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ISBN : 2081310449
Éditeur : Editions Arthaud (13/11/2014)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Officier de marine, écrivain, poète et grand voyageur, Pierre Loti s'est inspiré de ses escales exotiques pour composer une oeuvre abondante et colorée. Dès 1883, il découvre l'Asie à Singapour, et en tirera outre Une relâche de trois heures, deux textes sur l'Annam, Un vieux missionnaire d'Annam et Trois journées de guerre en Annam. Embarqué sur la route de la Chine, en 1885 et en 1900, il fait un voyage au Japon qui lui inspirera nombre de textes pérégrins, dont J... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
marine_lfgn
  01 août 2016
Quoi de mieux que de s'embarquer dans un carnet de voyage pour les vacances ? Et pas n'importe lequel, puisque j'ai choisi de découvrir l'Asie avec le recueil des Voyages en Extrême-Orient de Pierre Loti. Grande figure française, écrivain, officier de marine et grand voyageur, cet homme qui représente aujourd'hui une légende est allé visiter les quatre coins du monde, dont les découvertes ont été consignées par l'auteur avec tant de scrupules qu'elles rassemblent de nombreux textes, donnant une oeuvre très dense. Aventurier à la recherche d'autres sensations, féru d'exotisme, Pierre Loti m'a aussi laissée entrevoir une autre facette de sa personnalité, peut-être moins connue car moins glorieuse, une certaine condescendance dans le statut de colon, qui lui permettait de pénétrer dans tant de lieux inconnus et sacrés, et surtout un racisme envers cette « race jaune » qui lui déplaît tant, et qu'il ne peut s'empêcher, surtout au Japon, de bafouer.
Du racisme ordinaire
Pourquoi on aime Loti ? On aime et on admire sans doute sa curiosité atypique pour l'Ailleurs, le personnage intrépide qu'il fut. Pourtant, lors de ma lecture de Japoneries d'automne, qui regroupe des textes issus de ses cinq voyages au Japon, entre 1895 et 1901, je n'ai pu que tomber des nues en constatant sa propension à critiquer les Japonais… Il ne fait aucun doute que la culture japonaise ne sied pas à Loti, au-delà du simple fait qu'elle est obscure pour tout occidental. Tout en reconnaissant l'abîme qui le sépare des Japonais et qui crée une inévitable incompréhension lors de la confrontation entre les deux cultures, Loti se pose en figure de colon, donc de supériorité face à la « race jaune », comme pour se rassurer en lui-même, contre ce qu'il ne comprend pas. On est bien loin de la vision béate de l'occidental à la découverte de l'Autre. Lui se moque, sans cesse (et c'est insupportable, à force, vraiment), insiste sur l'altérité qui les sépare. Les Japonais font toutes sortes de « singeries », d'ailleurs les hommes sont des singes, et les femmes des guenons. Outre le fait d'animaliser ce peuple, il faut aussi qu'il blasphème, car leurs divinités, trop représentées et semblables à des « gnomes », fait sombrer les Japonais dans des « débauches d'idoles ». Avec quel mépris s'amuse-t-il à les tourner en ridicule ! L'architecture ne convient pas non plus aux goûts du monsieur ; en se moquant de leurs maisons aux parois très fines de papier, leurs « jardinets » soignés, leur goût du minimalisme et de la propreté, il dédaigne leur conception de la pureté. Selon lui, le pays est de toute manière enfermé, à l'heure de ce dix-neuvième siècle finissant, dans des traditions désuètes qui appartiennent à un temps révolu. Et, alors qu'il fait la critique de tant de manières « vieillottes », il ne peut pas supporter la vue de japonaises occidentalisées sans avoir l'irrésistible envie de rire, et regrette qu'elles ne tiennent pas plus à leurs valeurs traditionnelles… D'ailleurs, il y a dans ces Japoneries d'automne une idée constante : celle que les Japonais veulent rompre avec leur culture, comme s'ils trouvaient tous d'un même point de vue l'Occident supérieur de modernité… Mais cela est confondre ses propres opinions avec celles de ce peuple qu'il a davantage interprété qu'étudié. « Toute cette servile imitation, amusante certainement pour les étrangers qui passent, indique dans le fond, chez ce peuple, un manque de goût et même un manque absolu de dignité nationale ; aucune race européenne ne consentirait à jeter ainsi aux orties, du jour au lendemain, ses traditions, ses usages et ses costumes, même pour obéir aux ordres formels d'un empereur. » Certes, le racisme évident de Loti doit être assorti de son contexte, sans lequel on ne peut pas en deviner son caractère banal, à l'époque des colonies. Mais j'ai pour ma part été dérangée par tant d'insultes, même si en remuant cette période de l'Histoire, il est évident que l'on découvre chez de nombreux autres écrivains une même condescendance envers les étrangers.
