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Critiques sur Les désenchantées (12)
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NMTB
  16 octobre 2017
Un roman publié en 1906 qui trouve encore des échos un siècle plus tard. Sur la forme, il contient des procédés propres à l'autofiction. Même si Pierre Loti affirme que « c'est une histoire entièrement imaginée », elle est tout de même inspirée par un fait réel auquel il a été mêlé (on en trouve très vite les tenants et les aboutissants sur internet, et même des photos dont il est question dans le roman). S'il a beaucoup réarrangé l'affaire en une histoire dramatique, en même temps simplifiée et élargie, le coeur du sujet reste la condition des femmes musulmanes, mais il pourrait aussi bien s'agir d'un roman sur les beautés moribondes d'Istanbul et de l'Islam ou sur un homme vieillissant qui hésite à faire revivre le fantôme de son amour.
André Lhéry, le double romanesque de Pierre Loti, est un auteur de roman à succès, quinquagénaire, un peu vaniteux et particulièrement apprécié par les femmes. Il connait bien la Turquie pour l'avoir visitée dans sa jeunesse, il la considère comme sa deuxième patrie. Trois jeunes musulmanes de la haute société l'admirent et prennent contact avec lui. Elles sont jeunes, rebelles, déjà très européanisées, et elles ressentent douloureusement l'oppression de la religion. Il faut préciser que la Turquie d'hier n'a rien à voir avec celle d'aujourd'hui, le poids de la religion était encore important et les droits des femmes restaient limités : Voile intégral obligatoire (le tcharchaf), mariages arrangés dans les classes aisées, harems (même si ce n'était plus que des gynécées) et quelques restes de polygamie, c'était le lot des femmes turques.
André Lhéry voit déjà des changements entre la Turquie qu'il a connu dans sa jeunesse et celle du début du vingtième siècle, il constate une occidentalisation, loin de ses vieux rêves exotiques. Il aime les mystères de l'Islam (et le voile des femmes en est un aspect), il préfère la retenue des musulmans à l'agitation européenne, le recueillement autour du narguilé plutôt que les débordements alcooliques, bref le côté asiatique d'Istanbul, alors qu'il loge du côté européen. Toutes les descriptions d'Istanbul sont évidemment très belles, pleines de tristesse et de mélancolie sur le temps qui passe. André Lhéry, un total incroyant, prend clairement parti en faveur d'un Islam traditionnel, à jamais impénétrable, plutôt que l'occident progressiste. Pourtant il est sensible à l'appel des trois jeunes filles qui lui demandent finalement d'écrire un livre sur ce qu'elles subissent.
La faute de leur mal-être, il l'impute clairement à l'Occident et pas à l'Islam. L'Islam tenait les femmes dans un doux sommeil bienheureux et l'Occident les a réveillées pour leur plus grand malheur, voilà sa manière de penser. André Lhéry est un homme de sensation plus que de conception. Il ne trouve rien à redire à l'esclavage, par exemple, car il constate que les esclaves dans la haute société turque sont mieux traités que les domestiques en Europe. de la même manière, il est davantage touché par la souffrance de ses trois amies musulmanes, comme des jeunes femmes dans une situation inconfortable, plutôt que par le concept de leur « esclavage ».
Alors certes Pierre Loti, dans Les Désenchantées, se fait en quelque sorte le porte-voix des musulmanes qui voudraient se libérer des vieilles traditions, mais il ne le fait pas avec une grande conviction. On en arrive à se demander si les plaintes de Djénane ne sont pas plus les plaintes d'une jeune fille mal aimée que celles d'une musulmane opprimée. Il éprouve au moins une certaine mélancolie à les voir se diriger vers les ennuis, mais comme quelque chose d'inévitable, comme un père regarde son enfant grandir et s'éveiller. Avec ce roman, il donne l'impression d'avoir fait le travail promis, fait avec sincérité mais pas forcément de bonne grâce.
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JacquesBonhomme
  23 mai 2019
Quand on est pas un homme de plus de 130 ans, ou un psychanalyste spécialisé dans le fétichisme du tarbouche, ou les deux, il n'est peut-être pas évident de goûter spontanément le charme de ce livre. Je crois qu'il témoigne d'une charmante ambiguïté surannée.

Au milieu de belles images - comme toujours chez Loti le style est remarquable - on navigue dans une certaine torpeur entre la fascination érotique du harem, le regret de contempler cet Orient éternel condamné bientôt à se perdre dans la modernité, la défense des valeurs de cet Orient éternel,... et néanmoins, avec le complexe de supériorité de l'Occidental grand teint, une certaine critique de la claustration des femmes.

