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Critique de Sachenka


Sachenka
  24 juin 2018
À la fin du 19e siècle, Simon Bacamarte est un jeune homme fortuné mais il est tout occupé à la tâche qu'il s'est donné. Diplômé aliéniste (ce qu'on nommerait aujourd'hui psychiâtre), il réussit à convaincre les autorités de sa région natale du Brésil, Itaguaï, d'ouvrir un asile pour accueillir les malades mentaux. Tous applaudissent cette initiative. Ne le feriez-vous pas ?

Les premiers cas sont intéressants, mais rapidement tous les locaux qui présentent des comportements inaccoutumés (sans être nécessairement signes de folie aux yeux de leurs concitoyens) sont internés. Et ceux qui osent critiquer sont les prochains suspectés de démence. Après tout, pourquoi voudrait-on libérer un malade mental ? On agrandit et agrandit l'hôpital jusqu'au point où la moitié de la population est sous la garde de l'aliéniste.

Pendant ce temps, les passions se déchainent, les locaux insatisfaits marchent vers l'asile, cette « Bastille d'Itaguaï ». La garde dépêchée pour arrêter les émeutiers se joint à eux, c'est le désordre total ! La rébellion renverse les autorités et proclame un nouveau conseil municipal. Pour l'aliéniste, de telles manifestations de violence sont symptômatiques d'un trouble. Et pareillement pour les supporters de ce gouvernement. Il faudrait les interner…

Comme vous voyez, il n'y a aucune solution. L'aliéniste trouverait le moyen de confiner dans son asile autant ceux qui disent blanc que noir. Malgré cela, on ne peut que suivre la logique inébranlable de Bacamarte. En même temps, on comprend toute l'ironie qu'elle contient, et la critique (sous couvert d'humour) qu'elle fait de la politique et des sciences sociales. Peu importe qui détient le pouvoir, il est toujours dangereux et on doit l'utiliser avec la plus grande prudence.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là ! Après avoir reconnu que plus de la moitié de la population soufre d'une santé mentale fragile, ceux qui sont sains d'esprit forment dorénavant une minorité, un cas d'anormalité. Ne serait-ce pas eux qu'on devrait interner ? Comme c'est inquiétant.

Et qu'en est-il de l'aliéniste ? A-t-il été diagnostiqué ? Devrait-il le faire ? Par lui-même, sans doute. À jouer à Dieu, il finit par se croire infaillible. D'où l'importance de ne pas concentrer tous les pouvoirs entre les mêmes mains. Je suppose que l'auteure savait de quoi il parlait, l'Amérique du Sud a vécu plusieurs changements de régime depuis… toujours.

Sous couvert d'aventures rigolotes, le roman L'aliéniste soulève de bonnes questions. Je m'attendais à une lecture agréable et drôle, et ce l'était effectivement, mais beaucoup plus en même temps. J'aime de tels romans, qui réussissent à me faire réfléchir sans en donner l'impression. Joaquim Maria Machado de Assis, que je découvre avec ce roman, vient de gagner un lecteur. Sa plume, tant par son style que par son propos, est d'une incroyable modernité, même cent cinquante ans plus tôt.
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