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EAN : 9782021399431
96 pages
Seuil (03/05/2018)
  Existe en édition audio
3.66/5   686 notes
Résumé :
"L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique."
Édouard Louis continue son œuvre autobiographique à travers ce court texte dans lequel il étudie la relation au père, déjà évoquée dans "En finir avec Eddy Bellegueule". On y découvre cette fois-ci, au milieu de la souffrance, le pardon, et une dimension politique qu'on ne lui connaissait pas, accusant sans détours ceux qui ont "tué" son père. Un récit bouleversant, incisif.
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Critiques, Analyses et Avis (139) Voir plus Ajouter une critique
3,66

sur 686 notes

seb_libraire
  29 juin 2018
« Tu appartiens à cette catégorie d'humains à qui la politique réserve une mort précoce. » (p. 14)
Édouard Louis nous parle de son propre père, cassé par la vie, ou plutôt par sa condition sociale. Après "En finir avec Eddy Bellegueule", cri froid contre l'injustice dont avait souffert sa famille, il s'agit ici pour lui d'expliquer et de construire.
L'affiche est alléchante, mais l'exercice se transforme vite en babillages du samedi soir, qui m'ont fait penser à ceux de Christine Angot, à condition d'imaginer celle-ci tenant un discours de gauche...
Édouard Louis m'a vite perdu à travers ses propos dont le but final est toujours lui-même, sa petite personne, élargie tout de même, mais à une seule chose : son identité sexuelle. Le sujet n'était pas les classes populaires ?
Petit bourgeois de la cause prolétarienne qui voulait défendre les pauvres mais ne s'occupe que lui-même. C'est à cela qu'il me fait penser.
Hormis quelques bonnes phrases bien senties, ce pamphlet me paraît bâclé et surtout extrêmement prétentieux, le comble allant maintenant jusqu'à mettre en avant ses propres livres.
Pourtant, Édouard Louis parle du corps et de la violence sociale qui peut atteindre la chair et le coeur des hommes. Il me touche, m'interpelle et m'intéresse particulièrement. le problème est, je crois que, contrairement à ce qu'il prétend, notamment pendant son intervention dans "La Grande Librairie" récemment, il y a encore chez lui un trop grand écart entre la théorie et l'expérience. le corps lui-même n'est plus qu'une idée.
J'espère qu'il saura un jour relier les deux et donner un peu plus de chair à ses belles théories qui en manquent cruellement.
Lu en mai 2018.
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La_Bibliotheque_de_Juju
  06 mai 2018
Le nouveau livre d'Edouard Louis est sorti.
Un livre sur le père.
Son père.
On retrouve les tourments de son premier ouvrage, En Finir Avec Eddy Bellegueule. L'auteur s'engage et mêle politique et fragments de souvenirs.
Au dos du livre : « L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. »
Tout est dit, le livre est bel et bien résumé.
Un livre lu en une heure où l'écriture est forte, précise.
Pourtant.
Pourtant, je n'en garderai pas un souvenir extraordinaire personnellement tant le propos m'a semblé ténu. Edouard Louis y raconte son père et les non dits qu'il y a entre eux. Des souvenirs souvent troublants, touchants. Puis une explication rapide du titre pour finir proprement.
Je sais qu'il est de bon ton de crier au génie lorsqu'on évoque ce jeune auteur. Moi, ce livre à le goût du trop peu. Je passe donc à côté.
Et je pense que définitivement, ses livres ne sont pas pour moi. Cette deuxième tentative me le confirme.
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Fandol
  25 mai 2019
Retrouver Édouard Louis est émouvant car la lecture de son premier livre : En finir avec Eddy Bellegueule, m'avait impressionné et ému à la fois. Pourtant, je n'ai pas lu encore Histoire de la violence
Qui a tué mon père, titre de ce recueil de confidences et de souvenirs, ne comporte pas de point d'interrogation car ce n'est pas une question, plutôt une introspection, l'introspection d'un fils qui parle de son père, un père qui ne peut pas répondre puisqu'il n'est plus de ce monde.
Souvenirs douloureux, émouvants parfois se succèdent, sont datés sans ordre chronologique et ce qui me frappe une fois de plus, c'est la terrible hostilité d'un père envers un fils qu'il aime profondément mais dont il ne peut accepter la féminité. Cette féminité, Édouard Louis l'affiche, l'assume et en subit les conséquences à la maison et en dehors.
Il y a aussi l'usure d'un homme brisé par le travail et là, le livre sort de la sphère familiale et du couple que formaient ses parents, couple dont il ne cache pas les échecs et la rupture. Édouard Louis met franchement en cause ces hommes politiques qui remplacent le RMI par le RSA (Nicolas Sarkozy et Martin Hirsch), pondent une Loi Travail (François Hollande, Myriam El Khomri et Manuel Valls) causant de véritables désastres dans la vie quotidienne des plus humbles.
Les conséquences ont été désastreuses pour la santé de son père et l'auteur insiste pour qu'on cite les noms puis ajoute : « On ne dit jamais fainéant pour nommer un patron qui reste toute la journée assis dans un bureau à donner des ordres aux autres. »
La période actuelle n'y échappe pas puisque, à peine élu, Emmanuel Macron a enlevé cinq euros aux plus faibles pour, en même temps, baisser les impôts des plus riches. Ainsi, l'histoire du corps de son père se calque sur l'histoire politique du pays et c'est bien de le démontrer.
Qui a tué mon père est un écrit plein de sensibilité, d'amour, de ressenti et de regrets. C'est tellement plein d'humanité, de vie, cet amour d'un fils pour son père, malgré les meurtrissures de l'enfance, de l'adolescence puis de l'âge adulte !
Tout cela est conditionné par la vie politique et des décisions qui bouleversent nos vies, prouvant, si cela était nécessaire que François Ruffin a raison de titrer son dernier livre, s'adressant au Président de la République : « Ce pays que tu ne connais pas. »

