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Jean-Paul Goujon (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070325894
341 pages
Gallimard (01/01/1990)
3.89/5   41 notes
Résumé :
C'est le 5 mars 1894 que Pierre Louÿs composa la première Chanson de Bilitis. Assez rapidement, il conçut l'idée d'attribuer ces poèmes en prose à une poétesse grecque imaginaire, qui aurait vécu à l'époque de Sapho. En mai 1894, il se ravisa cependant, jugeant la mystification inutile, comme en témoigne un "avant-propos" inédit que nous reproduisons. Mais l'idée était trop séduisante, et surtout trop conforme à son esprit à la fois érudit et moqueur, pour qu'il ne ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Laureneb
  15 octobre 2022
Il y a d'abord la préface, une supercherie littéraire comme il y en a tant dans l'histoire, qui nous raconte la découverte fabuleuse des poèmes que l'on va lire grâce à un archéologue. Ce tombeau est déjà mystérieux et sensuel, avec un squelette qui a un certain charme. Pour nous faire douter, l'archéologue émet des hypothèses scientifiques, replaçant la poétesse dans son contexte, évoquant Sapho, et émettant même certains doutes sur l'identité de la poétesse. Certains poèmes ne seront d'ailleurs pas traduits, nous n'avons que le titre dans l'alphabet grec, comme pour suggérer que le texte n'a pas été retrouvé, ou de façon trop lacunaire pour être compris.
C'est donc les chants d'une femme venue de l'Antiquité lointaine qui nous parviennent, une femme qui s'écrit à tous les âges de sa vie mais avec des élipses : fillette qui court dans les bois et garde ses chèvres dans une jolie première partie élégiaque qui célèbre la nature, puis jeune fille qui jalouse ses compagnes déjà mariées, attend que ses seins poussent, et découvre les premiers émois amoureux. La tonalité bascule, puisqu'un poème décrit une scène de viol – sans s'y attarder, à demi-mots, mais elle pardonne puisque c'est son amoureux. On comprend toutefois que « cette première fois » attendue a été un traumatisme. Viennent ensuite des poèmes exprimant le désir de l'aimé et le goût des plaisirs.
De façon elliptique, Bilitis se présente ensuite comme mariée, à une femme, à son aimée, lors d'une véritable cérémonie – je ne sais pas si cela existait vraiment en Grèce. Elle a été abandonnée par son amant, a laissé son enfant, mais elle ne s'attarde pas sur ce qui pourrait être d'autres traumatismes. Mais elle vit simplement, semble-t-il de lait de chèvre et de galettes, mais surtout d'amour. Des poèmes très érotiques décrivent alors les plaisirs saphiques et l'amour lesbien. Elles vivent en couple, élèvent un enfant – une poupée, lui donnent le sein, l'habillent. Je comprends que ce recueil ait longtemps été diffusé au sein de cercles lesbiens, car c'est une ode au plaisir féminin, et à la façon d'y parvenir... Mais le charme de l'écriture est justement que ces descriptions ne sont pas voyeuristes, elles sont subtiles et délicates ; je n'ai pas eu l'impression de lire le fantasme d'un homme imaginant deux femmes faire l'amour, mais bien comme si c'était véritablement une femme qui avait écrit. Et comme dans de nombreuses histoires d'amour, les soupçons apparaissent, la jalousie s'installe, les disputes sont plus fréquentes, jusqu'à et la rupture
J'ai trouvé ensuite la dernière partie plus convenue, plus attendue, puisque Bilitis devient une courtisane sacrée au temple d'Aphrodite. Néanmoins, les poèmes où elle évoque le temps qui passe, les menaces sur sa beauté qui commence à se flétrir sont intéressantes, peut-être que j'aurais aimé en savoir plus sur ce qui pourrait être une forme de déchéance, dommage que les poèmes s'arrêtent lorsqu'elle arrête elle-même de donner du plaisir et d'en prendre avec son corps.
Des poèmes érotiques qui ne sont pas que ça, subtils et bien écrits, avec dépaysement exotique lié à l'évocation d'un contexte historique et lointain.
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Poulainceline
  22 septembre 2021
Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs : Les Chansons de Bilitis est une oeuvre poétique publiée en 1894, publiée prétendument comme une traduction due à Pierre Louÿs de l'oeuvre d'une poétesse antique. En effet, les poèmes érotiques et passionnés sont attribués à celle-ci et constituent un véritable recueil de poèmes d'inspiration directement de la Grèce Antique. L'ouvrage est précédé d'une Vie de Bilitis, retracée par le traducteur et suivie de plusieurs pages de notes. Ainsi, dans ce recueil, Pierre Louÿs a véritablement fait un pastiche littéraire d'une oeuvre antique. Il pousse même la mystification jusqu'à insérer dans son recueil des pièces poétiques mentionnées comme « non traduites », et par donner des références bibliographiques, notamment des articles d'un archéologue allemand imaginaire, le Pr G. Heim (Geheim et Geheimnis signifient « secret » en allemand, et Heim, le « chez-soi »). Après sa publication, une partie de la critique se laissa abuser par cette supercherie littéraire jusqu'à ce que Pierre Louÿs révèle la mystification.
Outre sa polémique, ce recueil offre une panoplie magnifique de poèmes dépeignant l'amour lesbien. Je vous conseille chaudement cette oeuvre d'une grande poésie qui nous offre un sublime voyage dans la Grèce mythologique.
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cegeglyx
  12 octobre 2022
Il s'agit d'un ouvrage issu d'une mystification de Pierre Louÿs. Ce dernier, passionné de romans érotiques et pornographiques, mais aussi d'hellénisme, eut l'idée de publier un ouvrage sous un prête-nom, où il décrirait, à la première personne, les moeurs saphiques d'une prêtresse de la Grèce Antique.
A la publication tout ceci est présenté comme la traduction d'un parchemin d'époque inédit. Plusieurs spécialistes se font prendre, et ce n'est que bien plus tard que Pierre Louÿs révèle la supercherie.
Au-delà de la mystification, l'oeuvre de Louÿs est d'une grande qualité littéraire intrinsèque, puisque son expression est à la fois osée et évocatrice. Par ailleurs, cette édition de la Chanson de Bilitis s'est vue adjoindre des poèmes de tout premier ordre de Pierre Louÿs.
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PatrickCasimir
  28 août 2017
Bien sûr que c'est un canular ! Mais combien de prétendus hellénisants et autres snobs littéraires s'y sont laissé prendre ?
En tout cas, canular littéraire génial dont le thème et le style n'auraient sans doute pas laissé Sapho indifférente. Pat
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Pastenague
  27 octobre 2018
Magique ! Beau à pleurer.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   20 août 2015
CLV LA MORT VÉRITABLE


