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René Chadebec de Lavalade (Traducteur)
ISBN : 2864243520
Éditeur : Métailié (08/04/2005)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 33 notes)
Résumé :

" Et voyez maintenant avec quelle dextérité, avec quel art, j'effectue la plus grande des transitions de ce livre. Voyez : mon délire commença en présence de Virgilio ; Virgilia fut mon grand péché de jeunesse ; il n'y a pas de jeunesse sans enfonce ; l'enfance suppose la naissance : et voici comment nous arrivons sans effort au 20 octobre 1805, jour de ma naissance. Vous avez vu ? Aucun raccord apparent, rien qui puisse... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Charybde2
  18 mars 2013
260 pages d'un cynisme primesautier et matois qui décrivent avec perfection et humour noir le Brésil de la fin du XIXème siècle, et donc un peu celui d'aujourd'hui....
Publié en 1881, ce troisième roman de Joaquim Maria Machado de Assis apporta à son auteur la consécration, et acquit au fil du temps la stature d'une oeuvre fondatrice de la littérature brésilienne.
Bras Cubas, désormais décédé d'une pneumonie, rédige ces "mémoires posthumes" avec la liberté de ton que seule, enfin, la mort peut donner au sein de l'ultra-policée bonne société brésilienne du XIXème siècle finissant.
Après deux romans sociaux classiques, Machado de Assis, selon la formule de Roberto Schwarz, écrit enfin ce "roman réaliste aux techniques anti-réalistes". Récupérant une forme d'écriture primesautière, enlevée, pleine de clins d'oeil au lecteur, de digressions, d'apparents coqs-à-l'âne, qui doit beaucoup au Laurence Sterne de "Tristram Shandy" ou encore au Diderot de "Jacques le fataliste", l'auteur a une idée de génie, qui crée la rupture et la réussite littéraire : plutôt que de tenter de donner pour la n-ième fois le point de vue narratif à un "opprimé" ou à une "victime", il renverse toute la perspective en faisant de Bras Cubas, le mort narrateur, un membre éminent de la classe dirigeante brésilienne, dont le lecteur incrédule découvre peu à peu, insidieusement, la somme à peine imaginable d'auto-satisfaction et de cynisme qui le caractérisent. Riche fainéant aux ambitions intellectuelles démesurées (et sans rapport avec ses moyens tels qu'ils sont dévoilés, cocassement, de sa plume posthume même, au lecteur), dont la position de rentier sûr de lui repose avant tout sur l'esclavage et le clientélisme à grande échelle, caractéristiques presque fondatrices de cette société brésilienne de grands propriétaires et de riches commerçants, qui ne laissera avec réticence abolir l'esclavage qu'en 1888, provoquant directement la chute du (trop) libéral (pour l'époque) empereur Pedro II et l'instauration pour 40 ans de la république des oligarques et des "coronels"..., Bras Cubas nous enchante à chacun de ses 160 brefs paragraphes, grâce à l'art consommé d'un auteur machiavélique qui utilise avec subtilité toutes les ressources, à rebours, que peut procurer un "narrateur non fiable".
Une oeuvre immense, tant par ce qu'elle dit d'un moment social et historique qui n'a jamais vraiment disparu, au Brésil ou ailleurs, que par le raffinement de sa technique littéraire qui provoque, lorsque l'on commence à réaliser ce que l'auteur nous a mijotés, une furieuse envie d'applaudir !
"Le lecteur a là, en quelques lignes, le portrait physique et moral de la personne qui devait avoir plus tant d'influence sur ma vie. Elle était ainsi à seize ans. Toi qui me lis - si tu es encore au monde, quand ces pages verront le jour - toi qui me lis, Virgilia chérie, ne remarques-tu pas quelque différence entre le langage d'aujourd'hui et celui qui fut le mien la première fois que je te vis ? Crois bien que j'étais aussi sincère alors que maintenant ; la mort ne m'a rendu ni acariâtre ni injuste.
- Mais, diras-tu, comment peux-tu ainsi discerner encore la vérité de ce temps-là et l'exprimer après tant d'années ?
