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ISBN : 2330000448
Éditeur : Actes Sud (01/10/2011)

Note moyenne : 3.25/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Mae et Laurel ont été amantes durant les années 1970, alors que le meurtre constituait pour elles l’aboutissement de pratiques sexuelles ritualisées. Trente ans plus tard, elles se retrouvent, différentes mais toujours coupables et intérieurement condamnées. Elles incarnent alors deux formes du terrorisme, de la violence qu’on porte en soi à celle qu’un dehors vous impose.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
le_Bison
  18 février 2019
Quand t'es dans le désert…
Mae, croupière dans le Nevada, une vieille caravane, pas de chien, juste un fusil. Elle s'aventure la nuit, la poussière tourne autour d'elle, des yeux de coyotes la scrutent. Les lumières se sont éteintes, loin de l'agitation frénétique de ces villes de jeux et de néons. Même la lune a disparu. Et quand le bleuté de la lune s'enfuit sur d'autres horizons, la vie perd de son sens, ne lui laissant que les souvenirs passés, seule dans ce désert.
La serveuse lui dépose son verre de whisky, et d'un air dégoûté, cette tranche de boeuf XXL tellement saignant que son coeur parait battre encore dans cet amas de chair rouge. Une télévision en fond d'écran derrière le comptoir. Les chaines d'infos en continu diffusent toujours les mêmes images. Inlassablement. Eternellement. Des avions qui s'écrasent contre deux tours. Des tours qui s'effondrent. Des victimes effondrées de peur, de rage, de terreur. Mae jouit de ce spectacle, coupée de la réalité du monde, ne voyant défiler depuis des années que des cartes de couleurs noir ténèbre ou rouge sang et des jetons noir et rouge. Indifférente à la vie de ces mortels, si ce n'est que pendant 7 secondes, 7 putains de longues secondes qui passent en boucle et durent des minutes, des heures, elle reconnait Laurel, amante et aimante d'un passé oublié. Et son passé ressurgit de sa mémoire.
Les cauchemars de l'Amérique en toile de fond, le désert du Nevada en décor. Les souvenirs de Mae la ramènent à son enfance, entre indifférence des parents et inceste d'un frère tortionnaire. Une fuite pour s'échapper, le temps d'un été, the summer of love, et les voix douces et aimantes d'un gourou, une guitare folk et l'amour libre, baises sauvages dans la nature l'esprit libre et la haine envers les cochons. California Girls. Un roman inclassable et dérangeant, les chapitres sont aussi courts que la vie d'un corps qui plonge en haut d'une tour, double salto avant, les pages défilent aussi rapidement que deux tours mettent à s'écraser au sol. La poussière du désert est la même qu'à Ground Zero. 0 espoir, 0 soupir, je respire l'air du Nevada, loin du tumulte bruyant et lumineux des casinos, à la lumière des étoiles, sous le regard hurlant d'un coyote sauvage – mais pas autant que Mae – la couleur de la nuit est celle d'une nuit sans lune. Mais une nuit illuminée par la musique de Captain Beefheart et son magic band, les pieds dans le sable.
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Charybde2
  19 mars 2013
Trajectoire déjantée et exorcisme personnel d'une rescapée d'une secte, que le 11/09/ 2001 réveille
Paru presque simultanément aux Etats-Unis et en France en 2011, ce nouveau livre de Madison Smartt Bell a eu un peu de mal à trouver sa place dans son pays d'origine : sa première phrase garde en effet là-bas des allures de tabou puissant : "Comme mon coeur a chanté quand les tours sont tombées ! Une telle poussée de force pure, se tordant, se désagrégeant, s'épanouissant en ce gigantesque astre de ruines avant de jeter au sol toute sa substance... Ces escarbilles semblables à des moucherons qui tournoyaient tout autour s'avéraient être des mortels jaillissant des flammes. Drapés dans le linceul de leurs cris, ils descendaient. Si j'avais su que la mort pouvait en détruire un tel nombre !"
