier de cette dérision, pour se mobiliser, d'abord par l'intellect et par l'affect... Pari largement réussi, sur un mode terriblement jubilatoire !
En conclusion d'une lecture aussi particulièrement salutaire, les derniers mots de la postface s'imposent avec naturel : "Ici, l'alexandrin prête toute son ambivalence : il bouffonnise à souhait et fait les Précieux ridicules, mais peut aussi se charger d'une nuée plombée et annoncer des orages. Ce ne sont pas exactement ceux de la tragédie si l'on entend par là le heurt de deux bons droits irréconciliables ou de deux exigences également légitimes. Pour une fois on peut faire des économies de complexité : l'horizon du capitalisme financier n'est pas tragique. Il est simplement haïssable."
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Colonel
  13 novembre 2011
"Il n'y a pas de force intrinsèque des idées vraies, il n'y a pas de conversion purement intellectuelles des idées qui n'ont jamais rien mené sauf à être accompagnées d'affects."
C'est la raison pour laquelle Frédéric Lordon quitte dans ce livre le domaine de l'analyse socio-économique abstraite pour rejoindre celui de l'expression artistique plus apte à démultiplier les idées pures dans le réel en les rendant intelligible par les affects.
Cet ouvrage, par son fond et par sa forme, est juste brillant !
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
ColonelColonel   13 novembre 2011
[A propos des titres de dette subprime titrisés]
Nous sommes dégagés de tout inconvénient,
Nous n'avons plus le risque, il est à d'autres gens.
Tous ces investisseurs en étaient si voraces,
Nous leur avons fourgué toute notre merdasse.
[...]
Le fait est pourtant là, je ne l'explique pas.
Nos gens ont dû céder à leurs premiers appâts.
Et voilà votre banque une fosse à purin,
Passablement remplie, à ras bord je le crains.
+ Lire la suite
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ColonelColonel   13 novembre 2011
C'est le mark-to-market supposait le marché :
Le marché en carafe, et nous sommes pauumés.
Nous savons tous nos comptes menacés de carnage,
Mais sans un prix qui vaille, nageons en plein potage.
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ColonelColonel   13 novembre 2011
C'est l'art qui dispose constitutivement de tous les moyens d'affecter, parce qu'il s'adresse d'abord aux corps, auxquels il propose immédiatement des affections : des images et des sons.
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Charybde2Charybde2   13 avril 2013
LE BANQUIER :
Je suis allé à Londres épouser la City,
Recruter à prix d'or de bizarres pythies,
Des traders allumés ou des brokers fêlés,
Des gens mal embouchés, mais qui rapportent tant -
Plutôt des charretiers que de trop courtes dents.
Nous nous sommes voués à la modernité,
Les guichets sont trop ternes, j'ai choisi les marchés,
J'ai laissé les agences vivoter décrépites,
Et trouver la vraie vie en allant à Wall Street.
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Charybde2Charybde2   13 avril 2013

LE QUATRIÈME BANQUIER :
Sans vouloir altérer cette polyphonie,
L'État notre obligé, c'est un concept hardi...
Il nous a laissé faire tout ce que nous voulions,
Réduit à presque rien nos taux d'imposition...
LE DEUXIÈME BANQUIER :
Que dites-vous, monsieur, êtes-vous socialiste ?
LE TROISIÈME BANQUIER, au deuxième :
Ne le rudoyez pas, c'est un mutualiste.
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