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EAN : 9782361660307
121 pages
Editions des Busclats (06/01/2015)
4.12/5   28 notes
Résumé :
Durant des années, j’ai été un point de silence et d’immobilité. Mais ce point s’est mis en marche ce matin. Mes pieds commencent à inventer une ligne. C’est une ligne de fuite. »

Ainsi écrit Marie, jeune femme d’aujourd’hui, dans le cahier blanc. Elle y raconte sa déambulation, sa halte, l’adhérence des pieds sur le sol des chemins, sa rencontre par- delà les siècles avec l’autre Marie, Marie Prat la potière, qui savait transformer la terre dans ses ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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Des mots magnifiques. Faits par elles, Madelaine et Marie. Deux chemins de Vie, un même verbe  : Vivre. Chemin d'enfance, de mémoire. Acte de résilience. Prendre terre, puiser, plonger, marcher, sentir, ressentir. Comprendre ce que l'argile et le feu modèlent, fabriquent en nous, entre nous, autour de nous. Ombres et lumières. Vides et pleins.
Partir pour entrer en matières. Prendre terre pour prendre soin. Juste l'éclat d'un émail de cendres, comme l'éclat d'un regard ,d'une vision. Accepter d'être Voyant, mettre des mots, faire sa pelote de rêves, laisser revenir les souvenirs , accueillir des fantômes d'images, puiser au plus profond la force de reprendre la route. Faire chemin.
Faire route. Fouiller, observer.
Des bris de mémoire comme les tessons d'une poterie oubliée.
Roman poétique, initiatique.
Il y a la terre, le Berry, l'argile noire, le Nord , cet appartement blanc, ce chemin jaune ,au Sud, cette garrigue. Il y a la forêt, le feu, cette boussole solaire, il y a les silences, ces présences. Il y a ce cahier blanc, ce cahier rouge.
Ce feu qui transmute, cette mémoire qu'on transporte...
Écrits, faits, modelés, transmis, créés, partagés...Pas à pas.
Tout prend racines au choeur d'un même rêve.
La demeure d'un voyage. D'argile et de feu, : tout simplement : vital !
Découvrez l'univers d'Océane Madelaine : https://www.oceanemadelaine.fr/

Astrid Shriqui Garain

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N°992– Novembre 2015

D'ARGILE ET DE FEUOcéane Madelaine- Éditions des Busclats.

Étrange récit que celui-ci qui se décline alternativement sur deux cahiers, le blanc où la narratrice, Marie, évoque son enfance dans la garrigue, ses parents morts, sa peur du feu qui les tua, la pension chez les soeurs, Pierre, son compagnon qu'elle suivit dans cette ville du nord, son travail d'enseignante puis son départ sans raison, seule, vers le sud, à pied avec chaussures de marche et ampoules douloureuses et pour seule boussole son envie de vivre autrement, de tourner le dos à sa vie d'avant, de changer pour l'inconnu, le hasard, l'inconfort... Sur le cahier rouge elle épelle la vie d'une autre Marie, qu'on nommait aussi Jeanne, la bâtarde, femme de terre et de feu qui a vécu au XIX° siècle et a choisi un métier réservé aux hommes dans lequel elle s'est imposée. Elle a jeté ses poupées pour modeler des écuelles, des pots, des pichets, préféré malgré son jeune âge les tours, la sculpture et l'émail au point d'imposer plus tard son style et d'apposer sa marque personnelle sur chaque pièce réalisée [« fait par moi, Marie Prat »]. Parce qu'elle a laissé des traces, elle la rencontre par hasard, à mi-parcours de son périple, se réfugie dans une cabane en planches et choisit de s'y fixer à cause de la couleur et des vertus de cette terre. Elle ne le sait pas encore mais ce terroir sera un jalon dans son voyage, peut-être aussi un but à cause de ce géomètre taiseux et énigmatique qu'elle rencontre là ou de ce rendez-vous imprévisible avec l'histoire de cette femme et aussi avec son destin personnel. Elle sera potière comme elle, un peu comme si, malgré toutes ces années, elle lui passait le relais. Elle apprend donc, s'approprie cet art populaire et quasiment brut dont elle ignorait tout, parvient à dominer sa peur du feu parce que les habitants du lieu l'incitent à reprendre l'usage du four laissé par Marie Prat. Ainsi le feu assassin devient-il pour la jeune femme, fécond, bénéfique, apaisant. Elle façonnera et cuira la glaise, ajoutant des mots pour que la complicité avec l'autre Marie soit complète, pour que l'hommage soit authentique .

