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EAN : 9782130829300
Presses Universitaires de France (31/03/2021)
3.81/5   35 notes
Résumé :
Deux artistes de deux pays et deux générations très différentes, Ken Loach et Edouard Louis, échangent sur l'art, le cinéma, la littérature et leur rôle aujourd'hui. Comment l'art peut-il, notamment, poser et repenser la question de la violence de classe ? Comment représenter les classes populaires comme ont tenté de le faire les deux auteurs du présent livre dans leur travail ? Et quel est le rôle de l'art dans un contexte politique mondial où les plus précaires se... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique

Ce petit livre est, semble-t-il, la retranscription d'une émission de la télévision al Jazeera de décembre 2019, et on suppose que les questions sont posées par une ou un journaliste modérateur de la discussion.

Contrairement à ce que laisse penser le titre, il y est assez peu question de l'art en général, sauf à la fin de l'ouvrage et il est surtout question de l'art du réalisateur ; l'art de Ken Loach évoqué à travers un de ses grands films « Kes » et ses deux derniers films. A l'image des films du réalisateur, le propos est dense, développant les mécanismes de la violence sociale et leurs conséquences. Fidèle au monde ouvrier, il en rappelle la fierté et le respect de soi et des autres, sa générosité. Il rappelle l'abandon de communautés entières lors de transfert de capitaux, sans aucune reconversion. Tout ce qui fit et fait toujours, à travers l'uberisation du travail, la violence économique en Grande Bretagne et ailleurs. L'analyse en contrepoint d'Edouard Louis est très centrée autour de son expérience personnelle, qu'il associe à une « double violence de la politique » se manifestant par l'impact de la violence sociale sur l'intime. Autant Loach est dans l'empathie, autant Edouard Louis préfère se situer dans la « confrontation ».

La deuxième partie du dialogue, censée évoquer « Politique et transformation » est, à mon avis, moins étoffée. Si je résume en gros ce que j'en ai compris, la gauche se contente de commenter les arguments de l'extrême droite, dérive en grande partie liée à la détention des organes de communication par des possédants de droite. La gauche doit apprendre à recréer son langage « parce que toute cette question est liée à celle de la gauche et de sa reconstruction ».

Dans la dernière partie du dialogue on revient à l'art, et la valeur de l'art en période de crise politique. sur un plan plus général. Les deux protagonistes sont évidemment pour une liberté totale de l'imagination, toute mise aux normes de l'art tuant la créativité. L'art est et doit rester subversif. Ken Loach d'ajouter « La dernière chose que nous voulons c'est une galerie d'art sponsorisée par telle ou telle entreprise ». N'est-ce pas ce à quoi nous assistons, non de la part d'entreprises mais de puissances financières ?

En conclusion une impression mitigée, presque d'exercice de style dans lequel personne n'est totalement à l'aise.

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La Collection « Des mots », des éditions PUF est dirigée par Édouard Louis. Il a publié dans cette collection Dialogue sur l'art et la politique, un dialogue avec Ken Loach, le réalisateur engagé. Ce livre, Édouard Louis a choisi de l'écrire en dialoguant avec Ken Loach, inspiré par son film, Moi, Daniel Blake qu'il estime être un film dans lequel on « parle de persécution sociale et politique ».

Dans ce dialogue, ils abordent de nombreux thèmes : l'art, le cinéma et la littérature et ce qu'ils peuvent transmettre comme message dans notre société. L'exclusion, le travail, les dominés, les dominants, la persécution sociale, la violence, les partis politiques, la pauvreté sont le lexique essentiel de ce livre pour révéler des particularités présentes dans notre société contemporaine.

« Encore une fois, je pense que tout ça vient du sentiment de sécurité, n'est-ce pas ? Si tu te sens en sécurité, tu peux être généreux. Si tu ne te sens pas menacé personnellement, tu peux d'autant plus facilement accueillir celles et ceux qui ont besoin d'aide, que ce soit parce qu'ils cherchent l'asile ou pour une autre raison. C'est quand on se sent bien qu'on peut être généreux. Si tu as peur, si tu te sens en danger, si tu es sans espoir, si tu te sens poussé au cynisme, alors tu rejettes les autres. – mais alors comme tu interprètes le fait que les dominants ont cette sécurité et qu'ils ne sont pas pour autant accueillants ? – parce qu'eux ne peuvent maintenir leur sécurité qu'en maintenant tous les autres en dessous d'eux ! ». A cette seule locution, on pourrait résumer le livre d'Édouard Louis tant elle est significative et représentative du contenu de son livre.

