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Élizabeth D. Inandiak (Collaborateur)
EAN : 9782221106587
270 pages
Robert Laffont (09/10/2008)
4.22/5   38 notes
Résumé :
" J'ai vécu comme je l'ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. "
Auschwitz en 1944, Saint-Germain-des-Prés en 1950, Pékin en 1968 : une vie de désordre, de provocations et d'aventures brûlantes.
Le matin de ses soixante-dix-huit ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, calcule que 7 et 8 font 15 : quinze ans, son âge lors de sa déportation au camp d'Auschwitz-Birkenau. Elle contemple les objets de sa maison, qui réveillent ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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"Comme Imre Kertész, j'ai envie de dire : "Vous voulez entendre l'horreur, ça vous plaît ? Eh bien, je vais vous raconter autre chose". Parce que les gens ne nous demandent pas comment nous avons vécu pendant tout ce temps-là. Ils nous demandent : "Raconte-moi les horreurs. Ils te battaient ? Et comment ? Et qu'est-ce qu'ils te faisaient ?" La seule question de ma mère, c'était : Est-ce que tu as été violée." La seule chose qui vous intéresse c'est l'horreur. Mais ça suffit. Vous ne comprendrez rien, vous ne voulez pas comprendre, vous ne faîtes pas l'effort. Et l'horreur que je vous décris, ce n'est pas l'horreur, pour vous, puisque ça vous régale. Autant vous parlez du bonheur des camps".

Voilà ! Ça c'est dit ! Maintenant vous pouvez ouvrir ce livre et mesurez la force incroyable de ce petit bout de femme ! Elle en a fait grincer des dents, Marceline, jamais la langue dans sa poche, toujours un mot plus haut que l'autre. Rebelle et indignée. C'est peut-être cela sa revanche, prendre toutes les libertés, même et surtout, celles qu'on lui refuse...

Elle évoque ses souvenirs, les hommes de sa vie, ses combats et bien sûr les camps. C'est une révoltée, une rebelle, Marceline. Insaisissable, toujours en mouvement : une valise toujours prête au cas où, ses marches folles jusqu'à l'épuisement et ce désir de foutre le camp ! "Oui, foutre le camp, comme dit Myriam dans la petite prairie aux bouleaux", ce film qu'elle a tourné avec Anouk Aimée que j'aimerai tant découvrir... Et cette femme après la projection qui lui demande si elle en a fait exprès d'utiliser cette expression "foutre le camp". "Vous vous rendez compte ?" Non elle ne s'était pas rendu compte...

On connait tous son amitié pour Simone Veil : les pages qu'elle lui consacre sont emplies de sobriété et de pudeur. On y découvre Simone comme elle aimait la raconter. Et d'autres anonymes également, auxquels elle tente de rendre justice, avec cette peur et cette tristesse que sa mémoire n'y suffise plus...

L'âge lui vole ses souvenirs, elle s'en plaint à la fin du livre, mais certainement pas sa détermination et son indignation ! Ma vie balagan n'est pas un mémorial où reprendrait vie ceux qui ne sont plus, ma vie balagan est une formidable ode à la vie, à la détermination et à cette ténacité qui fait que vivre, c'est ne rien lâcher, ne pas plier. Tenir bon ! Toujours !

"Je pense que la mort arrive à un moment du chemin où ça va comme ça. Ça suffit. Mais je n'en suis pas sûre non plus. Il y a des gens qui ont très peur de mourir. Moi, je ne peux pas dire que je n'ai pas peur. J'aimerai encore simplement être. C'est tout. Pas faire. Être."


Lien : https://page39web.wordpress...
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"Toujours le camp vous rattrape". (p.139)

"On n'en sort donc jamais. On y revient toujours". (p.243)

C'est sur ces "préceptes" qu'est construit le récit des mémoires de madame Marceline LORIDAN IVENS qui, à l'aube de son 78ème anniversaire, se lance dans une rétrospective de sa vie (ou de ses vies devrais-je dire).

Chaque objet (1 valise, 1 tableau), chaque évènement (1 exposition), chaque lieu (le quartier du sentier à Paris, le hammam)... ramènent Marceline au camp, comme 2 vies parallèles (la vie du camp, et la vie en-dehors du camp).

