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Jean-Paul Goujon (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070385324
416 pages
Gallimard (23/06/1992)
3.86/5   103 notes
Résumé :
Alexandrie, Ier siècle avant Jésus-Christ : un sculpteur en vogue, amant de la reine, tombe amoureux de la belle courtisane Chrysis, qui exige de lui trois gages. Il commet trois crimes. Puis il rêve que son désir est assouvi. Il exige alors de Chrysis qu'elle aille déposer les trois objets sur le rocher du phare d'Alexandrie, nue comme Aphrodite... Immense succès à sa publication, ce roman de mœurs antiques, sans tomber dans une érudition excessive, ressuscite tout... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Dans l'antique Alexandrie, Chrysis aux blonds cheveux est la plus belle et la plus désirée des courtisanes. Fière de son art comme de sa beauté, elle croise un jour Démétrios, sculpteur renommé pour sa statue d'Aphrodite et amant attitré de la reine Bérénice. Lui qui est adulé de toutes les femmes s'éprend de la blonde courtisane, d'autant que, lassé de la reine, Chrysis le rejette. Pour entrer dans les bonnes grâces de la belle, il accepte de réaliser pour elle trois délits : le vol du miroir de la plus grande rivale de la courtisane, le meurtre d'une veille prêtresse pour la délester de son peigne d'ivoire, et le vol sacrilège du collier de perles de la statue sacrée d'Aphrodite. Mais…

J'ai beaucoup aimé ce petit livre, cette presque-nouvelle pas tout à fait conte, de Pierre Louys. Sous couvert de nous raconter l'histoire de Chrysis, il fait revivre sous nos yeux les moeurs de la Grèce antique, du culte de l'amour physique aux abus des soirées orgiaques. Il nous explique l'origine des courtisanes, leurs façons de travailler, les rivalités et jalousies, les prix à payer, et leur devenir. Au-delà de cet aspect historique dont on ne sait trop s'il est fondé ou pas (l'auteur est surtout connu pour sa supercherie sur "Les chansons de Bilitis"), l'auteur de "La femme et le pantin" signe également une oeuvre hautement symbolique sur le désir et la mort, sur le pouvoir des uns sur les autres, sur les extrémités auxquels le désir conduit. Les méfaits que doit commettre Démétrios ne me semblent pas anodins ni fortuits, mais à interpréter. Rappelons-nous de la belle Psyché que l'on comparait à Aphrodite elle-même (dans L'âne d'or, d'Apulée) et dont le destin sera plus clément que celui de Chrysis. L'écriture de Pierre Louys est belle et poétique (il est également poète), jubilatoire et sensible, servant la sensualité de cet ouvrage.
Une très jolie découverte !
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Nous sommes en Alexandrie, au 1er siècle avant Jésus Christ.