Pourtant son voyage n'est pas terminé et un peu malgré elle doit aller plus loin, vers son enfance et ses souvenirs, comme un devoir de mémoire personnel, comme une manière de se retrouver elle-même, une chanson espagnole pleine de soleil au coin des lèvres pour adoucir cet hiver rude, emportant avec elle l'esprit et l'exemple de cette Marie Prat.

J'ai lu certains passages à haute voix pour apprécier toute la musique poétique de ce beau livre fort bien écrit, alternant les passages sensuels et bucoliques.

Je le redis ici, dans le climat délétère qui nous entoure, lire est apaisant
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Magnifique premier roman, écrit dans un style exquis, des mots merveilleusement bien choisis. Un vrai bonheur.

Marie fuit depuis plus de quinze ans le drame qui a mis fin à l'insouciance de l'enfance, en s'enfermant dans une petite vie froide et bien rôdée, à un millier de kilomètre du lieu du drame. Mais un jour, elle obéit à ses pieds qui la ramènent vers le Sud. Sur son chemin, elle fera la rencontre d'une autre Marie, une potière, qui lui apprendra à surmonter ses souvenirs, à dépasser sa blessure et à accepter ce que la vie lui offre, pour enfin devenir adulte, libre, vivante et emplie de désir.

C'est très beau, des phrases tout simples mais tellement puissantes, tout en laissant une large part d'imagination au lecteur. Les descriptions du feu (« à chaque fois, les bûches se défont lentement, attaquées par les flammes et la braise, et ne reste qu'un os charbonneux ou écarlate. Mais le mystère tient à la métamorphose, chaque fois différente, se faisant par la houle orangée, l'entêtement hargneux d'une braise lente, le crépitement. Et chaque fois je m'étonne : il y a quelque chose d'absolument neuf dans la manière qu'a le feu de se répandre »), de la terre, qui n'est pas ici ce qui nous enlise et nous retient à dans notre animalité mais bien ce matériau qui nous permettra de dépasser nos souffrances et nos entraves, sont des vrais bijoux. Je le conseille à tous les amoureux des mots, aux amateurs de poésie, et à tous ceux qui veulent passer un excellent moment, …
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Elle marche vers le Sud, rejoindre la garrigue qu'elle a fui lorsqu'elle avait 12 ans et que ses pères et mère sont morts dans l'incendie de la garrigue. Depuis, le feu est une obsession pour elle, sous toutes ses formes. Elle le fuit. Elle a vécu quelques années avec Pierre qui l'a sauvée. Elle vient de le quitter, sans explications. Elle marche, vers le Sud. Il avait toujours su qu'elle partirait. Elle est partie.
Elle marche. Dans la forêt elle s'installe dans une cabane abandonnée qui a appartenu à un potier qui a eu une bâtarde, Jeanne ou Marie. Cela elle l'apprendra d'un géomètre venu travailler dans la zone. Elle s'attachera à lui mais rien ne se passera. Il lui raconte Jeanne qui a pris le nom de Marie, devenue potière elle aussi, alors que de ce temps c'était un métier réservé aux hommes. Elle était admirée pour ses œuvres très personnalisées, qu'elle signe "Fait par moi, Marie Prat".
L'héroïne (a-t-elle un nom ?) est potière aussi, a 32 ans, s'identifie à Marie.
Elle arrivera à surmonter les angoisses que lui cause le feu, en retournant dans sa garrigue.
C'est assez poétique, lent. Je me suis laissé porter par le rythme de l'écriture et j'ai aimé ce petit livre plein de charme alors que je partais avec un a priori un peu défavorable.
C'est un premier roman qui a reçu en 2015 le Prix Première lors de la Foire du Livre de Bruxelles.
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L'argile génère la poterie qui a besoin de feu pour la cuisson. le feu hante aussi Marie, la narratrice.
Céramiste de profession, Océane Madelaine signe ici son premier roman. Une réussite puisqu'il obtient le Prix Première RTBF 2015.