Ah ! Curieuse ! Ah ! Grande ignorante ! Mais c'est cela justement qui fait de nous les maîtres de la terre, c'est ce pouvoir de faire revivre le passé, afin de toucher du doigt l'instabilité de nos impressions et la vanité de nos affections. Laisse Pascal affirmer que l'homme est un roseau pensant. Non ; l'homme est un erratum pensant, cela oui. Chaque âge de la vie est une édition, qui corrige l'édition antérieure, et qui sera corrigée elle-même, jusqu'à l'édition définitive, que l'éditeur distribue gratuitement aux vers."
"138 - À un critique
Mon cher critique,
Quelques pages plus haut, après avoir dit que j'avais cinquante ans, j'ai ajouté : "On sent bien déjà que mon style n'est pas aussi léger que les premiers jours." Peut-être, connaissant mon état actuel, trouves-tu cette phrase incompréhensible ; mais j'appelle ton attention sur la subtilité de cette pensée. Je ne veux pas dire que je sois plus vieux maintenant que lorsque j'ai commencé ce livre. La mort ne vieillit pas. Ce que je veux dire, c'est que, à chaque phrase de la narration de ma vie, j'éprouve les sensations correspondantes... Dieu me protège ! Il faut tout expliquer."
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Christw
  25 juin 2019
(Traduit du brésilien par R. Chadebec de Lavalade)
Machado de Assis (1839-1908) prête cette fois sa plume à un rentier défunt, Brás Cubas, membre éminent de la classe dirigeante du pays, qui raconte cyniquement ses mémoires depuis l'au-delà : soixante chapitres, parfois de simples paragraphes, empreints d'ironie et parsemés de clins d'oeil au lecteur. Derrière l'humour noir du narrateur, c'est le Brésil de la fin du 19e siècle encore marqué par l'esclavage, sous la domination d'oligarques et qui voit l'influence du scientisme et du positivisme venus de France. Les péripéties sociales, politiques et surtout amoureuses de Brás Cubas fondent l'essentiel de ces mémoires. La manière innovante rompt avec la narration linéaire flaubertienne et amorce un tournant marquant dans la littérature brésilienne (réalisme) : "C'est qu'il s'agit ici, en vérité, d'une oeuvre diffuse, composée par moi, Brás Cubas, suivant la manière libre d'un Sterne ou d'un Xavier de Maistre, mais à laquelle j'ai peut-être donné parfois quelque teinte chagrine de pessimisme." [Préface]
Outre de pouvoir raconter sa propre mort et son enterrement, les mémoires posthumes ont cet avantage de ne point craindre les critiques lorsqu'elles affichent un détachement impudent des choses du bas monde : "Le coup d'oeil de l'opinion, ce coup d'oeil perçant, ce coup d'oeil de juge, perd toute sa force dès que nous foulons le territoire des morts. [...]. Sachez-le, Messieurs les vivants : il n'y a rien d'aussi incommensurable que le dédain des morts." [chapitre 24]
Le récit est d'abord paru en feuilleton en 1880 sur une dizaine de mois, d'où sans doute une tendance prononcée aux coq-à-l'âne et digressions ; l'auteur lambine. Il a dû s'en rendre compte, le chapitre 71 s'intitule "Le défaut du livre" et rassure sur le discernement pétillant de Machado de Assis :
"Je commence à regretter d'avoir entrepris ce livre. Non qu'il me fatigue : je n'ai rien à faire ; et réellement, expédier quelques maigres chapitres à destination de ce bas monde est toujours une tâche qui distrait un peu de l'éternité. Mais le livre est ennuyeux, il sent le tombeau, il garde quelque chose de la rigidité cadavérique : défaut grave et d'ailleurs sans importance, car le principal défaut de ce livre, c'est toi, lecteur. Tu es pressé de vieillir et le livre progresse lentement : tu aimes la narration directe et nourrie, le style régulier et coulant, tandis que ce livre et mon style sont comme les ivrognes qui tirent à droite, tirent à gauche, avancent, s'arrêtent, crient, éclatent de rire, menacent le ciel, trébuchent et tombent.
