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Oliver Lubrich (Éditeur scientifique)Alberto Manguel (Éditeur scientifique)
ISBN : 2742773657
Éditeur : Actes Sud (27/02/2008)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 7 notes)
Résumé :

Voici une anthologie de textes écrits sur le vif par des hommes et des femmes de lettres qui se sont rendus en Allemagne entre 1933 et 1945. Beckett, Camus, Simenon, Denis de Rougemont, Virginia Woolf, Karen Blixen, Jean Genet..., tous contribuent au tableau précis, poignant et fort diversifié de la vie sous le nazisme. Ils évoquent le monde du travail et les conséquences immédiates de la dictature ; le système de la ter... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
ivredelivres
  29 février 2012
Ils sont nombreux les écrivains, journalistes, intellectuels qui ont fait le voyage en Allemagne après l'accession au pouvoir d'Hitler ou pendant la guerre, entre 1933 et 1945.
Qu'ont-ils vu ? quelles ont-été leurs réactions ? Etaient-ils des sympathisants, au contraire ont-ils fait savoir ce qu'ils voyaient, ont-ils alerté ? Certains furent horrifiés mais d'autres fascinés.
Le livre se compose d'un grand nombres d'écrits, de longueur très variable, rassemblés par Oliver Lubrich qui enseigne la littérature à Berlin.
L'intérêt de cette anthologie c'est la variété, la diversité des visiteurs, certains très connus, d'autres moins, Belges ou Suisses, Anglais ou Américains, ils sont en Allemagne pour des raisons diverses qui vont du travail pour William Shirer, à un voyage d'agrément pour Virginia Woolf. Ecrivains, diplomates, journalistes, scientifique ou simple voyageur.
Christopher Isherwood qui choisit lui de quitter Berlin en 1933 :
«Tous les soirs, je vais m'installer dans un grand café d'artistes à moitié vide, près de l'église du Souvenir. Des juifs et des intellectuels de gauche y rapprochent leurs têtes au-dessus des tables de marbre, s'entretenant à voix basse, angoissée. Beaucoup d'entre eux s'attendent à être arrêtés, aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine.» et il ajoute que presque tous les soirs des SA investissent le café pour quêter, chacun étant obligé de contribuer.
Georges Simenon en Allemagne au moment de l'incendie du Reichstag et de la terreur en Allemagne
« Des envoyés spéciaux écrivaient sans rire Il est impossible que le parti de la violence l'emporte
Il ne faut pas leur en vouloir, c'était la première fois qu'ils mettaient les pieds en Allemagne et ces milliers de chemises brunes, ces autos avec des mitrailleuses, les impressionnaient vraiment. »
« le Führer était bien tranquille au milieu de son état-major, au Kaiserhof, je l'ai rencontré dans l'ascenseur. »
« Au Kaiserhof, à Berlin , personne n'était ému, ni inquiet, ni étonné »
Virginia Woolf
Au passage de la douane elle dit « Nous nous montrons obséquieux (...) première courbette de notre part. »
« Des gens se rassemblaient au soleil...plutôt sur commande, comme pour le sport à l'école. Bannières tendues dans les hauteurs en travers de la rue “le juif est notre ennemi“ “Il n'y a pas de place pour les juifs“ Nous avons donc filé à toute vitesse, jusqu'à ce que nous soyons hors de portée de la foule docile dans son hystérie. »
Denis de Rougemont en mars 1936 évoque la fascination de la foule lors des meetings et tente d'expliquer.
«Un coup de projecteur fait apparaître sur le seuil un petit homme en brun, tête nue, au sourire extatique. Quarante mille hommes, quarante mille bras se sont levés d'un coup. L'homme s'avance très lentement, saluant d'un geste lent, épiscopal, dans un tonnerre assourdissant de Heil rythmés.»
« Cela ne peut se comprendre que par une sorte particulière de frisson et de battement de coeur — cependant que l'esprit demeure lucide. Ce que j'éprouve maintenant, c'est cela qu'on doit appeler “l'horreur sacrée“. Je me croyais à un meeting de masses, à quelques manifestations politiques. Mais c'est leur culte qu'ils célèbrent. »
Le Français Jacques Chardonne est invité à Weimar par Goebbels en 1941 en compagnie de Ramon Fernandez, Marcel Jouhandeau et Drieu La Rochelle. Chez lui c'est l'admiration envers le régime nazi qui l'emporte.
« Voici des notables d'une sorte nouvelle (...) L'impression qu'ils me donnèrent immédiatement et qui n'a pas changé, je la traduirai par le mot élégance, et j'en ai trouvé plus tard la raison : ces hommes vivent au plus haut d'eux-mêmes. Cette transfiguration c'est le national-socialisme. »
Des textes également d' Albert Camus, Samuel Beckett, Karen Blixen et Jean Genet
Les témoignages portent parfois sur la vie quotidienne et parfois sur les grands-messes du nazisme, sur l'ambiance dans les rues, la propagande du régime, les milieux artistiques. On y entend la colère, l'indignation, la surprise, mais parfois aussi une certaine sympathie voire de la fascination.
A travers ces textes c'est l'Allemagne qui se dessine dans les premiers temps du nazisme puis dans les débuts de la guerre, on y voit la vie dans le Reich, l'emprise du parti nazi sur la population, l' enthousiasme parfois délirant de la foule, la peur et la terreur pour certains.
J'ai apprécié que pour chaque texte soit donné un éclairage sur les circonstances d'écriture. Une courte biographie de chaque témoin se trouve en fin de volume.
Si vous êtes curieux, intéressé par cette période, ce livre devrait vous passionner.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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andreepierrette
  31 juillet 2015
Allemagne période 1933-1945 . Carnets de voyage sur le 3è Reich relatés par des écrivains, des journalistes, des intellectuels, Français et étrangers. Beckett, Camus, Simenon, Jean Genet, Karen Blixen, Virginia Woolf et d'autres.
Chacun donne sa version sur la montée du nazisme : la terreur des Juifs, la propagande politique, la militarisation, la soumission forcée d'un peuple endoctriné,, la haine envers l'étranger, bref : le faschisme, les crimes commis en nombre,les arrestations, les déportations, les premiers camps d'internement, d'extermination.
Quiconque s'intéresse à cette période tragique vécue en Allemagne par les Allemands se demande pourquoi les états d'Europe ont fermé les yeux devant tant d'avertissements .
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
andreepierretteandreepierrette   31 juillet 2015
page 60 Georges Simenon :"Je l'ai vu, le Messie, dix jours avant les élections, qui rentrait dans son appartement du Kaiserhof. J'habitais dans le même hôtel,à cent mètres de la maison d'Hindenburg. Il neigeait. Il faisait gris. On lisait dans les journaux étrangers des reportages qui s'intitulaient :"la misère en Allemagne"!
Et, en effet, tous les cent mètres, un homme très bien mis, très discret, vous demandait un mark, ou moins, ou plus, en retirant son chapeau.
Quelque part je rencontrai un enterrement suivi par des milliers d'hommes en chemise brune. Et par-ci, par-là, il y avait une auto de police avec des mitrailleuses prêtes à entrer en action.
Il s'agissait de l'enterrement d'un hitlérien tué par les communistes.
Dans le plus grand journal de Paris, j'ai lu le lendemain : "la terreur en Allemagne".
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art-bsurdeart-bsurde   11 octobre 2015
Mais voici une rumeur de marée, des trompettes au dehors. Les lampes à arc s'éteignent dans la salle, tandis que des flèches lumineuses s'allument sur la voûte, pointant vers une porte à la hauteur des premières galeries. Un coup de projecteur fait apparaître sur le seuil un petit homme en brun, tête nue, au sourire extatique. Quarante mille bras, quarante mille hommes, se sont levés d'un seul coup. L'homme s'avance très lentement, saluant d'un geste lent, épiscopal, dans un tonnerre assourdissant de Heil rythmés. (Je n'entends bientôt plus que les cris rauques de mes voisins sur un fond de tempête et de battements sourds.) Pas à pas il s'avance, il accueille l'hommage, le long de la passerelle qui mène à la tribune. Pendant six minutes, c'est très long. Personne ne peut remarquer que j'ai les mains dans les poches : ils sont dressés, immobiles et hurlant en mesure, les yeux fixés sur ce point lumineux, sur ce visage au sourire extasié, et des larmes coulent sur les faces, dans l'ombre.
Et soudain, tout s'apaise. (Mais la marée de nouveau enfle au-dehors.) Il a étendu le bras énergiquement - les yeux au ciel – et le Horst Wessel Lied monte sourdement du parterre. « Les camarades que le Front rouge et la Réaction tuèrent marchent en esprit dans nos rangs. »
J'ai compris.
Cela ne peut se comprendre que par une sorte particulière de frisson et de battement de cœur – cependant que l'esprit demeure lucide. Ce que j'éprouve maintenant, c'est cela que l'on doit appeler l'horreur sacrée.
Je me croyais à un meeting de masses, à quelque manifestation politique. Mais c'est leur culte qu'ils célèbrent ! Et c'est une liturgie qui se déroule, la grande cérémonie sacrale d'une religion dont je ne suis pas, et qui m'écrase et me repousse avec bien plus de puissance, même physique, que tous ces corps horriblement tendus.
Je suis seul et ils sont tous ensemble.

