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ISBN : 2330056397
Éditeur : Actes Sud (07/10/2015)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 7 notes)
Résumé :
L'européisme est devenu le pire ennemi de l'Europe. Ne voulant plus que « l'Europe » intransitivement, c'est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s'il le faut à martyriser des peuples entiers, il est devenu une obstination aveugle. Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare congénitale est politique : le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires. Certains, à gauche, continuent cependant de croire qu'on pourra chan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
cprevost
  18 janvier 2015
La lecture de « La malfaçon », avant toutes choses, nous fait énormément de bien. Notre force de désir, notre envie d'agir s'en trouvent étonnamment décuplées. Ordinairement, nos rencontres avec les économistes sont absolument décourageantes. Frédéric Lordon génère avec cet ouvrage un affect joyeux, l'envie de faire quelque chose. A force de recherche, d'intelligence, de courage, de didactisme, livre après livre, l'auteur rend inévidentes nos évidences les plus quotidiennes. Il défixe nos désirs habituels «d'avoir quantité d'choses qui nous donnent envie d'autre chose ». Il fait de nous, «foule sentimentale», des hommes non sous l'emprise de la passion triste de la consommation et du renoncement mais conduit par la raison, la volonté de comprendre et d'avancer. « Admiration… ».

Il est question avec «La malfaçon» de la nature de la dette, de l'Europe et de relance de la croissance car d'elle dépend dans l'immédiat la survie des individus les plus modestes.

On ne parle que de remboursement de la dette et de diminution concomitante des dépenses sociales. de 2007 à 2012, celle de la France est passée de 68,2 à 90,2% du PIB. Celle assignable à la seule finance était de 16,4% du PIB (soit 624 milliards d'Euros). Naturellement, cette dette paie les dégâts de la finance, pas la retraite généralisée à 40 ans ou la consommation frénétique de médicaments. La libération des capitaux, qui a conduit à cette situation, a été imposée pour des raisons idéologiques par un quarteron de néolibéraux antis inflationnistes et fermement déterminés à contraindre les états à l'orthodoxie budgétaire stricte. Cette libéralisation des capitaux a eu pour but pratique, des pays à forte épargne vers ceux à déficit chronique et faible croissance, de rendre le plus facile possible leur circulation internationale. Elle a permis l'endettement généralisé des ménages dont on comprimait les salaires et l'allégement des impôts du patronat. Ce sont les états eux-mêmes qui pour cela ont amputé leur souveraineté. Ils ont, devenant dépendant des marchés de capitaux, sorti les banques centrales de l'orbite étatique et autorisé le seul financement obligataire des déficits. le résultat, la finance, avec la menace incessante de la montée possible des taux d'intérêt, dicte aujourd'hui les politiques publiques financières et structurelles.

L'Europe, non démocratique, impuissante contre la crise, est le parangon de la politique néolibérale présente. En Grèce, de 2009 à 2012, la récession organisée par l'Europe a fait perdre à ce pays 16 points de PIB ; le chômage y est de 27,3% et les salaires y ont baissé de 12 %. L'Europe n'a pas de politique conjoncturelle, elle n'a qu'une politique constitutionnelle qui lui a été imposée par l'ordo libéralisme d'une Allemagne obsédée par sa monnaie. L'orthodoxie budgétaire en Europe est renforcée par une volonté farouche de contraindre les incertains états à la puissance normalisatrice des marchés financiers mondiaux. Les désastreuses et paralysantes politiques d'austérité actuelles sont en effet le résultat du traité de l'Europe et du pacte de stabilité. le traité de stabilité a ainsi imposé des règles absolument contraignantes avec des mécanismes de correction se déclenchant automatiquement (seuil de 0,5% du nébuleux déficit structurel s'ajoutant à celui de 3% de déficit courant) alors que la dette est manifestement une question de politique économique qui devrait être l'affaire de la délibération démocratique.

