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Critiques sur Marx et la poupée (117)
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Merik
  03 juin 2017
Une petite fille de six ans vient s'installer en France avec son père et sa mère, après la révolution d'Iran. Une histoire déjà vue, oui. Mais pas comme ça.
L'on fait connaissance avec Maryam dans le ventre de sa mère, et aussitôt les bribes de vie s'égrènent, comme autant de perles fissurées par la souffrance de l'exil, et embellies par une touche de poésie.
Un récit où les contes côtoient les histoires du réel, où la langue maternelle peut devenir personnage, les mots et les rêves des objets. Pour un résultat qui est souvent le même, l'émotion est à fleur de peau. 

« Je voudrais passer ma vie à récolter des histoires. de belles histoires. Dans un sac, je les mettrais et les emporterais avec moi. Et puis au moment propice les offrir à une oreille attentive pour voir la magie naître dans le regard. Je voudrais semer des histoires dans les oreilles de tous les êtres. Je veux que ça fleurisse, qu'il en sorte des fleurs embaumantes à la place de toutes les fleurs manquantes, absentes, de toutes les Golé Maryam qui auraient dû être offertes et qui n'ont pas pu l'être. »

Maryam Madjidi laisse éclater ses talents de conteuse dans ce sublime livre de l'exil. J'ai adoré.
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Annette55
  11 août 2017
Voici un récit original, sensible, autobiographique, où j'ai tout aimé, de l'arrivée de la petite fille de six ans en France, à le"Il était une fois" de la troisième partie de l'ouvrage, dans l'apaisement et la réconciliation ..
Roman , récit, Poésie, journal, l'auteur, une conteuse née, les "il était une fois"en témoignent nous parle des douleurs refoulées de l'EXIL.


La construction ni linéaire, ni chronologique ne gêne pas le lecteur, au contraire, cela ajoute de la légéreté et de l'authenticité .
Dans le ventre de sa mère, Maryam vit de front les troubles de la Révolution Iranienne ..


Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère, son père en exil à Paris .-Ses parents étaient militants communistes convaincus en Iran -La vie les épuisera !
Elle nous conte avec tendresse et humour, émotion contenue les premières années en France, où tout est rejet, désarroi, incompréhension, souffrance, douleur, solitude, effacement de sa langue, éloignement de sa famille, amour de sa grand- mère, aimante et attentive, qu'elle n'entend qu'au téléphone , inconsolable chagrin de la perte, sensation d'être de nulle part , visions d'ailleurs entre hallucinations et cauchemars.
Face à l'abandon d'identité, d'histoire, d'ancêtres, en France ne reste que le parcours du combattant au quotidien , aprés une enfance heureuse, brisée par un exil forcé!


Ses souvenirs jaillissent pêle -mêle - graves ou anecdotes légères;
Elle détaille en toute sincérité, honnêteté , la difficulté de l'intégration.
Elle vit comme du racisme la question de ses origines.
"Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines "..
Comment être Persane et Française ?
Un texte bouleversant , saisissant , à l'écriture délicieuse qui touche au coeur, que l'on va garder longtemps en soi, frais et infiniment poétique, tantôt percutant et vif , tantôt lyrique !
Un récit qui parle d'identité avec sincérité et pudeur , maîtrise, exacerbée, par les réalités du quotidien , de la double appartenance ; J'ai aimé les personnages, qui chacun à leur façon, m'ont bouleversée, le traitement subtil de la langue perdue, de la langue conquise, de la fidélité à soi - même et aux siens , notamment les hommes de sa famille à Téhéran, victimes de la répression, broyés, emprisonnés , les femmes iraniennes qui résistent et ce chauffeur qui récite des poèmes !! Un livre hommage à ses parents, pétri de lignes sensibles et libres , du désir d'avancer !
Un roman qui fait réfléchir en pointant l'angoisse de l'exilé,la complexité des sentiments, l'enfermement dans des préjugés simplistes et l'ignorance!