Et tombent ! Pauvres feuilles de mon cyprès, vous tomberez, comme toutes les autres feuilles belles et brillantes ; et si j'avais encore des yeux, je vous donnerais une larme de regrets. Mais c'est là le grand avantage de la mort, qui, si elle ne vous laisse pas de bouche pour rire, ne vous laisse pas non plus d'yeux pour pleurer... Vous tomberez..."
"Les mémoires posthumes de Brás Cubas" (1881) proposent plusieurs thèmes qui seront repris dans des oeuvres postérieures. Ainsi la philosophie "humanistique" parfois scabreuse de l'ami d'enfance Quincas Borba (il finit par perdre la raison) s'amuse des courants de pensée de l'époque (positivisme, scientisme, sélection naturelle) et sera reprise dans "Quincas Borba" (1891).
Les propos de Brás Cubas ont des accents schopenhaueriens ; un commentateur évoque une «traduction machadienne de la volonté de Schopenhauer».
Une paragraphe sur la "théorie du bienfait" ("humanitisme") rejoint les propos désabusés d'Henri Laborit sur les motivations des actes de bienfaisance ("L'éloge de la fuite"): "[...] le bienfait vous donne la conviction d'une supériorité sur une autre créature, supériorité dans l'état et dans les moyens ; ce qui est un des plus légitimes agréments pour l'organisme humain".
Une étude critique (anglais) de ce texte caustique par Roberto Schwarz observe : "[...] le narrateur est tout à fait satisfait de l'abîme qui sépare les personnages cultivés des personnes ignorantes qu'il évoque et qui font partie de son monde. [...]. Une portée moins évidente et plus actuelle du roman nous oblige à reconnaître l'adaptabilité de la civilisation à des objectifs contraires à son idée même." [trad Google/christw]
On trouve ce livre en ligne, dans une traduction française d'Adrien Delpech.

Lien : https://christianwery.blogsp..
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MonsieurKiwi
  19 mai 2018
Il est vraiment dommage que Machado de Assis se place dès l'avant-propos sous l'égide de Sterne, car pendant toute la lecture de Bras Cubas on ne cesse de penser à Tristram Shandy... Il faut dire que la forme de ces Mémoires posthumes est parfois décalquée de celle du roman de Sterne : les idées fixes des personnages, les adresses au lecteur, la toute-puissance du narrateur, le goût pour les systèmes philosophiques, le chapitre comme unité de base du récit, etc. Si l'humour est bien présent, la comparaison ne rend pas justice à Bras Cubas. Sterne a mis la barre très haut, et Machado de Assis a le souffle un peu court.
La comparaison est d'autant plus regrettable que les deux romans présentent bien des différences. L'ironie de Machado de Assis démasque les conventions sociales, les formalités, les hypocrisies, dont le héros se fait un défenseur amusé. Bras Cubas est d'ailleurs un héros bien peu héroïque, dont la mesquinerie se devine entre deux confessions, et Machado de Assis a le don très subtil de contourner systématiquement l'action, de désamorcer le drame, et de faire de la vie de son héros-narrateur, par ailleurs tout à fait sympathique, une suite de vanités, de moments creux et d'occasions perdues. Derrière l'humour désinvolte du narrateur, perce, en seconde main, l'ironie de Machado de Assis, beaucoup plus dévastatrice, et qui, versant dans un scepticisme teinté de nihilisme, finit par miner ces mémoires posthumes. C'est là un vrai coup de maître.
Celles-ci sont ainsi sculptées en creux, en négatif (voir à cet égard le dernier chapitre) - là où Tristram Shandy, odyssée débordante et digressive, était résolument optimiste. Cet écart s'explique peut-être par le siècle tumultueux qui sépare les deux livres...
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blanchenoir
  19 mars 2019
Un livre rafraîchissant et résolument moderne.
Une écriture drôle et subtile qui emporte le lecteur dans la vie mouvementée de Bras Cubas.
