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Critique de grm-uzik


grm-uzik
  20 novembre 2016
Howard Phillips Lovecraft est avec Edgar Allan Poe, le plus grand auteur fantastique américain du 20ème siècle, et tout comme ce dernier, un des grands pionniers du genre. Il a donné au genre ses lettres de noblesses
et aujourd'hui, c'est une référence absolue (statut reconnu bien après sa mort, comme souvent en littérature). C'est d'ailleurs facilement
vérifiable : aujourd'hui, tout auteur fantastique ou d'horreur a écrit au moins une histoire ayant rapport de près ou de loin avec sa mythologie de Cthulhu. Et cette influence va même jusqu'au cinéma, où les différentes adaptations, pastiches ou simples clins d'oeil se comptent par centaines. Notons dans ce palmarès, le grandiose "L'Antre de la folie" du non
moins grand John Carpenter, pour n'en citer qu'un. Lovecraft, dans l'univers fantastique (et de la littérature en général), c'est un peu comme les Beatles.
Tout le monde dit qu'ils ont révolutionné le rock, que tous les groupes modernes s'inspirent d'eux et même si on ne connaît pas forcément leurs
morceaux, c'est évident qu'ils ont laissé leur empreinte. Une influence si énorme, qu'elle a complètement restructuré le fond même du genre, de sorte que ce qui nous semble banal et courant et aujourd'hui vient pourtant de cette influence même... Lovecraft et le fantastique, c'est ça : il a crée des codes propres au genre qui font qu'aujourd'hui, chaque ligne qu'un auteur écrit porte cette empreinte, même de façon inconsciente. Certains n'en ont jamais entendu parler, mais même de cette façon,
ils empruntent sans le savoir des chemins déjà balisés par le Maître de Providence. Mais par dessus tout, il a crée une réelle mythologie, riche et
protéiforme, en s'affranchissant des habituelles notions de bien ou de mal inhérentes aux cosmogonies humaines. La force maligne et destructrice de ses Dieux cosmiques devient ainsi Chaos pur et la volonté d'asservissement propre au mal se transforme en violence aveugle et incontrôlée - incontrôlable, surtout. Point d'anges déchus, de cornes ou de
folklore théologique catholi-chiant chez ce génie ; avec lui les abysses ne sont que puits de démence insondables et les flammes de l'Enfer se retrouvent catapultées dans l'immensité de l'éther spatial. le Sabbat des Sorcières n'est ainsi plus une fête orgiaque entre humains et puissances infernales, mais un prolongement du culte secret qui nous unit à ces forces incommensurables. Dans un certain sens, c'est encore plus dérangeant, insidieux et horrifiant, que l'acceptation populaire de la sorcellerie et toutes ses dérives. Il a recrée, par le prisme de son imaginaire tentaculaire, tout un pan de la littérature moderne, ainsi que pas mal de mythes qui commençaient à prendre la poussière : la sorcellerie, les fantômes, les lieux hantés etc...

Et le plus fascinant, c'est de voir que sa mythologie a été sans cesse
reprise et étoffée, au fil des années, par des écrivains de son cercle - le fameux cercle lovecraftien, composé d'amis et d'auteurs aux mêmes visées artistiques que lui, mais aussi par des gens qui n'avaient à la base aucun rapport avec Lovecraft lui-même. Ainsi, comme le mythe Arthurien, le mythe Cthulhuesque n'a cessé de s'enrichir au fil du temps, par des plumes diverses, jusqu'à nos jours, où il est toujours bien vivace. Un phénomène aussi fascinant que passionnant à suivre, comme une peinture pour toujours en création, que chaque nouveau coup de pinceau enrichirait, renforcerait ; une oeuvre en constante (re)création, que chacun interprète
et modèle à sa guise. Peu sont les auteurs, contemporains ou non, à pouvoir se vanter d'un tel tour de force. Bref, quel que soit la façon dont on
appréhende la chose, Lovecraft est un des piliers majeurs et incontournable de la littérature du siècle dernier - fantastique ou non. Immense respect...

Après, on pourrait bien rajouter que son style n'est pas irréprochable, voir même lourd, avec des phrases interminables bourrées d'adjectifs ou de qualificatifs biscornus dont la plupart sont incompréhensibles sans l'aide d'un dico. Certes, nul auteur n'est exempt de défauts - J. R. R. Tolkien avait un peu le même problème. Ses passages descriptifs sont un peu
assommants et ses dialogues (heureusement peu nombreux) ne sont pas d'un naturel irréprochable, mais juste pour les frissons que ses créatures font naître et les atmosphères qu'il arrive à créer. Lovecraft mérite amplement les milliers de louanges qu'on peut lui adresser. Encore une fois, c'est un auteur de génie qui n'a pas volé sa réputation. Tout amateur se doit d'en lire au moins une fois dans sa vie.
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