Un ouvrage enchanteur comme les poèmes d'Omar-Khayyam ou un conte des mille et une nuits .....
Lu dans le cadre du prix historique Jeand'heurs , spécifique à mon département .
À lire et à relire !
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FredMartineau
  10 février 2019
Une belle réussite que ce premier roman, qui oscille entre souvenirs personnels, nostalgie des racines, difficulté à porter une double culture, volonté d'intégration et questionnement identitaire. Marx et la poupée de Maryam Madjidi m'a fait passer un bon moment de lecture. Je me suis laissé séduire facilement par la poésie de l'auteur, l'émotion qui émane de ses lettres persanes et finalement, la part de magie orientale qu'elle restitue dans son texte.
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Eve-Yeshe
  23 septembre 2017
En général, les romans qui tournent autour de l'exil m'attirent et avec celui-ci, je n'ai pas été déçue, bien au contraire.

On fait la connaissance de Maryam, in utero, alors que sa mère participe à une manifestation politique, et la manière dont cette est écrite est très belle, touche le lecteur, l'appâte même…

On va la suivre ainsi à plusieurs âges de la vie, notamment à six ans, lorsqu'il faut partir, car ses parents sont communistes (ils n'avaient pas rêver cette révolution-là !) et un premier traumatisme : elle doit distribuer tous ses jouets aux enfants du quartier, au nom de la non-propriété, ce qu'elle trouve très injuste ; elle envisage même de les enterrer sous un arbre dans le jardin, où ses parents ont mis tous leurs livres à l'abri en espérant les récupérer un jour…

Maryam raconte la révolution iranienne, la mise au pas par les autorités religieuses, les arrestations, les tortures, les droits qui partent en fumée, ses parents qui sont obligés de fuir alors que son oncle Saman est jeté en prison où il restera pendant huit années…

A noter un extrait très fort, où Saman lui raconte qu'il a partagé sa cellule avec un journaliste célèbre dans les milieux intellectuels lequel regardait un dessin animé pour enfant tous les jours assidûment car c'est sa femme qui faisait le doublage, seule manière de résister à l'incarcération.

Elle parle bien de sa première journée d'école en France, alors qu'elle ne parle pas le français et se sent différente voire exclue. Les senteurs, la cuisine de son pays natal lui manquent, la famille restée sur place aussi, notamment sa grand-mère qui l'accompagnera dans l'imaginaire tout au long de son enfance, puis son adolescence.

L'exil, la perte de la langue, de la culture sont une souffrance du quotidien, car pour bien apprendre le français, elle renonce à apprendre le persan, pour s'opposer aussi à son père, qui désire ne pas se couper de ses racines :

» Je suis pas un arbre, j'ai pas de racines. C'est votre langue, plus la mienne. »P143

J'ai beaucoup aimé la manière dont elle a conçu son récit, alternant les périodes de sa vie, on passe de l'enfance à l'âge adulte, pour revenir à l'enfance, on alterne aussi les lieux, tantôt en Iran, tantôt en France, mais on fait aussi des détours par la Chine et la Turquie notamment.

La perte d'un pays est une douleur, un écartèlement entre deux cultures, mais comment choisir sans se trahir ou trahir les autres, au nom d'une intégration réussie ?

A noter un très beau chapitre sur la langue perdue qui s'éteint peu à peu et finit par disparaître et mourir si on ne la parle plus, cette langue que la petite fille va enfouir au fond d'elle -même:

La langue perdait de sa vitalité et de sa force. Elle devenait de plus en plus fragile. Elle avait en elle la faiblesse des personnes malades qui doivent trouver un refuge pour se protéger du reste du monde. Chaque jour, elle reculait devant la puissance d'une rivale, une autre langue, celle-ci était la langue officielle de ce nouveau pays. » P 137

Qui dit exil sous-entend tentation du retour, parfois idéalisation du pays qu'on a perdu…

On rencontre au passage des poètes iraniens, notamment mon préféré Omar Khayyâm, qui sera le sujet de son mémoire et dont elle nous livre des extraits.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, la poésie de l'écriture, les phrases parfois courtes, percutantes, et celles dont les mots s'étirent, s'enroulent dans la fluidité et la douceur; les talents de conteuse de Maryam Madjidi sont immenses et son Goncourt du premier roman bien mérité.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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motspourmots
  17 janvier 2017
Oh le beau coup de coeur ! Ce premier roman m'a enthousiasmée du début à la fin. Je suis passée du sourire aux larmes avec un même bonheur, soufflée par la beauté de ce texte à la fois fort et tendre, poétique et politique. L'auteure aborde le thème de l'exil et de l'identité avec une finesse qui rend son propos terriblement efficace et percutant. Mais c'est l'émotion que l'on retient. Celle qui nous étreint à chaque fois que se dressent les images qui traduisent le vécu et les sentiments de l'auteure.

