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David Camus (Traducteur)
EAN : 9782354080976
304 pages
Éditeur : Mnémos (18/11/2010)
4.01/5   67 notes
Résumé :

Avant le célèbre Mythe de Chtulhu, H.P. Lovecraft a créé tout un univers onirique inspiré des oeuvres de Lord Dunsany, une contrée sauvage et magique peuplée de démons et de merveilles, de rêveurs perdus au milieu de leurs cauchemars dont son héros, Randolph Carter en tête.

Cet univers est devenu l'une des œuvres fondatrices de la Fantasy.

Ce recueil regroupe tous les textes, dans une traduction intégralement nouvelle ; tex... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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exx48322
  17 septembre 2021
Aussi curieux que puisse sembler une telle assertion compte tenu du vocabulaire soigneusement suranné de l'oeuvre de H.P. Lovecraft et de ses horreurs antédiluviennes dont seul un cerveau « mature » peut mesurer les terrifiantes abîmes, « Les contrées du rêve » est un recueil exactement stylé à l'esprit des enfants. Un adulte, même fasciné au fil de sa lecture par cet univers étrange et alternatif, ne manquera pas bientôt de s'en désintéresser, car les préoccupations prosaïques de son quotidien – que celui-ci soit routinier ou non ! – le détourneront très vite de questions moins essentielles qui ne lui sont strictement d'aucun apport concret, partant qu'elles ne constituent ni un savoir raisonnable et vérifiable, ni la preuve en société d'une culture raffinée. Qui donc, aujourd'hui, s'enorgueillit-il de citer les noms de Kadath, d'Ulthar ou de Celephaïs, autant de villes imaginaires dont les syllabes inconnues et exotiques ne se rencontrent que dans quelques nouvelles isolées d'un auteur par ailleurs jusque-là longtemps ignoré ? Un livre de H.P. Lovecraft est une perte de temps, si notre attention se voue uniquement à l'utile : on y chercherait en vain des parallèles édifiants avec notre monde – ou bien il s'agirait là de la trouvaille d'un critique littéraire sot, s'obstinant en dehors de toute sagesse à extraire de son objet d'étude quelque rapport symbolique avec la réalité ! –, tant à l'endroit des personnages qui n'existent que dans l'intention d'incarner un voyage et une quête – il faut bien à cette fin un homme doté de membres pour marcher et d'yeux pour voir et décrire au lecteur les merveilles de son périple, mais cet homme est toujours semblable à une unique volonté, il pense à peine, éprouve peu de nuances d'émotions, si ce n'est la joie de la contemplation et la peur du danger que l'on devine approcher ; il n'a donc rien de commun avec la psychologie complexe que les autres écrivains tâchent ordinairement d'imiter – qu'à l'égard des splendides contrées sauvages, cités de gemmes phosphorescents et jardins géométriques, où l'inspiration soi-disant orientale, occidentale ou d'architecture antique n'est qu'un prétexte illusoire à nous rassurer sur l'appartenance terrestre de l'auteur.
Avec l'âge, nous rêvons moins, ou plutôt : nous cessons de croire que nos rêves sont d'une importance égale, voire supérieure, à la réalité. Pire, nous les méprisons, car ils nous distraient en certaines occasions où notre concentration est requise par nos contemporains, qui se limitent quant à eux à la seule dimension de leurs sens et ne tolèrent pas nos écarts de présence – nous n'aimons guère alors subir les conséquences désagréables de nos rêveries, auxquelles nous attribuons bientôt une connotation péjorative, relâchement, flemmardise, déni des responsabilités. Il n'est qu'un enfant qui puisse apprécier pleinement, sans arrière-pensée ou culpabilité, l'effet durable des récits anormaux de H.P. Lovecraft : ses pays mystérieux à la géographie distordue, ses peuples millénaires, ignominieusement superstitieux, traits trapus d'une race oubliée, ses mers irisées et ses montagnes titanesques dont les teintes brumeuses ne répondent à aucun critère physique connu sur notre planète, sa mythologie hallucinante, avec sa hiérarchie infinie de créatures de tous les recoins d'ombre, visqueuses, rampantes ou frétillantes, et de Dieux aux desseins alarmants, aussi éloignés des effigies de nos cultes qu'un homme d'un lombric aveugle ; toutes ses créations – visions qui lui appartiennent et dont il est maître ! – sont purs désirs d'art et de beauté, auquel seul un esprit départi des aprioris de perception que l'on acquiert à l'usure de la vie peut se révéler sensible. Ce qui fait défaut à l'adulte, si l'on exclue bien sûr son manque d'ouverture à des idées nouvelles – en fait une caractéristique aberrante rencontrée chez certains individus défaillants, et pas du tout le résultat d'une évolution naturelle de ces derniers –, c'est le goût de l'obsession, du retour perpétuel au rêves longtemps ressassés de l'enfance, signe chez H.P. Lovecraft d'une immaturité de croissance fascinante d'atypie, notamment de par son expression justement mature – l'oeuvre d'un grand écrivain, délivrée des codes d'écriture de son siècle, des règles de vraisemblance ou du souci d'un thème convenable et instruit, produisant librement le récit de ses visions brutes et immaculées, univers oniriques où il admet échapper à l'ennui du morne quotidien, mais dont il défend aussi ardemment, au lieu de rougir tel un enfant rêvasseur que l'on gronderait, la prégnante réalité.