Aussi, on peut lire en filigrane une critique satirique de la société brésilienne du XIX ème siècle.
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pleasantf
  23 décembre 2013
Etonnant roman publié en 1881 mais pas du tout daté. le narrateur Bras Cubas est mort et s'adresse au lecteur pour raconter sa vie en commençant par la fin. La mort est omniprésente dans ce livre qui est une méditation déguisée sur la vie, sur le temps qui passe et la comédie humaine. Machado dépasse la mélancolie et la gravité romantiques propres à ces sujets grâce à l'ironie et à l'humour. Et surtout il démontre une inventivité formelle jubilatoire. le roman déroule un fil plus ou moins continu, parsemé de digressions inattendues. C'est une suite de 160 courts chapitres dont certains sont particulièrement étonnants : l'un n'est constitué que de points de suspension, un autre est un dialogue de théâtre auquel il ne manque que le texte, un autre encore est une suite de notes sans syntaxe, un dernier enfin est à intercaler dans le précédent...
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   23 juin 2018
Après avoir bien respiré, je dis à Jacob qu'il venait de mentir quatre fois en moins de deux heures [...]. Jacob réfléchit un instant, puis il reconnut la justesse de mon observation, mais se défendit en disant que la sincérité absolue était incompatible avec un état social développé et que la paix des cités ne pouvait s'obtenir qu'au prix de mensonges réciproques...
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SachenkaSachenka   17 juin 2018
[...] mais il ne faut pas oublier que la nature est une grande capricieuse et l'histoire une éternelle inconstante.
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SachenkaSachenka   23 juin 2018
- Lutter. Que tu les écrases ou non, l'essentiel est que tu luttes. La vie est une lutte. Une vie sans lutte est une mer morte au centre de l'organisme universel.
Commenter  J’apprécie          191
SachenkaSachenka   21 juin 2018
"Bien, les siècles passent, le mien arrivera et passera aussi, jusqu'au dernier qui me donnera l'explication de l'éternité."
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SachenkaSachenka   22 juin 2018
Braves bijoutiers, que resterait-il de l'amour sans vos joyaux et vos credits?
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Video de Joaquim Maria Machado de Assis (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joaquim Maria Machado de Assis
Samuel Titan reçu par Artur Silva dans son émission Passage à niveau sur Radio Alfa pour parler de "Histoire d'un vaurien".
Histoire d?un vaurien est un des chefs-d?oeuvre de la littérature brésilienne. Écrit et publié en feuilletons dans un journal de Rio de Janeiro en 1852-1853, il est devenu un de ces ouvrages inspirateurs et sans lequel bien des écrivains et personnalités n?auraient pas été possibles ou connues : Machado de Assis, Lima Barreto, Carmen Miranda, Chico Buarque, etc. sont tous disciples de Manuel Antônio de Almeida. Leonardo, le protagoniste de ces Histoire d?un vaurien de Rio de Janeiro, n?a rien de commun avec les héros romantiques de son époque. Il serait né « d?un écrasement de pied et d?un pincement » lors d?un flirt en haute mer ; très tôt il choisi l?oisiveté comme seul mode de vie, créant ainsi le premier personnage si brésilien du malandro : sorte de héros mixte entre Oblomov et un malandrin, roi du hamac, de l?inconvenance, mal élevé, malgré lui? « L?enfant avait un penchant à l?effronterie, et l?indulgence de son parrain aidant, cela en fit un petit impertinent accompli. » On suit ainsi les frasques et péripéties de la vie de Leonardo dans le Rio du début du xixe siècle, résidence du roi, ville métissée, non sans rire et en nous attachant à ce personnage finalement faible, neutre et jouet des uns et des autres. Dans une telle ambiance, cette histoire avec le ton désinvolte du récit, la saveur piquante des conversations cueillies sur le vif et une foule de personnages robustes et vulgaires pataugeant joyeusement dans la plus tangible des réalités, peuvent sembler le produit d?un autre siècle, d?un autre monde.
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