"Ma mère porte la vie, mais la Mort danse autour d'elle en ricanant, le dos courbé...". Maryam est dans le ventre de sa mère aux premières heures de la révolution iranienne qui marquera son enfance au sein d'une famille d'opposants portés par la doctrine communiste. Position intenable qui aboutira à l'exil, l'installation en France d'abord du père puis de la famille entière, l'apprentissage d'une nouvelle langue, d'une nouvelle culture, d'un nouvel environnement. Une deuxième naissance en quelque sorte. Née deux fois, à deux endroits différents, Maryam porte en elle deux cultures qui s'affrontent et qu'elle utilise selon les moments et les services qu'elles peuvent lui rendre. Il lui faudra bien une troisième naissance pour parvenir à réconcilier les deux, par la grâce de l'écriture.

Il y a des pages magnifiques sur ses parents, la relation avec sa mère. Des mots somptueux pour tenter de décrire ce lien indestructible qui l'attache à ses ancêtres et à sa culture par l'intermédiaire de celle qui lui a donné la vie. Il y a des moments de grâce, une plongée dans la poésie persane qui irrigue la culture iranienne, de l'ironie face aux fantasmes suscités par ses origines. Il y a cette façon d'appréhender le monde propre à ceux qui ne sont plus chez eux nulle part mais trouvent partout de quoi construire et enrichir une vie.

Et puis, il y a ce moment sublime, ce dialogue entre les deux langues, le français et le farsi, l'une oubliée et délaissée l'autre investie par nécessité mais devenue LA langue principale et qui symbolisent si bien l'affrontement permanent, le tiraillement entre les deux cultures.

C'est un livre précieux que nous offre Maryam Madjidi, encore magnifié par le très beau travail d'édition et de direction artistique du Nouvel Attila. Un livre magnifique, touchant, puissant et sensible. A découvrir toutes affaires cessantes.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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ssstella
  16 octobre 2018
On dirait un roman...
Se suivent des anecdotes, des souvenirs, des réflexions,
des petits contes, des poésies, des pensées...
comme des prélèvements faits dans des carnets intimes.

De belles choses écrites.

Et tout cela fait une histoire :
Une petite fille en exil... avec ce qui reste là-bas, les difficultés ici, les découvertes à venir.
Une petite fille et le langage... celui qu'elle ne comprend pas, celui qu'elle refuse de parler, celui qu'elle apprivoise, et cette langue maternelle oubliée qu'elle réapprendra.

"Alors il se passa quelque chose d'étrange : elle avala sa langue. Elle ferma les yeux et elle engloutit sa langue maternelle qui glissa au fond de son ventre, bien à l'abri, au fond d'elle, comme dans le coin le plus reculé d'une grotte." p.152

Plus grande, ce n'est pas plus facile... elle n'est plus de là-bas
Ce n'est pas plus facile... elle n'est pas d'ici et ça se voit.

Pas toujours de belles choses dites.

"- Tu sais ce que ça fait d'être nulle part chez soi ? En France, on me dit que je suis iranienne. En Iran, on me dit que je suis française. Tu la veux ma double culture ? Je te la donne, va vivre avec et tu viendras me dire si c'est une "belle richesse" ou pas." p 170

Un joli livre que je crains ne pas retenir parce que l'histoire n'est pas académiquement racontée... alors je vais le garder pour le relire en piochant comme on pioche dans un recueil de poésie.
Et pour cela, je peux dire sincèrement merci à Babelio et sa Masse Critique, ainsi qu'à l'équipe des éditions "J'ai lu" qui m'ont fait parvenir ce livre.
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isabelleisapure
  12 septembre 2017
La politique occupe une place importante dans la vie de Maryam Madjidi.
Née de parents communistes, dès sa petite enfance, elle a appris à partager et à donner ses jouets aux gamins démunis du quartier. Pas facile pour une petite fille de se séparer de sa poupée.