Le génie de H.P. Lovecraft n'a pas été altéré par les attentes de ses lecteurs, puisqu'il n'a pas connu de succès de son vivant, et c'est pourquoi ses références aux mythes, personnages et cités de ses mondes imaginaires peuvent parfois sembler obscures, tout comme l'apparence farfelue et les comportements inquiétants de la plupart des créatures qui les arpentent : on sent bien qu'il s'agit là d'obsessions personnelles, peut-être même issues de ses rêves tourmentés, comme il le suggère, qui ne sacrifient à aucune logique ni effet d'épate, mais qui, quand on les examine dans leur ensemble et après avoir lu environ chronologiquement la série de nouvelles traitant d'une famille d'entités, correspondent effectivement à un même univers minutieux et évident lorsqu'on regarde celui-ci sous un certain angle. le point central et absolument renversant du rapport à la réalité de H.P. Lovecraft est l'idée qu'un rêveur expert en cette discipline – quelquefois « aidé » par des drogues, la visite de lieux ancestraux ou l'accomplissement de rituels occultes – se propulsera dans des dimensions assez définies et immuables pour que d'autres rêveurs y séjournent également et en retiennent les mêmes noms, paysages et constructions monumentales, côtoyant des créatures semblables et partageant leurs secrets, jusqu'à enfin se croiser et communiquer en ces lieux communs à tous. Ainsi, il existerait des « contrées du rêve » dont la réalité n'est pas moins questionnable que celle où nous sommes nés, mondes divers bâtis à la fois à partir des ajouts de chacun de leurs voyageurs et du fait d'une cohésion supérieure dont les fondements nous dépassent, où le temps est une restriction humaine absurde et où l'ordre des choses s'étire bien au-delà des piteux Dieux de la Terre. Espace et mouvement, conscience et pensée y sont parmi d'autres des concepts aux contours malmenés, mais ces dérives à la science traditionnelle et à l'observation des phénomènes tangibles n'ont pour autant rien d'insensé en leur propre étalon d'analyse – lorsqu'on change notre lentille de vue, seules les courbes oscillent et les perspectives s'inversent, mais il est toutefois possible que l'harmonie, au lieu d'être perturbée, s'en trouve sublimée.
Je devine que certains lecteurs occasionnels de H.P. Lovecraft sourcilleront devant le terme « harmonie », et lui préfèreront plutôt ceux de « charabia », « capharnaüm » ou « grand n'importe quoi ». Il serait facile de balayer leur exaspération avec une condescendance d'érudit ampoulé, en prétendant par exemple que ces incultes n'ont rien compris au subtil double sens des histoires fantastiques, ou bien qu'ils ne possèdent pas la patience indispensable à la contemplation des belles choses adroitement dessinées par la main d'un génie transcendé, mais il serait ridicule de ne pas admettre que les inventions de l'auteur touchent parfois – et dans le cas de « La quête onirique de Kadath l'Inconnue », un peu plus que parfois ! – à une étonnante folie. La citation suivante, justement, produit de manière systématique un effet d'atterrement béat chez le lecteur, et l'absurdité de sa formulation, sans que H.P. Lovecraft l'ait probablement prémédité, devient alors franchement drôle :
« le Conseil des Sages, reconnaissant le visiteur, lui offrit une gourde de sève fermentée provenant d'un arbre hanté unique en son genre puisqu'il avait poussé d'une graine qu'un habitant de la Lune avait laissée tomber par mégarde ».
Cependant, si le lecteur persévère, il s'apercevra au bout d'un certain temps qu'il existe bel et bien des arbres anguleux sur la face cachée de la Lune, et qu'il est fort aisé de s'y rendre grâce à un saut intersidéral en compagnie des chats d'Ulthar ou à bord d'une galère noire aux rames silencieuses : on peut donc raisonnablement conclure de ces faits irréfutables qu'il n'est point aberrant qu'un objet ait été lâché par inadvertance sur le chemin, quel qu'il soit et n'importe son propriétaire. Notez donc : nuls personnages, lieux ou légendes ne sont évoqués gratuitement, rien que pour étoffer le récit de références bizarres aux significations alambiquées, telle une profusion de phrases vacantes destinées à alimenter une atmosphère de dérisoires artifices – il faut pour s'en rendre compte prêter attention jusqu'au bout, identifier précisément les noms des cités étrangères, les allusions aux aventures d'autres rêveurs aguerris ou le climat et L Histoire des différentes régions du rêve, afin de se mouvoir en ces univers multiples comme en des contrées familières, ce qu'elles sont à H.P. Lovecraft, bien qu'un tel exercice exige un effort continu et la possession d'un recueil astucieusement agencé où se rencontre un assemblage logique et exhaustif de textes spécialisés dans ces sujets précis.