Je viens d'achever la lecture de ses bouleversantes mémoires, que j'ai lues avec parcimonie, petits bouts par petits bouts, tant la lecture en est éprouvante.

Je connais le terrible épisode historique de la Shoah, mais narré par Marceline, il prend une dimension toute autre.

Agée de 15 ans, Marceline est arrachée à sa famille (en même temps que son père) pour être déportée jusqu'à Auschwitz Birkenau.

Comment est-elle parvenue à trouver suffisamment de force et de courage afin de parvenir à survivre de longs mois aux horreurs quotidiennes de la vie au sein des camps : la soif, la faim, la maladie, la mort au quotidien, les violences, les humiliations et les brimades incessantes des allemands..

Elle le raconte par bribes, au gré des rencontres et des amitiés nouées au sein des camps. Marceline distille quelques informations au fil du récit : des choses très personnelles bien sûr, mais surtout très factuelles et jamais racontées sur le ton de la plainte.

Avec l'avancée des troupes russes, et la défaite annoncée des allemands, elle sera de nouveau déportée vers l'est, de plus en plus loin de la France.

Sa déportation s'achèvera en Tchécoslovaquie, dont elle parviendra à s'échapper. Elle regagnera la France après avoir traversé une Europe en ruines, totalement dévastée par la guerre, pour retrouver une mère peu soucieuse du traumatisme qu'elle a vécu, et uniquement désireuse de savoir si oui ou non sa fille a été violée (auquel cas toute possibilité de mariage serait anéantie).

Marceline ne peut rien raconter de ce qu'elle a vécue, ne peut pas témoigner de ce qu'elle a vu puisque personne ne croit ce que les revenants/survivants des camps peuvent avoir à dire.

Marceline va devenir, selon ses propres mots, "une sauvageonne" (on le serait à moins..) : elle fréquente les nuits parisiennes, adhère au parti communiste, soutient la dépénalisation de l'avortement, devient porteuse de valises pour le FLN....

Toujours avide de culture, de lecture, de rencontres, de découvertes, Marceline va faire des rencontres qui vont peu à peu lui permettre de trouver une voie, jusqu'à sa rencontre avec Joris IVENS avec qui elle réalisera de nombreux films ( sur la guerre du Vietnam et la révolution culturelle chinoise entre autres..)

Elle consacrera une grande partie de sa vie à dénoncer la tyrannie des hommes et l'oppression des plus faibles, toujours hantée par sa propre histoire.

De son propre aveu, il lui faudra de longues années pour comprendre qu'il est indispensable de continuer à transmettre "la culture juive" sans quoi "Hitler a gagné"; ce qu'elle fait admirablement avec ce livre dans lequel elle évoque la "Mitteleuropa" (la culture juive d'Europe centrale, la culture juive de ses origines polonaises).

Un livre édifiant.

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Je suis donc assise sur mon petit banc à essayer de démêler mon collier. C'est balagan. Balagan, en hébreu, cela veut dire le bordel, la carta. le collier lui même est balagan, fait de bric et de broc, de faux brillants tout mélangés, bizarre. Il n se ferme pas, il faut le nouer, et après cela, il est tout embrouillé, je ne peux plus le dénouer. Mais finalement, il est bien comme ça. Balagan. Ma vie elle-même est balagan.

Marceline Loridan-Ivens née Rosenberg, soixante dix-huit ans revient sur sa vie. Pas de façon chronologique comme sur un CV mais en suivant le fil des souvenirs qui reviennent.

Le 29 février 1944, Marceline quinze ans est arrêtée par la Gestapo puis déportée à Birkeneau. 1945, fin de la guerre, Marceline a survécu et est revenue. Pas son père. Elle retouve une mère qui ne veut pas qu'elle parle de « là-bas », "l'antisémisme était très fort après la guerre" et on ne parlait pas de ce qui était arrivé aux Juifs. Chez Marceline, il y a chez cette formidable envie de vivre et de croquer la vie. Marceline s'amuse et danse à Saint Germain. Puis, un premier mariage et un divorce. Femme engagée, durant la guerre d'Algérie, elle aidera le FLN. Plus tard, elle rencontre avec le cinéaste Joris Ivens de trente ans son aîné. Un second mariage. Ils iront au Vietnam sous les bombardements puis en Chine réaliser des films malgré le contexte politique. Femme avide de liberté, elle parle également sans tabou du suicide son frère Marcel et de ses démons qui l'ont conduit à deux reprises à vouloir mettre fin fin à ses jours.