Mae, l'héroïne, a passé plusieurs années au sein d'une secte hippie déjantée dans les années 1970. Musique rock, substances illicites, expériences mystiques, emprise d'un gourou dionysiaque,... l'adolescente y a été durablement transformée, et l'on n'apprendra que peu à peu à quel point, à travers les souvenirs et les actes de la Mae de 2002, prédatrice affûtée dissimulée sous la croupière de Las Vegas, quittant la nuit sa caravane pour tenir les créatures du désert dans la lunette de visée de son fusil... et qu'une image fugitivement entrevue à la télévision le 11 septembre 2001 va relancer dans un processus qu'elle avait oublié.
"Les puits de goudron de la Brea. Comment je m'étais retrouvée là, je n'aurais pas su le dire précisément. Peut-être en prenant un bus pour descendre le long de la côte, ou alors un véhicule privé en échange de quelques services particuliers rendus en chemin. J'étais assise en demi-lotus sur le rebord cimenté du trou noir. Il semblait d'un noir d'encre au premier abord, profond comme l'espace infini, mais à force de le fixer, j'ai commencé à distinguer un spectre dans le miroitement de la surface huileuse, à l'image des premières lueurs de l'aube qui tourbillonnent pour échapper à la couleur de la nuit."
Les 230 pages de cette étonnante trajectoire d'exorcisme personnel constituent une intense expérience de lecture, durant laquelle, bien souvent, on aura le sentiment que le Riau de la trilogie haïtienne, oscillant entre raisonnement et abandon aux puissances du vaudou, se tient à nos côtés et à ceux de la narratrice... Smartt Bell poursuit ici, et avec quelle force, son exploration des ressorts du mal et de la sauvagerie au sein de nos psychismes...
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brigittelascombe
  07 novembre 2011
"J'ai toujours dit que j'écrivais sous la dictée des démons" confie Madison Smartt Bell (auteur américaine) dans La couleur de la nuit (son dixième roman publié chez Actes Sud).
Effectivement, sa nuit est rouge, rouge sang, rouge incandescent, un rouge qui brûle de la flamme de l'enfer, celui de la poussière ferrugineuse du désert du Névada, celui des sectes broyeuses d'égo, celui des viols, des orgies,de l'inceste,des coups,des meurtres,de la défonce, de la prostitution,des jeux cruels.
"Comme mon coeur a chanté quand les deux tours sont tombées!"
Dés le début tout est dit!
"Encore et encore". Mae, scotchée à son écran le 11 novembre 2001, ne se lasse pas de dévorer les images, elle en jouit (Rasez! Rasez!), se délecte de leur anéantissement car depuis son enfance,elle porte en elle le sceau de la violence.
Sans repères, complètement larguée entre un Papa et une Momma dite "la chose-mère", inexistants, soumise à un frère sadique (Terrel , qui "l'a aguerrie"), elle a touché dans le Groupe au mal à l'état pur, hypnotisée par la voix toute angélique du diabolique gourou D, elle a baisé pour gagner sa croûte, s'est fait baiser pour sa croûte,a lâché le feu de son flingue et armé son bras d'un couteau ses yeux de shootée injectés de pourpre .
Et lorsque trente ans plus tard, elle surprend l'image de son ancienne amante Laurel "douce au premier abord, appétissante", sur une vidéo parmi les décombres, elle essaye de renouer le contact pour que revive le rouge de la mémoire "encore et encore".
Est-ce une bonne idée?
Entre remontée dans le passé et présent, la plume diabolique de Madison Smartt Belle nous entraine dans une descente aux enfers dont on ne sort pas indemne. Cauchemars garantis!
Une bonne campagne de propagande anti secte, en tous cas, car le personnage de D, évoque des gourous pervers genre Charles Manson!
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MarianneL
  25 avril 2013
Pensant laisser de côté les lectures ardues [ :-)], j'ai abordé en toute innocence « La couleur de la nuit », ma première incursion dans le monde de Madison Smart Bell. Moi qui mets souvent en place des stratégies d'opposition, de résistance ou de contournement de la violence et à la sauvagerie, j'ai été harponnée des le premier paragraphe. « Comme mon coeur a chanté quand les tours sont tombées ! ... ». Ce premier paragraphe, j'ai du le relire pour m'assurer de ce qui était écrit, reconnaître la force du texte, et la force de la fascination pour la destruction.
