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EAN : 9782021367423
192 pages
Seuil (01/02/2018)
3.9/5   10 notes
Résumé :
Avril 1945. Klem, ex-policier revenu des camps avec son certificat de dénazification, quitte précipitamment Vienne par le Danube alors que la ville tombe aux mains de l'Armée rouge. Une fuite le long du fleuve, marquée par la violence et la trahison. Mais à qui Klem raconte-t-il tout cela ? Qui est cet Américain qui l'interroge ? Dans l'entre-deux d'une guerre qui prend fin et d'une nouvelle qui s'annonce, Klem dessine entre silences, demi-mots et demi-vérités, vain... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
MarianneL
  26 mai 2018
L'odyssée d'un homme balloté par l'histoire, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la chute du Mur.
Après le périple chaotique et périlleux à travers les zones troubles de l'Europe entrepris par un soldat perdu de l'IRA dans «Mer noire» (éditions Anacharsis, 2015), Dov Lynch nous plonge avec «Hauts-fonds» (éditions du Seuil, 2018) dans une autre zone instable de l'Europe et sur une longue durée, dans la ville de Vienne et sur le Danube, entre les derniers jours de la Seconde guerre mondiale et la fin des années 1980, au moment de la chute du Mur et de la fin de la guerre froide.
«Vienne était assiégée par l'Armée rouge, la ville était sur le point de tomber. C'était le 7 ou le 8 avril, il ne se souvenait pas de la date exacte.
Ses mains avaient tremblé quand il avait ouvert la porte. Il dit :
– Mes mains tremblaient. Je suis revenu dans l'appartement et j'ai attendu dans l'entrée. C'était la faim. Mes mains tremblaient à cause de la faim, je n'avais pas mangé depuis des jours. J'ai tenu mes mains devant moi et j'ai attendu. Quand elles ont arrêté de trembler, je suis sorti.
Il commença comme ça. Il fallait bien commencer quelque part.»
Quelques mois après la fin de la guerre, Klem, ancien policier autrichien revenu des camps avec son certificat de dénazification, raconte à un soldat américain lors d'un «interrogatoire» son retour dans la ville de Vienne dans les premiers jours d'avril 1945, juste avant la chute de la ville encerclée et assiégée par l'Armée rouge. L'officier américain qui mène cet interrogatoire aimerait, semble-t-il, comprendre comment Klem a réussi à s'extraire de la ville au moment de sa chute.
«L'Américain voulait savoir comment il avait fui Vienne. Il décida de tout lui dire, plus ou moins.»
Dans ce moment historique de déroute et de délitement, le roman, à l'image des événements est frappé d'incertitude et semble tronqué, émaillé de mensonges et d'omissions. Avec une écriture sèche et une ambiance légèrement hallucinée qu'on trouvait déjà dans «Mer noire», Dov Lynch réussit dans «Hauts-fonds» à produire une atmosphère à partir de bribes et des blancs, des silences sur les raisons de la déportation de Klem et de sa libération, sur son expérience du camp, des questions informulées et des soupçons d'espionnage ou de trahison, non-dits qui diffusent leurs radiations dans le récit de manière sourde.
En avril 1945, Klem a réussi à quitter Vienne par son fleuve, en compagnie d'un officier de la Gestapo et d'une femme croisée dans la ville, en un surgissement improbable de l'amour et de l'humanité en plein chaos, évocateur de ce qui est au coeur du livre de Primo Levi, «La Trêve». L'échappée par le Danube et ses dangers, continent d'obscurité et de bruits, le groupe improbable de ces trois individus réunis sur le fleuve, ajoute à l'ambiance singulière et trouble du récit, traduisant cette période où le rôle de chacun semble indémêlable, et les identités et les événements impossibles à appréhender.
Bien des années plus tard, au moment de la réunification de l'Allemagne, Klem continue à vivre malgré tout dans ce monde si différent, et après un demi-siècle le roman interroge ce qui a permis à cet homme de survivre, après avoir été le témoin de l'indicible, et ce qu'il reste de cette trajectoire dont le fleuve Danube et ses dangers, l'impétuosité et la sauvagerie sont la métaphore centrale.
«Il avait vécu la moitié de sa vie dans la plaine et ne comprenait que maintenant à quel point le Danube comptait. le fleuve était le mouvement au centre de tout. Lui-même était né sur ses rives et il finirait emporté par son courant, comme une branche d'arbre cassée, tournant sur elle-même, plongeant et remontant à la surface, tirée en avant.»
Dov Lynch sera présent pour une rencontre-dédicace à la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris) jeudi 31 mai prochain à partir de 19 h 30.