Chrysis est une magnifique courtisane.
Démétrios, l'amant de la reine Bérénice, est le sculpteur de la statue dédiée à Aphrodite.
Tous les deux sont convoités de tous.
Chrysis va prétendre ne pas être intéressée par le jeune homme. Celui ci accepte alors de relever les trois défis qu'elle lui lance.
Chaque page est emplie de sexualité, d'érotisme plutôt. Je ne pense pas que c'était comme ça à l'époque. Car chacun, qu'il soit vieux, petite fille, esclave, courtisane, homme ou femme ne pense qu'au sexe, au plaisir physique.
Un peu trop pour moi. L'écriture n'est pas vilaine mais l'histoire relève plus d'un fantasme qu'autre chose.
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Je viens juste de terminer la lecture de ce livre. le 3ème de son auteur que je lis sur ma tablette. J'ai toujours un peu de mal à m'y faire. L'absence de pages en papier donne la vague impression que la lecture en est plus légère, favorisant la diagonale d'un glissement de doigt fugace. Mais comme pour Bilitis, l'intrigue d' « Aphrodite » est elle-même à prendre avec légèreté. Histoire des amours d'une courtisane avec pour toile de fond la vie quotidienne à Alexandrie au tournant du premier siècle après J-C. Pierre Louÿs, d'un ton primesautier, excelle dans les descriptions de la cité, des intrigues entre esclaves, courtisanes, philosophes, sculpteurs... Bien que je ne sois vraiment pas sûr de la véracité historique du récit. Mais qu'importe, l'auteur sait nous faire rêver, encore aujourd'hui sur cette Antiquité vue du XIXe siècle. Souvent dans l'outrance et le théatralisme, on y retrouve la marque de fabrique de l'auteur : l'érotisme, qui imprègne quasiment chaque page. le sein des courtisanes ou des esclaves apparaît très souvent à travers le pli d'une robe, ou à travers un voile. Et les bijoux ne sont là que pour mettre en valeur les nudités. Il faut lire ce roman comme on regarderait un Chasseriau ou un Puvis de Chavannes ou encore les premiers péplums du cinéma muet italien comme le "Cabiria" de Pastrone.
Bonne lecture aux amateurs.
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Aphrodite / Pierre Louÿs
Nous sommes à Alexandrie en Égypte dans le dernier siècle avant J.C. La belle Chrysis, courtisane ardente et fière de son statut qu'elle a choisi librement, paresse dans son lit à son éveil. Galiléenne originaire des rives du lac de Génézareth (aujourd'hui lac de Tibériade), elle est née d'une mère courtisane elle aussi, qui le soir allait attendre sur la route de Iérouschalaïm (aujourd'hui Jérusalem) les voyageurs et les marchands et se donnait à eux dans l'herbe, au milieu du silence champêtre.
À douze ans, Chrysis s'échappa et rejoignit un groupe de cavaliers trafiquants d'ivoire et arriva à Tyr puis Alexandrie. Ses maîtres la confièrent à Djala, une esclave hindoue, qui la prit en mains pour devenir une de ces jeunes femmes encore vierges, joueuses de flûte ou aulétrides qui épuisent les hommes les plus robustes.
En ce temps là de la civilisation grecque, l'amour est un art et durant sept ans elle va apprendre à devenir une femme de l'art complexe et voluptueux des courtisanes.
On fait connaissance ensuite de Démétrios, ce beau jeune homme que la reine Bérénice, fille de Ptolémée et soeur aînée de Cléopâtre, avait fait mander pour son plaisir trois ans auparavant. En entrant Démétrios s'était trouve en face d'un jeune corps vêtu d'un costume effrontément ajouré et qui laissait à découvert les vingt deux endroits de la peau où les caresses sont irrésistibles. Sculpteur de métier sur marbre, la reine se dévêtant de façon très suggestive lui demande de faire en sorte que l'on adore son image.
La statue terminée et exposée au temple d'Aphrodite appelée aussi Anadyomène, une foule se précipite non pas tant pour l'effigie que pour le nom du sculpteur gravé au bas de l'oeuvre : ce sont les adoratrices de Démétrios, lequel finit par adorer son oeuvre plus que son modèle. L'objet de son désir devient la statue, il n'adore plus qu'elle seule.
le temple d'Aphrodite - Astarté est peuplé de toutes parts de courtisanes dans l'attente d'un homme et Démétrios préfère courir au temple qu'au palais de Bérénice. « Entre les sveltes colonnes, coiffées en volutes ioniennes, la déesse apparaissait toute vivante sur un piédestal de pierre rose, chargé de trésors appendus. Elle était nue et sexuée, vaguement teintée selon les couleurs de la femme ; elle tenait d'une main son miroir dont le manche est un priape, et de l'autre adornait sa beauté d'un collier de perles à sept rangs. »
La rencontre entre Chrysis et Démétrios est voulue par le destin. Démétrios n'en croit pas ses yeux. « La ligne souple du corps ondulait à chaque pas, et s'animait du balancement des seins libres, ou du roulis des belles hanches. » Démétrios s'interroge quant à savoir si cette beauté est une fille du porneïon. En réponse à la demande de Démétrios, Chrysis propose un marché s'il veut la conquérir : il doit entrer en possession d'un miroir qu'il doit voler chez Bacchis une femme que déteste Chrysis, du peigne de Toumi l'Égyptienne qu'il doit tuer pour ce faire, et du collier à sept rangs de perles de la déesse Aphrodite, ce qui est un sacrilège. Pour Démétrios le défi est immense.
Chrysis en attendant ne dédaigne pas les amours saphiques avec les petites jeunes, nubiles et vierges, que sont Rhodis et Myrtocleia. Elles ne s'étreignent pas, elles s'effleurent pour goûter le suprême plaisir. Les deux rêvent de revoir leur pays d'Éphèse afin de s'épouser comme la loi le permet, ce qui n'est pas le cas à Alexandrie.
D'orgies en orgies tout ce petit monde s'adonne à tous les plaisirs, de la table et du lit, avant que le temps passant ne survienne l'âge où la magnificence du lit supplée à l'éclat du corps.
Chrysis apprend que Demetrios a relevé le défi qu'elle lui avait lancé. Mais à quel prix pour elle ! La surprise va être de taille quand elle reverra son amoureux.
Dans un style somptueux et facile, Pierre Louÿs nous décrit avec talent et érudition le tableau fastueux des moeurs grecques de l'Antiquité. Chez les Grecs, l'amour était le sentiment le plus vertueux et le plus fécond, sans aucune impudicité ni immodestie. Il faut savoir qu'alors un homme et une femme sans être engagés d'aucun lien pouvaient s'unir fût-ce en public quelque fût leur jeunesse, et ils étaient considérés comme ne nuisant à personne. C'était l'époque où l'amour le plus sensuel était sans souillure, sans honte, sans péché.
« Ne jamais parer une femme des qualités qu'on lui souhaite, ni des beautés dont elle fait mystère, mais présumer le fade pour s'étonner de l'exquis, n'est ce pas le meilleur conseil qu'un sage puisse donner aux amants. »
Qu'il me soit loisible en terminant de citer Pierre Louÿs : « Avec ce livre, « qu'il soit permis à ceux qui regrettent de n'avoir pas connu cette jeunesse enivrée de la terre que nous appelons la vie antique, d'oublier les siècles barbares, hypocrites et laids, de remonter de la mare à la source, de revenir pieusement à la beauté originelle, de rebâtir le Grand Temple au son des flûtes enchantées et de consacrer avec enthousiasme aux sanctuaires de la vraie foi leurs coeurs toujours entrainés par l'immortelle Aphrodite. »
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Dans l'oeuvre – et dans la vie – du très porté sur le sexe Pierre Louÿs, les prostituées occupent une admirable place. Le bonhomme, qui tenait méticuleusement un carnet des femmes avec qui il a couché, aurait ainsi connu 800 femmes en 5 ans, dont 798 prostituées. Il rêvait d'un monde où les choses du sexe ne soient plus recouvert d'un voile de honte, où le corps des femmes soit quasiment divinisé.