Puis la famille doit se résoudre à l'exil. A leur arrivée à Paris, Maryam refuse d'abord de parler le français qu'elle maîtrise pourtant rapidement, puis se décide finalement à faire l'extrême inverse, adoptant cette nouvelle langue jusqu'à faire une croix complète sur le persan. A son père, dépité, qui lui dit que ce sont ces racines auxquelles elle tourne le dos, elle répond : « Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines ».
J'ai beaucoup aimé ce roman, l'auteure y montre une grande sensililité qui ne peut que toucher le lecteur. J'ai souvent pensé au cours de cette lecture à « Persépolis » le roman graphique de Marjane Satrapi, comme si les deux textes s'unissaient pour raconter une seule et même histoire.
Les chapitres se succèdent, et on se retrouve ballotté dans le temps. Les trajectoires individuelles rassemblées mettent en perspective la terrible absurdité du parcours de ces réfugiés. le couple a laissé derrière lui son passé d'opposants politiques et mène en exil une fantomatique existence.
On ne peut s'empêcher de ressentir une immense tendresse pour les membres de cette famille, notamment pour la grand-mère souvent convoquée dans les souvenirs de la narratrice. Toutefois avec réalisme sont aussi évoqués les relations conflictuelles ainsi que les traumatismes des souvenirs iraniens.
Maryam Madjidi réussi grâce à une écriture sensible, pleine de poésie, avec aussi une pointe d'humour à raconter l'exil, la tristesse du déracinement mais aussi la reconstruction et la réconciliation avec soi-même.
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paroles
  22 janvier 2019
Née en 1980 à Téhéran, Maryam Madjidi quitte l'Iran à l'âge de six ans pour vivre à Paris. C'est d'abord l'histoire de cette famille obligée de fuir son pays, puis de sa difficile intégration en France dont il est question ici.

Née deux fois, si l'on peut dire, dans deux endroits différents aux identités politiques largement opposées, aux cultures et langues différentes, Maryam se sent en équilibre instable entre deux mondes qu'elle aime et rejette en même temps. Seule la voix de sa grand-mère lui permet dans ses moments de trouble de trouver le bon chemin.
C'est avec beaucoup de poésie, de magie aussi, que Maryam Madjidi nous conte les blessures de l'exil, de la perte d'identité et des racines. Mais cette double culture, acquise parfois avec colère et ressentiment, va lui permettre de franchir bien des étapes et parfois d'en jouer pour arriver à ses fins. Elle a appris à observer, à se taire, à enterrer les mots avant de d'apprendre à parler le français et réapprendre le persan.
Maryam Madjidi possède le don indéniable de conteur et nous entraine, tout à tour, avec beaucoup d'humour, de conviction et d'authenticité mais aussi un regard acéré sur ce long chemin de la reconstruction. La douleur n'est pas exclue de ce récit, et pour la dompter l'auteure utilise une formule impersonnelle et non plus le je.
Un beau roman (roman ?) à lire pour définir le terme « double culture » et tout ce qu'il sous-entend de réalités.

Lien : http://mespetitesboites.net
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Bazart
  17 juillet 2019

Sacré Goncourt du Premier Roman en 2017 et récompensé notamment du Prix Ouest-France Étonnants Voyageurs la même année, Marx et la poupée de Maryam Madjidi a eu un tel succès qu'il a été traduit en douze langues.
On y lit des mots très forts, ceux écrits par Maryam qui, n'ayant pas la patience d'attendre d'être sortie du ventre de sa ventre pour s'exprimer, nous parle sans discontinuer des premières heures de la révolution iranienne.

Puis de son départ précipité de Téhéran à l'âge de six ans, de son exil à Paris avec sa mère pour rejoindre son père. de son enfance dans ce pays totalement étranger au sien, de cette langue si différente de la sienne qui restera pendant longtemps un mur auquel ses mots se heurteront violemment. Et enfin, de son retour au pays natal, des retrouvailles avec sa famille, de sa rencontre avec cet homme dont la peau abîmée lui fait penser à l'Iran.
J'ai été tellement émue par le récit de cette petite fille irrésistiblement attachante, sa drôlerie, sa sensibilité à capter les bizarreries de ce nouveau monde qui l'entoure, que je m'y suis attachée avec force, ai été prise de l'envie de la suivre partout dans ses aventures, dans la poursuite de sa vie. J'ai été bouleversée par ce sublime hommage au langage que nous offre Maryam Madjidi ..
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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lucia-lilas
  03 février 2017
« Je ne suis pas un arbre, je n'ai pas de racines. »

Magnifique autobiographie dans laquelle Maryam Madjidi, née en Iran, raconte son enfance entre des parents militants qui organisent des réunions clandestines, une grand-mère refusant que sa première petite-fille serve à transporter des documents secrets dans ses couches et deux oncles en prison.
Elle se souvient. Des images, comme des bulles, éclatent ou s'envolent.