Retrouvez cette note de lecture sur le blog Charybde 27 ici :

Lien : https://charybde2.wordpress...
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GuyMontag
  09 mars 2018
J'ai lu « Hauts-fonds » juste après « Ostland » de David Thomas. Les deux personnages principaux de ces livres sont tous deux policiers quand commence la Seconde Guerre mondiale, l'un en Allemagne à Berlin, l'autre en Autriche à Vienne. Mais si leurs débuts de carrière sont assez semblables, un écart à 180° va bientôt apparaître.
Georg Heuser, personnage principal de « Ostland », va accepter de participer à la Shoah par balles en étant muté comme officier SS dans un einsatzgruppen. L'ambition, les calculs pour la suite de sa carrière et surtout « l'obéissance aux ordres » sont ses motivations ; combien de milliers d'êtres humains a-t-il tués, des dizaines de milliers ?
Par contre, Klemens Steiner, héros de « Hauts-fonds », va refuser de devenir un monstre. C'est explicite tout le long du livre, cela ne devient parfaitement clair qu'à la toute fin. Klemens Steiner sera envoyé en camp de concentration pour « manquement à l'honneur », il a refusé de tirer sur les juifs qu'on lui ordonnait d'assassiner.
Comme « Mer noire », « Hauts-fonds » m'a captivé, absorbé du début à la fin, je l'ai lu d'une traite. Comment lâcher un livre pareil ? L'écriture de Dov Lynch est sèche, sans fioriture, pas une parole de trop, pas une description inutile. Après la dernière page, j'ai reposé le livre un peu étourdi, la tête pleine de l'histoire de Klemens Steiner ou bien est-ce la « non-histoire » de Steiner ? Car, concernant son refus de participer aux meurtres de masse, il semble qu'il y ait un avant et un après. Après, Steiner semble se traîner dans l'existence sans but précis, comme un fantôme. Il ne semble pas retrouver de goût à la vie comme le personnage de Philip Kerr, Bernhard Gunther qui a lui aussi refusé de participer aux tueries, mais qui aura eu plus de chances en étant muté à Berlin au lieu de finir dans un camp.
On ne sort pas indemne de la lecture de ces livres. Même si je suis convaincu que j'aurai également refusé, quel que soit le prix à payer, je ne peux m'empêcher de me demander si cela aurait vraiment été le cas, dérangeant…
Ces livres font également échos aux deux livres de Don Winslow, « La griffe du chien » et « Cartel » où il est également question de la fabrication de monstres, lors de l'entraînement de soldats de « forces très spéciales » chargés de répandre la terreur pour empêcher le communisme d'envahir l'Amérique du Sud, soldats récupérés ensuite par les cartels de la drogue.
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tobytub
  15 octobre 2018
il fut un temps que le jeune journaliste débutant que j'étais "tirait à la ligne", pour assurer ses fins de mois. j'étais alors pigiste. Je pensais naïvement que cette pratique était révolue.
Dov Lynch la perpétue. Fallait-il qu'il s'ennuie ferme dans son bureau d'ambassade ! dialogues insipides et verbeux, situation figée, on attend une issue.... elle ne vient pas.
Bon courage ! lecteurs ! Moi, le livre m'est tombé des mains. La vie est trop courte pour perdre autant de temps à attendre une action ou un indice digne d'intérêt .
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Villebard
  20 avril 2018
Passionnant, émouvant. On en sort un peu groggy. L'histoire est bien douloureuse et broie les peuples. L'après-guerre, l'occupation soviétique… On revoie “le troisième homme”.
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Charybde2
  07 juin 2018
Dans les ruines de Vienne en 1945, un bien curieux voyage aux confins de ce que la mémoire peut supporter ou enfouir.
Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2018/06/07/note-de-lecture-bis-hauts-fonds-dov-lynch/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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critiques presse (1)
LeFigaro   02 mars 2018
Dov Lynch est irlandais et diplomate, nous dit son éditeur. Un écrivain secret qui écrit en contre-jour, s'appliquant à ce que ses personnages ne présentent qu'une partie d'eux-mêmes.

Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   07 juin 2018
Les sirènes résonnèrent à nouveau. Les bombardiers repassèrent, les canons antiaériens martelèrent le ciel. Les bombes sifflaient, les explosions fracassaient la nuit en déferlements énormes de bruit et de chaleur. Un bâtiment près du commissariat fut touché. Le sol trembla, la table s’en alla buter contre le mur. Klem entendit dans le couloir une armoire ou une étagère s’écraser au sol.
Il ne bougea pas. Il savait ce qu’il devait faire. Attendre, respirer en comptant jusqu’à dix, respirer, compter jusqu’à dix, attendre la fin du raid.