Des témoignages précieux
Si je trouve très décevants ses récits japonais, Pierre Loti rend tout de même compte d'un pays en passe de s'industrialiser, mais très loin d'être la grande puissance que l'on connaît aujourd'hui. On se rend mieux compte de la présence européenne et de son incroyable influence. Ce qui m'a le plus marqué, dans ce témoignage, est le renoncement qu'est en train d'effectuer le Japon à l'heure du colonialisme. Renoncement à certaines traditions, empreintes d'un mystère que l'ouverture sur le monde dévoile impudiquement. Lorsque Loti fait le récit de cette cérémonie de l'impératrice « Harou-Ko » dans « L'impératrice Printemps » (l'impératrice douairière Shōken), une cérémonie à laquelle il est convié, il dépeint avec beaucoup de finesse le discret chagrin de cette souveraine accueillant à sa table ces étrangers, quand elle ne devrait pas apparaître, comme toutes ses prédécesseures, devant d'inopportuns convives, devant rester dissimulée dans son palais et se montrer rarement face à son peuple. Ce sont en effet des événements de la grande Histoire, et l'auteur sait se montrer d'une objectivité courageuse lorsqu'il relate les faits qui ont eu lieu lors du débarquement des Français en Annam (territoire de l'actuel Viêt Nam) en 1893. « Trois journées de guerre en Annam » témoigne en effet avec véracité de la cruauté des troupes françaises et alliées débarquées sur ce Protectorat d'Annam… Des passages accablants pour le gouvernement français, qui font scandale. Les derniers jours de Pékin rend compte de l'horreur perpétrée par les Européens et qui semblait conduire au déclin de la Chine. Un saut extraordinaire dans le temps, où cette province arriérée du monde, colonisée, dominée sous l'influence étrangère, violée jusque dans ses tombeaux sacrés, tente de se remettre sur pieds, vaille que vaille, quitte à fraterniser avec l'ennemi… L'écriture use de formules et de termes redondants, ne s'arrête pas devant quelques facilités de langage, mais on ne peut pas nier qu'elle parvient dans ses descriptions, – non sans quelques rapprochements avec des visions que nous connaissons d'ici, avec des analogies avec certains paysages de France – à donner une vraie idée des splendeurs d'Asie. Mais le plus beau récit est peut-être Un pèlerin d'Angkor, dans lequel l'écrivain voyageur replonge dans son enfance, lorsqu'il rêvait d'aventures en contemplant une photographie des ruines d'Angkor, au Cambodge. S'en suit un voyage durant lequel le rêveur d'autrefois achemine son destin vers ce qui reste de l'Empire khmer ; et il retourne en France, dans son grenier d'antan, les cheveux grisonnants, comme il l'avait toujours imaginé, et la boucle est bouclée.
Périples inouïs que sont ces Voyages en Extrême-Orient ! L'auteur déroule devant nous des lieux de magnificence, souvent vus pour la première fois par des européens et qui se dressent là, devant nos yeux, comme revivant de leur ultime gloire. Tantôt outrageant, tantôt attentif à la beauté qui l'entoure, Pierre Loti n'en laisse pas moins une oeuvre empreinte de nostalgie, face à la déliquescence de ces régions du bout du monde. Une lecture passionnante vis-à-vis de l'éloignement que représente l'Asie du XIXème/début du XXème siècle, mais qui est pour moi assez fastidieuse à lire, notamment à cause du style suranné de l'auteur.