Tout ce que j'ai pu lire ailleurs de H.P. Lovecraft ne ressemble pas à « Les contrées du rêve », d'une part parce que beaucoup de ses nouvelles les plus connues ont explicitement lieu à la limite de notre réalité, en lien direct avec celle-ci, ce qui diffère de l'abstraction presque totale des voyages de maîtres rêveurs – le schéma type que j'affectionne particulièrement y est alors incarné par un genre de « pionner », scientifique ou héritier de quelque maison hantée ou manuscrits abscons, qui décèle fatalement des entités ou des structures ancestrales qu'il aurait mieux valu laisser croupir pendant des éternités, et dont la découverte abrupte incite les téméraires explorateurs à questionner le réel jusqu'à ce que les abîmes de cette réflexion contre nature leur fasse perdre la raison –, d'autre part à cause du style d'écriture, notamment concernant les réactions des personnages, retranscrites dans un langage curieusement désinvolte pour un auteur qui nous délecte habituellement d'antiquités inusitées aux dissonants échos cyclopéens : il me revient par exemple en tête ce « Carter n'avait vraiment aucune envie de se retrouver nez à nez avec un Dhole », où l'emploi d'une telle expression, flagrante de banalité – surtout lorsqu'on sait qu'un Dhole ne possède ni nez, ni un quelconque attribut de visage humain –, alors même que notre protagoniste se trouve dans une situation particulièrement désespérée, semble totalement hors de contexte. Ces maladresses gênantes, qui choquent à la lecture, participent au discrédit d'un récit déjà de peu de vraisemblance – on l'aura compris, je parle surtout ici de « La quête onirique de Kadath l'Inconnue », pièce majeure du recueil, autour de laquelle lévitent en satellites la plupart des textes restants – et que d'autres lecteurs n'auront pas comme moi la patience d'excuser en saluant le génie de la composition d'ensemble. Il y a aussi quelque chose d'enfantin à la simplicité stoïque des personnages, que nul péril ne décourage et qu'aucun dénouement ou sauvetage inopinément bienheureux ne surprend – les amitiés sont loyales et spontanées, comme au temps des cours de récréation, l'amour, la sexualité ou la sensualité sont absents. Vraiment, « Les contrées des rêves » est une oeuvre foncièrement inutile à la compréhension et à l'interprétation de notre réalité, en quoi réside généralement l'intérêt de l'homme, et l'ouvrage ne survivrait pas longtemps à une analyse rationnelle, contrairement à d'autres créations de H.P. Lovecraft dont le potentiel de réalisation est plus envisageable par un cerveau sain, mais c'est cette inconformité – ces manques troublants et ces incroyables suppléments à la vie que l'on connaît – qui rend à travers les tableaux oniriques une exaltation plus vieille et plus inaltérée que nos premiers instincts.
Ceci n'explique pas hélas les quelques difformités de langage, dont ce « nez à nez » cité plus haut est l'indice le plus frappant – ah, comme il vrille péniblement sa fausse note au sein de l'harmonie des mots ! L'hypothèse que j'avancerai ici est assez glaçante, pour ce qu'elle implique de causes et de conséquences regrettables à l'endroit de la littérature ; c'est en vérité David Camus, auteur de la préface et traducteur de mon édition « J'ai lu » datée de 2012, qui me la fournit. David Camus, on s'en doute, n'est pas le premier traducteur de H.P. Lovecraft, mais à l'entendre – et je n'ai aucune raison de douter de sa parole, comme on ne peut dénoncer sans risquer de représailles que ce en quoi l'on est soi-même irréprochable ! –, il est le plus consciencieux, le plus fidèle à l'original : ses prédécesseurs ont largement abusé de rectifications en tous genre, d'ajouts et de découpes portant parfois sur des paragraphes entiers, transformant les termes à leur goût, réinventant les noms, les adjectifs et allant même jusqu'à modifier la personnalité et l'apparence des personnages, de sorte que l'énumération des agissements criminels de ces faussaires confondus rende aux admirateurs de H.P. Lovecraft le son blessant d'un sacrilège innommable. Je chéris le Lovecraft de « Dans l'abîme du temps » ou de « Les Montagnes hallucinées », au point que ses conceptions et ses idées me saisissent d'une obsession lancinante dont je me croyais avec l'âge raisonnablement préservée, j'aime la fascination de ses chutes vertigineuses, où le texte toujours se pare d'un sens bien supérieur et bien plus captivant que le suggéraient mes premières déductions, superposant une immensité à une autre immensité, un espace temps à une dimension étrangère, régie par des Dieux aux noms et aux desseins imprononçables, figurant notre Terre en poussière, et l'homme en poussière des poussières. Cet abîme-là m'attire et m'hypnotise, et celui qui le maîtrise et l'exprime ainsi avec tant de sensible audace est un écrivain d'élévation, de splendide hauteur, que je lis avec un émerveillement – et peut-être avec un plaisir attendri – si réjouissant !