Il y a Marie, la narratrice, qui s'en va vers le sud et, plus d'un siècle auparavant, Marie ou Jeanne, la potière. L'errance de la narratrice Marie la mène vers une cabane abandonnée et ses pieds s'apaisent au contact de l'argile noire qui façonne la poterie. C'est au musée qu'elle découvre les oeuvres de Marie, une des premières potières de France. Marie la potière a connu une vie rude, âpre comme l'autre Marie qui a aussi beaucoup souffert.
Deux parties qui se chevauchent graduellement, au fil de l'intrigue : le carnet rouge qui relate la vie de Marie ou Jeanne et le carnet blanc où se retrouvent les émotions ressenties par la narratrice. Présentation originale qui ne manque pas d'intérêt.
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critiques presse (1)
LaLibreBelgique
02 mars 2015
Un roman curieux à l’écriture poétique ancrée dans la terre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Je dis je suis un corps. Je veux vos mains d'arpenteur de terrain sur le terrain de ma peau, je veux vos yeux rieurs et sérieux tout contre mes yeux à moi, je veux nos bouches , je veux votre peau plus vieille que la mienne, vos cheveux légèrement argentés sur les tempes, ce corps comme un miroir de moi plus vieille, je veux qu nous guettions les étoiles à travers la verrière, je veux que nos corps soient des clairières.
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"Lorsque mes yeux distinguent à nouveau le dessin brun et gris, je me lève en titubant, avec la certitude que je ne prendrai pas la route. Je le sais, exactement de la même manière que j'ai su qu'il fallait fuir l'appartement blanc. A ce moment-là, je ne sais rien encore de Marie Prat. Je ne connais pas encore le géomètre. Il y a juste cette argile noir qui a guéri mon pied, et ce tesson qui fait revenir la garrigue. Pourtant mes pieds parlent, une fois encore. Ils disent que la terre noire est devenue une partie de moi, et que quelque chose doit arriver ici, quelque chose que je ne peux forcer ni par la pensée ni par les gestes, quelque chose qui sourd lentement. Cela se fera ici. Très calmement, je défais mon sac à dos, déroule le sac de couchage, sors le matelas sur la terrasse pour l'aérer, installe une nouvelle fois mon réchaud sur le coffre".
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C'est un trou, je le sens comme ça. Il y a un trou dans mon pied droit et dedans je suis tombée, tout entière, d'un coup, moi si verticale et si liquide, tombée dans le trou de mon pied devenu gouffre ou grotte, tombée par orgueil, par inadvertance ou par furie, parce que je ne savais pas que de vulgaires cloques pouvaient à ce point attaquer la peau, parce que je ne savais pas qu'on pouvait chuter en soi-même, s'engloutir dans le sang et le pus, parce que je ne savais pas que du point au trou il n'y avait qu'une infime distance, j'avais dit allez ce ne sont pas quelques ampoules qui vont te retenir, allez du nerf, et j'avais continué à boiter en pestant tandis que le trou prenait toute la place du pied.
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Je marche sur la route beige ou grise, et je vois de la terre jaune partout. Elle dégueule de ma mémoire, des fossés, des nuages. C’est la terre jaune qui recouvrait la garrigue. Le père et la mère disaient que c’était pour cette couleur qu’ils avaient acheté l’immense grange en ruine, ça aurait pu être ailleurs, dans un autre village ou une autre région, mais ils voulaient qu’on apprenne à marcher dans ce jaune-là, et effectivement c’est comme ça qu’on a appris à marcher, dans cette lumière folle.
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Je ne ferai plus jamais l’appel. Plus jamais ma voix au-dessus de celles des autres. Plus jamais. Je suis un point qui marche. Cette colère en moi, cette tempête des mauvais hivers qui s’est fomentée dans mes pieds, ce refus soudain d’obtempérer, de revenir chercher en septembre l’emploi du temps manigancé par un autre en disant merci, et m’acquitter ensuite d’une tâche qui m’est impossible, plus jamais, mais plus jamais cela n’aura lieu dans l’enceinte de mon corps à moi, puisque je suis fille de garrigue furieuse et que je ne conçois aucune autre autorité que celles de mes pieds.
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