Rudi avait raison. Il n’aurait pas dû survivre.
Il avait passé dix-huit mois dans ce camp et en était sorti vivant.
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Charybde2Charybde2   07 juin 2018
Klem et le capitaine américain s’étaient regardés en silence un moment, toujours debout au milieu de la pièce, puis Klem s’était présenté. Klemens Steiner, quarante-cinq ans, de nationalité autrichienne, résidant à Vienne. Il avait sorti son document de dénazification. Le capitaine américain l’avait arrêté en disant qu’il n’en avait pas besoin. Il ne voulait pas savoir ce que Klem avait fait pendant la guerre, mais comment il avait quitté Vienne quand la ville tombait. C’était tout ce qui l’intéressait. Il voulait toute l’histoire, de son départ de Vienne jusqu’à son arrestation par les forces américaines près de la ville de Passau.
– C’était bien à Passau ?
Klem n’avait pas répondu. L’Américain devait savoir exactement où il avait été arrêté.
L’Américain avait approché une chaise, ils s’étaient assis, leurs genoux si proches qu’ils se touchaient presque, et Klem avait commencé à parler. Il avait commencé par le jour où ses mains avaient tremblé, quand il était retourné au commissariat de police pour la première fois après avoir été libéré du camp. L’Américain l’avait écouté sans l’interrompre. Il avait écouté en fumant une cigarette après l’autre, examinant le visage de Klem comme s’il cherchait à en mémoriser les contours. Klem avait parlé, les mots étaient venus et les souvenirs aussi. Il se souvenait de la faim et de la peur, et de la certitude qui les habitait tous que la fin approchait, que tout allait enfin finir.
Pourquoi l’Américain voulait-il entendre son histoire ? Des milliers de personnes avaient fui Vienne dans les derniers jours de la guerre.
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Charybde2Charybde2   07 juin 2018
Il ouvrit la porte d’entrée et emprunta un passage en planches posées sur les décombres. Tous les bâtiments de la rue avaient été touchés par les raids aériens. La pharmacie était en ruines. Les fenêtres des laboratoires de l’université étaient noircies par le feu. Les deux autres bâtiments étaient des amas de briques et de moellons, de métal noirci et tordu, charpentes à découvert. Un mur en pierre tenait encore debout. Ici et là pointaient des meubles indemnes, une baignoire, une armoire à la porte battante. Seul son immeuble n’avait pas été touché.
Trois camions passèrent lentement. Dans le dernier, il aperçut un soldat. La quarantaine, maigre, le visage gris, fermé. Un homme comme lui.
Vienne avait été déclarée ville forteresse. Tous les hommes avaient été appelés pour repousser l’offensive russe.
Sur la route qui menait vers le centre, il prit le tram qui coupait le boulevard et entrait dans la vieille ville. Il descendit devant la caserne des pompiers et traversa la rue.
La galerie marchande brûlait dans la rue piétonne. Deux grands panaches de fumée noire jaillissaient des fenêtres ouvertes au dernier étage. Les gens se bousculaient à l’entrée, des hommes essayaient de se frayer un passage à travers la foule, tenant au-dessus de leurs têtes des cabas remplis de marchandises volées.
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rkhettaouirkhettaoui   07 mars 2018
La guerre semblait ne jamais vouloir finir mais ce n’était pas vrai, elle le savait, la guerre finirait, la paix reviendrait et la vie reprendrait son cours.
En temps de paix, les gens mangeaient ce qu’ils voulaient, ils tombaient amoureux, ils se mariaient.
Elle avait assisté à un mariage dans sa vie.
C’était avant la guerre, elle avait seize ans. C’était le mariage de sa cousine Margaret avec Stefan. Stefan travaillait à la mairie. Même à l’époque, travailler à la mairie lui semblait être d’un ennui insondable, comme une forme de torture.
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rkhettaouirkhettaoui   07 mars 2018
Les Alliés avaient été horrifiés par la découverte des camps de la mort. Ils les avaient filmés et photographiés pour montrer au monde les crimes nazis, mais les camps ne disaient pas toute la vérité. La vérité était aussi ces hommes et ces femmes sur cette place. La vérité était la fosse près de l’étang. Il y avait des centaines de fosses à l’Est, des milliers de fosses remplies de cadavres sans noms, à la lisière de villages sans noms, empoisonnant la terre.
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Videos de Dov Lynch (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Dov Lynch
Le jeudi 31 mai 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie d'accueillir Dov Lynch à l'occasion de la parution de son deuxième roman, "Hauts-fonds", aux éditions du Seuil.
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