Frédéric Lordon ne fait pas appel à l'antienne européenne des institutions enfin réformées. le retour au national permet seul de déconstitutionnaliser le problème de la crise et de ramener instantanément dans la délibération démocratique ordinaire les questions de stratégie économique. La souveraineté populaire, notamment en matière économique, en effet ne fait sens que dans un périmètre d'une communauté nécessairement bornée. L'Europe actuelle n'est pas une identité en soi, elle n'est que le produit de composition des effets de blocs hégémoniques de divers pays européens pour sanctuariser les principes néolibéraux à un niveau définitivement hors de portée de la vox populi. L'internationalisme abstrait pactisant avec le néolibéralisme sous prétexte d'accomplir le dépassement post national, avec ses effets d'éloignement et de déshumanisation, est aujourd'hui le meilleur soutient des nationalistes les plus étroits (Aube dorée, Front national et consorts). Ces derniers sont en effet les produits de la désespérante dépression austéritaire et de la scandaleuse dépossession de la souveraineté, c'est-à-dire l'expression même de la politique européenne présente.

Pour sortir de la crise, dans un cadre national, il faut annuler complètement ou en partie la dette souveraine, réarmer les banques centrales, reprendre le secteur bancaire et contrôler les capitaux. Il faut ainsi alléger le fardeau des débiteurs (inflation ou défaut) et cesser de préserver, au prix de l'austérité et de la dévaluation interne, c'est-à-dire l'ajustement par les salaires, les créanciers. le coût de cette nouvelle politique est certes la ruine des banques mais aussi la possibilité, quasi gratuite, de leur (re)nationalisation. Toutes ces mesures sont nécessairement accompagnées d'une ingénierie du défaut, bien décrite dans « La malfaçon », mais trop longue à exposer ici (création monétaire ; restauration des dépôts, du cash-flow des banques ; maintien de leur liquidités ; refinancement des passifs interbancaires et compensation des patrimoines des particuliers). Il faut aussi pour sortir de la crise réduire les interdépendances financières, renationaliser le financement des services publics. Il faut enfin généraliser les grands emprunts et le financement monétaire ; supprimer les marchés des changes et réduire le marché obligataire.
L'euro actuel procède d'une construction qui donne toute satisfaction aux marchés de capitaux et qui organise leur emprise sur les politiques économiques. Il n'y a pas de convergence structurelle économique des pays de l'Europe. L'Europe a produit des effets de polarisation spatiale en approfondissant la division internationale du travail. Les différentiels de production et de coûts n'ont cessé de se creuser entre les économies de la zone Euro sans qu'ils puissent être accommodés par des ajustements de change. La seule possibilité d'ajustement a été celle réalisée par les baisses de salaire et le chômage rebaptisés dévaluation interne. Il faut se libérer de ce carcan de la monnaie unique mais ce geste correspond, rien que cela, au démantèlement de la politique économique présente et à l'expulsion des investisseurs internationaux du champ de la décision. Cette transformation, il va sans dire, est naturellement impossible dans un cadre international (spéculation et crise à la clé), elle implique un retour nécessaire aux monnaies nationales. Frédéric Lordon, à ce stade de sa réflexion, envisage la possibilité forte intéressante d'une monnaie commune sans l'Allemagne qui offre la possibilité de dévaluations encadrées. Elle laisse exister les dénominations nationales (Euro-Franc, Euro-Lire, etc…) exprimées avec une certaine parité avec l'euro, monnaie commune, convertible sur tous les marchés avec toutes les devises externes (pas de marché intra européen ; parité par rapport à l'Euro monnaie commune ; ajustement par des processus politique ; balance des changes). Cette monnaie commune fait écran entre extérieur et intérieur (comme actuellement la monnaie unique) ; elle supprime les changes intereuropéens ce qui permet une stabilité interne des monnaies (comme actuellement la monnaie unique) ; mais elle autorise, en l'absence de transferts budgétaires puissants et de mobilité de la force de travail, les nécessaires ajustements intra-européens (à la différence cette fois de la monnaie unique).

