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ISBN : 2213700796
Éditeur : Fayard (20/04/2016)

Note moyenne : 4.87/5 (sur 19 notes)
Résumé :
L'Afrique a pendant plusieurs siècles été vue, imaginée, fantasmée par les Européens comme un continent sauvage, ténébreux, matière première des récits d'aventures et d'exploration, teintés d'exotisme, qui ne laissaient pourtant entendre qu'une seule voix, celle du colonisateur. Il faut attendre le milieu du xxe siècle pour qu'une littérature écrite par et pour les Africains se révèle. De la négritude à la « migritude », il appartient aux écrivains noirs d'aujourd'h... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
ninachevalier
  19 mai 2016
Leçons inaugurales du Collège de France
Alain Macbanckou : Lettres noires : des ténèbres à la lumière
Collège de France /Fayard
( 75 pages – 10,20€)
Le 17 mars 2016, Alain Mabanckou, Prix Renaudot 2006, avait fait converger au Collège de France (1) toute l'intelligentsia parisienne, ses collègues et les anonymes, dont ses fervents lecteurs, tous prêts à boire les paroles de cet écrivain prestigieux, au parcours singulier.
Mais qu'entend -t-on par leçon inaugurale?
Il s'agit du premier cours d'un professeur nouvellement nommé au cours duquel il présente ses objectifs. Pour Alain Mabanckou, occuper « la chaire annuelle de Création artistique 2015-2016 », est un moment solennel et historique, puisque ce poste était resté inoccupé depuis 2005 et en plus le confier à un écrivain était une première. Il ne cache pas sa joie, sa fierté de rejoindre cette institution, remerciant ceux qui l'ont élu pour leur «  détermination à combattre l'obscurantisme et à convoquer la diversité de la connaissance ». Mais on devine l'angoisse d 'Alain Mabanckou devant une telle lourde charge. « Cruelle responsabilité », confie-t-il.
Avec humilité et humour, Alain Mabanckou s'interroge sur sa légitimité au sein de cette famille dans laquelle Antoine Compagnon souhaitait le voir intronisé.
Avec une pointe d'autodérision, il lance à ses collègues : « Et si vous vous étiez trompés de personne ? Leur laissant la possibilité de se « rétracter », en cas d'erreur.
Il ouvre son discours en rappelant que Paris fut à une époque « le phare du monde noir », que le mouvement antiraciste a mis un terme à cette publicité banania ( qui
stigmatisait les Africains et à «  son slogan dévastateur ».
Il retrace l'évolution «  de la pensée noire », évoque «  les Noirs de France » et l' arrivée sur les écrans de films de la « négritude ». En 1950,Paris devient « la ville de l'émancipation des noirs ». En 1959, «  c'est l'Africain qui dissèque la civilisation occidentale » chez Bernard Dadié pour « réhabiliter et exalter l'Afrique ».
Lui, à la fois congolais et français, n'hésite pas à fustiger la France pour sa question des binationaux et son incapacité à tirer partie de sa population multi culturelle, pourtant un atout.
Comment se définit Alain Mabanckou ? Il hésite : « un Congaulois » ? Un « binational » ? Un homme au « nez épaté », né avec le désir de conter, de raconter.
L'objectif d'Alain Mabanckou est de montrer comment « la littérature d'Afrique noire et la littérature coloniale française sont à la fois inséparables et antagoniques ». D'où la nécessité de ne pas plonger dans « le fleuve de l'Oubli » les écrits coloniaux.
A travers plusieurs ouvrages de références, Alain Mabanckou montre la vision que , depuis l'Europe, les explorateurs avaient de L'Afrique, «  territoire des légendes ».
Il présente l'érudit hollandais Dapper, qui donna son nom au Musée parisien consacré «  aux arts d'Afrique noire », crée en 1986.
Il rend hommage aux précurseurs, tels que l'écossais Mungo Park, qui casse « le mythe du bon sauvage » et son homologue René Caillié, qui avec Voyage à Tombouctou lance « la littérature d'exploration africaine ». En 1921, René Maran est le premier lauréat noir à remporter le prix Goncourt pour son roman: Batouala ,qui se révèle « une charge littéraire virulente » destinée à combattre «  la thèse de la supériorité de la culture blanche ».

Il décline les romans d'aventures, d'exotisme qui ont sublimé l'Afrique. Toutefois, cela restait une littérature coloniale, «  esclavagiste », « négrophile ».
Marcel Griaule marque un tournant quant à son regard tourné vers l'humain.
Gide, à son tour, révèle «  le travail forcé, les abus, la brutalité des compagnies concessionnaires», tout comme Albert Londres relate « les prétendues ténèbres » dans Terre d'ébène.