Parce que le rêve est un sujet détaché de la réalité, qui ne connaît ni la contrainte de la gravité, ni la finesse de la psychologie humaine, il serait une facilité, un stratagème calculé par l'auteur dans le but d'échapper à toute critique, puisqu'il contourne les critères objectifs que l'on voudrait lui opposer, auxquels l'auteurs répondra volontiers qu'en son univers l'écrivain fixe ses propres règles et que nul modèle s'en approchant n'autorise la comparaison. Dans ces conditions, comment juge-t-on « Les contrées du rêve » ? Comment justifie-t-on notre sensation d'adéquation avec ses envolées prometteuses et déliées, qui apposent sur nous une empreinte plus ou moins durable selon notre capacité résiduelle à rêver – c'est à dire à imaginer d'autres réalités sans y trouver là une occupation puérile, car nous considérons l'art d'écrire et la beauté de la création des tâches aussi estimables que l'analyse du concret –, quand nous ne pouvons appuyer nos enthousiasmes sur les repères habituels qui font toute oeuvre décente ? le critique littéraire ne peut se risquer alors à parler de « ressentis », d'« impressions » ou même de sentiment d'avoir été « emporté » dans un somptueux voyage : le pauvre se verrait aussitôt lynché par une horde de lecteurs terre-à-terre – les pragmatiques, adeptes de la cause à effet et qui n'ont que faire de ces mièvreries à la consistance d'une gelée translucide ! Non, il doit avancer des arguments vérifiables, mais une difficulté inattendue vient interrompre la première explication de son suprême intérêt pour H.P. Lovecraft : le style, dit-il, est une marque très caractéristique de l'écrivain ; son lexique si reconnaissable, qui pioche intempestivement parmi les évocations oubliées de menaces préhistoriques, sa façon habile de relater une histoire à travers un témoignage de première ou de seconde main, ses phrases mystérieuses qui suggèrent un savoir interdit sans jamais tout à fait le dire... Et que dire des cités magnifiques, visions épurées au milieu d'une abondance immersive de détails éthérés, diversité affolante de paysages, variété complexe des voix et des accents, des visages et des silhouettes, dangers impalpables dont l'on ne peut appréhender la mesure, terreurs inhumaines, invitations à la folie ? Eh bien, lui rétorque-t-on, ces arguments sont-ils encore valables, dès lors qu'ont été dévoilées les turpitudes des éditeurs et des traducteurs de H.P. Lovecraft ? Les expressions que l'on déplore dans « Les contrées du rêve », ne sont-elles pas une erreur que le lecteur aurait également pu identifier dans d'autres recueils de H.P. Lovecraft, si ceux-ci n'étaient pas le fruit d'une odieuse contrefaçon ?
Il n'est pas rare, je crois, que les préfaces des ouvrages de H.P. Lovecraft fassent allusion à des problèmes de traduction : il est souvent dit, à ces occasions, que les précédents éditeurs ont souhaité lisser une écriture parfois redondante, profuse à l'excès et aux formulations éloignées des canons de perfection littéraire – f
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Slava
  07 décembre 2017
Dès qu'on cite Lovecraft, on pense tout de suite à Cthulhu et ses amis à tentacules, à son Nécromicon et ses récits de terreur où terrorise les mortels un peu trop curieux d'en savoir plus autour des Grands Anciens, causant au passage folie et destruction tant ces monstres échappent tellement à l'esprit humain que la seule vision ne peut en être fatale à la raison . L'univers du Mythe de Cthulhu irrigue l'imagination des grands auteurs fantastiques (Stephen King, Neil Gaiman...) et fait de Lovecraft le plus auteur du fantastique du XXeme siècle. Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'il a aussi inventé un autre univers dont il a consacré des nouvelles : les Contrées du Rêve, une dimension onirique différente du "monde de l'éveil" (notre monde) qu'on ne peut accéder par les rêves et qui est très fascinant mais tout aussi dangereux...
Quatorze nouvelles nous embarquent dans cet univers étrange où l'imagination et la fantaisie règnent en maître, où des dieux mystérieux veillent sur les habitants des contrées, où les chats sont doués de pouvoirs surnaturels, et où on peut faire toutes les rencontres les plus inimaginables... y compris mortelles. Rédigées en même temps que les histoires se déroulant dans le Mythe de Cthulu (certaines ayant été rédigées avant même l'invention de Cthulu et compagnie !), on y retrouve aussi quelques éléments "cthuluesques" et certaines entités mentionnés où rencontré dans les autres nouvelles apparaissent dans le monde des rêves...
La quête d'Inaron ouvre le voyage : on y suit l'errance d'un poète vagabond à la recherche d'une merveilleuse cité d'où il est né et d'où il est prince et dont il chante les beautés... une très belle nouvelle mélancolique sur la poésie et sur la solitude des artistes incompris par ses pairs, avec une chute aussi surprenante que tragique et on est touché par le parcours d'Inaron qui jusqu'au bout cherche cette fabuleuse ville et contre les futilités des autres et de leurs ignorances ne songe qu'à son art et qu'à l'imagination...
Polaris nous met dans la tête d'un homme solitaire qui passe ses nuits à regarder l'Etoile polaire, étoile qui intervient dans un de ses rêves... une nouvelle interessante sur la beauté des astres, la créativité engendré par la solitude.
La malédiction qui s'abattit sur Sarnath est comme un récit des anciens temps racontant la gloire et la chute d'une brillante cité, bâtie sur les ruines d'une civilisation monstrueuse... une nouvelle où les crimes finissent toujours par paye un moment donné !
Hypnos raconte l'amitié entre un jeune homme et son étrange ami autour de la drogue et des rêves, un certain soir tout bascule... le dédoublement de la personnalité, la puissance des rêves (encore) et la mythologie grecque sont présent dans cette histoire assez énigmatique et un peu flippant.
L'étrange maison haute dans la brume nous emmène à Kingsport où une curieuse demeure située sur une falaise et éclairée le soir alors qu'elle est supposée inhabitée... une féerie marine mais inquiétante environne le récit et la révélation concernant la maison est assez bluffante.