Pour toutes ces raisons ce livre d'un autre lieu géographique, temporel et moral peut être aussi agaçant qu'il est hypnotique. En tout cas ce livre du retour en Turquie me paraît bien plus réussi qu'Ayizadé, l'ouvrage auquel Les désenchantées répondent des années plus tard.
Êtes-vous déjà tombé amoureux d'une esclave circassienne?
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tilly
  13 mars 2010
Court et délicieux séjour à Antalya... presque trente ans après un premier séjour en Turquie.

Dans l'avion à l'aller je lisais avec plaisir Les Désenchantées (sous titré : Roman des harems turcs contemporains) de Pierre Loti.
Étonnant bouquin paru en 1906.

Une histoire d'amours et d'amitiés contrariées par les traditions, la société et les religions, entre un écrivain français cinquantenaire diplomate en poste à Istanbul (le double littéraire de Loti évidemment), et trois belles jeunes femmes voilées de la haute société stambouliote.


Cette histoire orientalisante attachante et remarquablement documentée, sert de prétexte pour un réquisitoire féministe réaliste, toujours d'actualité dans de nombreux pays d'orient, et la dénonciation de la condition de la femme musulmane en Turquie, avant Atatürk.

Bruno Vercier et Alain Quella-Villéger, les deux préfaciers de l'édition 2003 chez Aubéron, rendent hommage à l'actualité remarquable de l'oeuvre littéraire de Loti :

“Oeuvre étrange à plus d'un titre, tout à la fois ancrée dans son époque et annonciatrice de recherches plus proches de la notre : ces personnages en quête d'auteur, ce roman dans le roman, cet alliage indécidable de vérité et de fiction, tout cela, qui ne pouvait que passer inaperçu à la publication, fait des Désenchantées un livre tout à fait moderne, comme le sont d'ailleurs aussi Aziyadé ou Mon frère Yves. A sa manière quasi naïve, Loti participe du renouvellement des formes du récit. A sa manière, il participe à l'invention de la littérature contemporaine.”

Dans Visage de Turc en pleurs, voici ce que Marc-Edouard Nabe dit de Pierre Loti :

""Autobiographe très intelligent, grande âme aux antennes infaillibles, pur et pas naïf, délirant déchirant, cet auto-clown à la Toulouse-Lautrec et académicien par timidité (comme Claudel) cachait - ou plutôt effaçait - un subversif roué aux plus subtils décalages des formes. Là est son raffinement."
Lien : http://tillybayardrichard.ty..
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IreneAdler
  15 septembre 2017
Au crépuscule de sa vie, revenir sur les lieux enchanteurs (enchantés ?) de sa jeunesse. Y être attiré par une lettre, par le fantôme de son amour de jeunesse, mort et enterré depuis 25 ans... Voir en 25 ans les évolutions de l'éducation des femmes turques, mais pas de leurs conditions de vie...
C'est à un voyage doux-amer, bercé par le Bosphore et la nature truque, dans la déjà très animée et très calme (oui, en même temps) Stamboul. C'est suivre de longs voiles noirs, pour essayer d'en percer le mystère et la tristesse.
C'est vivre encore une fois, avant de, doucement, s'éteindre.
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Cello
  13 avril 2015
J'ai tremblé en lisant ce livre comme ces femmes qui sortaient de leur harem de jour ou de nuit et qui se faufilaient dans les ruelles. C'est étonnant car saviez-vous que Pierre Loti a été manipulé à Constantinople, "Mais ce que Loti ignore alors - et il l'ignorera toujours -, c'est que l'essentiel de ces témoignages (...) de la prise de conscience des femmes musulmanes pour le droit à l'émancipation, est produit par une femme française (...)" Vous pouvez lire le livre "le secret des Désanchantées"
Lien : http://www.bibliomonde.com/l..
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AnitaMillot
  21 mai 2018
Les désenchantées, ce sont trois jeunes turques : Djénane, Zeyneb et Mélek, âgées de seize à vingt et un ans au début du récit, éduquées comme des européennes mais paradoxalement enfermées dans un harem, pour leur plus grand malheur.
Djénane, la plus hardie des trois, écrira en avril 1901 à leur écrivain français favori, André Lhéry dont elle est secrètement amoureuse, persuadée - à tort - de ne jamais recevoir de réponse.
En 1904, André Lhéry, homme mûr en poste à Istanbul, rencontrera régulièrement en cachette les trois courageuses adolescentes (dont deux seront mariées de force par leurs familles), jusqu'au jour funeste de son retour en France, fin 1905.
Une magnifique et tragique histoire romanesque, qui nous fait découvrir la terrible condition des femmes turques, traitées comme des odalisques, choyées à outrance lorsqu'elles sont riches, mais emmurées vivantes dans leur propre maison …
Pierre Loti, nous offre ici un chef d'oeuvre qui nous enchante par la finesse de son écriture si poétique et par la force des sentiments exprimés.
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DonaSwann
  18 juin 2016
C'est un très beau roman qui a eu un grand succès au moment de sa sortie et je devine bien pourquoi. Outre des personnages féminins très attachants, à la fois forts, doux et pathétiques, l'exotisme éblouit de page en page, spécialement dans les passages descriptifs, ceux des promenades en caïque sur le Bosphore, par exemple. Malheureusement, vers la fin, les mêmes recettes, répétées sans qu'il y ait d'intérêt narratif à cela, finissent par lasser et je me suis surprise à sauter des paragraphes qui me donnaient par trop l'impression de déjà-lu.

