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ISBN : 2889280004
Éditeur : Diaphanes Editions (10/05/2013)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
« Ce que nous savons sur le monde dans lequel nous vivons, nous le savons par les médias de masse. » Façonnant la réalité tout autant qu'ils la décrivent, les médias de masse forment un système qui s’autoalimente sans intervention extérieure, dans lequel nous avons pris l’habitude d’évoluer sans le questionner. Niklas Luhmann propose ici une analyse minutieuse des modes de fonctionnement de ce système, de ses sélections simplificatrices et de ses implications. D’une... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Enroute
  02 octobre 2016
Niklas Luhman résume les conclusions de ses observations sur le système qui nous observe, les médias de masse, définis comme les instances énonciatives qui s'adressent à un public indéterminé et illimité avec lequel elles n'entretiennent aucun lien direct. La télévision, l'édition, la presse, les DVD, le cinéma en font partie, mais pas les concerts, les conférences par exemple, qui s'adressent dans un lien direct à un public limité.
Il ressort de ces observations que les médias de masse ont pour fonction de construire la réalité du monde - elle-même insaisissable directement - au bénéfice des individus de la société. Les médias sélectionnent les événements importants et construisent en même temps la mémoire de la société. Ils oublient beaucoup, pour reconstruire en permanence la réalité du monde, et se souviennent parfois, afin de permettre à la société de lier le passé et l'avenir. Les médias ont donc pour soucis essentiel de mettre l'avenir en question afin de laisser la possibilité de construire la réalité du monde de demain. Les individus peuvent alors puiser dans cette référence commune de la forme de cette réalité pour communiquer entre eux. Les médias n'imposent pas l'opinion, mais ils imposent les thèmes de l'opinion.
Le système des médias de masse, comme tous les systèmes que le sociologue constructiviste allemand identifie dans la société, est fermé sur lui-même : il reproduit la communication pour ses propres besoins, à l'exception de tous les autres. Il n'a aucune considération pour les besoins ou les attentes de la société, que ce soit en terme de politique, de social, de culture, ni même, de savoir ou de connaissances. le système des médias de masse n'ont ainsi aucune visée pédagogique. Au contraire, la satisfaction de leurs besoins visent à créer une attente au sein de la société, une irritation au sein de la population. Ce faisant, les individus, frustrés de ne pas avoir accès à une construction stable, sereine ou vraisemblable de la réalité (car les individus se forgent bien entendu leur propre idée de la réalité) sont en attente de l'information du lendemain, qui leur permettra de compléter les attentes créées le jour même : un débat d'opinion, un nombre de morts non encore définitifs, l'ampleur d'une catastrophe, les conclusions d'un scandale, d'un jugement, etc. Niklas Luhmann recense ainsi dix sélecteurs de l'information favorisés par les médias de masse (et il s'entend qu'on les repère aisément dans les émissions - on peut même repérer que certains critères sont communs aux modes de sélections des scénarii des émissions de téléréalité…).
L'essentiel pour les médias n'est donc pas de transmettre un savoir ou de rapporter une objectivité du monde (l'objectivité du monde étant de toute façon illusoire dans l'absolu), mais de créer de l'irritation. Ils emploient trois domaines de programme pour ce faire : les nouvelles et reportages, qui créent l'irritation sous l'angle de la morale et du scandale (attente d'une moralisation du monde) ; la publicité qui la stimule par l'incitation à acquérir plus de biens (attente d'augmentation du pouvoir d'achat) ; le divertissement, qui génèrent l'irritation par la présentation de réalités fictionnelles éclatantes (attentes d'expériences plus stimulantes et sensationnelles).
Pour maintenir sempiternellement cette irritation, les médias de masse ont pour travail d'éviter de fixer des opinions ou des points de vue. C'est la raison pour laquelle ils donnent de l'espace (dans la presse, et du temps à la télévision) aux opinions (des autres). La diffusion d'opinions, traitées comme des événements, permet aisément aux médias de masse de laisser l'incertitude flotter dans leur construction à venir de la réalité - celle-ci restant en permanence en suspens. Au besoin, l'opinion contraire sera diffusée le lendemain en interrogeant quelqu'un d'autre, sans que les médias ne soient décrédibilisés. Au contraire, ils seront perçus comme s'adaptant à la société, dont ils prétendent représenter l'espace public (sans néanmoins pouvoir prétendre l'absorber).
En réalité, les "récepteurs" (téléspectateurs ou lecteurs) sont parfaitement conscients que la réalité présentées par les médias de masse ne correspond pas à la vision qu'ils en ont. Ils acceptent cependant ce biais, tant qu'ils ont le sentiment de continuer à percevoir la différence entre l'information et l'énonciation (la manière dont l'information est présentée). La multiplication de l'espace médiatique et la vitesse de production de l'information, sitôt périmée une fois diffusée exige un rythme très soutenu du système des médias de masse. Ce très grand dynamisme du système des médias de masse est imprimé à l'ensemble de la société qui croule sous l'irritation et l'attente de l'information du lendemain.