Le bateau blanc : et si vous partez dans un navire magique qui peut vous transporter dans un autre monde ? Une "croisière" insolite mais mystérieuse où le rêve et la réalité se confondent...
Celephais : Un rejeton d'une riche famille veut retourner dans une cité aperçue lors d'un rêve d'enfance... quand la volonté de l'imagination et la détermination à réaliser ses désirs nous conduit plus loin que prévu...
Les chats d'Ulthar, la plus effrayante du recueil : pourquoi à Ulthar il est interdit de tuer des chats ? On nous raconte l'origine de cette loi, une histoire horrible où les chats jouent un sinistre rôle... quand on fait mal aux matous, ils se vengent ! Toute la fascination qu'on éprouve à nos compagnons à quatre pattes est sublimé dans ce conte horrifique.
Les autres Dieux où sont abordés pour la première fois les divinités régissant les Contrées du Rêve : un vieil homme érudit décide de gravir une périlleuse montagne dans le seul but d'apercevoir les dieux mais on ne rencontre pas impunément des entités supérieurs à notre conscience...
Le témoignage de Randolph Carter où apparaît pour la première fois le protagoniste centrale des Contrées du rêve : celui-ci, en interrogatoire à la suite de la disparition de son ami, raconte comment ils se rendent dans un cimetière aux sombres secrets... une nouvelle angoissante où la tension monte, ou l'influence "lovecraftienne" se ressent clairement.
Et nous y voila avec les trois nouvelles principales, celles concernant les aventures de Randolph Carter dans le monde onirique et troublant des rêves :
La Quête onirique de Kadath l'Inconnue, une très longue novella relatant l'expédition du protagoniste dans les Contrées du Rêve, à la recherche de Kadath la cité des dieux... un voyage extraordinaire où l'imagination foisonnante de Lovecraft s'y déploit, avec ses nombreux peuples, ses villes et ses créatures toutes aussi détaillées les unes de autres, où se connecte aussi bien les autres nouvelles du recueil (les chats d'Ulthar qui vont être un grand secours à Carter, la ville de Celephais où il y séjourne) que celles reliées au Mythe ( les goules avec un certain Pickman-si vous avez lu le modèle de Pickman cela vous dit quelque chose...- et la confrontation avec un certain Nyarlathotep...).
La clé d'Argent où on retrouve Carter, plus âgé, voulant renouer avec le monde onirique qu'il a abandonné des années auparavant. Il trouve la clé d'argent, un artefact surnaturel... une enquête autour d'un objet sibyllin avec des réminiscences de rêves mais aussi une critique de la société peu propice à l'imaginaire pour du pur pragmatisme et de la bêtise ignorante des hommes...
A travers les portes de la Clé d'Argent est de loin la plus aboutie : Carter a disparu et des proches de celui-ci se réunissent pour ses biens, mais l'un d'eux, un hindou nommé Chandraputra affirme que Carter est vivant mais est bloqué dans le monde des rêves et entreprend le récit... une nouvelle où la folie est grandissante, où on est confronté à l'indicible, où les abominations cosmiques y pullulent avec une fin assez prenante !
Azathoth, la dernière nouvelle est plutôt un début de roman inachevé, autour d'un homme voulant revenir dans les rêves... on y voit l'origine des aventures de Carter.
Ce qu'il faut retenir des nouvelles, c'est la place grandiloquente des rêves, de leur pouvoir et de la capacité d'y mouvoir librement... non sans danger, car les Contrées du rêve ont des règles à ne pas outrepasser ! Bien avant les cauchemars de Freddy, Lovecraft nous montrait qu'on peut risquer sa vie dans même lorsqu'on dorme ! L'ambiance éthérée et ses séquences hallucinantes empreint de poésie ne fait pas oublier la dangerosité des lieux, avec ses dieux menaçants...
Lovecraft nous surprend avec un lyrisme inattendue, lui qui s'astreint à décrire la folie et l'horreur dans un style archaïque brut, ici c'est une plume poétique certes toujours aussi horrifique mais d'un onirisme envoûtant... de même on peut reconnaître des parcelles de l'auteur dans ces nouvelles : Carter est un double de l'auteur, qui a toujours adoré les chats (d'où leur rôle important dans ce monde), a toujours été solitaire (nombreux sont les personnages vivant dans la solitude), hanté par des cauchemars terrifiants d'où ont surgi de nombreuses créatures et incompris par ses semblables...
Un très beau recueil fantastique qui nous dévoile un autre Lovecraft et un autre univers qui mérite d'être plus connu que celui de Cthulu tant il est empli d'imagination et d'une fantaisie tétanisante mais prenez-garde : on ne revient pas indemne des Contrées de rêve
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CardShark
  29 juin 2015
Avant que Lovecraft ne fasse trembler le monde avec les indicibles horreurs d'outre-espace du Mythe de Cthulhu, il a écrit les nouvelles du Cycle du Rêve.
Internet aidant, trichons un peu pour l'atmosphère adéquate, baissez les lumières, ouvrez les liens suivants:
http://rain.simplynoise.com/
plus
https://www.youtube.com/watch?v=55W7k5UkrIc
Plus qu'une collection d'histoires, c'est avant tout pour moi une ambiance. Tout est dans le ressenti, le viscéral, un ovni dont je peux lire quelques pages au hasard, m'immerger dans cet univers, et reposer, satisfait. Le genre de livre qu'on prend plaisir à lire un de ces soirs de début d'hiver par 38 de fièvre, sonné, les yeux en feu, planqué frissonnant sous une couette avec un thé brûlant pas loin. Et si possible une pluie battante martelant la fenêtre.