Dans son enseignement, Alain Mabanckou désire mettre en lumière une pléiade d'auteurs dont Cheikh Hamidou Kane, Camara Laye qui ouvrent deux voies nouvelles. Ahmadou Kourama ( Prix Renaudot) montre les conséquences de l'indépendance : « l'éclat de soleil attendu » conduit à la désillusion, «  le colon blanc ayant été remplacé par le dictateur noir. »
Les revues ( L'Étudiant noir, Présence africaine) ont contribué à faire rayonner Césaire et Senghor, Fanon, Diop et ont permis « une émancipation des mots, des idées, des hommes ».
L'écrivain salue « l'arrivée des femmes dans le paysage littéraire » dans les années 1970 dont deux Sénégalaises. Pour en savoir plus sur Aminata Snow Fall, Alain Mabanckou nous signale avoir consacré un chapitre à cette romancière dans le monde est mon langage ( Grasset). On voit apparaître une littérature de la « migritude ».
Alain Mabanckou dresse un panorama de la littérature contemporaine, soulignant que «  le salut réside dans l'écriture » et adresse son exercice d'admiration envers ceux qu'il lit et estime, ceux «  qui brisent les barrières et refusent la départementalisation de l'imaginaire ». Parmi les auteurs primés de sa génération qu'il cite, on trouve des femmes : Virginie Despentes, Marie NDiaye, Marie Darrieussecq et pour les hommes: Serge Joncour : Prix des Deux Magots 2015 ; les prix Goncourt 2004 :Laurent Gaudé, 2011 : Alexis Jenni et 2015 :Mathias Enard.
Alain Mabanckou, en libre créateur, achève son discours en annonçant sa volonté « d'entreprendre des voyages à travers la production littéraire africaine » et de « s'appesantir sur l'aventure de la pensée africaine » sans négliger « l'Histoire passée ou contemporaine » ni « l'attitude de l'écrivain devant l'horreur ».
Il tient à démontrer « la richesse des études africaines » devenues « une discipline autonome dans les universités anglophones ». Et souhaite voir se développer en France « les études africaines » dans « chaque espace où le savoir est dispensé », conscient que ce «  sont des domaines considérés comme suspect en France ».
En héritier de «  la fracture coloniale », Alain Mabanckou souligne notre passé commun, rappelant que « l'histoire de la France est aussi cousue de fil noir ».
Gardons en mémoire son message universaliste : «  le monde est une addition, une multiplication, et non une soustraction ou une division ».

L'éminent Alain Mabanckou livre un texte enrichissant, truffé de pistes de lectures pour ceux désireux d'approfondir leur connaissance de la littérature africaine.
C'est aussi une invitation à découvrir ou relire l'oeuvre imposante de l'auteur dont les deux derniers romans Lumières de Pointe-Noire et Petit Piment.
Guettons la couverture du prochain roman pour savoir si elle portera la mention « véritable roman nègre », en hommage à René Maran, comme il l'annonça !

(!) le Collège de France est une institution crée en 1530, avec pour devise :
« Docet omnia, il enseigne toutes choses ».
« Plusieurs chaires annuelles thématiques permettent d'accueillir des professeurs invités pour une année ».
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bina
  26 juin 2016
Nommé professeur invité au Collège de France à la chaire annuelle de création artistique, Alain Mabanckou présente dans sa première séance son projet littéraire. Présenter la littérature noire au XXes, mise en lumière par le contexte historique (domination coloniale, accession à l'indépendance) .
Point de départ, 1916, l'allégorie de Banania, complétée l'année suivante par le célèbre slogan ‘'Y'a bon''. La négritude, la migritude (littérature issue d'un parcours de migration), de nombreuses références de l'Afrique noire et des Caraïbes jalonnent ce texte pour étayer les différents points qui seront abordés dans ses futures leçons.
J'apprécie beaucoup la littérature francophone africaine, je n'ai maintenant plus qu'une envie, lire la suite de ses cours au Collège de France, je sens que je vais me régaler.
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nath45
  26 février 2017
Alain Mabanckou dans sa Leçon inaugurale nous offre son érudition sur la littérature africaine, en passant par l'histoire de cette littérature, de la littérature coloniale à la littérature « négro-africaine » comme il l'écrit. Une multitude d'auteurs, de livres pour enrichir nos connaissances sur la littérature africaine. Texte magistral, passionnant. Il nous propose de voyager à travers la production littéraire africaine, et bien je saisis cette opportunité le voyage et la littérature, mes valises sont prêtes pour un détour chez mon libraire.
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ProfesseurDan
  07 mai 2016
Alain Mabanckou, avec le génie qui est le sien, nous offre une formidable entrée en matière de son cours sur la littérature noire-africaine, tout en parlant également de la littérature coloniale, légèrement antérieure.
Point positif supplémentaire : il n'élude absolument aucune dimension de ce pan de littérature, en parlant notamment de l'Afrique fantasmée par certains européens, de la négritude ou encore de la littérature vengeresse de certains auteurs africains envers les colons, qu'ils estiment responsables de la pauvreté de l'Afrique.
Bref, un petit livre très bien écrit qui donne envie d'en connaître davantage sur les littératures noires et d'écouter attentivement le cours de M. Mabanckou.
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petitsoleil
  24 juillet 2016
Brillant, passionnant et érudit. A lire
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
ProfesseurDanProfesseurDan   09 mai 2016
Oui, la littérature d'Afrique noire et la littérature coloniale française sont à la fois inséparables et antagoniques au point que, pour appréhender la création littéraire africaine contemporaine et le roman actuel issu des présences diasporiques, nous devons relire à la loupe les écrits coloniaux, donc nous garder de les considérer comme poussiéreux ou destinés à être dispersés dans le fleuve de l'Oubli.