L'art est un sujet important dans ce livre. Comment définir l'art ? Que doit-être l'art ? « L'art se fait dans une forme de colère contre l'art ». Édouard Louis prend souvent son expérience personnelle pour mieux se sentir vrai dans ses propos. Issu d'un milieu défavorisé, il prend pour exemple et pour foi son propre passé pour dénoncer les injustices.

L'entretien est fort et défend des causes sociales chacun à leur manière. Il se termine par une interrogation sur le partage de la part de Ken Loach.

A lire !

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Très stimulant petit livre !

Dialogue intelligent et très clair entre deux artistes engagés et talentueux, le cinéaste et l'écrivain, l'homme âgé et le jeune, le britannique et le français. J'ai adoré cette capacité à exprimer des idées neuves et à susciter la réflexion sur la politique et l'art. Ce n'etait pas gagné : on trouve tellement de discours rébarbatifs et incompréhensibles et/ou simplistes !

(Seule réserve : qui pose les questions ? Je n'ai pas trouvé le nom)

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Le Studio B-Unscripted de la chaîne Al-Jazeera (chaînes européennes, je vous... non, rien) a réuni pour deux dialogues ("Travail et Violence", "Politique et transformation") le célèbre réalisateur britannique et l'écrivain français qui tous deux dénoncent l'oppression subie par le monde du travail par le capital, la main mise du capital sur le langage et l'expression politique. Ces dialogues sont chaque fois suivis de quelques questions.

On y retrouve les deux intellectuels tels qu'on les connaît, par eux-mêmes ou par leurs oeuvres, ils sont globalement très d'accord mais s'enrichissent mutuellement d'observations et d'hypothèses très fines qui donnent l'impression qu'ils sont très contents de s'être rencontrés et parlé.


Lien : http://aufildesimages.canalb..
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Le titre est mal équilibré. Il y est beaucoup question de politique, très peu d'art. La disette de contacts sociaux me pousse à acheter des livres qui invitent des conversations dans mon salon de lecture. Je connais et j'apprécie Ken Loach, cinéaste militant, depuis toujours mégaphone des luttes sociales et politique. Je ne connaissais pas Édouard Louis, très prolixe, auquel le cinéaste laisse souvent la parole.

Bon le livre est court, le propos clair : la gauche doit changer son fusil d'épaule pour renouer avec le monde ouvrier, les pauvres, séduits par l'extrême-droite. Soit. En revanche, exacerber les tensions, les fractures, les oppositions afin d'inspirer et de stimuler une énergie créative me paraît risqué. Montrer l'insupportable pour appeler le supportable, peut-être, mais le rejet guette. Je préfère la fédération à l'opposition.


Lien : https://cinemoitheque.eklabl..
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation

K. L. : Encore une fois, je pense que tout ça vient du sentiment de sécurité, n’est ce pas ? Si tu te sens en sécurité, tu peux être généreux. Si tu ne te sens pas menacé personnellement, tu peux d’autant plus facilement accueillir celles et ceux qui ont besoin d’aide, que ce soit parce qu’ils cherchent l’asile ou pour une autre raison, n’importe quelle raison qu’une communauté peut affronter. C’est quand on se sent bien qu’on peut être généreux. Si tu as peur, si tu te sens en danger, si tu es sans espoir, si tu te sens poussé au cynisme, alors tu rejettes les autres.

 

É. L. : Mais alors comment tu interprètes le fait que les dominants ont cette sécurité et qu’ils ne sont pas pour autant accueillants ?

 

K. L. : Parce qu’eux ne peuvent maintenir leur sécurité qu’en maintenant tous les autres en dessous d’eux !

 

É. L. : C’est la réponse que j’attendais !

 

K. L. : C’est comme cela qu’ils contrôlent l’empire n’est-ce pas ? En maintenant les indigènes à leur place. Et en maintenant les classes populaires à leur place. Ils ne peuvent pas se permettre d’être généreux, parce que leur richesse dépend de la misère des autres. C’est pour cela que nous avons besoin d’un autre type de société, fondée sur l’égalité et la solidarité, et la liberté.

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Et votre position sur l’empathie ?