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Fabinou7
  16 septembre 2020
“I'm not my father's son. I'm not the image, of what he dreamt of”. Cette chanson, composée par Cyndi Lauper pour la célèbre comédie musicale « Kinky Boots » pourrait illustrer la relation père-fils racontée dans ce livre.
En réalité, il y a deux livres en parallèles dans cet ouvrage.
“Chez ceux qui ont tout, je n'ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. (…) un gouvernement ne leur cause jamais de problèmes de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. (…) Ça aussi c'est étrange, c'est eux qui font la politique alors que la politique n'a presque aucun effet sur leur vie. »
Le premier est résolument politique. Mais au lieu de s'appesantir sous le ciel des Idées, l'auteur normalien part du singulier pour rejoindre le général. Il démontre un fait très simple : l'intime est politique et le politique est intime. Il n'y a pas de muraille de Chine, ni de poste de télévision interposé entre notre quotidien et les décideurs politiques. Il n'y a aucun lieu qui soit hors d'atteinte, hors de portée d'une décision politique (sauf peut-être pour ceux qui font les règles du jeu).
“La profession est plus forte que l'homme” écrivait Aragon. Les mesures économiques, les choix faits en matière de santé publique, de fiscalité, dans les couloirs feutrés des hôtels particuliers de la République meurtrissent dans sa chair un quinquagénaire picard et chaque décret participe à l'érosion de son espérance de vie.
Chaque prime de danger, de pénibilité ça veut dire en clair que le métier peut vous bousiller. Mais il faut retourner travailler, remettre son réveil pour défendre « à coup de dents ton lopin de monde pour t'endormir d'un samedi à l'autre” comme l'écrivait le poète Tristan Tzara. Comme un fait exprès, le nouvel âge pivot de départ à la retraite correspond à celui de l'espérance de vie…en bonne santé.
Ainsi, en économie, il n'y a pas de « meilleur équilibre » pour tous, comme le dénonçait Bernard Maris, le « gagnant-gagnant » est un « attrape nigauds » pour reprendre le mot de Régis Debray.
Là où François Bégaudeau pointe une classe bourgeoise dans un système de domination, Edouard Louis fustige les politiciens, élus du peuple, pour lui les responsables politiques sont par définition « responsables » et doivent être tenus comme tels.
Serait-ce à affirmer, d'une part le libre arbitre total des politiques et d'autre part l'absence d'un rapport de force entre les politiques qui parfois voudraient, et le monde économique qui finance la vie politique et qui décide aussi de la marge de manoeuvre qu'il accorde aux politiciens ? Pour l'auteur, dans une position assez Sartrienne, les politiques sont ou se disent libres d'agir et donc ils devraient (dans le meilleur des mondes, celui de Candide, voire de Dora l'exploratrice…) en assumer les conséquences.
« Il y a ceux à qui la jeunesse est donnée et ceux qui ne peuvent que s'acharner à la voler. » L'auteur, désormais « transclasse » se revendiquant de Bourdieu, Foucault et Eribon, ne délivre pas là un scoop, mais il est borné, têtu : il répètera sans relâche les noms des décideurs politiques, les dates, les coupables… mais une fois qu'on a dit, ça que propose l'auteur ?
***
Chemin vers la tolérance. Puis il y a une seconde histoire. Une histoire de famille. Celle d'un père qui peine à se raconter à son fils et d'un fils qui cherche l'amour de son père. C'est l'histoire d'un père qui n'a pas choisi son fils et d'un fils qui n'a pas choisi son père « and they can't get over it. »
L'homosexualité du fils Edouard Louis, me rappelle les difficultés de l'homosexualité du père, Christophe Honoré, racontée dans « Ton Père » mais là où le père homosexuel subit des agressions extra-familiales, l'enfant homosexuel lui est attaqué par ses propres parents, son propre foyer.
L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne. Plus largement, l'auteur y accuse le poids des préjugés sur la masculinité, ce qu'être un homme. Ainsi les préjugés de ces populations paupérisées autour de ce qui « fait homosexuel » comme être investi dans ses études, s'intéresser à la culture etc peuvent les conduire vers l'impasse et la prison sociale “ta vie prouve que nous ne sommes pas ce que nous faisons, mais qu'au contraire nous sommes ce que nous n'avons pas fait.”
“Familles, je vous hais” écrivait André Gide, pour Edouard Louis il y a désormais l'amour comme moteur de la transformation de cette relation père-fils : “un de mes amis dit que ce sont les enfants qui transforment leurs parents, et pas le contraire. »
Ce livre a ici fait couler beaucoup d'encre numérique. Pour ma part, ce qui m'as dérangé c'est peut-être un problème de classification. Je n'ai pas trouvé de langue particulière. Pas de style littéraire qui puisse me faire dire, c'est un romancier. Pas de jeu avec la langue, au détriment de la langue. Cela relève davantage du récit que du roman. Mais comme le disait Maupassant, invalidant mes bêtises : « le critique qui ose encore écrire : « ceci est un roman et cela n'en est pas un » me parait doué d'une perspicacité qui ressemble fort à de l'incompétence » …aussi il faut aller voir et entendre Edouard Louis au théâtre de la Ville à Montmartre car son bouquin, c'est encore lui qui en parle le mieux !