Les premières courtes nouvelles éclairant une facette ou une autre de ce monde allant du gentiment pastoral d'un village de Nouvelle-Angleterre au grandiose exotisme des Dieu de la Terre dans leur cité d'onyx de Kadath loin au nord, dans le désert de glace, de la simplicité de chats lézardant au soleil dans la ville d'Ulthar à la monstruosité grotesque des Goules, Gugs souterrains et autres Maigres bêtes de la nuit peuplant les recoins les plus noirs de ce monde. Le décors est posé en douceur. La prose volontairement terne et sèche de ses écris plus connus, qui fait dire à bien des lecteurs du Mythe de Cthulhu, que Lovecraft ne sait pas écrire, cède la place ici à un lyrisme fou. Gratuitement verbeux diront sans doute certains, mais pour moi ça marche. Ca donne des sensations de texte sans âge, une légende ancienne dont on ne perçoit qu'un infime reflet teinté de la plus absolue mélancolie. Lovecraft cite Baudelaire en introduction à Hypnos, on discerne sans mal qu'il partageait beaucoup des sentiments de l'auteur. Il partage ses épreuves et ses peurs (parfois à la limite de l'obscurantisme nauséabond pour le lecteur moderne), et son dégout du monde moderne.
Le temps fort du livre étant bien sûr les trois textes ayant pour protagoniste Randolph Carter, La Clé d'Argent, A travers les Portes de la Clé d'Argent, et en particulier La Quête Onirique de Kadath l'Inconnue (bon sang, rien que les titres sont pour moi une invitation !), où Carter, rêveur accompli, alter-ego de Lovecraft, explore sans relâche le monde du Rêve pour en rencontrer les Dieu de la Terre dans leur cité loin au Nord et leur soumettre ses demandes. Pour moi il s'agit d'une des d'aventures les plus incroyables que j'ai jamais lu, un héro d'une obstination inépuisable, un monde aussi magnifique que terrifiant, extravaguant, porté par le talent évocateur de Lovecraft.
Le recueil se conclu magnifiquement, avec Azathoth, courte ébauche de texte jamais achevé par l'auteur concluant ce voyage sur trois points de suspension, invitant le lecteur à rêver sa suite.
Ces textes, dont bon nombres ont déjà été publiés, dispersés dans les multiples recueils de la collection J'ai Lu consacrés à Lovecraft, ont reçu pour cette édition une nouvelle traduction par David Camus joliment dépoussiérée (quoi que l'ancienne, bien que souffrant de certaines ennuyeuses erreurs de traduction, n'a pas à rougir excessivement en ce qui concerne le style), une organisation des textes parfaites, agrémentée d'une préface qui mérite largement la lecture.
De l'exotisme, de l'évasion, une prose flamboyante et un soupçon de frissons. Probablement le meilleur moyen de découvrir Lovecraft.
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Notos
  23 août 2017
Rêves de réalités
Adeptes de rêves lucides, défenseurs de l'imaginaire devant l'Éternel, mystiques des croyances parallèles : ce livre est fait pour vous !
Le cycle du rêve de Lovecraft est moins connu que le mythe de Chtulhu, bien qu'il ait été conçu et développé au même moment : c'est que plus encore que les nouvelles inquiétantes qui ont fait la renommée de Lovecraft, ces pages sont destinées à rester dans l'ombre, écrites d'une plume occulte pour quelques lecteurs initiés.
Ce recueil de "nouvelles" nous transporte dans les Contrées du Rêve, où seuls quelques maîtres rêveurs ayant toujours fui la banale réalité peuvent d'ordinaire accéder. Là, des cités grandioses et fantastiques les attendent, mais aussi des mystères insondables et des périls qui dépassent l'existence humaine. On aurait tort de penser que ces rêves sont de simples illusions de l'esprit : ils possèdent leur propre cohérence, leur univers ordonné, leurs lois et leurs dangers, un mot, leur réalité, qui dépasse celle de l'Éveil.
Si l'on retrouve le style et les mécanismes qui ont fait de Lovecraft le maître de l'horreur fantastique, on sera surpris du lyrisme et de la poésie qui affleure à la surface de ces pages. Comme si l'auteur, frustré de ne pouvoir s'étendre sur les horreurs indicibles qu'il évoque habituellement, donnait ici libre cours à son imagination féconde et brillante : les descriptions sont longues, vivantes et riches, presque trop, dans un style baroque qui colle aux exubérances des rêves. Une esthétique inattendue de la part d'un auteur dont on n'a que trop souligné (et parfois reproché) l'art du non-dire et du flou !
S'agit-il de nouvelles déformées par un merveilleux improbable, d'apologues sans morale ou tout simplement de contes modernes et poétiques ? Lovecraft s'embarrasse peu des genres, ici moins qu'ailleurs : cette gratuité du style le rapproche plus que jamais de son maître, Lord Dunsany. Sans se soucier de ce qui devrait être répertorié, défini, inventorié, l'auteur arpente la frontière ténue entre rêves épiques et réalité sordide, entre fantaisie majestueuse et science abyssale, entre éternités et modernité.