Elle se souvient qu'elle doit donner ses jouets avant de partir en France : posséder est une vilaine chose lui disent ses parents. La petite fille pleure : ses jouets, elle veut les garder !
Avant de quitter ce pays sans avenir, les parents aussi enterreront leur bien : des livres. Marx, Engels, Lénine, Makarenko dans un trou.

Elle se souvient.
Son oncle Saman, dix-neuf ans, est en prison, il y restera huit ans. C'est ce qui arrive aux gens qui s'opposent au pouvoir.

Elle se souvient.
Abbâs vient aux réunions, il est jeune, il croit qu'un changement est possible. Ils l'ont arrêté en pleine nuit. Il n'a même pas eu le temps d'enfiler ses chaussures. Il ne reste de lui qu'une sandale. Une pauvre sandale en plastique.

Elle se souvient encore.
Les « Fatmeh Commando », police des bonnes moeurs, enlèvent les femmes mal voilées ou insuffisamment habillées à leur goût, comme ça, dans la rue. Elles les embarquent brutalement. Après leur passage, la rue est vide.

Alors, il faut partir.

Partir, c'est se retrouver en pays inconnu, entendre des mots inconnus, sentir des odeurs inconnues. Être étranger, être d'ailleurs. Et petit à petit, alors qu'on s'habitue au nouveau pays, on devient de nulle part. On n'appartient plus au pays d'origine dont on oublie doucement la langue et l'on n'est toujours pas du pays où l'on vit. D'où venez-vous ? D'Iran. Ah, comme ça doit être beau, là bas, j'aimerais moi aussi avoir une double culture, quelle richesse ! Maryam reste muette : être d'ici et d'ailleurs, c'est être de nulle part, coupée en deux, arrachée et non vraiment replantée, étrangère partout. Perdre son identité.

Paris : 15m². La mère attend. La petite fille voit la mère qui attend.
« J'aurais aimé ramasser les lambeaux de tes rêves, les sauver, les enfiler comme des perles dans ma guirlande de mots à moi, et l'accrocher au sommet d'un arbre pour que ça bouge et vive encore.
Te réveiller. Te ressusciter. Noircir tes traits, mettre du rouge sur tes joues, sur tes lèvres, t'injecter de la vie pour que tu chantes, tu ries, tu cries mais rien à faire, tu te diluais silencieusement dans une eau imaginaire. »

Et puis, l'école, les autres : la petite fille ne joue pas. Elle n'a pas les mots pour cela. Elle est seule.
L'autre, la langue maternelle, est là, tapie au fond de la petite fille. Elle attend. Elle sait que la petite fille ne l'a pas oubliée. Elle viendra la rechercher mais pas tout de suite, plus tard.

Bien sûr, être d'ailleurs a des avantages : avec humour, Maryam raconte comment elle s'amuse et joue auprès des hommes de son charme oriental : « Je lui fais mes regards langoureux, je deviens aussi sensuelle que possible, je suis une toile de Delacroix. Je passe la main dans mes cheveux. Je renverse ma tête, dévoilant la chair souple et fraîche de mon cou. Si je pouvais je demanderais au serveur quelques coussins, voilages et riches tentures. »
Si ça ne marche pas, on passe au plan B : Maryam récite des vers d'Omar Khayyâm en persan : « En veux-tu, en voilà ! »
Elle joue à « l'exilée romanesque » et ça marche souvent !

Mais dans ce livre, Maryam ne joue plus : elle se met à nu et raconte son histoire, l'histoire d'une femme libre et libérée : « Je vous le donne, ce masque, prenez-le, je le dépose dans vos mains. »

Un très beau texte, sensible et original, mêlant prose des souvenirs, contes et poésies, multiples formes d'expression pour dire l'arrachement, la violence du départ, la coupure de l'exil, la difficulté de renaître ailleurs, dans un pays qui n'est pas le sien mais qui finira par être un lieu à soi, un lieu où être soi, enfin !

Superbe !

Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
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