C'est un constat indéniable : la littérature coloniale française a accouché d'une littérature dite "nègre", celle-là qui allait revendiquer plus tard une parole interdite ou confisquée par l'Occident, permise parfois sous tutelle ou sous le couvert d'une certaine aliénation culturelle, jusqu'à la franche rupture née de la "négritude", ce courant qui, dans l'entre-deux guerres, exaltait la fierté d'être noir et l'héritage des civilisations africaines, et qui sera l'objet de ma prochaine leçon. (pp. 27-28)
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petitsoleilpetitsoleil   24 juillet 2016
Réhabiliter et exalter l'Afrique, tenir tête au discours occidental constituent les angles d'attaque de ce mouvement. Dire "non" par la création, convoquer la puissance de l'imaginaire, proposer une autre lecture du genre humain, telles allaient être les tâches des auteurs africains, aussi bien pendant la période coloniale qu'après les indépendances, dans une sorte d'inventaire des mémoires.
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michelekastnermichelekastner   15 octobre 2016
J'appartiens à cette génération-là. Celle qui s'interroge, celle qui, héritière bien malgré elle de la fracture coloniale, porte les stigmates d'une opposition frontale de cultures dont les bris de glace émaillent les espaces entre les mots, parce que ce passé continue de bouillonner, ravivé inopportunément par quelques politiques qui affirment, un jour, que " l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire " et, un autre jour, que la France est " un pays judéo-chrétien et de race blanche ", tout en évitant habilement de rappeler que la grandeur du pays en question est aussi l'oeuvre de ces taches noires, et que nous autres Africains n'avions jamais rêvé d'être des étrangers dans un pays et dans une culture que nous connaissons sur le bout des doigts. Ce sont les autres qui sont venus à nous, et nous les avons accueillis à Brazzaville, au moment où cette nation était occupée par les nazis.
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ninachevalierninachevalier   19 mai 2016
Alain Mabanckou cite un extrait de la leçon inaugurale d' Antoine Compagnon
"Vous n'imaginez pas tout ce qui manque à ma formation de lettré,tout ce que je n'ai pas lu, tout ce que je ne sais pas, puisque dans ma discipline où vous m'avez élu, je suis un quasi-autodidacte.J'enseigne pourtant les lettres depuis plus de trente années et j'en ai fait mon métier. Mais - comme je continuerai ici de le faire- j'ai toujours enseigné ce que je ne savais pas et pris pour prétexte des cours que je donnais pour lire ce que je n'avais pas encore lu, et apprendre enfin ce que j"ignorais."
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ninachevalierninachevalier   19 mai 2016
C'est en libre créateur que j'entreprendrai mes voyages à travers cette production littéraire africaine, m'interrogeant à chaque quai sur ses lieux d'expression, sur sa réception critique et sur ses orientations actuelles.
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Vidéo de Alain Mabanckou
Leçon inaugurale d'Alain Mabanckou, écrivain, professeur de littérature à UCLA (17 mars 2016). "L?Afrique a pendant plusieurs siècles été vue, imaginée, fantasmée par les Européens comme un continent sauvage, ténébreux, matière première des récits d?aventures et d?exploration, teintés d?exotisme, qui ne laissaient pourtant entendre qu?une seule voix, celle du colonisateur. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour qu?une littérature écrite par et pour les Africains se révèle. de la négritude à la « migritude », il appartient aux écrivains noirs d?aujourd?hui de penser et de vivre leur identité artistique en pleine lumière." Revoir tous les cours donnés par Alain Mabanckou au Collège de France : https://www.college-de-france.fr/site/alain-mabanckou/_course.htm
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