Un ouvrage qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui transportera tous les rêveurs en puissance vers des contrées lointaines, surprenantes et familières.
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Gruizzli
  15 octobre 2021
L'ouvrage contient quatorze récits, chacun de taille très variable (le plus long fait 170 pages et le dernier 3), qui se déroulent dans ou autour du monde des rêves, ce monde que Lovecraft semble affectionner tout particulièrement, se soustrayant au poids de la réalité dans un monde qui permet les libertés les plus totales. Je dois dire qu'en lisant je repensais à certains poèmes de Baudelaire, et le nombre de points communs aux deux auteurs me fait aimer d'avantage le premier. Mais je m'égare, revenons à nos rêves.
Donc, les récits vont tourner autour de cette mystérieuse contrée des rêves, dans ces contrées fantaisistes où tout peut arriver, où les choses les plus sombres, anciennes et puissantes prennent vie et hantent les vivants, des contrées dans lesquels il est très dangereux de s'aventurer, surtout lorsque le voyageur imprudent tente de défier les dieux.
Bien que les nouvelles tournent autour de différents sujets, de beaucoup de personnages et de nombreux lieux, elles possèdent beaucoup de liens entre elles. L'une d'elle parle d'une ville et de son histoire, et l'autre vous narrera le héros traversant les ruines de cette ancienne cité. Vous verrez certains lieux réapparaître, un personnage au destin tragique servira d'avertissement dans une autre histoire, plusieurs nouvelles à la suite reprennent le même héros dans d'autres cas, etc .... Les différents récits s'entrecroisent tous au final, dans la trame des rêves et de la réalité, sans qu'il n'y ait une histoire continue tout au long de l'ouvrage. Car les rêves de Lovecraft sont complexes et immenses.
Si je ne peux pas vous décrire l'histoire précisément, il faut bien parler de l'ambiance du récit. Et je dois dire que je tire tout mon chapeau à l'auteur (et au traducteur aussi) qui met en place une ambiance incroyablement proche des rêves. En le lisant, il me revenait les bribes de souvenirs que l'on conserve parfois d'une nuit, ce genre de bribes qui vous hantent la journée tandis que des images fortes vous tournent en boucle dans la tête. Lovecraft vous ressort ce genre d'image, les délires que peuvent créer le cerveau au repos, et met le tout en texte. L'ensemble sonne comme des rêves, avec des passages hallucinés qui font ressortir ce que l'on ressent dans un rêve, des changements de lieux aléatoires sans aucun lien, des peurs incontrôlables .... le tout vous donne vraiment l'impression qu'il a écrit ses textes au réveil selon ce qu'il avait rêvé dans la nuit.
Bien évidemment le récit contient aussi ce qu'il faut de Très Ancien, de dieux et de puissances endormies, de choses innommables (ou à défaut illisible), de villes qui enchantent les yeux, de personnages en quête de quelque chose, de personnages romantiques et solitaires, de chats (oh yeah !), de personnages qui veulent défier les dieux et se font punir, de récits anciens, de manuscrits perdus ou retrouvés, de lieux de pouvoirs, mystiques, cachés, perdus, sombres. C'est tout un univers qui s'offre à nous dans ces nouvelles.
En gros, c'est un recueil de nouvelles tout ce qu'il y a de plus Lovecraftien, C'est dérangeant et obsédant, il fait écho à des peurs en nous que nous ne pouvons fuir, car elles sont présentes quoi qu'on fasse. La peur de tout ces inconnus. Et surtout c'est les rêves, tout ce monde fascinant dans lequel nous nous égarons chaque soir, et dans lequel Lovecraft nous entraîne pour mieux nous effrayer, là où tout est possible et bien pire encore. C'est puissant et poétique, c'est à lire.
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critiques presse (1)
SciFiUniverse   18 octobre 2018
Bragelonne propose une anthologie de qualité, qui plus est publié dans un format de lecture très agréable. Si de l'écrivain vous ne connaissiez que le Mythe de Cthulhu, cet ouvrage est l'occasion parfaite que découvrir ce cycle très différent, mais tout aussi riche et intéressant.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (36) Voir plus Ajouter une citation
Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   25 avril 2018
Plus les hommes de Sarnath côtoyaient les habitants d'Ib, plus ils les détestaient. Et ils les haïrent de plus belle quand ils s'aperçurent que leurs pierres, pieux et flèches pénétraient la peau de ces faibles créatures aussi facilement que de la gelée. Si bien qu'un jour les jeunes guerriers, les frondeurs, les lanciers et les archers de Sarnath marchèrent contre Ib. Après en avoir tué tous les habitants, ils en repoussèrent les corps étranges dans le lac à l'aide de longues perches parce qu'ils ne voulaient pas avoir à les toucher. Puis, comme ils n'aimaient pas les monolithes gris d'Ib, à cause de leurs sculptures, ils les jetèrent à leur tour dans le lac - au prix de tels efforts qu'ils se demandèrent comment ces blocs avaient pu être apportés de si loin, comme cela avait dû être le cas puisqu'il n'existait aucune pierre de cette sorte dans le pays de Mnar ou dans les contrées environnantes.