Pour appliquer un tel programme, au point de destruction économique et sociale ou nous sommes, et surtout dans l'état de tétanie généralisée des gouvernements de droite décomplexée ou complexée (comprendre PS) – que l'on se rassure pas de complots, pas de grands soirs – il n'y a pas, nous dit Frédéric Lordon, d'autre alternative à la stagnation mortifère que le chaud d'une crise terminale. « Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément » écrit Spinoza dans une de ces lettres. Rions donc après cette lecture tout à fait éclairante au tout pour l'Europe, quoi qu'il en coûte, à l'Europe pour l'Europe …
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Athouni
  20 avril 2014
Frédéric Lordon a plusieurs vies de chercheur : d'abord économiste, il appartient désormais au département philosophie du CNRS mais, dans son cas, on aurait tort de cloisonner ces deux disciplines. Chez lui, la frontière a toujours été poreuse et les sciences humaines et sociales ont toujours irrigué ses travaux d'économiste, qu'ils portent sur les crises financières ou, naturellement, sur son programme de recherche spinoziste en économie. Pour celles et ceux qui voudraient en savoir plus, nous recommandons la lecture de son précédent livre "Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza" et/ou l'excellente interview réalisée par Judith Bernard pour "D@ns le texte" (une émission du site Arrêt sur images).
Alors que se profilent les élections européennes, "La Malfaçon" de Frédéric Lordon tombe à point nommé. Si vous ne lisez pas son blog, vous serez peut-être surpris par la radicalité des propositions (par exemple, en finir avec l'Euro) comme de la forme. Volontiers pamphlétaire, Frédéric Lordon n'y va pas avec le dos de la cuillère. Et il ne rate pas la cible : les européïstes béats de "la droite complexée" (le PS, en l'occurrence) comme ceux de la gauche alternative (économistes atterrés, Attac, etc). Pour ceux qui se disent de gauche et apportent encore du crédit à l'Europe sociale (qui ne viendra jamais) ou pire au parti socialiste (de droite), il faudra donc accepter de s'en prendre plein la figure...
Mais c'est bien à eux que ce livre s'adresse. Et le projet est bien celui d'un dessillement : faire voir l'impasse dans laquelle l'Europe sociale se trouve aujourd'hui, impasse au demeurant voulue, dûment inscrite dans les traités et surtout incompatible avec l'hégémonie allemande dont les intérêts et les lubies monétaires sont à mille lieux des nôtres. Dans ces conditions, Lordon refuse de s'interdire la sortie de l'Euro ! Car pendant qu'on nous promet l'Europe sociale, les peuples souffrent, et à long terme, on sera tous morts. L'auteur ne cache pas qu'une sortie de l'Euro créera des remous mais, n'y voit pas pour autant, une catastrophe, ni un repli nationaliste. Sur ce dernier point, il est remarquablement convaincant et mérite assurément d'être lu dans un monde ou l'alternative semble se résumer à la mondialisation ou bien la Corée du Nord.
Au delà des critiques, Lordon évoque la possibilité d'une monnaie commune entre certains pays et réaffirme le concept de "souveraineté populaire", indissociable selon lui de la démocratie et antidote aux récupérations par le FN des thèses de la gauche radicale (critique de la mondialisation, de la financiarisation de l'économie, etc.).
A la manière d'un Jacques Sapir, Lordon propose une sortie par la gauche de la crise européenne et tente de convaincre les électeurs de gauche encore attachés au rêve européen. Un livre aussi percutant que salutaire à l'heure où l'extrême droite progresse partout en Europe...
Lien : http://lecoutecoeur.wordpres..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
NabooNaboo   01 avril 2014
"Ce qui pèse le plus lourdement sur les conditions d'existence de la population, les politiques économiques, nous ne pouvons plus le discuter : les réponses sont déjà toutes écrites et enfermées dans d'inaccessibles traités.
C'est une monstruosité politique contre laquelle il faut redire que la démocratie consiste dans le droit irrécusable à la réversibilité, à la possibilité permanente et inconditionnelle de la remise en jeu, dans le cadre de la délibération politique ordinaire."
Marianne N°883 - 21/03/2014
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cprevostcprevost   31 décembre 2014
Cité par Frédéric Lordon de Bernanos :
"Jamais nous ne nous lasserons d'offenser les imbéciles"
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Vidéo de Frédéric Lordon
Frédéric Lordon : « La "start-up nation", c'est l'hôpital de jour » Un entretien de Daniel Mermet avec Frédéric Lordon (là-bas si j'y suis)
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