En toute simplicité, elle explique ses choix de femme.

Je n'ai pas d'amertume, ni de regret. Je nerenies pas ce que j'ai fait. J'assume mes erreurs, mes dérives, je les inscris à chaque fois dans mon chemin et dans l'histoire d'une époque à laquelle laquelle j'ai été très mêlée.

Pas d'apitoiement dans ce livre ! Au contraire, il s'en dégage un dynamisme sur fond d'humour. Même si quand elle parle de sa déportation et des conditions au camp, c'est dur, très dur.

Ce n'est pas une leçon de vie qu'elle nous fait. Non, elle raconte juste sa vie balagan ...

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Ma vie balagan, c'est la biographie de l'illustre Marcelline Loridan Ivens. Pourquoi Balagan ? Car en hébreu, « balagan » c'est chamboulé, désordonné. Un peu comme le fut la vie de Marceline. Cette biographie est construite autour de deux éléments fondamentaux pour elle. Les camps, qu'elle conserve en elle physiquement et surtout psychologiquement. Elle ne s'en est jamais remise. Dans le fond, sa vie est déterminée par cette douloureuse expérience. Puis la sortie du camp de Bergen-Belsen et sa réinsertion difficile dans la société d'après-guerre. C'est l'époque où elle rencontre le cinéaste Joris dont elle deviendra éperdument amoureuse. Et c'est cette rencontre qui concrétisera son rêve de cinéma mêlé de voyages et de rencontres. Avec lui, elle s'embarque en Asie, celle des révolutions communistes. Ils tentent alors, tous deux, d'en être les témoins même s'ils arrivent à entendre les silences, les non-dits d'une révolution qui cache d'autres atrocités.

L'écriture est simple malgré la brutalité de l'expérience. On y vit les questionnements d'une dame qui estime avoir bien vécue. Une dame brisée par l'horreur des camps et des tâches qu'elle était obligée d'exécuter comme creuser des fosses toujours plus grandes pour y enterrer les dizaines de milliers de Juifs hongrois lors de l'été 44. Brisée également par la disparition prématurée des membres de sa famille. Son père d'abord, puis son frère, sa soeur, et bien d'autres. C'est aussi l'histoire d'une dame pour qui la vie doit être vécue pleinement. Car, on le voit, cette femme a du caractère et un côté très anar (elle nous avoue, en fin d'ouvrage, fumer, à son âge avancé, de l'herbe). Et c'est son côté très libéré qui l'a lié d'amitié pour Simone Veil, autre rescapée de Bergen-Belsen.

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Marceline Loridan-Ivens, c'est la petite tante qu'on aimerait avoir. Son livre "Ma vie balagan" est une conversation parfois interrompue, parfois décousue, sautant du coq à l'âne (les pétards aidant), s'égarant dans les méandres d'une vie aux multiples aventures. Les parents polonais, l'enfance voyageuse dans différentes régions de France, la déportation à l'adolescence, pierre angulaire sur laquelle la vie sera construite et qui détruira la famille, Paris et les années d'après-guerre, Saint-Germain des prés, deux mariages, dont l'un avec un homme tant aimé, cinéaste et sinophile. Et les considérations sur sa judéité, la culture juive qu'il ne faut pas perdre pour ne pas faire gagner les nazis, sa mère, le retour à Auschwitz, les amis ...

C'est un livre qu'on ne lâche pas, malgré son côté "balagan". Ce livre n'est pas (que) un témoignage, c'est le livre d'une dame attachante, qu'on a envie d'écouter pendant des heures, avec un franc-parler qu'ont seules les personnes âgées ou les personnes qui ont beaucoup souffert.

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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation

Je me souviens de leur violence, de la brutalité des interrogatoires. Je me souviens (...) de l'accablement de mon père qui souffre des coups reçus et des claques que je reçois, du milicien qui veut me violer. Je me souviens de mes cris. Je me souviens de cet officier allemand surgissant en hurlant : "C'est interdit de toucher à cette sale race." Je me souviens de cette horrible phrase qui me sauve.