La malédiction qui s'abattit sur Sarnath
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   11 mai 2018
Telle une idole de pierre dans un temple silencieux, l'Hateg-Kla se dresse au cœur du désert rocheux qui s'étend derrière Hatheg, dont il tire son nom. Les brumes dansent lugubrement autour de son sommet, car les brumes sont des souvenirs des dieux. Or les dieux adoraient l'Hateg-Kla lorsque, jadis, ils y habitaient. Souvent, dans leurs vaisseaux de nuage, les dieux de la Terre se rendent sur l'Hateg-Kla, semant des vapeurs pâles sur ses pentes tandis qu'ils dansent avec leurs souvenirs sur sa cime, au clair de lune. Les villageois d'Hatheg disent que, s'il est toujours dangereux d'escalader l'Hatheg- Kla, il est suicidaire de l'escalader la nuit, quand ces vapeurs voilent son faîte et la lune. Pourtant, Barazaï ne tint aucun compte de leurs recommandations lorsqu'il arriva de la proche ville d'Ulthar en compagnie de son disciple, le jeune prêtre Atal. Fils unique d'un simple aubergiste, Atal avait parfois peur. Alors que le père Barzaï avait été un seigneur, dans un très vieux château. Dans le sang de Barzaï ne coulait aucune superstition populaire, et il se contenta de rire au nez des craintifs villageois.

Les autres dieux
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Eric76Eric76   18 août 2020
...et pendant plus de jours que ne peuvent en compter les calendriers de la Terre, les courants et les vagues des sphères l'emmenèrent doucement vers les rêves auxquels tout son être aspirait - les rêves que les hommes avaient perdus. Puis au terme de nombreux cycles, ils l'abandonnèrent avec tendresse, endormi, sur un vert rivage baigné par le soleil levant ; un vert rivage au parfum de lotus et constellé de chrysanthèmes...
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   27 avril 2018
Puissent les dieux miséricordieux, s'ils existent, veiller sur moi durant ces longues heures où ni la volonté, ni aucune des ces drogues que l’homme a si ingénieusement mises au point ne peuvent m'empêcher de sombrer dans le gouffre du sommeil. La mort est charitable, car c'est pour l'éternité qu'elle nous garde. Mas pour celui qui s'en revient des plus profonds plis de la nuit, hagard et plein d'un savoir nouveau, la paix s'est envolée à tout jamais. Comme j'ai été fou de plonger, en proie à une ivresse incontrôlable, dans ces mystérieuses régions où nul n'est censé pénétrer. Et comme il a été fou lui aussi - à moins qu'il n'ai été un dieu -, mon seul ami, qui m’entraîna dans ces contrées, s'y engouffra plus avant que moi, et qui pour finir succomba à une horreur qui pourrait très bientôt s’abattre sur moi !

Hypnos
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   25 avril 2018
À la fenêtre nord de ma chambre, l'étoile Polaire brille d'une étrange lueur. Elle y scintille pendant les longues et horribles heures de ténèbres. Et en automne, quand les vents du nord hurlent et se lamentent et qu’au petit matin les arbres à feuilles rouges du marécage tiennent un conciliabule à voix basse sous un quartier de lune décroissante, je m'assieds près de ma fenêtre et contemple cette étoile. Sous la voûte céleste, l'étincelante Cassiopée trace sa route au fil des heures pendant que la Grande Ourse monte par-delà les marais, derrière des arbres ruisselants de brouillard qui se balancent au vent nocturne. Juste avant l'aube, la rougeoyante Arcturus clignote à la verticale du petit tertre où se trouve le cimetière, tandis qu'au loin, du côté des mystères de l’Orient, la Chevelure de Bérénice miroite bizarrement. Mais l'étoile Polaire, elle, n'a pas bougé d'un iota dans la voûte noire. Elle continue de briller d'un air mauvais en clignant hideusement, semblable à un œil dément qui s'efforcerait de transmettre je ne sais quel étrange message, et qui aurait tout oublié, sauf qu'il avait autrefois un message à transmettre. J'arrive parfois à dormir, quand il y a des nuages.

Polaris
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Videos de Howard Phillips Lovecraft (123) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Howard Phillips Lovecraft
Découvrir : https://tidd.ly/3xA6tqb
Il se passe quelque chose à High Place, le manoir ancien où la cousine de Noemí Taboada réside depuis son récent mariage : sa lettre parle d'empoisonnement, de visions et d'entités qui la tourmentent.
Avec ses robes fifties et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place dans les soirées mondaines que dans une demeure isolée de la campagne mexicaine. Mais elle n'est pas du genre à se laisser impressionner par l'époux de sa cousine, aussi troublant qu'hostile, ou le patriarche de la famille, fasciné par la jeune invitée… ou la maison elle-même, qui suscite en elle des rêves de meurtres et de cérémonies impies.
Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Longtemps, la fortune colossale de la famille l'a préservée des regards indiscrets. Noemí va maintenant découvrir son effrayante histoire de violence et de folie.
Et elle risque fort de ne plus jamais pouvoir s'en échapper…
Traduit dans 24 pays Bientôt adapté en série télévisée
« Lovecraft rencontre les soeurs Brontë en Amérique latine. » The Guardian
« Une terrifiante réécriture du roman d'horreur gothique. » Kirkus Reviews
« C'est comme si une puissance surnaturelle nous forçait à tourner les pages de cet envoûtant roman. » The Washington Post
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