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Cancie
  12 mai 2019
Qui a tué mon père est un petit livre de seulement 84 pages - mais ô combien dense et intéressant – dans lequel Édouard Louis s'adresse à son père qui, âgé d'à peine plus de cinquante ans, est quasiment invalide : « Tu appartiens à cette catégorie d'humains à qui la politique réserve une mort précoce. »
Dans la plus grande partie du livre, l'auteur se remémore certains souvenirs d'enfance ou d'adolescence et les réactions de son père qu'il tente de comprendre et d'analyser. Il s'aperçoit que la violence que montrait parfois son père exprimait souvent de la colère sociale et cachait l'amour qu'il avait pour son fils et qu'Édouard Louis n'a pas toujours compris.
Cet homme aurait voulu avoir une autre vie mais il n'a pu échapper au travail de l'usine. C'est là qu'il sera victime d'un accident du travail qui lui broie le dos. Il s'en remettra mais très difficilement, les douleurs ne vont plus le quitter. Pour ne pas perdre son droit aux aides sociales, il a dû accepter un travail de balayeur, toujours penché alors que son dos était détruit.
Édouard Louis, dans la dernière partie du livre, va passer en revue les différents présidents de la République et leurs ministres qui, par leurs lois, ont tué des travailleurs comme son père. Il n'en épargne aucun et nous rappelle précisément les années et les lois ou réformes : « Hollande, Valls, El Khomeri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. L'histoire de ta souffrance porte des noms. L'histoire de ta vie est l'histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t'abattre. L'histoire de ton corps est l'histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique. »
C'est un bouquin très personnel, intimiste, très pudique aussi et c'est en même temps un texte universel et politique dans lequel Édouard Louis exprime avec force la colère qu'il a vis-à-vis des politiques qui ont brisé son père.
Le titre, Qui a tué mon père, ne comporte pas de point d'interrogation car c'est une réponse que l'auteur apporte dans ce livre, un livre très contemporain, un livre bouleversant !

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critiques presse (5)
LActualite   06 août 2018
L’auteur Édouard Louis aborde l’image de la masculinité, qu’il lie à l’État prédateur, dans une touchante lettre à son père, rendu vulnérable par une structure sociale qui l’a laissé tomber.
Lire la critique sur le site : LActualite
Lexpress   13 juin 2018
Edouard Louis déborde de talent, mais cette désinvolture ne rend pas service à son père ; le livre comme pardon ou comme accusation. Pas plus qu'à la littérature.