L'introduction de cet Aphrodite rappelle quelques uns des points de la philosophie personnelle de l'auteur, et son espérance d'une société sensuelle, où la sexualité n'occuperait plus une place à part et honteuse de la vie quotidienne.

Il met en scène une courtisane (= prostituée) dans une Alexandrie antique largement fantasmée. Celle-ci, pour conquérir le coeur d'un des hommes les plus beaux et puissants de la ville, usera d'un stratagème aussi simple qu'astucieux : se faire remarquer en étant dédaigneuse auprès d'un homme trop habituée à qu'on lui courre après. C'est un peu le « Fuis moi, je te suis ; suis moi, je te fuis » rendu de façon littéraire et érotique !

Ce bouquin est assez étrange. La plume de Pierre Louÿs est très classe, d'un érotisme distingué et omniprésent. Les filles y sont nues plus que de raison, quel que soit leur âge, et la proportion de courtisan-e-s (il y aussi quelques hommes) parmi les personnages rencontrés est impressionnante.

On peut lire ce livre comme une sorte d'hommage aux prostituées et aux corps des femmes. On sait que Pierre Louÿs croyait au sexe comme on croit en Dieu, avec une recherche constante d'idéal et beaucoup de dévouement.

Certains passages sont un peu gênants toutefois, avec une approche assez misogyne quand il sous-entend que les femmes sont fait pour l'amour physique, et incapables de rien d'autres. Sous sa plume c'est positif, puisqu'il adore les femmes et que l'amour physique est l'activité la plus louable qui soit... mais bon.