Lien : https://marineaimelire.wordp..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
marine_lfgnmarine_lfgn   27 juillet 2016
Que d'étonnements et de froissements il doit y avoir encore pour elle, au milieu de ce vertige qui entraîne son pays vers des choses nouvelles et inouïes, après des millénaires d'impénétrable immobilité ! Dans son enfance, elle a été sans doute, comme les impératrices anciennes, une espèce d'idole cloîtrée qu'on ne pouvait regarder sans sacrilège ; au palais même, ses serviteurs se jetaient la figure contre terre sur son passage. Et maintenant, emportée comme le Japon tout entier par ce bouleversement sans nom, elle est obligée de se laisser voir par nous, de nous regarder aussi, de nous sourire, de nous admettre à sa table. Qui pourra jamais sonder quelles terribles révoltes d'orgueil en notre présence, ou quelles timidités sauvages peut-être, sa cachent sous ce petit masque poudré et souriant de déesse en train de déchoir !
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marine_lfgnmarine_lfgn   27 juillet 2016
Dans les lointains de ce bois, emplis à présent de brume obscure, on distingue toujours, en séries confuses et indéfiniment prolongées, les troncs des arbres ressemblant de plus en plus à des colonnes géantes. Mais ce que je continue surtout de voir, ce que je regarde malgré moi presque uniquement, et ce qui est l'étrange caractéristique du lieu, c'est cette tour solitaire. Ses pointes étagées, les retroussements cornus de ces cinq toitures, tout son style d'un autre monde, me donnent une de ces impressions intenses de dépaysement et d'inconnu, qui, de temps à autre, malgré l'habitude des voyages, me reviennent encore avec un frisson, dans les endroits isolés, à la tombée des nuits.
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marine_lfgnmarine_lfgn   23 juillet 2016
Je crois du reste que c'est ici la quintessence de cet art japonais dont les lambeaux apportés dans nos collections d'Europe ne peuvent donner l'impression vraie. Et comme on est frappé de sentir cet art si éloigné du nôtre, parti d'origines si différentes ; rien qui dérive, même de loin, d'aucune de ces antiquités à nous, grecque, latine ou arabe, auxquelles sont puisées toujours, sans que nous nous en rendions compte, nos notions, natives sur les formes ornementales ; ici, le moindre dessin, la moindre ligne, tout nous est profondément étranger, autant que pourraient l'être des choses venues de quelque planète voisine, jamais en communication avec notre côté de la terre.
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marine_lfgnmarine_lfgn   22 juillet 2016
Ces courses en djin sont un des souvenirs qui restent, de ces journées de Kioto où l'on se dépêche pour voir et faire tant de choses. Emporté deux fois vite comme par un cheval au trot, on sautille d'ornière en ornière, on bouscule des foules, on franchit des petits ponts croulants, on se trouve voyageant seul à travers des quartiers déserts. Même on monte des escaliers et on en descend ; alors, à chaque marche, pouf, pouf, pouf, on tressaute sur son siège, on fait la paume. À la fin, le soir, un ahurissement vous vient, et on voit défiler les choses comme un kaléidoscope remué trop vite, dont les changements fatigueraient la vue.
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marine_lfgnmarine_lfgn   23 juillet 2016
Quelque chose de très solennel, de vaguement effrayant, d'incompréhensible surtout, plane dans ce lieu splendide, comme chaque fois qu'il y a rapprochement avec les dieux, quels que soient leurs noms, ou avec le Dieu unique, sous quelque forme qu'on l'adore.
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Videos de Pierre Loti (34) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Loti
Sylvain Venayre présente son ouvrage Une Guerre au loin, Annam 1883, à la Librairie Petite Egypte (septembre 2016). Une enquête portant sur « le cas Pierre Loti », la naissance du reportage de guerre, l?écriture de l?histoire et la politique coloniale. La rencontre est conduite par Emmanuel Laurentin (France Culture, La Fabrique de l?histoire). le livre : https://www.lesbelleslettres.com/livre/2468-une-guerre-au-loin
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