(...)

ça m'aide à en parler. Car en parler, c'est comme y retourner. Même si j'y suis toujours. Mais à qui puis-je le dire ?

(...)

Nous avons toutes fait des trucs (...) Mais je ne suis coupable de rien. Ce sont eux les coupables.

(...)

J'ai essayé de me fondre dans l'universalité d'une gauche qui croyait qu'on pouvait changer le monde (...). Longtemps j'ai pensé qu'un révolutionnaire était nécessairement bon (...). J'étais naïve.

(...)

avoir assisté à l'extermination et ne pas vouloir rester juive, c'est admettre que Hitler a gagné (...) parce que je suis juive et que je les emmerde. Cette fois, c'est moi qui me définis, ce ne sont pas les autres qui le font.

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Quand on est âgée, et qu'il n'y a plus d'enjeux avec les hommes, c'est merveilleux. Ce n'est pas qu'il ne puisse pas y en avoir, mais ce n'est pas essentiel, c'est tellement secondaire. Le jour où descendue dans la rue, je me suis aperçue qu'on ne me regardait plus, j'ai été contente: me voilà enfin libre de moi-même, non plus soumise à des pulsions qui m'entraînaient dans des histoires abracadabrantes. (p10)

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"C'est un rêve.

Je suis dans une ville, je ne trouve plus mon hôtel. J'ai une valise à la main. Pourquoi ai-je une valise ? Je ne sais pas. Je ne connais pas la ville. J'arrête des gens, sur la place, je leur parle, ils ne comprennent pas ma langue, je ne comprends pas la leur, ils rient, ils s'en vont. Je me perds de plus en plus en cherchant mon chemin. Je grimpe la pente d'une énorme montagne en tirant cette valise, et plus je monte, plus la valise est lourde. Personne ne m'aide...[...]

Je vis sous le signe des valises. Les valises qu'on emporte rapidement. Celles que nous avons dû abandonner à l'arrivée du camp, celles qui se sont accumulées à Auschwitz, avec leurs étiquettes et leurs noms. Les valises que l'on fait pour partir avec un homme, longtemps, dix-sept valises. Je croule sous les valises. Je dois toujours me retenir d'en acheter."

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"C'est un rêve.

Je suis dans une ville, je ne trouve plus mon hôtel. J'ai une valise à la main. Pourquoi ai-je une valise ? Je ne sais pas. Je ne connais pas la ville. J'arrête des gens, sur la place, je leur parle, ils ne comprennent pas ma langue, je ne comprends pas la leur, ils rient, ils s'en vont. Je me perds de plus en plus en cherchant mon chemin. Je grimpe la pente d'une énorme montagne en tirant cette valise, et plus je monte, plus la valise est lourde. Personne ne m'aide...[...]

Je vis sous le signe des valises. Les valises qu'on emporte rapidement. Celles que nous avons dû abandonner à l'arrivée du camp, celles qui se sont accumulées à Auschwitz, avec leurs étiquettes et leurs noms. Les valises que l'on fait pour partir avec un homme, longtemps, dix-sept valises. Je croule sous les valises. Je dois toujours me retenir d'en acheter."

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Savoir vieillir, c'est savoir faire son chemin jusqu'au bout. Le bout, on le connait, il n'y a pas de bout. Alors c'est le chemin qui compte. (p40)

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Videos de Marceline Loridan-Ivens (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marceline Loridan-Ivens
Rencontre avec Frédérique BerthetFrédérique Berthet a publié en 2018 aux éditions P.O.L La Voix manquante – texte qui retrace l'apparition fugitive et inoubliable de Marceline Loridan dans Chronique d'un été de Jean Rouch et Edgar Morin. Ce film de « cinéma-vérité » évoque les souvenirs poignants de la déportation de Marceline. La Voix manquante raconte les coulisses de ces images. Frédérique Berthet a reçu pour La Voix manquante le Prix du livre de cinéma 2018 décerné par le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC).Rencontre animée par Alexia Vanhee
>Histoire de l'Europe depuis 1918>Seconde guerre mondiale: 1939-1945>Histoire sociale, politique, économique (169)
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