En conclusion : un livre étrange, distingué, avec un érotisme chic écrit par une très belle plume.
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Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Le deuxième service touchait à sa fin. On avait servi des faisans, des attagas, une magnifique porphyris bleue et rouge, et un cygne avec toutes ses plumes, qu’on avait cuit en quarante-huit heures pour ne pas lui roussir les ailes. On vit, sur des plats recourbés, des phlexides, des onocrotales, un paon blanc, qui semblait couver dix-huit spermologues rôtis et lardés, enfin assez de victuailles pour nourrir cent personnes des reliefs qui furent laissés, quand les morceaux de choix eurent été mis à part. Mais tout cela n’était rien auprès du dernier plat.

Ce chef d’œuvre (depuis longtemps on n’avait rien vu de tel à Alexandrie) était un jeune porc, dont une moitié avait été rôtie et l’autre cuite au bouillon. Il était impossible de distinguer par où il avait été tué, ni comment on lui avait rempli le ventre de tout ce qu’il contenait. En effet, il était farci de cailles rondes, de ventres de poules, de mauviettes, de sauces succulentes, de tranches de vulve et de hachis, toutes choses dont la présence dans l’animal intact paraissait inexplicable.
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Je suis satisfait quand je referme un livre en emportant le souvenir d'une ligne qui m'ait fait penser. Jusqu'ici, tous ceux que j'ai ouverts contenaient cette ligne-là. Mais aucun ne m'a donné la seconde. Peut-être chacun de nous n'a-t-il qu'une seule chose à dire dans sa vie, et ceux qui ont tenté de parler plus longtemps furent de grands ambitieux. Combien je regrette davantage le silence irréparable des millions d'âmes qui se sont tues !
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Avec une lucidité effrayante elle eut la vision de son cadavre, et elle fit traîner ses mains sur son corps pour aller jusqu'au fond de cette idée si simple, qui jusqu'ici ne lui était pas venue, – qu'elle portait son squelette en elle, que ce n'était pas un résultat de la mort, une métamorphose, un aboutissement, mais une chose que l'on promène, un spectre inséparable de la forme humaine, – et que la charpente de la vie est déjà le symbole du tombeau.
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Car l'amour est un art, comme la musique. Il donne des émotions du même ordre, aussi délicates, aussi vibrantes, parfois peut-être plus intenses ; et Chrysis, qui en connaissait tous les rythmes et toutes les subtilités, s'estimait, avec raison, plus grande artiste que Plango elle-même, qui était pourtant musicienne du temple.
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Autour de ses bras, deux serpents d’argent s’enroulèrent. A ses pieds, on fixa des semelles de sandales qui s’attachaient à ses jambes brunes par des lanières de cuir croisées. Elle boucla elle-même sous son ventre chaud une ceinture de jeune fille qui du haut des reins s’inclinait en suivant la ligne creuse des aines ; à ses oreilles elle passa de grands anneaux circulaires, à ses doigts des bagues et des sceaux, à son cou trois colliers de phallos d’or ciselés à Paphos par les hiérodoules.

Elle se regarda quelque temps, ainsi nue entre ses bijoux ; puis tirant du coffre où elle l’avait pliée une vaste étoffe transparente de lin jaune, elle la fit tourner tout autour d’elle et jusqu’à terre s’en drapa. Des plis diagonaux sillonnaient le peu qu’on voyait de son corps à travers le tissu léger ; un de ses coudes saillait sous la tunique serrée, et l’autre bras, qu’elle avait laissé nu, portait relevée la longue queue, afin d’éviter qu’elle traînât dans la poussière.

Elle prit à la main son éventail de plumes, et sortit nonchalamment.
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Videos de Pierre Louÿs (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Louÿs
Pierre LOUŸS – Le prince irrésolu : Relecture de l'œuvre poétique (France Culture, 1978) L'émission "Relecture", par Hubert Juin, diffusée le 3 février 1978 sur France Culture. Présence : Robert Fleury, Paul Dumont, Alain Kahn Sriber et Jean Louis Meunier.
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