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Critique de IsaacDen


IsaacDen
  13 juin 2018
Publié en 1997, "Une guerre" est un roman policier qui brise des secrets d'Etat sur des événements survenus dix ans plus tôt : le bras de fer industriel caché derrière une série d'attentats. Ces événements, dont la part occulte est mise au jour, ne nous sont pas présentés suivant leur chronologie propre mais suivant celle de leur supposée découverte par une héroïne-narratrice, dont on ne sait rien, et dont le nom "Dominique Lorentz" pourrait bien n'être qu'un pseudonyme quand il se trouve aussi inscrit sur la couverture en guise de nom d'auteur.

La forme est celle des plus efficaces histoires de détective. L'écriture est dénuée d'affects, la narratrice est reine de l'hypothético-déductif, et ce qui est secret est présenté comme se logeant dans l'insignifiance quotidienne qu'il faut imaginer autre qu'elle semble pour le faire apparaître. La motivation de la narratrice aussi bien à faire ce qu'elle fait qu'à nous le raconter est un mystère total. Et puisqu'il(s) nous laisse(nt) supposer que ce qui est révélé n'est pas de la fiction, la motivation du ou des auteurs du livre pose question au-delà de la lecture.

Le livre semble toutefois suggérer, ruse des auteurs ou du destin, quelques clés de son propre déchiffrage. Plusieurs fois, la narratrice laisse entendre que ce qui relève du jugement de valeur ou du story-telling procède ipso facto du brouillage. Elle glisse aussi que les fuites sur le nucléaire sont toujours organisées. A bon entendeur ? La forme du roman policier adoptée pour "Une guerre" a été selon toute vraisemblance un prétexte pour rendre public le contentieux Eurodif, et le personnage de Dominique Lorentz pourrait bien n'être qu'un prétexte à l'écriture.

Outre Michel Baroin, dont les circonstances du décès servent d'amorce au récit, le livre est dédié à Jean-Henri de Saint Marc, lui aussi homme des intérêts français en Afrique et lui aussi mort dans un attentat lié au contexte du récit. Il est aussi dédié à Laurent Beccaria, lui-même un de Saint Marc, journaliste lors des faits sur lesquels enquête l'héroïne, neveu du secrétaire général du gouvernement à l'époque, et fondateur des Arènes pour publier "Une guerre". Son cousin Guillaume préside l'Association Française des Victimes du Terrorisme.

Aussi, qu'il faille louer ou se méfier de la démarche entreprise par Beccaria & co avec "Une guerre" reste indécidable. Et ça le reste que le contenu du livre soit en tous points véridique ou non, que "Dominique Lorentz" soit un personnage de fiction ou un pseudonyme. Car pour majeurs qu'ils soient à nombre de lecteurs, ces points sont secondaires : il suffit que les données sensibles révélées par ce roman policier-prétexte soit vraies pour que la question fondamentale de ce curieux objet devienne celle de la raison d'Etat, indécidable par essence.

Bien que le contexte d'écriture et de publication soit inconnu, on devine une lutte d'intérêts assez féroce (auquel le titre pourrait faire référence autant qu'aux événements qu'il décrypte) entre tout ou partie de l'appareil d'Etat et les défenseurs de la mémoire de gens ayant perdu la vie (quoi qu'on pense des intérêts qu'ils défendaient de leur vivant, du reste). On peut dans tous les cas encore apprécier du ou des auteurs le tour de force "littéraire", qui fait à mes yeux de "Une guerre" le meilleur des livres signés "Dominique Lorentz".
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