Lire la critique sur le site : Lexpress
LaLibreBelgique   18 mai 2018
Avec “Qui a tué mon père”, le fils donne un nouvel éclairage au parcours de son paternel, qu’il envisage sous l’angle des relations dominant-dominé.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   11 mai 2018
L’auteur d’« En finir avec Eddy Bellegueule » signe « Qui a tué mon père », réquisitoire contre les politiques dont les décisions auraient détruit le corps d’un homme, son père.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Culturebox   04 mai 2018
Ce nouveau livre d'Édouard Louis est un véritable pamphlet politique, porté par une voix littéraire qui s'installe avec évidence.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (161) Voir plus Ajouter une citation
MatelMatel   15 mai 2022
En mars 2006, le gouvernement de Jacques Chirac, président de la France pendant douze ans, et son ministre de la Santé Xavier Bertrand, ont annoncé que des dizaines de médicaments ne seraient plus remboursés par l'Etat, dont, en grande partie, des médicaments contre les troubles digestifs. Comme tu devais rester allongé toute la journée depuis l'accident et que tu avais une mauvaise alimentation, les problèmes de digestion étaient constants pour toi. Acheter des médicaments devenait de plus en plus difficile. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te détruisaient les intestins....
En 2007, Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, mène une campagne contre celles et ceux qu'il appelle les assistés, et qui, selon lui, volent l'argent de la société française parce qu'ils ne travaillent pas. Il déclare : "le travailleur voit l'assisté s'en tirer mieux que lui pour boucler ses fins de mois sans rien faire". il te faisait comprendre que si tu ne travaillais pas tu étais en trop dans le monde, un voleur, un surnuméraire, une bouche inutile aurait dit Simone de Beauvoir. Il ne te connait pas. Il n'a pas le droit de penser ça, il ne te connait pas. Ce genre d'humiliation venue des dominants te fait ployer le dos encore plus.
En 2009, le gouvernement de Nicolas Sarkozy et son complice Martin Hirsch remplacent le RMI, un revenu minimum versé par l'Etat français aux personnes sans travail, par le RSA. Tu touchais le RMI depuis que tu ne pouvais plus travailler. Le passage du RMI au RSA viait à "favoriser le retour à l'emploi", comme le disait ce gouvernement. La vérité, c'était que dorénavant tu étais harcelé par l'Etat pour reprendre le travail, malgré ta santé désastreuse, malgré ce que l'usine t'avait fait. Si tu n'acceptais pas le travail qu'on te proposait, ou plutôt qu'on t'imposait.... (p. 75-76)
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MatelMatel   15 mai 2022
Hollande, Valls, El Khomri, Hirsch, Sarkozy, Macron, Bertrand, Chirac. L'histoire de ta souffrance porte des noms. L'histoire de ta vie est l'histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t'abattre. L'histoire de ton corps est l'histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire.
L'histoire de ton corps accuse l'histoire politique.
Tu as changé ces dernières années. Tu es devenu quelqu'un d'autre. Nous nous sommes parlé, longtemps, nous nous sommes expliqués, je t'ai reproché la personne que tu as été quand j'étais enfant, ta dureté, ton silence, ces scènes que j'énumère depuis tout à l'heure et tu m'as écouté. Et je t'ai écouté. Toi qui toute ta vie as répété que le problème de la France venait des étrangers et des homosexuels, tu critiques maintenant le racisme de la France, tu me demande de te parler de l'homme que j'aime...
(p. 84)
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sevm57sevm57   27 juillet 2018
Chez ceux qui ont tout, je n'ai jamais vu de famille aller voir la mer pour fêter une décision politique, parce que pour eux la politique ne change presque rien. Je m'en suis rendu compte, quand je suis allé vivre à Paris, loin de toi: les dominants peuvent se plaindre d'un gouvernement de droite, mais un gouvernement ne leur cause jamais de problèmes de digestion, un gouvernement ne leur broie jamais le dos, un gouvernement ne les pousse jamais vers la mer. La politique ne change pas leur vie, ou si peu. Ca aussi c'est étrange, c'est eux qui font la politique alors que la politique n'a presque aucun effet sur leur vie. Pour les dominants, la politique est une question esthétique: une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c'était vivre ou mourir.
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seb_libraireseb_libraire   28 juin 2018
L’alcool remplissait la fonction de l’oubli. C’était le monde qui était responsable, mais condamner le monde, le monde qui imposait une vie que les gens autour de nous n’avaient pas d’autres choix qu’essayer d’oublier – avec l’alcool, par l’alcool.
C’était oublier ou mourir, ou oublier et mourir. Oublier ou mourir, ou oublier et mourir de l’acharnement à oublier.

Page 25, Le Seuil, 2018.
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seb_libraireseb_libraire   27 juin 2018
Tu ne peux plus conduire sans te mettre en danger, tu n’as plus le droit de boire d’alcool, tu ne peux plus te doucher ou aller travailler sans prendre des risques immenses. Tu as à peine plus de cinquante ans. Tu appartiens à cette catégorie d’humains à qui la politique réserve une mort précoce.

Pages 13-14, Le Seuil, 2018.
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