Denis de Rougemont
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ivredelivresivredelivres   29 février 2012
Cela ne peut se comprendre que par une sorte particulière de frisson et de battement de coeur — cependant que l’esprit demeure lucide. Ce que j’éprouve maintenant, c’est cela qu’on doit appeler “l’horreur sacrée“. Je me croyais à un meeting de masses, à quelques manifestations politiques. Mais c’est leur culte qu’ils célèbrent (Denys de Rougemont)
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ivredelivresivredelivres   29 février 2012
Tous les soirs, je vais m'installer dans un grand café d'artistes à moitié vide, près de l'église du Souvenir. Des juifs et des intellectuels de gauche y rapprochent leurs têtes au-dessus des tables de marbre, s'entretenant à voix basse, angoissée. Beaucoup d'entre eux s'attendent à être arrêtés, aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine (Christofer Isherwood)
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art-bsurdeart-bsurde   27 mars 2015
Je passe la première soirée dans le parc du château de Stuttgart, où se dressent, immenses, d'innombrables platanes ; leurs cimes séculaires, qui touchent le ciel, sont encore nues ; les pelouses généreuses s'étendent alentour, surprenant ça et là avec leurs crocus en fleur. De ces petites fleurs isolées, à l'air enfantin et timide, Rilke disait qu'elle se dressaient pour dire : « bleu ». A l'arrière-plan, on reconnaît les contours de ce joli château ancien, qui n'a pas encore été reconstruit après l'incendie, et qui baigne en ce moment dans la lumière dorée du soir, derrière un filet de branches bourgeonnantes. En face de mon banc, un étang vert foncé où nagent les cygnes, leur cou se reflétant dans l'eau calme comme de longues bougies, droites et blanches.

Max Frisch
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>Allemagne : histoire>Allemagne : 1866...>Troisième Reich: 1933-1945 (58)
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