Aphrodita ! déesse impitoyable, tu as voulu que sur
moi aussi la jeunesse heureuse aux beaux cheveux
s’évanouît en quelques jours. Que ne suis-je morte tout
à fait !

Je me suis regardée dans mon miroir : je n’ai plus ni
sourire ni larmes. Ô doux visage qu’aimait Mnasidika,
je ne puis croire que tu fus le mien !

Se peut-il que tout soit fini ? Je n’ai pas encore vécu
cinq fois huit années, il me semble que je suis née
d’hier, et déjà voici qu’il faut dire : On ne m’aimera
plus.

Toute ma chevelure coupée, je l’ai tordue dans ma
ceinture et je te l’offre, Kypris éternelle ! Je ne cesserai
pas de t’adorer. Ceci est le dernier vers de la pieuse
Bilitis.

p.188
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BigmammyBigmammy   22 juin 2012
8 — LE REVEIL

Il fait déjà grand jour. Je devrais être
levée. Mais le sommeil du matin est doux et
la chaleur du lit me retient blottie. Je
veux rester couchée encore.

Tout a l'heure j'irai dans l'étable. Je
donnerai aux chevres de l'herbe et des
fleurs, et l'outre d'eau fraiche tirée du
puits, ou je boirai en même temps qu'elles.

Puis je les attacherai au poteau pour traire
leurs douces mamelles tièdes; et si les
chevreaux n'en sont pas jaloux, je sucerai
avec eux les tettes assouplies.

Amaltheia n'a-t-elle pas nourri Dzeus?
J'irai donc. Mais pas encore. Le soleil
s'est levé trop tôt et ma mere n'est pas
éveillée.
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coco4649coco4649   10 janvier 2014
La Pluie


La pluie fine a mouillé toutes choses, très doucement, et en silence. Il pleut encore un peu. Je vais sortir sous les arbres. Pieds nus, pour ne pas tacher mes chaussures.

La pluie au printemps est délicieuse. Les branches chargées de fleurs mouillées ont un parfum qui m’étourdit. On voit briller au soleil la peau délicate des écorces.

Hélas ! que de fleurs sur la terre ! Ayez pitié des fleurs tombées. Il ne faut pas les balayer et les mêler dans la boue ; mais les conserver aux abeilles.

Les scarabées et les limaces traversent le chemin entre les flaques d’eau ; je ne veux pas marcher sur eux, ni effrayer ce lézard doré qui s’étire et cligne des paupières.
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coco4649coco4649   20 juin 2020
Épigrammes dans l’île de Chypre
La robe déchirée


« Holà ! par les deux déesses, qui est l’insolent qui a mis le pied
sur ma robe ? — C’est un amoureux. — C’est un sot. — J’ai été
maladroit, pardonne-moi.

— L’imbécile ! ma robe jaune est toute déchirée par derrière, et
si je marche ainsi dans la rue, on va me prendre pour une fille
pauvre qui sert la Kypris inverse.

— Ne t’arrêteras-tu pas ? — Je crois qu’il me parle encore ? —
Me quitteras-tu ainsi fâchée ?… Tu ne réponds pas ? Hélas ! je
n’ose plus parler.

— Il faut bien que je rentre chez moi pour changer de robe. —
Et je ne puis te suivre ! — Qui est ton père ? — C’est le riche
armateur Nikias. — Tu as de beaux yeux, je te pardonne. »


/Ed. Librairie Charpentier et Fasquelle, 1949
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coco4649coco4649   19 août 2015
HYMNE A LA NUIT


Les masses noires des arbres ne bougent pas plus
que des montagnes. Les étoiles emplissent un ciel
immense. Un air chaud comme un souffle humain
caresse mes yeux et mes joues.

Ô Nuit qui enfantas les Dieux ! comme tu es douce
sur mes lèvres ! comme tu es chaude dans mes
cheveux ! comme tu entres en moi ce soir, et comme je
me sens grosse de tout ton printemps !

Les fleurs qui vont fleurir vont toutes naître de moi.
Le vent qui respire est mon haleine. Le parfum qui
passe est mon désir. Toutes les étoiles sont dans mes
yeux.

Ta voix, est-ce le bruit de la mer, est-ce le silence de
la plaine ? Ta voix, je ne la comprends pas, mais elle
me jette la tête aux pieds et mes larmes coulent dans
mes mains.

p.138
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Videos de Pierre Louÿs (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Louÿs
Pierre LOUŸS – Le prince irrésolu : Relecture de l'œuvre poétique (France Culture, 1978) L'émission "Relecture", par Hubert Juin, diffusée le 3 février 1978 sur France Culture. Présence : Robert Fleury, Paul Dumont, Alain Kahn Sriber et Jean Louis Meunier.
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