Un Occidental parlant de l'Orient, notamment des coutumes des harems... je craignais le pire ! "Tintin à Istamboul"... un truc dans le genre (je n'ai jamais lu de Loti auparavant). En réalité, en dehors de diatribes répétées et xénophobes contre les Levantin(e)s et les Pérotes, coupables de vulgarité, j'ai trouvé Loti extrêmement ouvert, sincèrement amoureux du peuple turc (et pas seulement de ses belles odalisques, qui n'en sont que des émanations) et défenseur de l'islam et des commandements du Prophète : au sujet des femmes, il n'aurait jamais souhaité leur oppression, mais seulement leur protection ; les siècles en décidèrent autrement.

On sourit de l'identification Lhéry/Loti, homme vieillissant, s'offrant dans une idylle épistolaire avec une jeune et ravissante jeune femme la réparation de ses émotions de jeunesse... Mais je ne souris sans doute qu'à cause de la cruauté de celle qui n'y est pas encore... Sans doute est-ce plutôt émouvant.

Cf. note de lecture intégrale sur mon blog.
Lien : http://aufildesimages.canalb..
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Electre451
  23 mai 2019
J'arrive péniblement au bout de ce roman. Pourtant, le style travaillé, le cadre exotique, le sujet (par ailleurs très bien traité et documenté, surtout pour l'époque)... il y avait beaucoup de choses pour me plaire, mais cela traîne vraiment en longueur (la première fois qu'il décrit un champs de bruyères roses, j'ai trouvé cela poétique, mais au bout de la quatrième fois où on reparle des bruyères, on se lasse -idem pour tout un tas d'autres décors et de scènes qui se répètent encore et encore avec d'infimes variations). Avec une centaine de pages de répétitions en moins, j'aurais beaucoup aimé ce roman.
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Salix_alba
  31 mai 2018
Premier sentiment, un plaisir indicible à lire ce "doux" pamphlet sur les harems en Turquie du début du XXe siècle.

Il est certain que Pierre Loti, au travers de ses différents voyages, fut un adepte inconditionnel de ce pays. Succombant sous le charme de ces paysages (Constantinople devenu Istanbul dès 1930), de ces effluves des marchés du port, des couleurs naturelles des différentes végétations.

Or donc, Notre héro tombe amoureux d'une jeune femme turque dans un harem. Des femmes voilées au dehors, mais occidentalisées dans leurs murs. Les rencontrer, leur parler, voici dorénavant son but dans cette ville. Il en fera son obsession, Mais peut--t-on vivre une idylle avec de "petits fantômes noirs" dans une société où la liberté des femmes n'existe pas? Quel devenir pour celle-ci?

Le chemin sera long pour La liberté de la Femme...
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Livrepoche
  19 avril 2018
Voila un roman/récit pour le moins intrigant à beaucoup de points de vue. Les Désenchantées de Pierre Loti interroge d'abord sur les parallèles entre la biographique et le romanesque. Peut-on parler d'écrivain aventurier comme Ernest Hemingway ou Jack Kerouac? Je ne pense pas car Pierre Loti semble être tout d'abord un militaire de carrière qui s'est servi de ses nombreux voyages et expatriation pour écrire. Drôlement bien écrire.

La qualité littéraire de Les Désenchantées est indéniable. Pierre Loti nous fait voyager dans la Constantinople (Istanbul), sa Constantinople en pleine mutation, une ville qu'il a beaucoup aimé pour avoir aimer l'une de ses habitantes. Il raconte les harems, assez loin de l'image que ce nom suggère.

Entre le descriptif et l'incarné, Pierre Loti dresse le portrait des harems turcs contemporains (sous titre). Il contourne la difficulté de restituer la voix de ses femmes (forcement rare) avec l'insertion de lettres reçues. Bien équilibré, Les Désenchantées est d'une nostalgie touchantes et se lit tranquillement, comme une navigation sur le Bosphore.
La suite sur le blog…
Lien : http://livrepoche.fr/les-des..
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