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Sylvie Léger (Autre)Bernard Sesé (Autre)Claude Esteban (Autre)
EAN : 9782070321919
312 pages
Éditeur : Gallimard (13/01/1981)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Extrait :

Solitudes, Le voyageur, II

J'ai connu beaucoup de chemins,
j'ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j'ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l'ombre noire

Et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Nicolas9
  19 septembre 2017
"L'âme du poète
s'oriente vers le mystère.
Seul le poète peut
Regarder ce qui est loin
Dans l'âme, enveloppé
D'un soleil trouble et magique"

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la poésie d'Antonio Machado, l'illustre poète espagnol de la première moitié du XXe siècle. Et je dois dire que j'ai été séduit par la qualité de ses poèmes, bouleversants de sincérité.

Dans son autoportrait, il ne cache d'ailleurs pas son individualisme et il revendique ouvertement son côté solitaire:

"Il coule dans mes veines du sang de jacobin,
mais mon vers jaillit d'une source sereine;
et plus qu'un homme à la mode qui sait son catéchisme,
je suis, dans le bon sens du mot, un homme bon.

J'adore la beauté, et dans la moderne esthétique
j'ai cueilli les anciennes roses du jardin de Ronsard;
mais je n'aime pas les fards de l'actuelle cosmétique,
ni ne suis un de ces oiseaux au nouveau gazouillis.

Méprisant la romance des ténors à voix creuse
et le choeur des grillons qui chante à la lune,
je cherche à démêler les voix des échos;
parmi toutes les voix, je n'en écoute qu'une.

Je converse avec l'homme qui toujours m'accompagne
- qui parle seul espère à Dieu parler un jour -
mon soliloque est entretien avec ce bon ami
qui m'apprit le secret de la philanthropie.

Et quand viendra le jour du dernier voyage,
quand partira la nef qui jamais ne revient
vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
quasiment nu, comme les enfants de la mer."

Comme beaucoup de ses alter ego, Machado a toujours été un homme tourmenté, mais extrêmement bienveillant envers ses concitoyens, surtout les « petites gens ».

"J'ai connu beaucoup de chemins,
j'ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout, j'ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l'ombre noire
et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre

Et partout, j'ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

(...) ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c'est jour de fête.
S'il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l'eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d'autres
reposent sous la terre."

Il a rapidement compris que notre vie n'est qu'illusion...

"L'homme est par nature la bête paradoxale,
un animal absurde qui a besoin de logique.
De rien il a créé un monde et puis son oeuvre terminée:
"Enfin je connais - se dit-il - le secret; tout est néant".

D'où, peut-être ce sentiment exacerbé du tragique de la vie :

"C'est un après-midi cendreux et morne,
délabré comme mon âme;

Je ne parviens pas, même vaguement,
à comprendre la cause de cette angoisse;
mais je me souviens, et alors je dis:
- Oui, j'étais enfant, et toi ma compagne.

Comme un chien oublié, égaré,
sans but, et qui erre
par les chemins, sans chemin

ainsi je vais, mélancolique ivrogne, guitariste lunatique, poète,
et pauvre homme qui rêve,
recherchant Dieu toujours au milieu de la brume."

Mais, le poids de la vie n'empêche pas chez lui des vers d'une simplicité et d'une beauté incroyables :

"Tout passe et tout demeure,
mais notre affaire est de passer,
de passer en traçant des chemins,
des chemins sur la mer."

Pour autant, seule une minorité des poèmes de Machado reflètent son tourment intérieur. Ayant vécu l'essentiel de sa vie dans des villes de province relativement endormies (Soria, Baeza et Ségovie), il passait une grande partie de son temps libre à se promener dans les campagnes, admirant la création :

"Le printemps doucement
posait sur les arbres un baiser,
et le vert nouveau jaillissait
comme une verte fumée.

Les nuages passaient
sur la campagne juvénile...
J'ai vu sur les feuilles trembler
les fraîches pluies d'avril.

Dessous l'amandier fleuri,
tout chargé de fleurs,
- je m'en souviens - j'ai maudit
ma jeunesse sans amour."

Connaissant AM en tant qu'écrivain engagé du côté de la République durant la guerre civile (1936-1939), je me réjouissais de découvrir ses « Poèmes de guerre » que j'imaginais lyriques et pleins d'allant. Contre toute attente, ceux-ci ne m'ont pas beaucoup ému. Mais, étant donné ses valeurs pacifistes, est-ce vraiment étonnant ? Voici ce qu'il écrivait en novembre 1914 :

"La guerre est barbare, stupide, régressive;
pourquoi sur l'Europe à nouveau cette sanglante rafale
qui fauche l'âme et cette folie agressive?
Pourquoi l'homme à nouveau de sang se saoule-t-il ?"