Malgré la plongée vers le mal et l'horreur qui se dévoile au long du livre, on ressent la douceur toujours vivante de la relation entre les deux femmes, Laurel et Mae, qui se sont aimées trente ans auparavant.
Les marches dans le désert fournissent un espace qui rend le livre supportable, et en même temps une très belle représentation symbolique de ce qui se joue « le coyote a tourné la tête vers moi... Tout son être concentré sur l'ombre du rocher dans laquelle il savait certainement que je me trouvais.
On est restés ainsi, longtemps. Je l'ai gardé jusqu'à l'aube entre les traits croisés du viseur, et l'ai laissé partir.»
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loutron64
  13 décembre 2012
j'ai ouvert ce livre un soir et je l'ai refermé le lendemain matin. Des similitudes dans la construction avec le" Maria" de Joan Didion, mais Madison vénère cette femme et s'en réclame, c'est donc un compliment.
Un conseil lisez ce livre .
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critiques presse (3)
Lhumanite   02 janvier 2012
Madison Smartt Bell se livre à une réflexion énigmatique sur la violence 
dans l’histoire à partir du deuil collectif qui a frappé les États-Unis ce jour-là.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Lhumanite   02 janvier 2012
Madison Smartt Bell se livre à une réflexion énigmatique sur la violence 
dans l’histoire à partir du deuil collectif qui a frappé les États-Unis ce jour-là.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
LesEchos   12 décembre 2011
Violences d'un frère incestueux, fausses valeurs d'une Amérique à la dérive, délires sexuels, abus de pyschotropes sur fond de musique pop, mais aussi solitude et faiblesse humaine... Madison Smart Bell passe au scanner un destin criminel
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   11 juillet 2018
Comme mon cœur a chanté quand les tours sont tombées ! Une telle poussée de force pure, se tordant, se désagrégeant, s'épanouissant en ce gigantesque astre de ruines avant de jeter au sol toute sa substance... Ces escarbilles semblables à des moucherons qui tournoyaient tout autour s'avéraient être des mortels jaillissant des flammes. Drapés dans le linceul de leurs cris, ils descendaient. Si j'avais su que la mort pouvait en détruire un tel nombre !... en l’espace d’un instant.
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le_Bisonle_Bison   18 février 2018
"Tu as l'air ennuyée", a-t-il dit, en tendant la main. Voilà pourquoi je ne lui ai pas ri au nez. Tu as des ennuis ? était la question classique pour draguer un fugueur ou une fugueuse, mais la variante, ici, avait un sens. Une façon de dire que je n'étais pas dans les ennuis mais que les ennuis étaient en moi.
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le_Bisonle_Bison   04 juillet 2018
J’ai marché dans le désert jusqu’à ce que le monde commence à s’incurver, jusqu’à ce que les lumières de Boulder City s’affaissent derrière la ligne d’horizon. On ne peut jamais échapper complètement à la pollution visuelle de toutes ces villes, mais à l’endroit où je m’étais arrêtée, les étoiles brillaient davantage. Et, de nouveau, une nuit sans lune.
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le_Bisonle_Bison   05 juillet 2018
D’autres nuits, il n’y avait pas de lune. Les cités et les villes, toutes lointaines, étaient encore impuissantes à teinter le dôme céleste du reflet de leur lumière dilapidée. Sans lune, la couleur de la nuit était celle d’un riche velours noir, comme si on était plongé dans du chocolat, ou au cœur d’un sombre flot de sang coulant dans une veine profonde.
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le_Bisonle_Bison   16 juillet 2018
La montée soudaine de la peur : je la sentais palpiter, comme une grenouille dans ma gorge, ou une mite battant des ailes.
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Author Profile: Madison Smartt Bell
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