 

É. L. : C’est difficile parce que ce n’est pas avec ce terme-là que je réfléchis en général, c’est un peu abstrait pour moi. Je m’intéresse plutôt à la confrontation, c’est ce dont je parlais tout à l’heure ; comment faire en sorte que les lecteurs ou les lectrices se confrontent à la réalité qu’on leur montre ? Et qu’ils ne détournent pas le regard comme on le fait en croisant un SDF dans la rue ? C’est une question formelle autant que politique, peut-être une question avant tout esthétique d’ailleurs : si tout le monde a accès au réel, si tout le monde à peu près sait qu’il existe de la pauvreté, de la violence sociale, du racisme, comment faire pour que les gens s’y confrontent et que naisse en eux la volonté de changer cela ? Le temps où la littérature – ou les films – présentait une réalité que personne ne connaissait est presque totalement passé, même s’il reste des choses qu’on ignore bien sûr. Zola écrivait pour montrer la vie des ouvriers à l’usine ou dans les mines, Sartre écrivait pour rendre visibles les prostitués ou les homosexuels, il a d’ailleurs beaucoup écrit sur cet enjeu littéraire et politique, rendre visible… Maintenant, avec les nouveaux médias dont on parlait il y a un instant, les technologies, tout ou presque est visible. La question n’est donc plus de montrer, mais de confronter – je pense que c’est un basculement important : qu’est-ce que serait une esthétique de la confrontation ?

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Ken Loach : Encore une fois, je pense que tout ça vient du sentiment de sécurité, n'est-ce pas ? Si tu te sens en sécurité, tu peux être généreux. Si tu ne te sens pas menacé personnellement, tu peux d'autant plus facilement accueillir celles et ceux qui ont besoin d'aide, que ce soit parce qu'ils cherchent l'asile ou pour une autre raison, n'importe quelle raison qu'une communauté peut affronter. C'est quand on se sent bien qu'on peut être généreux. Si tu as peur, si tu te sens en danger, si tu es sans espoir, si tu te sens poussé au cynisme, alors tu rejettes les autres.

Édouard Louis : Mais alors comment tu interprètes le fait que les dominants ont cette sécurité et qu'ils ne sont pas pour autant accueillants ?

K. L. : Parce qu'eux ne peuvent maintenir leur sécurité qu'en maintenant tous les autres en dessous d'eux ! (...) En maintenant les indigènes à leur place. Et en maintenant les classes populaires à leur place. Ils ne peuvent pas se permettre d'être généreux, parce que leur richesse dépend de la misère des autres. C'est pour cela que nous avons besoin d'un autre type de société, fondée sur l'égalité et la solidarité, et la liberté.

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Ce que tu dis là sur l'insécurité et les conditions matérielles d'existence me semble aussi important pour échapper aux deux manières traditionnelles dont les classes populaires sont évoquées, autant dans les médias, que dans l'art ou dans la politique : il y a d'un côté, la vision réactionnaire, de droit, qui voit les pauvres comme, pour le dire rapidement, dangereux, violents, paresseux (et c'est par ces discours que sont justifiées toutes les réformes de persécution), et de l'autre côté, une vision prétendument de gauche, qui voit les pauvres comme authentiques, bons vivants, intrinsèquement bons et généreux. C'est un peu les deux mêmes visions qui ont structuré la perception colonialiste et raciste européenne au moment de la colonisation : les colonisés étaient soit vus comme des sauvages dangereux, violents, soit comme des bons sauvages, authentiques, avec un grand cœur, etc. Et ces deux visions prétendument opposées sont en réalité ce que Pierre Bourdieu aurait appelé "adversaires complices" : ils prétendent s'opposer, mais en réalité, ils forment une seule et même structure de pensée. (Édouard Louis)

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É. L. : La situation est à peu près la même en France. On voit des gens dormir dans la rue, partout… C’est étrange d’ailleurs, parce que cette violence est ultra-visible, et en même temps elle n’interpelle presque plus. Cela rejoint ce que Ken disait avant sur le fait que les dominants savent qu’ils produisent de la violence. La question se pose donc pour la politique, mais aussi pour l’art : quels outils trouver, si la seule visibilité ne suffit pas, pour forcer celles et ceux qui ont du pouvoir à réagir ? Si le problème n’est pas de montrer quelque chose, comme le met en lumière la situation des SDF, mais de faire en sorte que les gens se confrontent à ce qu’ils savent déjà – mais qu’ils choisissent d’ignorer ?

 

K. L. : Je pense qu’on doit se débarrasser de ceux qui ont le pouvoir !

 

É. L. : Oui, bien sûr, les forcer à réagir, cela peut vouloir dire les faire partir, tu as raison !

 

K. L. : Ils ne changeront jamais.

 

É. L. : C’est certain…

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