Pour celles et ceux en qui j'aurais réussi à allumer une flammèche d'intérêt pour l'oeuvre du poète mort en février 1939 à Collioure, je tiens encore à préciser un élément qui a peut-être son importance : grâce à leur sobriété, les poèmes d'Antonio Machado se lisent sans effort conscient.

Il s'agit donc d'une lecture agréable après une journée chargée, mais également le matin avant d'affronter les défis d'une nouvelle journée.
Lien : https://youtu.be/uRz3AQx21y8
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frandj
  04 juillet 2018
Antonio Machado (1875-1939) est un poète espagnol fameux. J'en ai entendu parler pour la première fois il y a longtemps, de la bouche de Paco Ibanez qui a chanté certains de ses textes. Il a beaucoup écrit et s'est engagé dans la vie politique, du côté des Républicains, pendant la guerre civile. Il est mort juste au moment où il partait en exil, après la victoire des franquistes.
Ce recueil contient de nombreuses poésies écrites entre 1899 et 1939. Certaines me semblent très réussies, notamment celles qui ont été écrites dans la maturité. J'en ai mis deux en citation dans Babelio mais, pour rendre justice à Machado, il faudrait en ajouter bien d'autres…
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magdala
  21 mai 2012
toute la force te la puissance de la poésie ibérique. la violence est dans la beauté même des mots de ce poéte, qui donne une vision splendide de l'Espagne.
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Dodofestival
  08 avril 2020
a lire absolument
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
kathelkathel   10 mars 2011
Voyageur, le chemin
Ce sont les traces de tes pas
C’est tout ; voyageur,
Il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n’y a pas de chemin
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
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LiliGalipetteLiliGalipette   03 février 2012
Solitudes, Le voyageur, II

J'ai connu beaucoup de chemins,
j'ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j'ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l'ombre noire

Et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…

Et partout j'ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d'une vieille mule ;

Ils ne connaissent point la hâte,
Pas même quand c'est jour de fête.
S'il y a du vin, ils en boivent,
Sinon ils boivent de l'eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d'autres
reposent sous la terre.
+ Lire la suite
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LiliGalipetteLiliGalipette   03 février 2012
Le poète et la mort

On le vit s'avancer seul avec Elle,
sans craindre sa faux.
- Le soleil déjà de tour en tour ; les marteaux
sur l'enclume – sur l'enclume des forges.
Federico parlait ;
il courtisait la mort. Elle écoutait
« Puisque hier, ma compagne résonnait dans mes vers
les coups de tes mains desséchées,
qu'à mon chant tu donnas ton froid de glace
et à ma tragédie
le fil de ta faucille d'argent,
je chanterai la chair que tu n'as pas,
les yeux qui te manquent,
les cheveux que le vent agitait,
les lèvres rouges que l'on baisait…
Aujourd'hui comme hier, ô gitane, ma mort,
que je suis bien, seul avec toi,
dans l'air de Grenade, ma grenade ! »





III

On le vit s'avancer…
Élevez, mes amis,
dans l'Alhambra, de pierre et de songe,
un tombeau au poète,
sur une fontaine où l'eau gémira
et dira éternellement :
le crime a eu lieu à Grenade, sa Grenade !
+ Lire la suite
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HardivillerHardiviller   10 février 2018
*********PAPILLON DE LA SIERRA ***************
A Juan Ramon Jiménez pour son livre " Platero y yo "

Papillon , n'es-tu pas
l'âme de ces sierras solitaires ,
de leurs ravins profonds ,
et de leurs âpres cimes ?
Pour te faire naître ,
de sa baguette magique
un jour une fée
aux orages de pierre
ordonna de se taire ,
et enchaîna les monts
pour te laisser voler .
Couleur d'orange et noir ,
brun et doré ,
papillon sauvage , sur le romarin
les ailes repliées , ou , frémissantes ,
folâtrant avec le soleil ,
ou bien sur un rayon
de soleil crucifiées .
Papillon sauvage et champêtre ,
papillon des montagnes ,
nul n'a peint ta couleur et tes ailes
dans l'air , dans le soleil , sur le romarin ,
si libre , si pimpant ! .....
Que Juan Ramon JIménez
fasse vibrer pour toi sa lyre franciscaine .

+ Lire la suite
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MalauraMalaura   12 août 2012
Un jour tu la verras,
dit l'espérance,
si tu sais espérer.
Et la désespérance :
elle n'est rien
que ta souffrance.
Et le cœur bat…
La terre n'a pas
tout emporté...
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