Niklas Luhman se pose la question de ce que peut devenir une société qui cherche constamment à s'informer, et de cette manière. Il déduit de la création du climat d'irritation une démotivation de la société (par l'accumulation de la diffusion de déviances de la société), un accroissement du sentiment de manipulation (par la conscience des individus que les médias ne représentent pas une réalité objective, bien que ces soupçons soient infondés), une sous-évaluation propre des individus (par une irritation permanente), une décrédibilisation de la politique et un besoin de moralisation (par la multiplication des scandales), un besoin d'authenticité (afin de fixer une réalité en perpétuelle déstabilisation, éventuellement partiellement comblée par le tourisme), etc.
Nous pouvons ajouter, en continuation de ces réflexions écrites en 1995, que le pessimisme ambiant ne semble pas devoir être spontanément écarté des conséquences de cette conception de la communication, non plus que l'extrémisme intellectuel, l'abaissement du niveau de l'espace public politique, le sentiment d'un déclin (économique, intellectuel, etc.), l'augmentation de l'application de la théorie du complot, les radicalisations religieuses, tant tous ces phénomènes semblent n'être que des exacerbations des effets présentés dans l'étude de Niklas Luhmann. On déduit encore de la culture de l'observation du second ordre (le fait que nous nous habituons à voir le monde en observant l'observateur qu'est le médias de masse), l'esprit de dérision, le second degré omniprésent aujourd'hui dans les médias, la possible confusion entre mode réel et monde virtuel, ainsi que le sentiment d'un monde éclaté.
Malheureusement, la rapidité de traitement du chapitre (le dernier) concernant le contrôle du système laisse envisager que le système, qui est considéré comme fermé dans ce livre (autopoïétique), soit en un certain sens hors de contrôle. Un indice de cela serait la téléréalité, qui n'est en soi qu'une mise en abîme du fonctionnement du système des médias fermé sur lui-même, qui applique les processus décrit par Luhmann à une réalité « fausse », celle de personnes enfermées dans un système fermé (un appartement, une jungle…). Pour le téléspectateur, le mode de construction de la réalité n'est pas de nature différente, seul l'objet observé diffère. Mais le fait que le système des médias de masse reconnaisse que ses méthodes de construction de la réalité « vraie » puissent être appliquée indifféremment à tout système autre, donc « faux », engage à penser que l'application d'une correction sur les visée du système ne soit pas superflue.
Enfin, l'exercice de l'opinion (de la démocratie) semble davantage après cette lecture devoir consister en la réfutation systématique des méthodes abusives de construction de la réalité que dans le choix d'une action politique (elle-même mise en scène en fonction des besoins médiatiques). Finalement, la plus grande révolution qui puisse avoir lieu paraît résider dans la suppression de la construction de la réalité du monde, en s'affranchissant d'une trop grande exposition à celle-ci telle qu'elle est présentée dans les médias de masse. Eteindre la télévision serait donc, en soi, une révolution.
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critiques presse (1)
Bibliobs   01 juillet 2013
Le sociologue allemand Niklas Luhman montre que les médias n’informent pas sur le réel mais le sélectionne par bribes et le fabriquent.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
EnrouteEnroute   02 octobre 2016
On ne peut donc pas comprendre la "réalité des médias de masse" si on considère que leur tâche est de délivrer des informations correctes au sujet du monde et si on mesure à cette aune leur échec, leur déformation de la réalité, leur manipulation de l'opinion - donc comme s'il pouvait en être autrement. Dans la société, les médias de masse réalise précisément cette structure duale de la reproduction de l'information, de la perpétuation d'une autopoïèse toujours adaptée et de la disposition cognitive à être irritée. Leur préférence pour l'information qui perd sa valeur parce qu'elle est publiée, et qui est donc constamment transformée en non-information, met au jour que la fonction des médias de masse consiste dans la production et la mise en oeuvre constante d'irritation - et non dans l'augmentation de la connaissance, la socialisation ou l'éducation en conformité à des normes.
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EnrouteEnroute   02 octobre 2016
Les médias de masse ne sont donc pas des médias au sens où ils transmettraient des informations de ceux qui savent à ceux qui ignorent. Ils sont des médias dans la mesure où ils mettent à disposition et perpétuent un savoir d'arrière-plan qui peut servir de point de départ à la communication.
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EnrouteEnroute   02 octobre 2016
Le divertissement a un effet de renforcement du savoir déjà existant [...] le divertissement vie à activer ce qu'on a soi-même vécu, espéré, craint ou oublié - comme le faisait jadis la narration de mythes.
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EnrouteEnroute   02 octobre 2016
Après qu'il a été démontré qu'il était impossible de couvrir la culture (Bildung) en argent, la possibilité inverse, celle de faire apparaître l'argent comme de la culture, a toutefois certaines chances de réussir - et naturellement dans une très large mesure : à crédit.
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EnrouteEnroute   02 octobre 2016
La fonction des médias de masse est de diriger l'auto-observation du système de la société.
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